Chapitre 07
Que Merlin te garde
Les jours passèrent et ils partagèrent de longues soirées à émettre de nombreuses hypothèses sur de potentiels Horcruxes.
« – Ce que vous devez savoir Miss Granger, c'est que le Seigneur des Ténèbres n'est certainement pas une personne à laisser de tels objets à la portée de tout le monde. Si à notre époque nous avons pu détruire le journal, la bague et le collier, il n'en sera pas de même à cette époque. Rien ne nous dit que le journal est déjà en possession des Malfoy. Cela m'étonnerait fortement. La bague a été trouvé par Albus au marché noir. Sûrement une fuite d'un mangemort suite à la défaite de son maître. Et le collier n'est certainement pas chez Black avec Regulus.
– Ce qui fait qu'on revient presque à zéro…
– C'est exact. Mais le fait que nous ayons connaissance de trois horcruxes est un avantage. Nous pouvons nous approprier discrètement des informations et éviter aussi à Albus de subir cette malédiction.
– Car nous savons avec quoi nous pouvons la détruire ! Réalisa-t-elle. Mais… Seul le venin du basilic en a le pouvoir ! Comment allons-nous… ?!
– C'est effectivement quelque chose de très compliqué à se procurer mais pas impossible. Je connais des personnes, même aujourd'hui qui ont en leur possession des ingrédients très rares. Nous devrons y mettre le prix certes mais, nous aurons ce venin.
– Il ne nous reste plus qu'à trouver l'épée maintenant, se fit la réflexion Hermione.
– Oui… Et ça c'est une autre histoire, avoua-t-il sombrement.
– Elle est apparue pour Harry mais pour nous, ferait-elle de même ?
– Je n'en ai aucune idée… C'est sur quoi nous devrons également travailler, nota-t-il.
Ils continuèrent ainsi, n'ayant certainement pas oublié de lancer un sort de discrétion. Il ne manquerait plus qu'ils parlent ouvertement du futur à la vue de tous. Ces échanges intenses bombaient de joie Hermione qui trouvait en Severus un partenaire avisé et rassurant. Elle se sentait épaulée. Ce n'était pas comme avec ses deux meilleurs amis qui n'étaient pas d'un grand soutien à ce niveau là. Pourtant, ils apportaient leur contribution à leur façon mais elle se sentait soulagée en présence d'un homme tel que Rogue. Elle en émit un sourire chaleureux qui stoppa le brun dans ses réflexions.
Avait-il déjà pris le temps de vraiment regarder ce petit bout de femme autrement qu'à travers le regard du professeur ? Il s'étonnait lui-même à apprécier ces échanges, les attendant presque. Elle était logique et précise, se défaisant de tout détails superflus pour aller à l'essentiel. Une qualité qu'il lui admirait.
Mais le plus étonnant pour lui, fut ce naturel avec lequel à présent ils se parlaient, même en dehors de leur cocon. Il sentait qu'il baissait ses barrières en sa présence, se sentant détendu. Jusqu'à ce que son ami Lucius ne débarque et ne se colle à elle de façon indécente. Mais où était passé ce sang pur aux allures dignes et intraitables ? Certes, cette nouvelle apparence était des plus charmante mais tout de même. Par Merlin…. Venait-il de penser qu'elle était charmante ? Il se gratta la gorge, prit d'un malaise. Allons Severus, reprends-toi, pensa-t-il instantanément.
– Severus, quelque chose ne va pas ?
Oui, elle s'évertuait à l'appeler par son prénom et avait lui-même cédé à ses nombreuses supplications pour en faire de même. Et pourtant aujourd'hui, il ne l'entendit pas de la même façon. Pourquoi avait-il l'impression que sa voix ronronnait tout en prononçant son prénom? Il délirait totalement ! Il planta son regard dans ces deux lacs argentés et se gratta une nouvelle fois la gorge afin de se reprendre.
– Tout va bien Hermione, ce n'est qu'un mauvais rhume, rien de plus.
Cela suffit pour la jeune fille qui finit de ranger ses livres, moins inquiète.
– Je vais à mon cours de Runes Anciennes, passe une bonne journée. » lui souhaita-t-elle d'un sourire avenant.
