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Quatre ans après la fin de la guerre

Frissonnante dans la brise du soir, Hermione resserra contre elle la fine étoffe qui drapait ses épaules. Un sourire léger flottait sur ses lèvres rouges. La nuit commençait à peine, et l'air portait l'odeur humide et fleurie des soirées printanières. Les herbes ondoyant sous le vent caressaient ses chevilles tandis que dans son dos les clameurs de la fête se dispersaient dans le lointain.

Elle perdit son regard dans le paysage qui s'étendait sous la lumière céleste. Le parc de Poudlard rayonnait de magie en ce soir de célébration. Le Lac d'un noir d'encre reflétait les étoiles du firmament, scintillant comme un joyau sombre et prodigieux. Le ciel clair baignait le monde d'une lueur bleutée, enveloppant l'endroit d'une atmosphère mystérieuse. La légère coulée verte qui menait aux rives du Lac Noir était parsemée de fleurs embaumant l'air d'une saveur sucrée. Quelques grillons mêlaient leur chant à celui des noceurs qui dansaient et buvaient sous les lumières tamisées d'un immense chapiteau immaculé. Des petits lampions ensorcelés flottaient paresseusement, éclairant le parc et les rives du lac d'innombrables lueurs papillonnantes, parachevant ce décor féérique.

La cérémonie avait été magnifique : Ginny rayonnait de bonheur dans sa robe éclatante, remontant l'allée au bras de son père, les yeux rivés sur le visage de son futur époux. Harry, plus beau que jamais dans son costume de cérémonie vert émeraude, dévorait du regard la somptueuse jeune femme qu'il chérirait jusqu'à la fin de ses jours. Hermione n'avait pas le souvenir de les avoir déjà vus si heureux.

C'était Harry qui avait tenu à se marier dans la vieille église de Godric's Hollow, où l'espace réduit avait assuré aux deux jeunes gens de pouvoir s'unir dans l'intimité, entourés de la famille et des amis les plus proches, bien que quelques journalistes audacieux soient parvenus à s'immiscer dans la petite foule. Puis à la fin de la cérémonie, l'assistance s'était vue transportée par Portoloin vers l'endroit où serait tenu le repas puis le bal : le Parc de Poudlard.

Cette pensée fit sourire Hermione. Il n'y avait vraiment qu'Harry pour obtenir une telle faveur de la Directrice. Mais Minerva McGonagall avait accepté de bonne grâce de lui louer l'endroit pour la soirée et quelques chambres pour la nuit, bien trop heureuse elle-même, en tant qu'invité de marque, de festoyer dans un si beau cadre.

Il fallait bien admettre qu'aux vues de la foule gargantuesque d'invités, un tel espace n'était pas si outrancier. Il s'agissait du plus grand événement sorcier depuis des lustres, et Hermione n'aurait pu nommer personne dans le monde magique qui n'ait été présent ce soir.

Le repas avait été divin, et le bal, déjà bien entamé, avait entraîné la soirée sur une délicieuse pente excessive et délurée.

Grisée par le champagne et la danse, Hermione savourait cet instant paisible, à l'écart du foisonnement mondain et des voltiges de la piste. Un brin de brise parfumée caressa sa nuque, faisant ondoyer les quelques mèches bouclées qui s'échappaient de sa coiffure. Elle inspira profondément, comme pour absorber la douceur et la joie du moment. Elle se pencha, détacha doucement la fine lanière dorée qui maintenait ses chaussures, et plongea ses pieds dans l'herbe fraîche. La rosée soulageant ses pieds échauffés par la danse, et elle soupira d'aise en sentant les brins frais caresser sa peau. La jeune-femme fit quelques pas vers le Lac, pour se perdre dans le paysage et oublier les clameurs et la musique du bal. Sous la voûte scintillante et dans l'air délicieux, face à la beauté de la nature sublimée par la magie, l'avenir lui semblait empli de promesses.

- Fatiguée des feux de la rampe, Granger ? fit une voix dans son dos.

Malgré elle, un léger sourire étira ses lèvres. Elle ne put retenir un léger regard par-dessus son épaule. La chevelure d'un blond presque blanc étincelait sous la lumière de la Lune, se détachant de l'obscurité plus encore que son visage ou son costume clair. Un sourire serein sur le visage, Drago Malefoy se perdait à son tour dans l'immensité. Sa voix ne trahissait pas le moindre sarcasme.

- Au moins autant que toi, Malefoy, répondit-elle doucement, pour ne pas troubler la quiétude du moment.

Le blond eut un petit rire. Depuis son acquittement, la presse ne semblait pouvoir décider si elle haïssait plus le jeune héritier qu'elle ne l'aimait passionnément. Les journalistes adoraient le détester lorsqu'ils exhibaient ses frasques occasionnelles ou les souvenirs de son passé, puis deux semaines plus tard grinçaient ses louanges lorsque sa fulgurante carrière d'affaires et de politique le propulsaient à nouveau sur le devant de la scène. Ce soir, il avait subi autant qu'elle le harcèlement effronté des journalistes sorciers.

- C'était bien le dernier endroit où leur échapper, fit remarquer le jeune-homme.

Hermione s'esclaffa, puis répondit ironiquement :

- Harry savait qu'il ne pourrait pas éviter un battage médiatique. Il a préféré tenter de le noyer dans la foule.

Elle entendit Malefoy faire quelques pas dans l'herbe, puis sa silhouette apparu à sa gauche. La main dans la poche de son pantalon, il levait les yeux vers les étoiles et les monts, un léger sourire sur le visage. Elle regarda la brise agiter ses cheveux clairs.

- C'est vrai que c'est le premier mariage où je vois un coin presse.

Il laissa à Hermione le temps d'étouffer un rire.

- D'ailleurs, c'est le plus gros mariage que j'ai jamais vu. Je peine à croire que tout ce monde ai été invité. Mais j'imagine qu'il ne fallait pas s'attendre à autre chose de la part du Survivant.

Hermione haussa un sourcil, avant de remarquer que le sourire du jeune-homme avait pris un air taquin.

- Tu connais Harry, balaya Hermione d'un mouvement de tête. Il ne voulait décevoir personne.

Drago ne releva pas, et plongea à nouveau dans la contemplation. Hermione regarda un lampion dériver, effleurant le bout des tiges d'herbe et de fleurs qui ployèrent doucement sous son poids. Lorsque la densité de végétation contraria sa descente, la petite lueur vacilla puis remonta doucement vers le ciel.

- C'est vrai que c'est une belle soirée, fit Drago d'un ton rêveur.

Hermione tourna vers lui un petit sourire. Il semblait perdu dans ses pensées, mais l'énergie qui émanait de lui était paisible et joyeuse.

- Tu as l'air en forme, fit-elle remarquer.

Il eut un sourire narquois et son regard dériva vers le sien.

- Je suis toujours en forme. Mais merci, Granger. Tu as toi-même l'air de te porter comme un charme.

- Je voulais dire que tu sembles anormalement sympathique, rétorqua Hermione d'un air taquin.

Le visage de Drago se fendit soudain d'un sourire franc, lui donnant un air juvénile qui frappa Hermione par son naturel.

- C'est parce que je passe un moment charmant.

Hermione haussa les sourcils, devinant qu'elle avait mis le doigt sur quelque chose sans même le vouloir. Elle s'approcha de lui afin de le scruter plus aisément. Conscient d'être l'objet d'une attention un peu trop rapprochée, Malefoy soutint tout de même son regard. Les lumières célestes et les petits lampions se reflétaient dans ses prunelles anthracite.

- Par Merlin Malefoy, s'exclama-t-elle, t'es complètement fait !

Il éclata de rire. A nouveau, Hermione fut saisie par la beauté de son visage lorsqu'il se laissait aller à la joie.

- Je suis démasqué, je plane complètement, fit-il dans un rire. Charlie Weasley m'a fait fumer un truc pas net. Et le champagne est vraiment excellent. D'ailleurs, je ne suis pas le seul à en avoir abusé.

Il darda vers elle un œil taquin, et Hermione sentit ses joues brûler. Elle s'autorisa un sourire.

