Chapitre 09
La journée risquait d'être longue
« - Gellert Grindelwald, souffla-t-il.
L'homme en question s'approcha des barreaux, les serrant de ses mains abîmées. Il tordit son visage d'un sourire fou.
– Tu te décides enfin à me visiter, mon seigneur, rétorqua-t-il d'un ton condescendant.
Il ne répondit pas tout de suite, prenant une longue respiration discrète pour garder son calme. Son but n'était pas de le tuer mais de lui soutirer des informations.
– Ce n'est pas pour avoir le déplaisir de voir ta misérable personne que je suis là, rectifia-t-il amèrement. Tu détiendrais des informations susceptibles de m'intéresser.
– Peut-être. Mais qu'aurais-je à gagner à te les partager ?
Les mots furent à peine prononcés, qu'une baguette se colla furieusement à sa gorge.
– Que dirais-tu de garder un peu plus longtemps ta vie ?
– Peut-on réellement parler d'une vie ? Et puis, si tu m'as gardé ici tout ce temps c'est pour une autre raison. Nous savons tous deux que tu souhaites te servir de mes yeux, un jour ou l'autre.
Il crispa son visage. Il avait raison. Cette capacité qui était la sienne était unique. Il ne trouverait personne d'autre. Ces yeux étaient trop précieux pour qu'il les gâche en tuant le porteur. Il rangea sa baguette souplement.
– Très bien. Je ne dis pas que les négociations sont mon fort mais, si j'accédais à une de tes demandes, quelle serait-elle ?
L'homme ricana brièvement.
– Amène-la moi.
– De qui parles-tu ? s'étonna-t-il.
– Je veux la voir. Je veux voir Yulia Tolstoï.
Comment pouvait-il savoir ? Il posa un regard curieux sur lui. Il était un vrai mystère. Mais surtout un homme rongé par le passé.
– Pourquoi veux-tu la voir ? Quelles sont tes relations avec cette fille ?
– Je te dirais tout une fois que je la verrai. Je saurai si je la vois.
Il n'en démordait pas. Soit.
– Très bien. Lorsque j'aurais mis la main sur elle, je te laisserai la voir, concéda-t-il en repartant. »
Il aurait très bien pu lui soutirer toutes ces informations de sa tête, mais au fond de lui, il ressentait un certain plaisir à faire durer le suspense. Il entrait dans un jeu d'enquête. Sa guerre se déroulait merveilleusement bien. Ses partisans se multipliaient et les raids étaient déjà organisés sur plusieurs semaines. Ce nouveau jeu lui permettrait de passer le temps.
Il détourna son attention de cet homme, et ne le vit pas caresser comme par habitude son collier, qui ressemblait presque à une cage dorée retenant une pierre rouge rubis, qui brilla à son contact.
Severus soupira discrètement sous les nombreuses louanges surjouées de son professeur de potion. Il savait à quoi s'en tenir à cette réception pompeuse, mais il ne pouvait pas se retenir de soupirer en la vivant en tant qu'élève. Une nouvelle fois. Lorsqu'il était un professeur, il pouvait aisément éviter de s'y rendre, ayant de nombreux prétextes. Mais là, il était tout simplement piégé dans cette salle hypocrite et bien trop brillante à son goût. Et pourtant, que ne ferait-il pas pour sa belle rousse ? La concernée partageait justement son opinion sur les conditions désastreuses de vie des loups garous. Elle défendait avec ferveur que leur condition était exécrable, et que nous devrions avoir en principale occupation de la changer.
« – Comment pouvons-nous concevoir toutes ces inégalités et ces jugements apportées sur ces personnes? Nombreux sont ceux qui tentent de s'intégrer à notre monde et de ne pas totalement s'exiler avec une meute. Ils restent avant tout des sorciers, tout comme nous, avec une particularité en plus. Vous trouvez que c'est normal professeur ?
– Bien-sûr que non ma chère, mais avouons qu'il serait peut-être dangereux de les laisser vivre parmi nous, sans précautions, tenta-t-il dans une expression gênée.