Il lui répondit d'un mouvement de main. Depuis quand le tutoiement ne le faisait plus se crisper ? Il se prit un instant la tête entre ses mains, dépité. Perdait-il de son mordant ? Sûrement l'influence de sa douce Lily. La revoir lui redonnait une douceur qu'il ne se connaissait pas. Ce fut sur ces douces pensées qu'il rangea lui-même ses affaires et rejoignit sa belle qui l'attendait dans le parc.
Assis sur un fauteuil aux broderies fines, il porta une tasse chaude en porcelaine à ses lèvres charnues, légèrement rosées par le divin liquide qui se déversait dans sa gorge avec délice. Le silence régnait dans la pièce éclairée par de grandes fenêtres donnant sur un immense jardin coloré.
L'équilibre apparent fut brisé par l'arrivée distinguée d'une chouette au plumage noir qui se posa sur le rebord du fauteuil, plantant ses griffes dans le tissus de grande qualité. L'homme eut un rictus contrarié mais ne renvoya pas le messager volant. Il le délesta de son courrier et le chassa d'un mouvement de la main.
Il prit l'enveloppe et reconnut tout de suite l'écriture de son fils aîné. Depuis la mort de son épouse, leurs relations s'étaient apaisées et ils entretenaient à présent une relation épistolaire régulière. Il réussissait à faire décrocher à l'adolescent quelques confessions sur ses états d'âmes. L'homme s'en félicitait d'ailleurs, n'ayant pas cru arriver à tirer quelque chose de son enfant si têtu. Il ouvrit l'enveloppe, déchirant le papier sous ses doigts et déplia la lettre.
«
Père,
J'espère que vous vous portez bien depuis ma précédente lettre. Cela fait maintenant trois semaines que les cours ont commencé et je ne peux déjà plus espérer avoir une soirée de libre jusqu'aux prochaines vacances. Mes soirées sont déjà toutes réservées par des retenues. Je vous rassure, rien de bien méchant. Mon habitude à me mettre dans les histoires…Mais est-ce ma faute père si les ennuis sont attirés par moi comme par un aimant ?
J'imagine déjà votre expression à la fois contrariée et enjouée. Je sais que vous vous amusez de toutes les blagues que je vous raconte. Et pour avoir de nouvelles choses à vous raconter, je me dois de trouver de l'inspiration. C'est pourquoi, j'ai à dispositions mon cobaye préféré : Severus Rogue.
Je vais encore pouvoir cette année tester toutes sortes de sorts et ainsi m'améliorer en vue de mes devoirs. C'est en tout cas l'idée que j'avais. Il m'est difficile de l'avouer mais...depuis quelques jours, il ne réagit plus pareil. Il semble différent. Il reste toujours aussi sinistre mais c'est comme si son regard avait changé. On dirait qu'il sait des choses, beaucoup de choses. Bien plus que tous ceux qui l'entourent. Je ne sais pas comment l'expliquer. Et ça a empiré depuis qu'elle est arrivée !
Impossible à atteindre maintenant sans se prendre un sort bien placé. Elle me rend fou ! Elle a toujours un coup d'avance sur nous ! Je ne sais pas comment elle fait mais je saurais me venger ! Ce n'est pas une Serpentard, certes belle, magnifique, brillante….mais là n'est pas le propos ! Foi de Sirius Black, je ne me ferais plus avoir par cette Yulia Tolstoï !
Passez une excellente journée.
Sirius Black »
Dire que cette lettre attisa son intérêt était un euphémisme. Il avait rapidement compris de qui son fils parlait, l'ayant déjà croisé. Il était lui-même tombé sous le charme fulgurant de la jeune fille. Elle serait donc élève à Serpentard. Il se gratta pensivement son menton parfaitement rasé. Il attrapa du papier, une plume et s'attela à une réponse pour son fils. Sa journée avait été perturbé, mais en rien, il ne s'en plaindrait.
Allongé dans ses draps entremêlés par une nuit agitée, il s'étira les membres tel un chat plein de paresse. Il voyait de fins rayons de lumière passer à travers la petite ouverture entre les deux pans de ses rideaux épais rouges. Il se frotta avec énergie les yeux, tentant de les garder ouverts sous l'agression du soleil matinal. Non, décidément, il n'était pas du matin. Il tira sur le tissus, sortant de son cocon pour se mêler au reste du monde, c'est-à-dire, ses colocataires de dortoir, qui peinaient eux-même à sortir de leurs songes.