- Il me fallait au moins ça pour supporter ces mondanités, fit-elle d'un ton égal.

Elle espérait surtout qu'il ne remarque pas à quel point il avait visé juste : elle-même frôlait l'ivresse.

- C'est vrai que ça ne doit pas être facile tous les jours, commença Malefoy faussement compatissant. Être une héroïne de guerre, une icône harcelée de fans et de photographes.

Elle rit légèrement à son sarcasme, et il lui adressa un sourire las.

- C'est pas ça, fit-elle d'un ton fatigué. J'ai passé plus de temps ce soir avec Rita Skeeter ou les grosses têtes du Ministère qu'avec mes propres amis. J'aimerais juste que les choses soient... plus simples. Avoir la paix de temps en temps. Je suis sure que tu peux comprendre ça.

Elle avait levé vers lui un regard étrange, ses prunelles brillant de malice où pointait pourtant une certaine lassitude.

Il le pouvait. Il s'avança vers elle jusqu'à la dépasser légèrement, et la senti se tourner vers lui lorsqu'il passa près d'elle. Elle remarqua qu'il tenait une bouteille de champagne à peine entamée.

- Je peux comprendre ça, confirma-t-il d'une voix égale adoucie d'un léger sourire.

Le silence qui s'installa soudain les laissa songeurs. Hermione craignait de l'avoir laissé penser qu'il la dérangeait dans un moment de calme, ce qui était un peu le cas : C'était étrange de se retrouver ici, seul à seule, après tout ce temps. Pour autant, elle ne voulait pas que la conversation se termine. Pas encore.

Elle le regarda marcher tranquillement en direction du lac. Elle n'aurait su dire pourquoi, elle avait envie de le suivre, de passer un moment avec cet homme qu'elle connaissait depuis si longtemps mais qu'elle ne connaissait plus. Peut-être que l'alcool lui montrait que ces barrières érigées tacitement étaient bien dérisoires aujourd'hui.

Mue par un grisant frisson d'alcool et de liberté, elle s'élança dans la prairie de fleurs vers la silhouette altière du jeune-homme. En passant à sa hauteur, elle attrapa dans sa main la bouteille de champagne.

- Hé, protesta mollement Malefoy.

Elle eut un petit rire, et porta le goulot à sa bouche, avant de s'enfuir vers les rives du lac. Un sourire aux lèvres, Drago resta un instant à regarder la robe fluide de Granger danser dans le vent, et la jeune-femme parcourir la prairie parsemée de lampions dérivant paresseusement. Sans vraiment y penser, il pressa le pas pour la rattraper. Elle éclata de rire quand il tenta de reprendre la bouteille et qu'elle l'esquiva sans peine. L'étoffe sur ses épaules fut prise par la brise. Le tissu gonfla sous le vent, et prit son envol, découvrant son dos à la Lune. Drago tenta de ne pas remarquer la façon dont sa peau reflétait la lumière céleste. Il attrapa le foulard au vol.

- Je le prends en otage jusqu'à restitution de mon bien, déclara-t-il faussement furieux.

Hermione rit, et s'éloigna d'un pas chaloupé dans l'herbe en tenant fermement la bouteille.

- Tu peux le garder, en remerciement pour ce délicat présent.

Elle lui adressa un clin d'œil et but une gorgée dans un sourire. Il renifla d'un air dédaigneux, avant de passer l'étoffe autour de son cou. Les effluves du parfum de la jeune-femme le saisirent aussitôt. Il était simple et infiniment complexe, dans une délicatesse et une sincérité qui l'émurent par leur justesse. Il fut pris d'une émotion étrange, parce qu'il avait toujours admiré la façon dont le parfum pouvait s'exprimer, se faire le langage de l'indicible. En respirant le sien, il avait l'impression d'avoir découvert une fraction de son essence véritable.

Il laissa voguer son regard vers la silhouette de la jeune-femme, qui se détachait de la nuit par la clarté de sa robe drapée qui semblait vouloir s'enfuir dans le vent. Elle fredonnait l'air qui était joué un peu plus loin, et dont les accents s'estompaient à mesure qu'ils s'éloignaient de la fête. Elle buvait de temps à autre une gorgée de champagne, puis se retournait vers lui comme pour vérifier qu'il suivait toujours. Il fut fasciné par la façon dont les quelques boucles qui s'échappaient de son chignon balayaient son visage.

D'un pas assuré, il la rattrapa en quelques enjambées, puis ralentit à sa hauteur. Ses mains dans les poches, il se tourna vers elle d'un ton badin.

- Et tu comptes te siffler cette bouteille toute seule, Granger ?

Elle rit un peu.

- Bien que j'adorerais te montrer que je peux, Malefoy, j'ai tout de même des bonnes manières. Allez, tiens, tu me fais de la peine.

Malefoy eut un rire moqueur, avant de boire une gorgée de la bouteille.

- Garde-moi d'avoir à te ramener inconsciente à Weasley, veux-tu ? Je suis sur son territoire, il serait malvenu de déclencher un conflit.

Elle sembla se tendre soudain, ses gestes perdant en aisance de manière imperceptible. Elle renifla, avant de lui adresser un sourire froid.

- Amène-lui ce que tu veux, Malefoy, pour ce qu'il est concerné...

Le blond baissa vers elle un regard étonné, la voyant saisir la bouteille et en boire une grande gorgée.

- Weasley et toi vous vous êtes séparés ? Pourquoi ? fit-il sans une once de délicatesse.

- On a eu des différends, coupa Hermione d'un ton sec. Fin de la discussion.

Drago senti monter en lui une foule de remarques acerbes et de blagues graveleuses au sujet du couple et sa séparation, mais le ton d'Hermione l'en dissuada. L'instant était hors du temps et de l'espace, et ces querelles adolescentes lui semblaient presque absurdes par leur incohérence.

- Mais assez parlé de moi, reprit Hermione comme une fleur, j'ai entendu dire qu'Astoria et toi alliez vous marier.

- C'était prévu depuis longtemps.

Doux euphémisme pour un mariage arrangé depuis son enfance.

- Je ne le savais pas, dit-elle simplement.

Il lui adressa un sourire narquois.

- Voyons Granger, tu ne lis pas la presse ? fit-il avec sarcasme.

- Non, répondit-elle. Et du peu que j'ai pu apercevoir, ce n'était pas Astoria Greengrass qu'on voyait à ton bras.

Malefoy s'esclaffa. Il lui tendit à nouveau la bouteille.

- J'ai moi-même fait les frais de ma célébrité, bien qu'elle ne soit pas comparable à la tienne.

Ils venaient d'arriver en bordure du lac. Le sable était frais sous les pieds d'Hermione. Elle perdit son regard dans l'immense étendue d'obsidienne scintillant sous ses yeux, comme si s'y noyer pourrait adoucir l'étau qu'elle sentait enserrer son cœur.

L'immédiate Après-Guerre avait été démentielle. Harry en premier lieu, mais Ron, Ginny et elle par extension, ainsi que tous ceux ayant survécu à la bataille de Poudlard furent érigés en héros de guerre par la communauté magique. Ils furent assaillis de représentants du Ministères, de dignitaires, d'abord, puis publicitaires et de journalistes, et pour finir, de fans, jeunes sorcières et sorciers qu'ils avaient inspirés par leurs exploits maintes fois relatés. Alors que quatre ans plus tard, les procès des Mangemorts touchaient tout juste à leur fin, la Reconstruction en tant que telle n'était pas achevée. Et ses amis et elle en constituaient la figure de proue, toujours sollicités pour encourager l'Effort collectif. Les aspects les plus éreintants de cette pression médiatique constante étaient le rôle d'icône à tenir au quotidien, et les intrusions incessantes dans sa vie privée. Et d'une certaine manière, être ici avec Malefoy la ramenait à des moments de sa vie où elle était plus simple, et plus libre d'être faillible. Pour autant, elle parvenait à entrevoir la sagesse et la force qu'elle avait acquises depuis ses années d'école.

Hermione jeta un regard à Malefoy.

- Je crois bien que je ne t'avais pas vu depuis ton procès.