– Il est surtout dangereux de les dénigrer. Ils sont de puissants sorciers aux savoirs insoupçonnés. Saviez-vous que leurs poils ont la capacités d'absorber les poisons ?
– Non...je...j'avoue ne pas le savoir.
– Et bien sachez que ce n'est qu'une qualité parmi tant d'autre. Ils ont un besoin de rester en meute pour avoir l'équilibre nécessaire à une transformation saine et être en harmonie avec leur loup. Mais il n'en reste qu'ils sont des sorciers qui souhaitent aussi vivre parmi nous. Je pense que c'est une regrettable erreur que de les reléguer en simples bêtes dangereuses. Tous ne sont pas de sanguinaires meurtriers comme tous les sorciers ne sont pas d'affreux mages noirs.
C'était clair pour tous que la jeune fille n'en démordrait pas. Severus lui-même se permit un sourire, se remémorant ainsi la raison pour laquelle il avait passé tant de temps à confectionner la potion tue loup. Il tenait réellement à l'améliorer en mémoire de sa tendre, qui affectionnait tant ce peuple incompris. Ne sachant pas comment argumenter face à cette fougue, Slughorn ne trouva rien de mieux que se déporter vers un autre invité, après une pitoyable excuse souriante.
– Tu ne lui as laissé aucune chance Lily.
– Voyons Sevy, je ne reste pas en place lorsqu'on ose dire que les nouvelles mesures de restrictions menées par le Ministère envers les loups garous, sont une bonne initiative. C'est scandaleux et dégradant. Ils devraient avoir honte de penser ainsi, cracha-t-elle amèrement en direction des concernés.
Il ricana dans sa barbe, appréciant ce mordant passionné.
– Au fait, comment ça va avec Yulia ?
La question amena un froid. Était-ce vraiment nécessaire de parler de cette impertinente maintenant ?
– Bien, lâcha-t-il presque trop rapidement.
– Vous vous êtes disputés, affirma-t-elle.
– Lily, je n'ai pas envie de parler d'elle maintenant.
– Et moi je m'inquiète pour vous deux. Cela fait plusieurs jours que je vois sa mine blanchâtre. Elle n'est pas bien et ose me dire que toi tu vas mieux.
– Tu te fais des idées. Il ne s'est rien passé.
– Bien, alors si ce n'est rien, cela ne te fera rien de m'en parler.
– N'insiste pas Lily, je n'ai aucune raison de parler de cette fille, lâcha-t-il amèrement.
– Bien, alors ne parle pas. Je parlerai pour toi. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous mais le changement est criant. Je ne vous vois plus travailler ensemble à la bibliothèque alors que tu semblais tant apprécier le faire. Ne le nie pas. Et surtout, je vois qu'elle fuit ouvertement de se retrouver avec toi, et encore plus avec Lucius. Elle passe son temps dans le bureau du directeur ! Et tu oses me dire que rien ne s'est passé! Je ne la connais pas beaucoup, mais j'aime l'idée qu'on soit presque des amies toutes les deux alors, tu vas me faire le plaisir d'arranger tout cela en mettant ta foutue fierté de côté. »
La tirade dite d'une traite chamboula quelques peu Severus. Plongé dans sa propre colère et mépris, il n'avait pas fait attention aux faits et gestes de la jeune fille, et n'avait pas remarqué son absence si évidente. Elle les fuyait… Et pas que lui, si il en croyait les propos de la rousse. Avait-il eu tort de la laisser seule… ? Non ! Elle lui avait ouvertement fait comprendre qu'elle se débrouillait seule. Il n'allait tout de même pas ramper à ses pieds pour qu'elle délie enfin la langue.
Il resterait sur ses positions.
Il lança un regard agacé à la jeune fille, et ne répondit même pas, préférant quitter la réception sans plus de cérémonie. Maintenant sa soirée était gâchée, et tout ça à cause de cette foutue Miss Granger !
Hermione se tenait le front, en pleine réflexion.
« – Que se passe-t-il Yulia ?