Il se dirigea automatiquement vers la salle de bain et se passa de l'eau fraîche sur le visage, coupant son souffle un bref instant sous la fraîcheur. C'était désagréable mais pourtant nécessaire pour avoir un semblant de visage réveillé. Il ne tenait pas le temps du petit-déjeuner sans ce traumatisme matinal quotidien. Il attrapa une serviette et se sécha le visage tout en se regardant dans la grande glace lui faisant face. Il s'observa brièvement, conscient du charme qu'il dégageait même dans cet état. Sur lui, cela s'assimilait à un dégaine de débauche, promettant milles tortures à sa prochaine partenaire. C'était l'idée qu'il dégageait. Ce n'était pas exactement le cas, ou en tout cas, pas pour tous les matins, mais il ne cherchait pas à se dégager de cette image qu'ils avaient de lui. Il aimait être désirable en toutes circonstances.
Il jeta nonchalamment la serviette et se changea, passant une chemise de qualité blanche, légèrement transparente. Pas assez pour laisser tout voir mais assez pour entrevoir et deviner ses formes travaillées par des entraînements quotidien de Quidditch. Parfait pour laisser l'imagination faire le reste. Il enfila un pantalon noir, moulant quelque peu le galbé parfait de ses jambes et compléta avec la cravate aux couleurs de sa maison, ses chaussures noires vernies et sa robe de sorcier. Il était parfait et il le savait. Pourquoi s'en cacher ?
Il descendit vers la Grande Salle, bien décidé à ne pas arriver en classe le ventre vide cette fois-ci. Les creux douloureux à son estomac ne l'aidaient vraiment pas à se concentrer sur les cours. Pas qu'il souhaitait être un élève modèle, mais il se devait tout de même de garder un certain niveau, farces ou non. Il poussa les grandes portes, et donna automatiquement un regard à toutes les tables. Il commençait par Poufsouffle, Serdaigle, Gryffondor et finissait par celle de ces vils serpents. Il constata qu'elle était bien vide mais y trouva celle qui entachait ses pensées depuis quelques jours : Yulia Tolstoï.
Il ne comprenait pas pourquoi et surtout comment cela pouvait être possible. Lui ? Attiré par une de ces fourbes élèves, arrogantes et trempées dans la magie noire ? Car oui pour lui, tout élève étant dans cette maison trempait d'une façon ou d'une autre dans la magie noire. Et il ne pouvait pas l'accepter. Sa famille l'en avait dégoûté pour le restant de sa vie. En tout cas, sa défunte mère. Son père étant plus porté sur… les soirées mondaines et les cruches insatisfaites qui y passaient la plupart de leur temps. Il n'avait pas réel intérêt pour « le maître » mais il savait au fond, qu'il respectait ses idées sans pour autant y vouer un culte. C'était en tout cas l'image qu'il en avait de lui.
Pris d'un élan de courage, ou de stupidité propre aux Gryffondors, il se posta devant la jeune fille, attendant qu'elle remarque sa présence et qu'elle daigne lever le nez du journal qu'elle tenait. Ce fut long, même trop long. Elle savait qu'il était là mais elle ne cessait pas sa lecture. Et il savait qu'elle le savait. Ça le rendait fou cette attitude. Il garda son calme et se gratta la gorge mais toujours rien. Elle se foutait ouvertement de sa tête. Il serra les poings. Pour qui se prenait-elle ? Il n'attendit plus et s'installa sous le regard horrifié du peu de Serpentard qui étaient présents. C'était une blague n'est-ce pas ?
« – Tu comptes m'ignorer longtemps ? Commença-t-il d'une voix un brin accusateur.
Elle posa enfin ses yeux gris sur lui, lui envoyant un imperceptible frisson le long de sa colonne vertébrale. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait par Godric ?!
– Je ne savais pas que tu comptais manger avec moi, répondit-elle légèrement, ne relevant pas le ton de reproche.
– Si une personne reste postée devant toi, pendant un moment en te regardant, tu peux aisément comprendre qu'elle souhaite que tu la regardes pour engager une conversation, précisa-t-il comme si il devait lui apprendre l'art et la manière de se tenir en société.