Le regard de Malefoy se fit plus sérieux. Il s'arrêta sur la plage et perdit son regard à l'horizon. Malefoy aussi avait fait les frais de la célébrité des survivants, d'autant plus par ces deux années de procédure judiciaires qui devaient déboucher sur sa condamnation ou son acquittement. Comme il était mineur au moment des faits, et compte-tenu de l'aide qu'il apportât durant ces deux années au Département de la Justice Magique dans le démantèlement de l'organisation de mages noirs, son procès fut l'un des premiers, et il en sortit libre. Pour autant, Drago avait vécu un véritable acharnement médiatique. Hermione se demandait comment il avait bien pu traverser le déchaînement de haine et de harcèlement qui en avait découlé.

- A ce propos, je ne t'ai jamais remercié, fit-il en regardant le ciel, un petit sourire en coin.

Elle avait témoigné en sa faveur lors de son procès, aux côtés d'Harry. Il allait sans dire que cela avait joué un rôle capital dans son acquittement. Elle eut un petit rire.

- Drago Malefoy qui me remercie, j'aurais décidément tout vu.

Il eut un petit sourire, comme s'il se fichait éperdument de son sarcasme, ou de la référence à l'arrogant garçon qu'il était autrefois.

- Drôle d'époque, hein ? fit-il.

Elle leva les yeux vers les siens, pas certaine de ce qu'il avait voulu dire. Un lampion passa entre eux, flottant paresseusement, insensible aux troubles qui agitaient les deux jeunes gens. Drago l'attrapa, un sourire aux lèvres. Il le tint dans le creux de sa main, et sa lumière douce illumina son visage. Lorsqu'il leva les yeux vers Hermione, ils ne lui avaient jamais paru aussi bleus.

Un peu étourdie, elle se détourna de lui sans parvenir à se défaire du sourire qui s'accrochait à ses lèvres. Elle fit quelques pas vers la rive, et se laissa tomber dans le sable. En portant le goulot à sa bouche, elle senti Malefoy s'asseoir à une distance respectable. Elle but une longue gorgée, tentant d'avaler les flots de souvenirs qui lui envenimaient l'esprit.

- T'as une sacrée descente ce soir, fit Malefoy d'un ton sérieux.

Elle lui tendit la bouteille. Il tenait toujours le petit lampion à la main.

- Malefoy, tu n'as aucune légitimité à déclarer si ma descente est plus sacrée ce soir que tout autre.

- C'est vrai, fit-il dans un rire, mais je peux évaluer par ton degré d'apparente ébriété ta capacité à tenir tout cet alcool. Et tu tiens-là une bonne cuite.

Le visage d'Hermione se figea d'orgueil, et elle darda un regard ferme dans celui de Malefoy. Puis elle éclata de rire.

- Haha, fous-toi de moi Malefoy, t'es complètement saoul.

- Si encore je n'étais que saoul..., fit-il en s'allongeant sur le sable.

Il perdit son regard dans le gigantesque dôme étoilé qui les surplombait. C'était à couper le souffle. Hermione s'appuya un peu plus en arrière, laissant dériver son regard vers le jeune-homme. Elle n'avait jamais remarqué à quel point il était beau.

Il lui était étrange de constater comme ses sentiments à son égard avaient changés. Comment la façon dont elle le percevait à l'époque s'en trouvait bousculée. A Poudlard, sa méchanceté et sa perfidie avaient amené la jeune-fille qu'elle était à développer une violente rancœur, allant jusqu'à modeler dans son esprit l'image qu'elle avait de lui, de son physique. Mais aujourd'hui, après les années, les épreuves, et la certitude qu'il n'était plus ce gamin insolent, ces sentiments avaient laissés place à une drôle d'impression, réservée mais ouverte, à son égard. Il était comme un lien avec ce qu'elle avait été avant cette folie. Le souvenir de ces querelles l'aurait presque attendrie, si les stigmates de ses humiliations cuisantes ne restaient pas aussi vivaces en elle. Pourtant elle avait sur lui un œil différent, c'était évident. Elle ne se serait jamais laissée allé à le voir un comme un bel homme. Ce soir, sa présence, loin de la déranger, l'apaisait étrangement. Elle se demanda un instant la part que l'alcool et la drogue pouvait jouer là-dedans, comme si le fait de le savoir sous psychotropes lui assurait une certaine sécurité vis-à-vis de son caractère belliqueux. Elle en était elle-même sidérée, mais il lui était doucement réconfortant d'être avec quelqu'un qui la considérait comme la personne qu'elle était, et non une héroïne de guerre surmédiatisée.

Elle eut soudainement très envie de lui parler. De lui dire toutes ses choses qui s'entremêlaient dans son esprit, et qu'elle n'aurait jamais osé lui dire si elle n'était pas ivre. Et pourtant, là, maintenant, elle se sentait le courage de laisser parler son cœur.

- Malefoy, fit-elle doucement, pourquoi tu me détestais au collège ?

Il leva vers elle un regard surpris, et fronça les sourcils. Elle entraperçu un air froid sur son visage qu'elle connaissait bien.

- Qu'est-ce qu'il te prend d'un coup ?

La jeune-femme approcha son visage de lui, et le lampion fit briller son regard d'un air résolu.

- Je suis un peu bourrée, et j'ai envie d'en profiter pour vider mon sac. J'ai l'intuition que tu ne te rappelleras pas de cette conversation demain alors, autant en profiter.

Il eut sur le visage un air faussement choqué.

- Tu comptes profiter de mon état de faiblesse pour m'extorquer des informations ?

Elle eut un petit rire.

- C'est pas ça, c'est que... Je ne sais pas. En ce moment tout est dingue, tout à l'air de partir en vrille, et rien ne me semble réel. Et ça, ce moment, c'est un des trucs les plus vrais que j'ai vécu récemment. J'ai l'impression que ce soir, et peut-être juste ce soir, je peux te parler, et que tu ne me jugeras pas.

Drago eut un petit sourire. C'était tellement ironique. Pourtant, les paroles de la jeune-femme faisaient écho à son propre ressenti. Il décida de jouer le jeu.

Il se redressa, et lui tendit à nouveau la bouteille.

- Outre le fait que j'étais un petit con, je crois que je te haïssais parce que tu représentais une aberration de la nature.

Hermione reçut sa remarque comme un coup de poing.

- Excuse-moi ? dit-elle d'un ton glacial.

- Non attends, tempéra Malefoy d'une voix calme, le regard droit. Ce que je veux dire c'est qu'une sang-de-bourbe n'est pas censé être douée en magie.

- C'est ça ton excuse ?!

Il secoua la tête, l'air agacé.

- On m'a élevé pour incarner l'élite des sorciers, Granger. C'est le fondement de nos traditions. Quand une sang-de-bourbe m'a surpassée presque en tout, ça m'a rendu fou.

Il jeta un regard étonnamment franc à travers la lueur douce du petit lampion. Elle avait un air réprobateur sur le visage. Un peu amusé, il se dit que cette expression seule suffisait à caractériser la jeune-femme.

- J'étais une enfant. Je n'avais aucune idée des troubles de ce monde.

Ses yeux semblaient immenses dans la douce pénombre. La tristesse qu'il voyait poindre à travers l'usuel masque de convenances submergea Drago. Il se redressa un peu, son visage soudain sérieux.

- Je t'ai vraiment blessée, murmura-t-il après un moment. Je le regrette sincèrement.

La vérité absolue de cet instant frappa Hermione comme une claque. Leur échange était le plus sincère qu'ils n'aient jamais eut. Elle eut l'étrange impression d'être avec une vieille connaissance, si constitutif de ce qu'elle était aujourd'hui qu'elle le connaîtrait toujours malgré les années s'égrenant entre eux. Malgré leur passif et la rancœur qu'elle nourrissait à son égard, ils avaient toujours eut beaucoup plus en commun que ce qu'ils voulaient bien admettre.

- Merde, je t'ai tellement haï, Malefoy, fit-elle d'un ton las.

Il perçu à peine le regret dans sa voix.

- J'en suis conscient. Et je l'ai mérité.

- Tout ça semble bien futile, aujourd'hui.

