Réaction

Rose quitta la bibliothèque, le souffle court. Elle ne savait plus comment réagir face à Scorpius. Elle l'aimait autant qu'elle le détestait. Outre les Aspics qui l'angoissaient au plus haut point, elle songeait sans arrêt à l'après Poudlard. Elle refusait de l'avouer à qui que ce soit mais, au fond d'elle-même, elle redoutait de ne plus voir Scorpius. Lorsqu'elle était seule, elle laissait souvent ses pensées vagabonder et imaginait toujours le jeune homme, aux bras d'une magnifique fille avec une belle situation, et elle, toujours célibataire sans emploi chez ses parents. Depuis cette histoire avec McLaggen, elle avait tendance à beaucoup réfléchir et, pour son plus grand désespoir, à songer de nouveau à Scorpius. Elle pensait beaucoup trop à Scorpius. Elle en avait assez de se prendre la tête avec lui. Il fallait qu'elle l'oublie une bonne fois pour toute.

Elle passa la porte de la salle commune et tomba sur Al, en train de lire son manuel d'histoire de la magie dans un canapé. A cette heure-ci, la salle commune était quasiment vide, il ne restait que quelques septièmes années qui révisaient près d'une fenêtre. Épuisée moralement, elle se laissa tomber à côté de son cousin qui referma son livre aussitôt.

- Ça va Rosie ? Demanda-t-il, étonné de ne pas la voir occupée à lire frénétiquement un parchemin de révision.

Elle haussa les épaules. Cela ne servait à rien de mentir à Albus. Il était de loin, celui qui la comprenait le mieux.
Elle évitait de parler de Scorpius généralement, mais ce soir, elle avait envie de vider son sac et Alice était partie Dieu savait où avec Flint. Elle sentit son nez la piquer et ses yeux se remplir de larmes, petit à petit.

- Non. Répondit-elle en pinçant les lèvres pour éviter un sanglot.

Al leva son bras gauche et attira sa cousine contre lui en murmurant : « Viens-là.».

- C'est encore cette histoire avec McLaggen qui te turlupine ? Demanda-t-il alors que la rousse posait sa joue contre son épaule.

Elle hocha la tête en silence alors que ses larmes continuaient de couler. Elle se sentait tellement stupide, elle avait si honte. Elle s'était laissée berner par Scorpius alors qu'il comptait vraiment pour elle, elle avait ensuite voulu jouer les Serpentards en se vengeant avec l'aide de Steeve et finalement, elle s'était fait prendre à son propre jeu. Même si les réflexions des autres élèves avaient cessé, Rose remarquait souvent les regards, tournés vers elle.

- Ecoute Rosie. Je sais que ce qu'il s'est passé n'est pas anodin, mais enfin il fallait bien qu'il t'arrive quelque chose avant la fin de ton année ! Sourit Albus. Ce que je veux te dire, c'est que…nous, on s'est tous fait coller au moins une fois ! Personne n'est blanc comme neige Rose ! Ce n'est pas la fin du monde ce qu'il t'es arrivé avec McLaggen ! Si tu savais le nombre de filles qui rendent jaloux leur petit copain en se frottant à d'autres mecs ! La différence c'est que tu n'as pas choisi le bon…

Les réflexions d'Albus firent sourire Rose, qui finit tout de même par s'écrier :

- Mais je ne suis pas comme ça moi, je suis…

- Je sais. Disons que tu n'es pas comme toutes ces idiotes, mais… tout le monde peut avoir un moment de faiblesse de temps en temps. Finit-il en éclatant de rire.

La rousse s'esclaffa avec lui en lui donnant un coup de coude dans les côtes. Albus passa une main chatouilleuse dans son cou, appréciant qu'elle se détende. Il n'aimait pas voir sa cousine triste. Il reprit finalement son sérieux et Rose s'installa de nouveau confortablement contre lui.

- Il n'y a pas mort d'homme Rose, tu comprends ce que je veux dire. Dans quelques semaines, tout le monde aura oublié cette histoire et toi avec.

- Je ne suis pas sûre. Marmonna-t-elle sombrement.

Albus se tortilla maladroitement avant de continuer, la voix moins assurée :

- Ecoute Rose, je sais que cela ne me regarde pas mais… tu comptes faire quoi avec Malfoy ?

Rose haussa un sourcil interrogateur.

- C'est-à-dire ?

- Loin de moi l'idée de te dire ce que tu dois faire, OK ? Balbutia-t-il. Et… Je suis toujours furieux contre lui d'avoir élaboré tout ceci, mais, tu me connais, j'observe les choses. De ton coté, il n'est pas difficile de voir que tu es très malheureuse mais franchement, Malefoy…

Sa cousine se redressa brusquement pour lui faire face.

- Albus, qu'est-ce que tu me fais là ? Tu ne vas pas me dire qu'il faut que je fasse comme si rien ne s'était passé ?

- Je ne dis pas ça ! Contra-t-il fermement. Mais sérieusement, tu n'as rien remarqué ? Malefoy est dans un piteux état.

Rose sentit un poids s'écraser sur sa poitrine et son estomac se nouer.

- Que veux-tu dire ?