– Ou la personne peut tout simplement saluer l'autre pour attirer son attention. Il me semble que cela se fait plus dans cet ordre là, rectifia-t-elle en se retenant de rire en voyant son expression déconfite.
Oui, elle ne se laisserait pas marcher dessus, certainement pas par lui. Elle constatait combien le parrain d'Harry était arrogant et imbus de lui-même. Elle s'y était attendu après de longues conversations avec Remus, qui émettait ses regrets, avouant qu'il aurait dû reprendre ses deux amis qui nageait dans leur monde tels deux rois. Et le reste des élèves étaient bien-sûr les fidèles sujets des souverains. Elle les ferait descendre de leur nuage.
– Qu'est-ce qui t'amène à la sombre table des mages noirs ? Tu n'as pas peur que je te lance un sort ? Demanda-t-elle en omettant le sarcasme de sa voix.
Il bomba le torse, prouvant ainsi que son courage prenait le dessus sur toutes menaces.
– Rassure-toi. Je saurais éviter une attaque aussi minable de votre part.
– Oh je ne m'inquiète pas pour toi. Je ne fais que constater, dit-elle avant de se replonger dans sa lecture.
Ce n'était pas bon. Il ne pouvait pas laisser la conversation se finir ainsi. Il n'arrivait pas à se l'avouer, mais il voulait parler avec elle et se convaincre qu'elle n'était pas faite pour lui. Il se rassurait ainsi. Mais n'était-ce pas peut-être pour confirmer le contraire ? Il n'en savait rien mais pour l'instant, il devait rattraper ce désastre.
– Pourquoi es-tu venu à Poudlard ?
Elle releva les yeux. Il avait réussi ! Il se rembrunit pourtant lorsqu'il crut apercevoir une lueur de tristesse, rapidement cachée par une lueur d'amusement.
– N'es-tu pas sensé suivre les conseils de Dumbledore et ne pas me poser de questions sur les conditions de mon arrivée ici ?
– Tu peux simplement me dire que tu n'as pas envie d'en parler, répondit-il rapidement, quelque peu vexé que sa tentative se trouve être un échec.
– Ma famille a été tuée par des Mangemorts, consentit-elle à répondre, faisant sursauter le jeune homme.
– Pourquoi ?
– Ils n'ont pas souhaité se joindre à eux et tout le monde sait que deux choix se livrent à toi : suivre le mouvement ou mourir avec ses convictions. Mes parents sont restés propre à eux-mêmes. J'étais à l'école lorsque c'est arrivé. Mon directeur a décidé de m'envoyer loin, et a contacté Dumbledore pour me faire transférer ici. C'était plus sûr. La fortune de ma famille devait rester intacte.
– Je pensais que la famille Tolstoï était…
– Oui, je sais ce que tu vas dire, le coupa-t-elle. La famille était parti de la Russie pour rejoindre l'Angleterre. Mais mes parents ont décidés de retourner dans leur pays, laissant des propriétés ici. C'est un constant aller-retour entre ces deux magnifiques pays, souffla-t-elle avec émotion.
– Est-ce si beau ?
– Plus que tu ne peux l'imaginer. La neige qui recouvrait le manoir, les lumières qui transperçaient les vents d'hiver. C'est magnifique. Et la magie qui y est pratiquée est fabuleuse.
Elle avait visionné des souvenirs de Matvei pour en parler avec tant de conviction. Sirius était pendu à ses lèvres et elle continua de parler des secrets et merveilles de ce pays si lointain. Mais tout bon moment avait une fin, et cette fois-ci, elle se traduisit par une voix amère appartenant à nulle autre que Lucius, qui appréciait moyennement qu'elle puisse manger en compagnie de cette fripouille.
– Je ne savais pas qu'on admettait les chiens à notre table, fit-il remarquer en prenant place aux côtés de Yulia, se collant presque à elle afin de faire comprendre à l'opportun qu'il n'avait aucune chance.
Hermione comprenait très bien ce qui se passait et préféra ignorer, les laissant dans leur jeu de virilité et possession idiot.
– C'est arrivé depuis qu'on admet des blondasses dévergondées étroitement liées avec Voldemort dans cette école.