Un étrange silence s'installa entre eux. Malefoy regardait sans vraiment le voir le lampion dans sa paume. Hermione déchirait compulsivement l'étiquette de la bouteille de vin. Soudain, Drago se redressa et s'assit en tailleur. Elle interrogea du regard son air espiègle.

- Je te propose un armistice. Une cérémonie afin d'enterrer officiellement la hache de guerre.

Elle eut un petit sourire, restant tout de même sur ses gardes.

- Qu'est-ce que tu proposes ?

L'air de Malefoy se fit enjôleur, et elle se détesta de remarquer le charme dont il transpirait. Elle eut un imperceptible mouvement de recul lorsqu'il se pencha en avant pour attraper la bouteille entre ses mains. Lorsqu'il releva le visage vers elle, son regard fut si droit qu'Hermione se senti rougir.

- Rien ne réunit mieux que l'alcool.

Et il but une longue gorgée, son profil brièvement contrasté sous l'éclat du lampion, avant de tendre la bouteille à Hermione. Un petit sourire aux lèvres, ses iris surréalistes dans le clair-obscur semblaient l'inviter à le rejoindre dans un autre monde. Elle hésita. Pouvait-il vraiment exister autre chose entre eux qu'un tacite évitement mutuel écrasé des non-dits du passé ? L'expression de Drago en cet instant la troublait, parce qu'elle n'aurait jamais pu imaginer qu'elle puisse lui être destinée un jour.

- Je veux que tu t'excuses, lâcha-t-elle d'une voix blanche.

C'était la pure vérité. Elle ne pourrait pas l'appréhender sereinement si elle ne voyait pas son regard lui exprimer des excuses sincères. Il eut l'air surpris. Puis son visage sembla se fermer un instant, avant qu'il ne relève vers elle des yeux résolus.

- Très bien.

Il se redressa, son port altier le faisant soudain paraître étrangement formel. Hermione le regarda prendre une longue inspiration. Une partie d'elle se disait qu'il n'aurait jamais fait ça s'il n'était pas raide mort. Pourtant cette scène lui semblait tellement réelle qu'elle resterait sans doute gravée dans sa mémoire. Elle sonda son regard à la recherche d'une quelconque trace d'arrogance, et soudain chavira.

- Hermione, je te présente mes excuses.

Être tous deux nus n'aurait pas été plus intime que la profondeur du regard qui les ancrait l'un à l'autre. Au fond d'elle-même, Hermione senti remuer un nœud très ancien. L'impression diffuse et éthérée se répandit doucement dans son corps. Elle s'arracha aux orbes horizons pour saisir la bouteille entre eux, et porter le goulot à ses lèvres. Elle réalisa combien de fois leurs lèvres s'étaient succédées sur ce mince anneau de verre, embrassant inconsciemment le souvenir de celles de l'autre. Elle but une lente gorgée, les bulles piquant sa gorge dans leur descente. Et elle voyait clair. En acceptant ces excuses, elle acceptait la mort d'une partie d'elle-même, fillette blessée et déconcertée par ce rejet qu'elle ne comprenait pas.

- Merci Malefoy, répondit-elle d'une voix qu'elle voulut assurée, bien qu'un peu serrée.

Le regard étrange de la jeune femme le désarçonna un peu, mais son sourire était réel. Puis elle posa la bouteille. Malefoy lui lança soudain le petit lampion, qui traça dans l'air une légère courbe dans une lenteur poétique. Elle l'attrapa du bout des doigts.

- A cette réconciliation, fit Malefoy dans un sourire.

- Et a un avenir serein.

Hermione envoya le petit lampion dans le ciel. La lumière bondit vers le ciel, et au moment où elle aurait dû retomber, elle reprit une légère trajectoire ascendante, comme si rien ne l'avait jamais perturbé. Ils restèrent un instant à le regarder dériver, rejoindre ses semblables et se perdre dans l'immensité du ciel, emportant avec lui leurs paroles vers le cosmos.

Hermione se leva, et fit quelques pas vers l'étendue d'eau. Elle avait besoin d'un peu d'air, ce qui était étrange dans cette paisible solitude qui étreignait leur échange. Elle avait du mal à se l'avouer, mais la présence du Serpentard créait une légère tension en elle, curieuse et indéfinissable.

Lorsque ses pieds furent chatouillés par les vaguelettes glacées, elle leva lentement le bras, et attrapa la petite épingle qui maintenait sa coiffure en place, et le retira. Ses boucles cascadèrent sur son dos nu. Elle soupira en sentant son crâne se détendre.

Elle tourna vers le jeune-homme un regard amusé, surprenant son air songeur. Le ciel la drapait de merveille. Elle eut un petit sourire en reconnaissant son châle de soie négligemment posé sur sa nuque. Il la regarda étrangement, ne parvenant pas à chasser la drôle d'hébétude qui perlait dans ses prunelles. Elle s'assit à côté de lui, et lui reprit la bouteille. Ils n'étaient pas loin de l'avoir finie, et Hermione était irrémédiablement ivre. Pourtant elle se délecta de l'excellent cru en fermant les paupières un instant, puis lécha ses lèvres pleines avec une expression de délice. Malefoy la regardait, les petits lampions autour d'eux donnant à l'atmosphère une saveur irréelle. Il ne se souvenait pas qu'elle fût si sensuelle. Plongé dans l'odeur de son écharpe, il lui était difficile de se détacher de sa cavalière d'un soir. Elle lui jeta un regard espiègle.

- Tu imagines si un journaliste nous surprenait maintenant ? Fit-elle dans un petit rire. Leur si précieuse Miss Parfaite-Née-Moldue avec un Mangemort, à siffler du champagne volé au mariage des héros…

- Mangemort relaxé, corrigea Malefoy d'un ton arrogant.

Il s'était rallongé dans le sable, nouant à nouveau les mains derrière sa tête.

- Ça pour être relaxé..., haha !

Il ne releva pas sa piètre tentative d'humour, se contentant de lui adresser un regard faussement dédaigneux, contredit par son léger sourire.

- La drogue fait des merveilles Granger, tu devrais essayer de temps en temps.

Il se redressa, s'appuyant sur son coude, et tourna vers elle un regard empreint d'une trop consciente sensualité.

- Ça t'aiderait à faire passer ton aigreur.

- Eh !

Elle lui lança une poignée de sable au visage. Il se détourna assez tôt pour n'en recevoir que dans les cheveux, et pesta en s'en débarrassant sans pouvoir masquer son sourire.

- Il n'y a vraiment que les Moldus pour être aussi primaires.

- Attention Malefoy, terrain glissant…, dit-elle d'un ton menaçant.

Il lui adressa un sourire ravageur, qui la fit pâlir et rougir à la fois.

- Tu vas encore me frapper ?

Elle eut une expression indignée.

- Tu l'avais mérité, sale fouine arrogante !

- Et voilà, fit le blond d'un air désolé. Notre accord de non-agression est déjà caduc.

- Que veux-tu Malefoy, ironisa-t-elle. Tu sais réveiller certaines choses en moi.

Il fut soufflé. Elle regardait l'horizon, et n'avait pas remarqué son air stupéfait. Il ricana un peu. Elle soupira, comprenant où l'avait mené son esprit tordu.

- Je t'en prie Granger, fit-il dans un sourire lubrique. Parle-moi de ces choses que je réveille en toi.

Elle soupira, le gratifiant de son regard le plus blasé, et pourtant il ne put qu'y voir l'étincelle étrange qui y flottait inconsciemment. Elle se détourna légèrement, faisant mine de détendre sa nuque en l'étirant un peu.

- Sois prudent, Malefoy. Surtout lorsque tu ne sais pas à quoi tu joues.