- Il a l'air de quelqu'un qui est prêt à faire une connerie. Il est blanc comme un linge… Ok, on est d'accord il n'a jamais été bien bronzé mais là ! Ce n'est plus des cernes mais des valises qu'il a sous les yeux et il a maigri je trouve.

La rousse écarquilla les yeux, paniquée.

- Tu crois qu'il pourrait… Oh mon dieu ! Couina-t-elle en portant une main à ses lèvres, bouleversée.

Albus l'attira à nouveau contre lui.

- Calme-toi. Je ne veux pas te faire peur, ni te forcer à faire quoi que ce soit. Je ne dis pas qu'il faut que tu le pardonnes, d'accord ? Ni que tu doives te remettre avec, mais il a l'air tellement malheureux que je me dis qu'il a fini par se punir lui-même.

Rose poussa un soupir à fendre l'âme. Elle n'avait jamais vu les choses de cette manière, trop aveuglée par la rage. Albus posait les choses clairement et l'aidait à mettre ses idées en ordre. Cette discussion lui faisait du bien, elle avait besoin de parler de Scorpius, contrairement à ce qu'elle avait annoncé à ses amies. Elle avait besoin d'en parler posément, calmement.

- Je ne comprends pas pourquoi tu me dis ça, tu l'as toujours détesté. On dirait que tu te ranges de son côté maintenant.

- Je ne me range pas de son côté. Je suis peut-être devenu sensible ou romantique, mais ces dernières semaines m'ont permis de le voir sous un nouveau jour, et franchement, je le crois sincère quand il dit qu'il tient à toi. Il a vraiment l'air au fond du trou et je pense qu'il serait bénéfique pour vous deux d'avoir une vraie conversation. Même s'il était mon ennemi, je ne lui aurais jamais souhaité ça.

- T'as raison, qu'est ce qu'il te prend ? Tu es soudainement devenu sensible.

- J'ai simplement constaté que tu n'as jamais été aussi radieuse et bien dans ta peau que lorsque tu sortais avec lui. Conclut simplement Albus. Et lui, était beaucoup moins con !

Cette dernière remarque arracha un nouveau sourire à Rose qui se blottit encore plus contre lui.

- Merci Al. Lui dit-elle avant de l'embrasser sur la joue.

- De quoi ?

- Tu es le premier à me parler comme ça et à me dire clairement les choses. Je crois que j'en avais besoin.

Le brun lui adressa un léger sourire.

- Je crois que je vais aller me coucher. Je n'en peux plus de toutes ces révisions, il faut absolument que je m'y remette demain matin. Bonne nuit.

Elle se leva et se dirigea lentement vers les escaliers menant au dortoir des filles.

- Rose ?

- Oui ?

- Si tu as besoin de parler, je suis là. Mais, s'il te plait, quand tu auras discuté avec Malefoy…

- Oui, tu seras le premier averti.

Un large sourire accueilli cette réplique.

- Bonne nuit Rosie ! Et ne t'inquiète pas pour les Aspics, tu vas tous nous rétamer.

Alice n'était pas rentrée de la nuit et c'était seule que la rousse s'était rendue, le lendemain matin, au petit déjeuner. L'ambiance était lourde, la plupart des septièmes années révisaient déjà en mangeant, parchemins à la main. Rose poussa un soupir en observant son verre de jus de citrouille. Elle pensait à son amie, qui était allée rejoindre Flint, la veille. Depuis qu'elle sortait avec lui, Alice semblait pro-Serpentard, ou du moins, beaucoup plus encline à les comprendre. Même si elle ne disait pas ouvertement qu'elle soutenait Scorpius, Alice n'arrêtait pas de faire des commentaires du type : « Mais quand même, tu étais bien avec Malefoy…», « McLaggen est un abruti, pas comme Malefoy », « Josh m'a dit que Malefoy était trèèèès malheureux ». Rose ne savait plus quoi en penser.

D'après leur conversation de la veille, même Albus semblait avoir perdu toute son animosité envers Scorpius, à croire qu'à côté de McLaggen, Malefoy était un saint. Elle poussa un nouveau soupir en se saisissant d'une tartine, elle n'avait pas très bien dormi la nuit dernière. Scorpius n'avait pas hésité à se moquer d'elle et à la tromper avec Parkinson ! Comment pourrait-elle à nouveau lui faire confiance et se sentir à l'aise avec lui ? Le lendemain, il y avait les premières épreuves des ASPICS et elle se prenait la tête avec Scorpius ! Elle aperçut soudain Al aux portes de la Grande Salle, celui-ci semblait chercher quelqu'un des yeux. Lorsqu'il la vit, il se dirigea vers elle, d'un pas décidé.

Rose, il faut que tu viennes, de préférence maintenant.

Le ton était pressé, presque dur.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Inconsciemment, son regard se perdit à la table des Serpentards et elle n'y vit pas Scorpius. Une bouffée de panique l'envahit. Et s'il s'était passé quelque chose de grave ? Le brun sembla comprendre son inquiétude et précisa.

- Ne t'inquiète pas. J'ai papoté ce matin avec Alice et Flint, il a quelque chose à te montrer. Si tu es d'accord bien sûr.