L'attaque envoya un froid. L'emploi de ce nom demandait beaucoup de courage ou de folie. Lucius s'offusqua, n'admettant pas qu'un moins que rien dans son genre puisse se permettre de prononcer ce nom. Hermione elle-même fut surprise, ne cachant pas son sursaut. Elle ne s'y était pas attendu, sachant qu'à cette époque peu de personnes osaient le faire. Même Remus à son époque avait quelques difficultés à le prononcer naturellement.
– Comment oses-tu ? s'énerva-t-il en faisant quelque peu crépiter sa magie autour de sa main qui tenait déjà sa baguette, prête à l'usage.
Sirius eut la décence d'esprit de sortir la sienne. La tension était palpable. Aucun ne souhaitait être celui qui détournerait le regard le premier. Un soupir sonore brisa ce silence lourd.
– Sirius, ce n'est pas correct de lancer de telles accusations, surtout maintenant que la peur commence à tous nous gagner. Tu cherches à créer la panique dans l'école ou quoi ? le réprimanda-t-elle
Le brun baissa quelque peu les épaules, cachant son malaise. Le blond ne cacha pas sa joie, bombant le torse tel un conquérant. C'était lui qu'elle avait défendu.
– Et toi Lucius, qu'est-ce que c'est que ces manières ? Tu pourrais dire bonjour avant d'agresser les gens comme ça sans raison. De plus, je te prierai de ranger ta baguette. Les professeurs nous regardent. Tu n'aimerais pas te faire exclure pour une histoire aussi ridicule n'est-ce pas ?
Il perdit de sa superbe lorsque la réprimande se tourna vers lui, certain d'en réchapper. Il rangea sa baguette, une mine boudeuse. Hermione se retint de sourire devant leurs visages. On aurait dit des enfants, si mignons. Elle n'en rajouta pas plus et se remit à lire son article. Lucius s'assit de nouveau, lentement, comme sur ses gardes. Une autre colère de la belle n'était pas son but. Le Gryffondor fut sur le point de rajouter quelque chose, n'admettant pas qu'il ait été ainsi repris mais fut coupé par la voix de son ami.
– Patmol qu'est-ce que tu fais à la table des langues fourchues ? s'étonna James.
Sirius renifla de mécontentement et se leva, quittant la table qui n'était pas la sienne pour rejoindre celle des Gryffons sans un dernier mot pour la Serpentard. Il s'installa devant son ami qui attendait toujours une réponse.
– Je récoltais des informations sur la nouvelle, que voulais-tu que je fasse ? Consentit-il enfin à lui dire. »
Cette réponse sembla suffire, car son ami se mit à se servir sans en rajouter. Il faisait confiance à son camarade. Et pourtant, celui-ci ne cessait d'envoyer des regards discrets à la brune qui releva la tête et lui fit un clin d'œil, qui le fit rougir comme un premier année lors de sa répartition. Elle lui faisait vraiment perdre tout ses repères !
La tête baissé vers ses tartines, il ne vit pas la chouette plonger en piqué vers lui, lui jetant une lettre qui tomba presque dans sa confiture. Foutu volatile ! Il ouvrit l'enveloppe et reconnut tout de suite l'écriture de son père.
« Mon fils,
Pour l'avoir moi-même rencontré, je ne te dirais qu'une chose : bonne chance.
Que Merlin te garde.
Tous mes sentiments.
Orion Black »
Lettre concise mais lourde de sens. Son père l'avait rencontré ?! Mais quand ? Et pourquoi avait-il l'impression qu'il s'intéressait à elle ? Non, son père ne s'attaquait pas à des adolescentes. N'est-ce pas ? Le doute subsistait. Et il lui disait bonne chance… Était-elle si terrible que ça pour que son père en appelle à Merlin pour le garder sur cette Terre ? Et pourtant, cette situation n'attisait qu'une chose : sa curiosité. Foi de Sirius Black, elle serait à ses pieds et non l'inverse.
A genoux noblement devant cet homme charismatique, Orion Black admirait les décorations fines du sol marbré, aimant peu se rappeler sa position. Bon sang, c'était toujours si désagréable. Et pourtant, il devait être le premier à livrer cette information.