Elle ne vit pas le légendaire sourire narquois sur son visage. Il vit parfaitement comment les boucles dans lesquelles elle fourragea vaguement retombèrent sur la peau nue de son dos. Elle s'étira, puis se leva, et fit quelques pas en laissant ses pieds plonger dans le sable frais. Il semblait que les réjouissances au loin s'étaient un peu calmées, ou du moins ils ne les entendaient plus. Hermione inspira à plein poumons, savourant la saveur sucrée et fraîche de cette nuit d'été si enchanteresse. Elle sorti sa baguette d'un des plis de sa robe, et la leva en traçant de gracieuses volutes dans l'air. Peu à peu, une bille de lumière extrêmement vive se détacha de la nuit noire. Drago la regardait faire, fascinée. La bille grossit, et à mesure, sa lumière s'adoucit. Lorsqu'elle atteignit la taille d'une orange, Hermione baissa sa baguette et saisi la sphère de lumière dans ses mains. Elle se retourna vers lui, et son visage illuminé lui sourit. Il se demanda sérieusement s'il n'était pas en train d'halluciner toute cette scène. Sinon, comment Granger pouvait lui paraître si belle ?

Hermione déposa la sphère lumineuse sur le sable, proche de Drago, et doucement, s'assit. Elle n'en détacha pas ses yeux las lorsqu'elle s'étendit sur le sable, posant sa tête au creux de sa main.

- Il est idiot, murmura-t-il.

Elle leva vers Malefoy un regard interrogateur, avec la désagréable impression qu'elle n'aimerait pas la suite. Il s'était assis, et la lumière éclairait son visage fin. Un mince sourire dévoilait une fossette dans sa joue, et ses cheveux blonds semblaient scintiller sous la Lune. Son regard anthracite brillait étrangement, rivé au sien.

- Weasley doit être vraiment idiot pour te laisser partir.

Le nom du roux tua pour Hermione l'incompréhensible compliment que Malefoy venait de lui faire. Elle lui jeta un regard froid, sans prendre la peine de se redresser.

- Écoute Malefoy, malgré cette petite discussion et ce moment bien sympathique, tu ne sais pas de quoi tu parles. Alors abstiens-toi de faire ce genre de remarque, ajouta-t-elle d'un ton cassant.

Il eut un air étonné, avant qu'elle ne se détourne pour faire mine de scruter les rives du lac parsemées de petites lueurs flottantes.

- Tu as raison, excuse-moi.

Il était absorbé par son visage. Chacune de ses émotions se trahissait sur sa peau, comme l'imperceptible froncement de sourcils qu'il y avait créé, et qu'il regrettait à présent. Les boucles brunes frissonnaient dans le vent, enveloppant la vision de mystique. Ses prunelles sombres flamboyaient, voilées des fantômes du passé. Il aurait pu faire n'importe quoi pour qu'elles retrouvent l'éclat malicieux qu'elles arboraient quelques instants plus tôt.

- J'avais oublié qu'on ne flirte pas avec Hermione Granger comme avec n'importe qui.

Elle ouvrit de grands yeux, sa bouche s'entrouvrant sous le choc. Elle se redressa en tournant vers lui un regard éberlué. Il le soutint, un sourire terriblement sexy habillant ses yeux d'une lueur charmeuse. Elle décela bien vite l'air rieur que l'alcool et le reste ne lui permettaient plus de dissimuler. Elle haussa un sourcil, ne sentant pas le mince sourire étirer doucement ses lèvres.

- Tu me dragues, Malefoy ? dit-elle d'un ton sceptique.

Il se fendit d'un sourire ravageur qui la fit rougir sans qu'elle se sache trop pourquoi.

- Tu aimerais bien…

- Ce n'est pas ce que…

Elle s'interrompit en un soupire en le voyant hilare. Il se foutait d'elle et elle fonçait droit dans son piège. Il était décidément entraîné à ces petits jeux d'apparences. Il se redressa, se leva, et épousseta son pantalon avant de glisser ses mains dans ses poches. Il avait toujours cette lueur enjôleuse au fond des yeux lorsqu'il tourna vers elle un petit sourire.

- Et pourquoi pas, Granger ?

Elle eut l'air interdit. Elle fronça les sourcils, ses yeux brillants indiquant qu'elle cherchait à comprendre où il voulait en venir.

- Parce que tu as une fiancée ?

Malefoy eut un petit rire sans joie.

- Mon mariage avec Astoria relève plus du protocole que de l'amour, tu sais.

Il fit quelques pas dans le sable, s'approchant de la jeune-femme. Elle s'était assise en tailleur dans le sable.

- Et je ne te parle pas de t'enfuir avec moi.

Une expression sidérée sur le visage, elle sonda son regard en cherchant à savoir où il voulait en venir, sans parvenir à échapper à l'hypnotisante parade symbolique qu'il jouait devant elle. Ecrasée par son charisme qui la dominait de toute sa hauteur, elle trouva quand-même la ressource de répliquer assez froidement.

- Mais de quoi tu parles ?

Il darda dans ses yeux farouches un regard brûlant. Ses lèvres minces s'étirèrent en un sourire coquin.

- Juste de s'amuser un peu.

Hermione eut l'air d'atteindre son point de rupture. Elle se leva d'un bond. La bouteille vide roula dans le sable. Elle s'approcha un peu trop vivement de lui, si bien qu'elle se senti désarçonnée quand, face à sa carrure qui la surplombait d'un air tranquille, elle se senti soudain toute petite. Les mots cinglants qui fusaient dans son esprit s'évanouirent lorsqu'il plongea dans le sien un regard étincelant, prédateur. Il semblait s'être pris au piège de sa propre farce. Les prunelles sombres de la jeune-femme ne perdirent pas leur méfiance lorsqu'il fit un lent pas vers elle.

La respiration d'Hermione s'accéléra lorsqu'elle senti l'odeur du jeune homme l'envelopper, et qu'un sourire envoutant se dessinait sur ses lèvres. Elle senti s'insinuer en elle une étrange chaleur, familière.

Malefoy la scrutait attentivement, avec une étonnante acuité pour son état.

Hermione senti un bourdonnement naître dans sa tête et dans son ventre. Ses yeux s'ouvrirent plus grands lorsqu'avec une lenteur calculée, Malefoy leva une main vers son visage.

Il semblait mesurer chacune de ses réactions, et agir en fonction d'elles. Il laissa ses doigts en suspens, si proche de sa peau qu'elle en senti la chaleur contre sa joue. Il écouta son souffle saccadé, et attendit l'imperceptible expiration avant d'effleurer doucement sa peau du bout des doigts.

Hermione frissonna profondément, fermant involontairement les yeux à son contact. L'index de Malefoy marqua l'arrête de sa mâchoire, avant de venir tracer l'ourlet de sa lèvre inférieure dans une caresse infiniment délicate. Il se laissa aller un instant à observer le contraste que sa propre peau, d'une pâleur fantomatique, créait avec celle, cuivrée, de la sorcière.

Hermione ouvrir des yeux habités de brumes, à fleur de peau. Son regard se posa sur la bouche de Malefoy, légèrement entrouverte. La violence de son attraction pour lui la foudroya. Elle entendit sa morale hurler quelque chose, mais l'ivresse l'empêchait de l'entendre clairement. Et de toute façon, c'était bien loin de ses préoccupations actuelles.

Elle leva les yeux vers ceux du Serpentard, et plongea dans ses orbes magnétiques qui la dévoraient du regard. Imperceptiblement, la main de Malefoy contre sa joue se fit plus pressante, comme si l'avoir découverte du bout des doigts l'autorisait à approfondir ses caresses.

Lorsque le visage de Malefoy s'approcha du sien, elle se senti défaillir. Soudain, elle posa sa main à plat contre son torse, arrêtant nette sa progression. Il lui jeta un regard masquant mal sa surprise en croisant celui d'Hermione, où un certain amusement perlait sous un désir brillant.

- Tu sais vraiment t'y prendre avec ces choses-là, murmura-t-elle d'une voix un peu rauque.

Elle déglutit difficilement, baissant son visage vers sa propre main, toujours posée contre le pectoral du blond, sous lequel elle sentait son cœur battre. Rapidement.

La main de Malefoy retomba mollement, laissant sur sa joue un vestige vibrant de sa présence. Elle ne voulait surtout pas croiser ses yeux.

