Genre : ficlet
Timeline :
passé
Univers :
manga
Spoiler :
sur Kunzite et Venus. Écrit en 2018.


La prune(lle) de tes yeux

L'alcool de prune distillé par l'aubergiste était d'une traîtrise folle. Kunzite se demandait encore comment il avait pu en boire suffisamment pour se trouver aussi désinhibé. Il venait rien moins que faire ouvertement du plat à Venus, Sailor Senshi et Princesse héritière de la planète éponyme. Techniquement, elle n'avait aucun droit de se tenir à la table de la taverne la plus réputée d'Ys et elle n'était donc pas en position de demander réparation – le fait qu'elle fût aussi enivrée que lui y jouait également un rôle – mais Kunzite s'horrifiait lui-même. Du moins le peu de conscience vierge de toute molécule d'alcool s'horrifiait de ses manières tandis qu'une léthargie béate et bienfaisante engourdissait ses perceptions.

Son baise-main avait été étonnamment sûr et bien visé, avec ce qu'il fallait de nonchalance naturelle et de séduction pour faire rougir Venus. La demoiselle était innocente mais les jeux de séduction et d'amour chaste étaient loin de lui être inconnus la voir ainsi embarrassée et charmée était une victoire dont son ego grisé par la prune liquide s'enorgueillissait. Elle avait même gloussé.

Puis leurs regards s'étaient accrochés, le temps, suspendu. L'enivrement s'effaça et ne resta que les courts battements puissants et sourds qui martelaient dans leurs poitrines. Kunzite espéra que ce fût pareil pour elle. Il ne pouvait qu'être pareil pour elle. Il y avait quelque chose, n'est-ce pas ? Son regard était d'une intensité irréelle, impossible à contrefaire. Pas avec cet alcool traître dans les veines. Elle le fixait comme pour graver chaque trait, chaque infime imperfection de son visage elle semblait observer une œuvre adorée, fascinante et l'azur reflétait l'acier de ses yeux. Comme deux miroirs, ils se disaient silencieusement les mots qu'ils ne pouvaient évoquer de vive voix.

Elle était fascinante, fascinée. Il était passionnant, passionné. Ils venaient de se rendre compte de leur attirance.

Puis le temps reprit ses droits quand une main aux longs doigts déliés pinça subitement la cuisse du guerrier et que des yeux de chats le foudroyèrent. La voix de leur propriétaire proposa un nouveau fond de prune et on oublia ce qui venait de passer, accusant le liquide translucide aux effets traîtres.

Du moins, on le fit croire.