« – Relève-toi mon ami, se prononça le Seigneur des Ténèbres avec un sourire hautain. Il savait combien le sang pur détestait cette situation. Et il en jouant, faisant durer cela jusqu'à en perdre intérêt. Qu'es-tu venu m'annoncer ? Reprit-il.
– Mon Lord, j'ai appris par mon fils qu'une nouvelle élève était arrivée à Poudlard.
– En quoi devrais-je m'intéresser aux nouveaux élèves de cette école ? Perdit-il patience.
– Cette nouvelle élève n'est nulle autre que Yulia Tolstoï, continua-t-il en se forçant de garder constance face à la colère naissante de son maître.
– Tolstoï dis-tu ?
Oh oui il connaissait ce nom tant de fois cité dans les livres qu'il avait étudié. Et pourtant il avait cru comprendre qu'elle avait disparu….
– Réalises-tu ce que cela implique Orion ?
– Tout à fait mon Seigneur. Ils sont réputés pour leurs nombreux chercheurs. Ils ont des connaissances incroyables qui pourraient aider notre cause.
Cette information ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd. Il se redressa, tout ennui disparu.
– Et tu dis que l'héritière de cette famille vient d'arriver à Poudlard… Pourquoi maintenant ?
– Je ne sais pas, mon seigneur.
– Tu oses te présenter à moi avec la moitié des informations ! s'emporta-t-il en plaçant un Doloris au malheureux qui s'écroula au sol, les dents serrées. Il ne crierait pas. Trouve les raisons de son arrivée, et cherche à savoir comment l'approcher. Je la veux, lança le mage noir en levant son sort.
– Cela sera fait, répondit-il la tête basse. »
Un mouvement de la main dédaigneux lui fit comprendre qu'il était congédié. Il se releva sans laisser transparaître les grimaces de douleurs qu'il était sur le point de faire. Il n'attendit pas plus et transplana directement dans son manoir, se jetant dans son lit en oubliant toute la grâce relative à son rang social. Il soupira longuement et étira ses membres endoloris. Il s'était attendu à plus de mérite qu'un doloris mais c'était mieux que le rayon vert mortel.
Hermione se rendit tout naturellement à la bibliothèque, s'installant à la place qu'elle occupait depuis maintenant une semaine, réchauffant le siège par de longues heures de lecture. Il y avait à cette époque des livres qui ne se trouvaient pas lorsqu'elle était chez les Gryffondors. Elle entendit la porte s'ouvrir avec fracas, sous les plaintes d'une jeune fille qui repoussait son soupirant avec lequel elle cessa toute discussion en lui fermant la porte sur le nez. Cette scène lui attira le regard accusateur de la responsable qui tolérait peu ces effusions de voix. La coupable courba quelque peu la tête, s'excusant des désagréments tout en s'engageant dans les allées, la tête basse. Lorsqu'elle la releva, elle tomba immédiatement dans le regard acier de la Serpentard qui la regardait sans préjugés ou reproches. Ce regard plut à la nouvelle arrivée qui s'approcha de celle-ci afin d'engager la conversation.
« – Bonjour, tu dois être Yulia Tolstoï. Je m'appelle Lily Evans, se présenta-t-elle tout en lui tendant la main.
La mère de Harry… Elle brillant d'une aura réconfortante et si chaleureuse. Elle pensa tristement que son meilleur ami aurait été si heureux en grandissant avec elle. Le cœur gros, elle attrapa la main et la serra, acceptant les présentations.
– Enchantée Evans.
– Lily suffira. J'entends Evans à longueur de journée avec les professeurs, je préfère entendre mon prénom dans mon temps libre, répondit-elle en rigolant discrètement afin de ne pas s'attirer de nouveau les foudres de la responsable. Sur quoi tu travailles ? s'intéressa-t-elle.
– Je fais des recherches pour mon devoir de potions. Nous devons essayer de trouver une nouvelle utilité à la poudre brune des Landes.