Elle s'écarta doucement de lui, sans pour autant se départir d'un mince sourire, ni retirer sa main de son torse chaud. Elle ne voulait pas rompre ce contact, hallucinant de douceur et de naturel. Elle n'aurait su dire comment, mais elle savait que sous toute son ingénierie séductrice, Malefoy avait sincèrement désiré l'embrasser. Elle en avait eu envie aussi. D'une puissance dévastatrice qui l'avait profondément chamboulée.

Avec une pointe de regret, elle laissa courir ses doigts sur l'étoffe de sa chemise, avant de rompre le contact. Elle était résolue à partir, à laisser derrière elle la magie de cette étrange rencontre pour s'en retourner au monde avant que tout cela ne prenne une tournure trop réelle.

Elle senti le Serpentard la saisir par le poignet, avec une douceur empreinte de fermeté. Elle ne put retenir un regard vers lui, ce regard qu'elle avait voulu éviter car il ne présageait que trop de choses qu'elle se sentait incapable de gérer.

Les yeux gris et brûlants de Malefoy l'aspirèrent à nouveau, et elle en oublia son désir de fuite. Un flot de sentiments déferla en elle, suspendus dans le lien puissant qui se tissait par ce simple regard.

- Reste, murmura Malefoy d'une voix basse.

Le désir ravageur dans ses prunelles résolues provoqua un intense frisson qui vrombit le long de sa colonne vertébrale. D'un mouvement léger mais expert, Malefoy l'amena à lui. Son autre main se posa dans son dos, et la première remonta le long du poignet d'Hermione pour venir caresser sa paume. Elle tressaillit lorsqu'il mêla ses doigts aux siens. Puis, sans la quitter des yeux, il l'attira doucement contre lui.

La chaleur de son corps se diffusa dans tout son être. Il cherchait toujours dans ses yeux effrayés le point de bascule, mais elle semblait ne pas croire à ce qu'il se passait.

- Danse avec moi, murmura-t-il dans un souffle qui balaya sa tempe.

Elle laissa échapper un soupire, soudain trop grisée de désir pour tenter de luter. Elle se laissa aller contre l'électrisante sensation de son corps musculeux, et sa main libre trouva d'elle-même une place sur son épaule. Il était vraiment grand. Elle se sentait minuscule dans ses bras. Dans ses bras…

Le regard apeuré qu'elle leva vers Drago lui indiqua clairement qu'elle avait percuté la situation. Une lueur férocement déterminée traversa le visage du blond tandis qu'il raffermissait sa poigne contre sa taille. Il n'était pas certain de parvenir à la laisser s'enfuir.

- Je t'en prie, juste une danse, fit-il fermement.

- Mais… Il n'y a même pas de musique… balbutia-t-elle.

Ses paupières papillonnaient, son visage complètement grisé.

- Ecoute, murmura-t-il à son oreille.

Hermione ferma les yeux. Les effluves du parfum de Drago l'enveloppèrent. Les bruits de la nuit s'estompèrent un peu, pour laisser venir à ses oreilles le son étouffé du bal, bien loin d'eux à présent. Une douce mélodie perlait dans l'air, d'une lenteur lascive sur laquelle elle senti à peine Drago calquer une légère valse.

Ils ne dansèrent pas à proprement parler, chacun d'eux étant trop distrait par le contact de l'autre et le bonheur subjuguant qu'il leur procurait pour prêter attention à la musique. Drago la maintenait contre lui comme s'il craignait qu'elle ne se dérobe, l'entraînant dans un doux balancement. Elle ne put bientôt plus soutenir son regard, et elle posa sa tempe contre son torse en un soupire, traversée par la vague d'émotions qui menaçait de les faire chavirer. Hermione n'avait jamais éprouvé un pareil sentiment, d'une douceur infinie qui lui remuait pourtant les entrailles avec une puissance dévastatrice. Elle se demanda furtivement si elle serait capable de l'éprouver à nouveau un jour. Ou de l'oublier.

Une bulle tiraillait son bas-ventre tandis que les doigts de Drago vinrent caresser l'ourlet de sa robe, là où se dévoilait la peau de son dos.

En silence, le froissement de leurs pas dans l'herbe ne suffisait pas à briser la magie de l'instant. Hermione se laissa aller à imaginer, ce que cela aurait pu être. S'il n'y avait eu le passé, les engagements présents. Si seulement…

Toute cette situation semblait absurde, comique même. Pourtant il n'y avait pas un endroit ni un moment au monde où elle aurait préféré être. Se laissant porter par le pas expert de Drago, elle oublia pourquoi elle avait intérieurement lutté pour se soustraire à cette délicieuse emprise.

Lorsque Drago l'entraîna dans une ultime ronde avant de doucement s'immobiliser, elle eut besoin d'un souffle pour réaliser que la danse qu'il lui avait demandé était finie. Avec douceur, il relâcha la poigne qui la maintenait contre lui et sa main laissant la sienne. Elle s'y accrocha, involontairement, refusant de briser cette étreinte interdite. Toujours lovée contre son torse, elle refusa de le laisser s'éloigner, car cela aurait installé une distance entre eux que, bien qu'elle soit inévitable, elle ne voulait pas encore accepter.

Malefoy saisit doucement son menton, et leva son visage vers le sien.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, voilés de désir, elle croisa ceux, étonnement clairs, de Drago. Il la regardait avec une faim dévorante, résolue, malgré tout teintée d'un léger amusement.

- Ce n'était pas si terrible, n'est-ce pas ? murmura-t-il en un sourire.

Les fossettes au coin de sa bouche subjuguèrent Hermione. Il avait à présent un air étrange, un peu formel, qu'elle ne lui connaissait pas. L'air de celui qui cherche à retrouver son rôle. Il s'écarta un peu d'elle, avec une infinie tendresse. Hermione le regarda sans comprendre. Le brusque sentiment de froid qui imprégna son corps électrisé par son contact l'aida à prendre conscience de la violence du désir qui la tenaillait. Il lui adressa un petit sourire, étrange : sincère, presque gêné par tant d'intimité. Elle ne pouvait pas le croire. C'était tout ?

Elle fit un pas vers lui. Elle refusait que cette flamme ne s'éteigne. Pas tout de suite… Elle posa ses mains contre son torse, avide de le toucher maintenant qu'elle y avait gouté, et leva vers lui un regard trouble d'envie. Les prunelles de Malefoy trahirent son étonnement. La lueur effarée qu'elle y lut tandis qu'elle se pressait contre lui en le dévorant du regard lui donna envie de rire. Elle glissa ses doigts sur sa nuque, et plongea dans ses cheveux si doux. Il n'esquissa pas le moindre mouvement. Elle se hissa sur la pointe des pieds. Le souffle de Drago se fit court contre son visage. Son regard fut happé par ses lèvres fines, entrouvertes et frémissantes. Il avait l'air désarçonné, sans pour autant chercher à s'enfuir. La suite pourrait sceller à tout jamais leur destin. L'histoire pouvait basculer en un instant. Plus rien ne serait jamais pareil si ils… si elle osait…

Elle avait l'impression qu'une multitude fils électriques l'avait tissé à Drago Malefoy. A cet instant, le bout de ses lèvres la picotait délicieusement, son corps anticipant l'urgence vitale de combler le vide, d'ancrer cet instant dans l'éternité, fusse-t-elle aussi brève que leur valse.

Alors elle sombra, et combla l'espace entre eux. Lorsqu'elle effleura sa bouche du bout des lèvres, il soupira comme s'il abandonnait à son tour sa garde. Elle l'attira alors à elle plus férocement, et posa résolument ses lèvres sur les siennes. Leur baiser les suspendit dans le temps et l'espace. Tous deux sidérés par la douce violence du contact, ils furent soudain secoués par la déferlante d'émotions qui les faucha tous les deux.

Hermione perçu très clairement Malefoy se figer contre sa bouche, avant de revenir à la vie et de dévorer ses lèvres avec une avidité croissante. Il passa un bras autour de sa taille et la serra furieusement contre lui, lui arrachant un gémissement contre ses lèvres. Son autre main l'attrapa par la nuque, fourrageant dans ses boucles et l'invitant à approfondir leur baiser.