Albus l'observait d'une mine songeuse. Il constatait qu'elle passait de plus en plus de temps dans son bureau, la mine déconfite. Elle semblait fatiguée, comme rongée de l'intérieur par ses peurs. Il avait tenté plusieurs fois de faire que la brune s'ouvre à lui, mais rien n'y faisait.
– Je me questionne Albus. Nous savons tous deux que Voldemort est un homme égocentrique, qui estime être le plus puissant des sorciers. Il est allé jusqu'à partager son âme en plusieurs parties. Avec Harry, nous avons trouvé le journal, la bague des Gaunt et le médaillon de Serpentard. J'ai comme l'impression qu'avec le temps, il a estimé que ses partis d'âmes méritaient un réceptacle prestigieux et puissant, tout comme lui.
– Donc, nous devrions regarder dans des objets ayant appartenu à des personnes prestigieuses ?
– Des personnes ayant marqué l'histoire, je pense oui.
– Cela ressemblerait beaucoup à Tom en effet, marmonna le vieux sorcier.
– Je pense que le plus simple serait de commencer par les Fondateurs.
– Pourquoi ?
– Une intuition. Harry m'a parlé de nombreux souvenirs que tu as récolté sur Tom, pour mieux le comprendre. Il m'a dit qu'il avait eu une enfance sans amour, traité de monstre dans un orphelinat moldu. Je pense que le meilleur moment de sa vie a été lorsqu'il a appris qu'il était un sorcier. Il s'est senti puissant et unique par rapport à ceux qui le maltraitaient. Il s'est senti accepté dans un monde, et ce qui se rapprochait le plus d'une maison pour lui était Poudlard. Je ne serais pas étonnée qu'il ait visé des artefacts ayant appartenu aux Fondateurs, expliqua-t-elle.
– Il est vrai que Tom m'avait même demandé à être professeur ici. Il semblait… vouloir absolument rester ici.
– Pourquoi as-tu refusé ? Il était un très bon sorcier.
– J'avais le sentiment qu'il nuirait à cette école. Lorsque je voyais ce visage parfait, et ce sourire toujours poli affiché. Je savais au fond de moi qu'il cachait trop de choses. De mauvaises choses. Je ne voulais pas prendre le risque que les élèves soient impliqués.
Hermione ne répondit pas, mais comprenait. C'était tout à fait justifié.
– Je vais faire des recherches à la bibliothèque, l'informa-t-elle.
– Je ferais de même dans mes propres livres, rajouta-t-il en la regardant partir avec un dernier sourire. »
Elle descendit les escaliers en colimaçons et rejoignit automatiquement la bibliothèque. Il lui restait deux heures avant le couvre-feu. Ses devoirs étaient déjà tous terminés, et elle ne ressentait pas réellement l'envie de se rendre à la Grande Salle pour manger. Au moins elle voyait Lucius et Severus, au mieux elle se portait.
Elle fit son rituel habituel, s'asseyant sur sa chaise, qui semblait déjà épouser ses formes. Elle avait longtemps réfléchit avec Harry et Ron sur les possibles Horcruxes. Et ils étaient arrivés à cette conclusion ensemble sur l'affection que Voldemort portait à cette école. Tout sorcier, aussi mauvais soit-il, restait un homme avec des sentiments et faiblesses.
Le temps passa rapidement, et elle fut déjà mise à la porte par la responsable qui lui lançait un regard compatissant. Elle-même comprenait l'envie dévorante de lire jusqu'à la dernière minute. Elle s'élança dans les couloirs distraitement et ses pas la menèrent aux toilettes des filles du deuxième étage. Elle y entra, se laissant submerger par les souvenirs. C'était ici qu'elle avait confectionné le Polynectar; ici qu'elle s'était transformée en chat. C'était également ici que se trouvait la Chambre des Secrets. Mais bien-sûr ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant ?! Des réponses pouvaient se trouver dans cette pièce. Mais comment y entrer ?
Ses pensées furent interrompues par une horrible voix aiguë qui la fit se crisper.
« – Qui es-tu ? Es-tu venu ici pour m'embêter ?!
Elle releva la tête et tomba sur le fantôme habitant ces lieux : Mimi Geignarde.