– Si c'est pour ça, je peux te conseiller un livre. »
Et ainsi, elles partagèrent leurs avis sur de nombreux sujets. Débattant sur les propriétés de tels ou tels ingrédients. Hermione prit plaisir à cet échange fructueux. Elle trouvait rarement une personne aussi intéressée qu'elle par tout ce qui pouvait se lire. La rousse pour sa part, apprécia tout de suite la nouvelle élève. Elle semblait ne pas s'intéresser aux idées sur le sang. Fait qui allait tout de suite se confirmer lorsque Lucius fit de nouveau son apparition.
« – Yulia, que fais-tu avec cette sang de bourbe ?
Ce terme envoya des frissons de dégoût chez les deux jeunes filles. Cela faisait toujours autant d'effet après des années à l'entendre dans la bouche de nombreux sorciers imbus d'eux-même. Elle posa un regard méprisant sur le jeune homme qui se ratatina sur place. Qu'avait-il dit ?
– Quand comprendras-tu Lucius que je ne t'appartiens pas et que par conséquent, je suis libre de faire ce que je veux. Et par là, je veux dire que je peux passer du temps avec une née-moldu sans attendre ta bénédiction.
La Gryffondor fut surprise par cette intervention. Elle s'était attendu à ce qu'elle soit quelque peu dégoûtée en apprenant ses origines. Mais au contraire, elle rectifiait plutôt les termes de Malfoy.
– Je souhaite juste te prévenir. Tu n'es pas habituée aux élèves de cette école, et tu peux facilement prendre une née moldu pour l'un des nôtres, répondit-il en crachant presque le mot.
Elle se leva, et se colla à lui, approchant sa bouche à son oreille.
– Toi qui apportes tant d'importance au sang, que ferais-tu si tu apprenais que le Seigneur des Ténèbres n'était pas ce qu'il prétendait ? » Lui chuchota-t-elle vicieusement.
L'insinuation sécha sur place l'adolescent. Que venait-elle de dire ? Son visage était plus blanc que d'habitude, un teint maladif. Elle fut sur le point de se dégager, lorsqu'il lui attrapa le bras et la traîna hors de la bibliothèque sous le regard étonné de la rousse. Il la plaqua contre le mur au détour d'un couloir tranquille. Il avait les muscles tendus. Il semblait se retenir de la frapper. Elle s'amusait de la situation, pas impressionnée par un Lucius aussi jeune et peu expérimenté. Elle avait déjà combattu le plus âgé, et cette habilité au combat ne pouvait s'acquérir que sur le terrain pendant de nombreuses années.
« – Il va falloir que tu comprennes quelque chose Tolstoï : les Serpentards ne traînent pas avec la vermine. Tu traînes trop avec ces Gryffondors traître à leur sang. Je ne permettrais pas que tu sois influencée plus longtemps par leur déficience mentale. Je vais mettre cette insinuation sur le coup d'une erreur, mais je ne serais pas aussi clément la prochaine fois.
Elle le toisa, lui montrant bien qu'il n'était pas en position d'être clément ou non. Elle posta une baguette sous ses yeux. Il reconnut aisément sa propre baguette qu'elle mit sous son cou, menaçante.
– Je pense que tu dois comprendre quelque chose Malfoy : je ne suis pas à ton service. J'ai ma propre façon de faire. Je ne souhaite pas montrer au monde mon dégoût des sang de bourbe. Je préfère me faire accepter dans tous les groupes, et paraître innocente, pour mieux récolter le plus d'informations. Si ils pensent que je suis neutre, je ne serais jamais accusée de quoique ce soit. Je pensais que tu étais assez intelligent pour comprendre l'importance de notre statut en période de guerre. Tu devrais faire profil bas aussi, je n'aimerais pas qu'il t'arrive quelque chose, avoua-t-elle.
Ces mots brûlèrent la gorge de Hermione. C'était si dur à dire! Mais elle devait lui faire croire qu'elle était de son côté. Elle devait jouer un rôle, et oublier son cœur qui criait d'amertume. Elle glissa la baguette de Lucius dans ses mains, lui faisant comprendre qu'elle ne pousserait pas plus loin la menace.
L'aveu calma le blond. Elle jouait un rôle… ? Le fait de savoir qu'elle partageait ses idées lui réchauffa le cœur. Elle était si fourbe sous ce visage d'ange. Il caressa le visage de Yulia, sans vraiment s'en rendre compte.
– Je vous dérange peut-être ? Intervint Severus d'une voix traînante.