Des vagues successives de désir et de frissons ravageaient la jeune-femme, dont les jambes tremblaient d'émotions. Embrasser Drago Malefoy semblait être la chose la plus exquise, la plus naturelle au monde en cet instant. Leurs bouches s'accordaient en un ballet de baisers de plus en plus appuyés. Elle saisit sa lèvre inférieure entre les siennes, la suçotant inconsciemment en se délectant de ses caresses dans ses cheveux. Malefoy émit un grondement rauque contre sa bouche.

Et il lâcha soudain prise. Hermione senti le corps contre le sien se tendre soudainement, et elle senti sa poigne se serrer contre son dos et ses cheveux. Elle entrouvrit les lèvres sous la pressions soudaine, et Drago s'y engouffra d'un mouvement expert. Hermione gémit en sentant la langue du Serpentard caresser la sienne, dans un baiser fiévreux qui la tirailla au plus profond du bas-ventre. Hermione laissa ses mains parcourir le large dos du blond, s'accrochant soudain à sa chemise lorsqu'elle le senti immiscer une jambe entre ses cuisses. Soudés l'un à l'autre dans ce baiser foudroyant, elle le pressa plus fort contre elle, le désir lancinant dans son ventre.

Drago descella leurs lèvres, haletant, tandis qu'elle sentait la tête lui tourner. A peine eut-il lâché sa bouche qu'elle ressenti le manque. Il plongea son visage dans son cou, le souffle court, se noyant dans l'odeur de ses cheveux. Hermione s'arrima à ses épaules pour ne pas défaillir, mais lui-même semblait chancelant.

- Drago, gémit-elle sans s'entendre.

Elle laissa échapper un cri de surprise : Drago l'avait saisie par les hanches, la soulevant de terre en enroulant les jambes de la jeune-femme autour de sa taille. Accrochée à ses épaules, elle avait désormais le visage à la hauteur du sien. Et son regard était si noir de désir, si envoûtant qu'elle ne le senti pas tomber à genou et l'allonger dans l'herbe de la prairie.

Le souffle court et le regard étonnement sérieux, Malefoy fondit à nouveau sur ses lèvres, qu'il embrassa avec une passion telle qu'elle ressemblait à de la fureur. Hermione se senti chavirer sous les vagues de désir qui émanaient du jeune-homme, par sa puissance animale qui transpirait de chacun de ses gestes. Il caressa sa cuisse, et elle enserra sa taille entre ses jambes.

Fiévreuse, elle senti le bassin de Drago glisser contre le sien, tandis qu'il quittait ses lèvres et encadrait son visage par l'appui de ses coudes. Il posa son front brûlant contre le sien. Elle eut un mouvement compulsif, serra ses cuisses autour de lui en le forçant à approfondir le contact. Il gronda. Elle soupira, passant ses doigts dans les mèches blondes qui tombaient sur son visage. Elle voulut l'attirer à elle, reprendre ce baiser survolté pour lesquelles ses lèvres hurlaient encore famine. Mais soudain, Drago s'arracha à ses bras et roula sur le côté, s'étendant dans l'herbe, le souffle erratique.

Elle lui jeta un regard enfiévré. Il se frotta le visage d'une main. Sa peau brillait presque sous la Lune.

Hermione avait depuis longtemps relégué sa capacité de réflexion dans un recoin de sa tête, pour ne plus obéir qu'au sourd instinct qui grondait dans son ventre. Elle roula à son tour sur Malefoy, emprisonnant son visage entre ses mains plaquées au sol. En s'allongeant contre son corps, elle senti clairement son excitation contre la sienne, et elle vrombit littéralement de désir. Un mouvement compulsif du bassin contre le sien arracha un soupire à Drago, qui rouvrit les yeux pour contempler la jeune-femme au-dessus de lui. Il eut un sourire extasié, laissa son regard brûlant parcourir son corps : sa poitrine frémissante sous sa respiration saccadée, la peau sombre et nacrée de ses cuisses qui paraissait sous l'étoffe claire de sa robe, enserrant fermement son propre bassin.

- Par Salazar, Granger, soupira-t-il. Hermione, je…

Elle se cambra contre lui, et attrapa sa main, qu'elle posa contre sa poitrine. Malefoy, fébrile, caressa l'arrondit de son sein et Hermione gémit d'appréhension, prête à se déshabiller immédiatement, ne serait-ce que pour sentir ses doigts parcourir sa peau.

La main de Malefoy quitta son buste et remonta lentement le long de son cou. Un éclair de désir, sombre et violent, traversa ses prunelles, et il serra doucement sa poigne contre sa gorge, arrachant à Hermione un halètement. Puis Drago glissa vers son épaule. Il se redressa, et d'une douce pression, invita Hermione à descendre, à regagner l'herbe fraîche à ses côté, mettant fin à leur étreinte brûlante.

Elle lutta au début, son regard noir se teintant d'incompréhension. Puis, sous le regard doux de Malefoy, elle se détacha de lui et s'étendit à nouveau près de lui. Elle tenta de reprendre son souffle. Malefoy s'accouda dans l'herbe, surplombant légèrement la jeune femme. Elle le dévorait toujours du regard, et il aurait eu du mal à ne pas faire de même.

Malefoy fit courir ses doigts le long de la joue d'Hermione, subjugué par sa beauté. Il descendit le long de son cou pour aller effleurer la naissance de ses seins.

Hermione se redressa, pleine d'espoir, prête à fondre à nouveau sur lui, mais il eut un petit rire devant son empressement, et appuya à nouveau sur son épaule pour l'amener à se rallonger.

- Qu'est-ce qu'il y a ? murmura Hermione, un voile de contrariété passant sur son visage baigné par le clair de Lune.

Un sourire amusé fendit le visage de Malefoy. Il lui jeta un œil avisé.

- On est bourrés, Granger.

Elle haussa les sourcils, sans comprendre. Oui, et ? C'était le but non ?

- J'ai été élevé en gentleman, expliqua Drago sans prêter attention au ricanement moqueur de la jeune-femme. Et quoi que tu en penses, ça serait clairement abuser de toi que d'aller plus loin. Et malgré l'envie que j'ai de te faire l'amour, ça ne serait pas correct.

Hermione se redressa brusquement.

- Alors quoi ? fit-elle, soudain douchée. Chacun repart de son côté comme si de rien n'était ?

Malefoy émit un son entre le sifflement et le soupire, et attrapa à nouveau son épaule. Il la força à se rallonger auprès de lui, ce qu'elle finit par faire bien que son visage reste marqué de colère et de frustration.

Légèrement amusé, Drago lui jeta un regard intense. Il avança la main, et saisi une de ses boucles brunes qu'il caressa du bout des doigts.

- Est-ce que tu en as vraiment envie ?

- Bien sûr, fit Hermione d'un air agacé.

- Je veux dire, est-ce que tu en aurais envie si tu étais sobre ? Est-ce qu'on en serait là si on était nets quand je t'ai abordé tout à l'heure ?

Elle fronça les sourcils. Son regard s'était fait sérieux.

- Bien sûr que non, Drago. Mais toi non-plus tu ne l'aurais pas fait. C'est le principe, non ?

- Alors qu'est-ce qui t'assure que tu ne le regretteras pas demain ?

Malgré l'ardent désir qui vrillait encore ses prunelles, il planta dans ses yeux un regard droit, sérieux, qui fit perdre à Hermione son air réprobateur.

- Hermione, murmura-t-il presque pour lui. Ce qu'il s'est passé, ce qu'il se passe ce soir est... Incroyable. Renversant. Inattendu et délicieux.

Elle eut un sourire. Il lui rendit en demi-teinte, son regard toujours résolu.

- Mais je suis sûr que tu es consciente toi aussi du fait que c'est l'alcool, et pour ma part, la drogue, qui ont fait tomber les masques, et les convenances entre nous.

Elle cilla, trahissant ses pensées. Il avait raison. Jamais cela ne serait arrivé autrement. Mais pourtant, elle avait toujours envie de se jeter sur lui pour lui arracher ses vêtements.

- Rien de cela ne serait arrivé si nous étions en pleine possessions de nos moyens.

Elle perdit son sourire. Une étrange lueur, emprunte de tristesse, passa dans son regard. Une saveur amère lui emplit la bouche. Elle redoutait ce qu'elle sentait arriver.