Rose se leva, bon gré mal gré en marmonnant :

- Si c'est encore un plan foireux, je n'ai pas le temps, j'ai une foultitude de choses à réviser avant demain.

- Tu verras bien. Mais promets-moi juste de ne pas te mettre en colère.

Elle suivit le brun d'un pas rapide, rongée par la curiosité.

8_8

- Oh non Flint, j'espère que tu plaisantes ?! Gronda Rose en voyant de quoi il s'agissait.

Non loin de l'entrée de la salle commune de Gryffondor, Josh Flint l'attendait, une petite boîte en bois de rose à la main. Il avait l'air assez pressé et stressé.

- Weasley, prend-la. Je n'ai pas beaucoup de temps.

Elle fronça les sourcils, méfiante.

- Que veux-tu que j'en fasse ?

- Tu as très bien compris ce que c'est. Les souvenirs de Scorpius. Je les ai visionnés et triés depuis des jours.

Une horrible pensée s'insinua dans l'esprit de Rose. Soit elle acceptait la boîte et pourrait satisfaire une curiosité malsaine, soit elle la refusait et se donnerait des arguments supplémentaires pour se tourmenter l'esprit.

- Tu les as triés ?

Elle secoua la tête et regarda Albus qui attendait à côté, bras croisés, l'air grave.

Rose se mit en colère, elle explosa:

- Je ne suis pas une marionnette Flint ! Ça suffit de me montrer uniquement les souvenirs qui vous arrangent. Où est Scorpius ? C'est encore son idée ? Tu fais le messager ? Vous croyez que je n'ai que ça à faire en période d'Aspics ?

Soudain, il se passa une chose que Rose avait rarement vue. Flint se mit à son tour en colère. Ses traits étaient tendus, son regard menaçant et elle devait avouer qu'il était vraiment impressionnant. Il lui mit brutalement la boîte dans les mains.

- Ecoute-moi bien Weasley, si j'ai trié ces souvenirs, c'est uniquement pour te préserver et retirer cette salope de Parkinson ! Scorpius n'est pas au courant que je suis là et que je lui ai piqué ses souvenirs ! Je ne tiens pas à ce qu'il le sache maintenant ! J'en ai marre de voir mon meilleur ami sombrer de jour en jour parce qu'il est incapable de te parler ! Je m'inquiète de ce qu'il va se passer quand nous allons tous rentrer chez nous alors s'il te plait, prend cette putain de boîte et va au diable avec !

Rose écarquilla les yeux. Jamais Flint ne lui avait paru autant à bout de nerfs. Hébétée, elle saisit l'objet et resta sur place, bouche bée.

- Bien. Déclara-t-il en la constatant qu'elle acceptait la boîte. Rend-la moi dès que possible. Rajouta-t-il, plus calme.

Il poussa un long soupir en continuant de la fusiller du regard et fixa ensuite Albus, d'un air entendu.

- Parfait. Potter. Salua-t-il avant de tourner les talons.

Rose se tourna vers Albus, d'un air interrogateur.

- Je n'étais pas au courant ! Argumenta-t-il tout de suite en levant les mains en l'air.

Une multitude d'émotions la saisit aussitôt. Elle s'était énervée devant Flint mais elle devait avouer que la curiosité la rongeait. En fait, elle mourrait d'envie de monter dans sa chambre et de visionner tout de suite ces souvenirs. Elle entrouvrit la boîte et toucha du bout des doigts les bouchons en liège qui refermaient les flacons. Elle leva les yeux vers Al, comme si elle cherchait son approbation.

- Bon sang Rose, qu'est-ce que tu attends ? S'enquit Albus en plaçant ses mains sur ses hanches. Si tu ne regardes pas ces souvenirs tout de suite, c'est moi qui vais m'en charger !

La rousse sourit. Parfois, Albus était pire qu'une fille quand il s'agissait de découvrir des potins. Elle referma la boîte en se mordant la lèvre inférieure.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée de les regarder aujourd'hui, c'est vrai, avec les Aspics et tout…

Albus soupira à son tour et plaça les mains sur les épaules de sa cousine.

- Ecoute Rose. On sait déjà tous les deux que tu connais tous tes cours par cœur. On sait aussi que, tant que tu n'auras pas regardé tous ces souvenirs, tu penseras qu'à ça ! Alors s'il te plait, arrête de faire semblant que tu ne vas pas te jeter dessus et file.

Elle hocha la tête, silencieuse, en serrant la précieuse boîte contre elle. Puis, elle fit pivoter le tableau qui menait à la salle commune.

- Oh et Rose ! S'écria son cousin.

- Tu auras tous les détails Al. Sourit-elle avant de tourner les talons.

Elle monta les escaliers qui menaient à son dortoir quatre à quatre. Par chance, le dortoir était vide. Elle ferma la porte à clé et s'installa confortablement sur son lit, tira les rideaux et sorti de la boîte le premier flacon.


A Suivre...

Hey, ça fait si longtemps...

Merci d'avoir lu ce chapitre, normalement avec le confinement je devrais avoir le temps d'écrire la suite!

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé si vous en avez envie.