Genre : one-shot
Timeline :
passé
Univers :
alternatif avec Fem!Zoisite (Epidote)/Endymion et Serenity/Kunzite
Spoiler :
aucun
Note : Dwyrain est le territoire-patrie de Zoisite, équivalent dans mes histoires à l'extrême-orient


Pluie du renard

L'orage gronda. Le joli pique-nique tourna à la catastrophe lorsque de lourds nuages gris puis franchement noirs vinrent occulter le doux soleil vernal. Les Terrans remballèrent rapidement les victuailles et la belle couverture de laine lémur que la Reine Gallea avait tissée pour les noces de son fils avec Serenity. Si la pièce était belle, Endymion ne supportait pas ce qu'elle signifiait et il avait sans remords pris l'étoffe comme simple tapis. Zoisite ne manqua pas d'attraper la délicieuse tarte aux poires de Kéniane qu'il eut été un crime de laisser prendre l'eau. Ils le sentaient dans l'air : la pluie allait s'inviter à la petite fête.

Ça ne manqua pas : à peine avaient-ils rejoint le joli kiosque près de l'étang des cygnes que les gouttes tombèrent, de plus en plus fort. Les trois Terrans grognèrent, dépités de voir leur si belle journée ainsi gâchée mais se stoppèrent dans leurs jérémiades quand ils virent Serenity. Ses yeux étaient grands ouverts et admiraient la pluie tomber en trombes. Nombreuses étaient les fontaines au Moon Castle et la grande allée y menant était bordée de piliers ruisselant mais jamais l'héritière sélénite n'assista à tel spectacle. Elle glissa sa main hors du kiosque pour sentir la pluie fraîche sur sa peau et un rire cristallin lui échappa. Le tonnerre gronda un coup, la faisant sursauter et instinctivement reculer, puis bientôt, le vent en altitude chassa les nuages orageux pour les remplacer par un ciel bleu aux grosses masses cotonneuses d'un blanc brillant. La pluie continuait et faisait étinceler tout ce qu'elle touchait.

« La pluie tombe sans nuages, s'émerveilla la jeune fille, prenant à témoin ses trois amis. Comment cela est-il possible ? »

La candeur de Serenity les sortit de leur déception et sa réflexion rappela une légende des terres d'Extrême-Orient :

« Une peuplade de Dwyrain appelle ce phénomène le mariage du renard. Selon une croyance, une telle pluie tombe lorsque des renards se marient. À la fin des noces, la divinité protectrice des céréales, qui se métamorphose en renard, bénit l'union en faisant tomber une pluie salvatrice pour les cultures et donc pour la pérennité de la descendance. »

La Princesse de la Lune buvait les paroles de son amie puis piailla comme une enfant, oubliant toute réserve, lorsqu'un arc-en-ciel apparut enfin. Sur la Lune, tout était gris ou blanchâtre, le ciel, bien qu'illuminé par la magnifique perle bleue, était continuellement de nuit. Les couleurs sur la Lune étaient artificielles, créées par la main humaine, alors ce qui était pour les Terrans une vision agréable mais récurrente se changeait en spectacle divin pour Serenity. Un tel concentré de couleurs déclinées sur un – non, deux arcs ! – ne pouvait être qu'un cadeau de la Nature et la princesse l'acceptait de tout cœur, ses yeux commençant à briller de larmes à force d'être ouverts pour ne pas en perdre une miette.

Kunzite échangea un regard amusé avec Zoisite puis s'approcha de sa mie. D'une voie douce, à peine plus qu'un murmure, il l'invita à faire un vœu, comme on le faisait avec les enfants.

« Un vœu ?
– Oui, l'arc-en-ciel mènera votre vœu jusqu'à Ymai et si la Déesse décide qu'il vaut la peine et que vous êtes la première à formuler, elle l'exaucera. Mais elle n'accepte que les vœux de bonheur pour soi. »

Elle sembla réfléchir un instant puis décida qu'elle n'avait pas besoin de faire ce vœu.

« Je suis déjà heureuse, mes amis, déclara-t-elle avec un immense sourire, ses yeux posés sur les trois Terrans. Et puisque je ne peux faire un vœu de bonheur pour autrui, alors je le laisse à un autre. »

Endymion et Zoisite rirent tendrement, toujours aussi surpris par la candeur et la bonté d'âme dont faisait preuve la Sélénite. Kunzite, lui, la regarda avec ce sourire qu'il n'arborait qu'en sa présence et que le Prince voyait pour la première fois. L'affection qu'il portait à sa comparse lunaire croissait à mesure qu'il apprenait à vraiment la connaître, surtout quand il remarquait qu'elle rendait Kunzite heureux. La main qu'il glissa dans celle de Zoisite, porté par la douceur du moment, fut bien accueillie.