Drago sembla s'en rendre compte, et il s'avança vers elle pour déposer un baiser sur son front.

- Si quelque chose se passe entre nous, je veux que ça soit parce que tu le veux, vraiment. Pas uniquement parce que la nuit est d'une beauté envoûtante ou parce que le champagne français peut faire tomber toutes les inhibitions.

Le regard qu'il plongea alors dans le sien fut si profond qu'elle eut l'impression de se tenir au bord d'un immense précipice.

- Je te propose un marché. Demain, lorsqu'on se réveillera tous les deux - chacun de notre côté, Hermione, précisa-t-il à son sourire lascif. Demain, lorsqu'on sera écrasé par la gueule de bois, j'aimerais qu'on repense à ce soir, et qu'on se demande si on en a toujours envie. Si tel est le cas, on pourra se revoir.

Elle eut un petit sourire en coin. Ses yeux noirs pétillaient de malice et d'espoir. Elle savait très bien que, alcool ou pas, elle ne pourrait oublier leur étreinte, son naturel, la violence du désir qui les avaient transpercé tous les deux, et noués au ventre. Un voile d'ombre traversa son esprit échaudé.

- Et si c'est le cas, tu comptes tromper ta fiancée avec moi ?

Le simple fait d'avoir prononcé ces mots, d'une voix trop cassante, lui fit l'effet d'une douche. Malefoy, s'il en fut troublé, n'en laissa rien paraitre. Sa main courant toujours sur la joue d'Hermione, il reprit d'une voix douce.

- Je t'ai déjà dit que mon mariage avec Astoria était arrangé par nos familles. Je l'apprécie sincèrement, mais il n'y a pas d'amour entre nous. Notre union ne tient que sur des convenances.

Il lui jeta un regard étrange, légèrement provocateur.

- Elle-même a des amants, tu sais. Mais si tu y tiens, je lui en parlerais.

Elle ouvrit des yeux ronds. Tout ça prenait une tournure très sérieuse.

- N'en parlons pas pour l'instant, tu veux, reprit-elle en se redressant. Laissons les considérations pratiques à demain.

Elle darda dans ses yeux un regard enjôleur.

- Si il y a la moindre chance pour que tu regrettes tout ça demain, Malefoy, je compte bien profiter de toi autant que possible.

Et dans un geste mesuré, elle approcha à nouveau ses lèvres avides des siennes. C'est Drago lui-même qui la saisi par la nuque et l'attira à lui pour la dévorer d'un baiser enfiévré. Tous deux perdus dans les hautes herbes du parc de Poudlard éclairé de lucioles, ils restèrent l'un contre l'autre dans une étreinte langoureuse, qui les tenailla au ventre jusqu'au petit matin.

Lorsqu'Hermione reprit ses esprits, elle était seule, étendue dans l'herbe fraîche sous la lumière rosée de l'aurore. Elle mit un peu de temps à se souvenir d'où elle était. Au loin, elle entendait des bribes de voix qui provenait du lieu des festivités, certainement appartenant aux ouvriers engagés pour démonter le site. Elle se redressa, une douleur lancinante dans les tempes. Elle remarqua qu'elle était couverte de son étoffe de soie et soudain, tout lui revint.

Les souvenirs de la veille remontèrent par vagues. Malefoy. Son allure affriolante dans son smoking. Son regard gris et clair sous la lumière des étoiles. Leur armistice, la promenade au clair de Lune. Son petit sourire en coin, ses yeux enjôleurs. Ses lèvres... ses lèvres qui dévoraient les siennes avec une passion effrénée. Son désir ravageur contre son bas ventre... Rougissante, elle ferma les yeux.

Elle se remémora sa propre fièvre, son empressement lorsqu'elle avait chevauché Malefoy, et sa frustration lorsqu'il l'avait gentiment repoussée. Son attitude sans gêne lorsqu'il lui avait fait comprendre que les choses allaient trop vite. Elle fut saisie par la honte.

Invoquant de l'eau du bout de la baguette, elle but à grandes gorgées pour calmer la sécheresse de sa gorge et s'aspergea le visage. Merlin, comme elle se sentait honteuse d'avoir à ce point entrainé Malefoy sur la pente glissante. Tout ça lui semblait sidérant maintenant qu'elle était sobre, et qu'il faisait jour. Outre le fait que n'importe qui passant par-là aurait pu les surprendre, il s'agissait de Malefoy... Elle ferma les yeux. Elle se souvint de ses mots de la veille : « Rien de cela ne serait arrivé si on était en pleine possession de nos moyens ». Il avait raison. Au moins, se dit-elle amèrement, l'un d'entre eux avait su rester digne... Elle se laissa à nouveau tomber dans l'herbe, et inspira profondément pour faire passer la nausée qui venait de la saisir. Il fallait qu'elle rentre chez elle.

Lorsqu'elle s'en senti capable, elle se releva péniblement dans le soleil vif de cette matinée de printemps. Malgré sa beauté naturelle, le parc semblait avoir perdu de sa magie de la veille, sans la nuit envoûtante, les étoiles et les lampions qui le peuplaient. Elle réalisa qu'elle était pieds nus, et franchement sale d'avoir marché dans l'herbe toute la nuit.

- Accio chaussures, marmonna-t-elle d'une voix rauque.

Elle vit sa paire de sandalettes bondir dans l'herbe à quelques mètre de là, et filer vers elle. Elle les attrapa au vol. Elle les chaussa rapidement, et se secoua mentalement, se préparant à transplaner.

En arrivant dans son petit appartement londonnien, une bouffée de mélancolie lui étreignit le cœur. Elle était habituée aux lendemains tristes, mais après cette nuit féérique, son comportement humiliant et cette gueule de bois sévère, revenir chez elle dans sa morne solitude avait un parfum amer. Elle attrapa un fruit dans la corbeille et se posa à la fenêtre, regardant défiler les passants pour tromper sa tristesse. Elle se sentait un peu sonnée, malgré tout. Les yeux anthracite de Drago Malefoy la déshabillant du regard hantaient toujours ses pensées.

« J'aimerais qu'on repense à ce soir, et qu'on se demande si on en a toujours envie ».

Elle était bien incapable de le dire à cet instant. De toute façon, elle doutait fortement que Malefoy, lui, en ai toujours envie.

Elle se releva, drapée d'accablement, et se traina difficilement vers la salle de bain. Elle laissa tomber sa robe, son châle et ses chaussures au sol avant de s'engouffrer sous une douche brûlante et réparatrice. Elle laissa l'eau couler sur elle comme si elle pouvait laver ses pêchés. Après seulement, elle se senti un peu moins honteuse, et s'enveloppa dans un peignoir molletonné avec la ferme intention de se vautrer sur le canapé avec un bouquin et une tisane pour le reste de la journée. Elle entreprit cependant d'écrire un mot de remerciement à Harry et Ginny pour la fête, et l'envoya porter par sa chouette hulotte. Elle allait refermer la fenêtre lorsqu'elle aperçut un point sombre dans l'horizon bleu, qui s'approchait rapidement. Un drôle d'espoir fit faire à son cœur un saut périlleux.

Quelques minutes plus tard, un hibou grand-duc d'une magnifique envergure s'engouffra dans la pièce. Il portait à la patte un petit rouleau de parchemin marqué d'une encre d'un vert profond.

Mademoiselle Granger,

J'espère que cette nuit à la belle étoile t'as laissée suffisamment reposée pour pouvoir réfléchir à notre discussion d'hier soir. Personnellement, j'ai respecté notre accord, et ai attendu d'être parfaitement sobre pour t'écrire.

Accepterais-tu une invitation à dîner ?

Sincères salutations

D. M.

Elle esquissa un sourire. Un tiraillement familier s'était réveillé dans son ventre.


NDA :

Cet OS appelle clairement une suite -sur laquelle j'ai déjà ma petite idée- mais comme il s'agit de ma première publication, j'aimerais beaucoup avoir vos retours pour savoir si ça vous a plu, et me motiver à vous raconter la fin de l'histoire :)