Il se tuait à trouver des indices sur les Horcruxes et elle n'avait rien de mieux à faire que de tomber sous le charme du sang pur ? Et dire qu'il pensait pendant un moment pouvoir compter sur elle. Mais il se trompait, et devrait rester sur l'idée de se débrouiller seul. Hermione en le voyant, se mit à sourire, heureuse d'échapper à cette situation inconfortable. Elle repoussa Malfoy gentiment, et rejoignit le brun qui était peu enclin à l'accueillir les bras ouverts.
– Severus, je t'attendais à la bibliothèque.
– De toute évidence, tu t'es trouvé une autre activité, lui reprocha-t-il ouvertement.
La jeune fille se décomposa, comprenant son point de vue. A ses yeux, elle devenait une adolescente irresponsable, qui ne prenait pas conscience de l'importance de leur mission, et qui préférait profiter de cette époque autrement. Elle fut sur le point de contester, mais fut coupée par sa voix sèche.
– Je retourne travailler, tu n'as pas besoin de me rejoindre, déclara-t-il tout en partant.
Elle comprenait ce que cela impliquait : Je n'ai plus besoin de vous. Je savais que vous n'étiez qu'une enfant. Cela blessa la brune qui tenta de le rattraper, mais fut stoppée par la main de Lucius.
– Laisse-le. Il a toujours été comme ça. Ce n'est pas contre toi, rassure-toi. »
Sa voix semblait plus douce que précédemment. Elle regarda le dos du maître de potion qui semblait tendu. Elle pensait pourtant lui avoir assez prouvé son dévouement à leur cause. Mais la moindre erreur ou méprise semblait la condamner aux yeux de Rogue. Elle se figea lorsqu'elle sentit toujours cette main sur elle.
Dans des couloirs sombres et humides où la moisissure avait envahi les murs de pierres qui dégageaient une odeur nauséabonde, se trouvaient deux hommes dans leurs longues robes noires. Ils marchaient côte à côte, dans un même mouvement. Ils discutaient de tout et de rien afin de passer le temps dans ces cachots immondes. Ils étaient de garde et n'avaient décidément pas grand-chose à faire.
« – Tu as entendu ce qui a été reporté au maître ?
– Tu veux parler des informations de Black ?
– Oui, McNair était derrière la porte et aurait tout entendu.
– Cet homme est suicidaire, fit-il en réflexion. Tu penses que c'est vrai? reprit-il.
– C'est étrange que cette famille refasse surface après tant de temps. Elle était pourtant déclarée comme étant décimée.
– Oui… Mais il est vrai que le manoir abandonné a été remis à neuf. Il est beaucoup plus vivant. C'est qu'il est habité.
– Yulia Tolstoï hein…, souffla-t-il pensif.
Ces mots furent un choc violent dans la poitrine d'un homme qui, réanimé, se leva et se jeta sur ses barreaux. Il balança sa main, et attrapa le Mangemort par ses robes, le retenant sur place.
– Qu'avez-vous dit ? Demanda-t-il les yeux ronds comme des billes.
– Mais que… ?!
– Vous avez parlé d'une Yulia Tolstoï, c'est bien ça ?!
Il se prit un sort en réponse qui le projeta en arrière, le faisant lâcher le vêtement.
– Ne me touche pas vermine! Et qu'est-ce que cela peut te faire ? Ce n'est pas comme si tu pouvais la connaître depuis le temps que tu trouves ici, se moqua-t-il.
– Je sais qui elle est, réussit-il à rétorquer, souffrant.
Le sort fut levé. Les deux hommes le regardaient avec suspicion. Comment le pourrait-il ? Mais… et si c'était vrai? Le maître ne serait pas content que cette information ne lui ait pas été livré avant! Ils se regardèrent et hochèrent la tête, partant comme un seul homme se présenter au Seigneur des Ténèbres.
Toujours par terre, quelque peu recroquevillé sur lui-même, il serra les poings et se mit à rire tel un dément.
– J'ai retrouvé notre descendance Yelena. » murmura-t-il, comme si il confiait un secret important tout en caressant quelque chose se trouvant autour de son cou.
Ses rires fous se répercutèrent dans les cachots, laissant une musique désagréable aux oreilles des autres prisonniers.