– Bien-sûr que non. Je souhaitais te rencontrer. Je suis une nouvelle élève et j'ai entendu parler de toi par les autres élèves, improvisa-t-elle.
– Et que t'ont-ils dit ces écervelés ? Que je suis une fille laide sur qui tu allais pouvoir jeter des livres pour passer tes nerfs ? Parce que tu penses que lorsqu'ils traversent ma tête je n'ai pas mal ? J'ai mal de partout à chaque fois ! Éclata-t-elle en ne se retrouvant qu'à quelques millimètres de la Serpentard qui resta calme.
Elle savait très bien comment était la jeune fille pour l'avoir souvent rencontré. Son petit numéro ne l'impressionnait pas du tout.
– Au contraire. Je voulais te rencontrer afin de me présenter. J'ai déjà eu l'occasion de parler avec beaucoup de fantômes de ce château. Je pensais qu'il serait malpoli de ne pas passer te voir également.
Mimi afficha une expression troublée. Elle ne s'y attendait pas du tout. Elle parut gênée mais surtout touchée par l'attention.
– Ha ha ha ! Je vois, je vois ! Et tu as eu raison de faire tout ce chemin. Les autres fantômes ne sont pas du tout intéressants ! Je suis de bien plus bonne compagnie qu'eux !
Yulia sourit devant la réplique de la défunte.
– Mais je n'en doute pas. Je me présente : Yulia Tolstoï.
– Mimi Warren, répondit-elle, enchantée.
Les présentations faites, elles se lancèrent dans de longues conversations. Le fantôme lui raconta combien elle se sentait seule dans ces toilettes négligés.
– Pourquoi ne sortirais-tu pas un peu ?
– Pour me faire insulter ?
– Non, pour profiter de ce magnifique château. Et puis, je serais ravie que tu passes me voir, confia-t-elle.
Hermione s'étonnait même de le penser. Elle avait rapidement apprécié la jeune fille qui avait elle aussi de grandes connaissances sur le monde magique.
– Vraiment ? Oh et bien, si tu insistes. Je me vois obligée de répondre à ta requête. Je passerai te voir ! Déclara-t-elle d'un ton enjoué.
– Dis-moi Mimi, connaîtrais-tu des objets ayant appartenu aux Fondateurs ?
– Des objets ?
– Oui, puis-je te confier un secret ? lâcha-t-elle sous un ton de confidence.
– Bien-sûr !
– Je cherche des objets ayant servis à un rituel de magie noir. Je dois les trouver pour éviter une catastrophe.
– Tu veux sauver le monde magique ?
– Bien sûr ! Pas toi ? Demanda-t-elle avec une certaine malice dans son regard.
– Évidemment ! Même si ce ne sont que des imbéciles aveugles, je ne peux pas permettre que tu disparaisses ! Je t'aiderais à trouver ces objets !
– Vraiment ?
– Oui ! Je vais de ce pas faire mes recherches ! »
Et le fantôme disparut à travers les murs, laissant une Hermione pensive. Son aide ne serait pas de trop. Elle regarda l'heure et constata que le couvre-feu était largement dépassé. Elle marcha discrètement en direction de sa salle commune. Autant éviter une retenue. L'obscurité l'engloutissait, quelque peu éclairée par la lune à travers les grandes arcades. Elle sentit une main se poser sur son épaule, lui renvoyant directement le contact avec Lucius. Elle se retint de trembler et fit un bond en arrière, la baguette déjà levée. Elle rencontra un regard bleu nuit la regarder avec surprise et amusement mêlés. Elle reconnut Sirius mais ne baissa pas pour autant sa baguette.
« – Je peux savoir ce que tu fais là, Black ?
– Je pensais qu'on s'appelait par nos prénoms.
– Tu as mal pensé, répondit-elle de but en blanc.
– Je pourrais te poser la même question, rebondit-il.
– Je ne vois pas en quoi cela te regarde.
– Plaisir partagé.
Ils se regardèrent en chien de faïence. Il relâcha finalement la pression en poussant un soupir.
– C'est ridicule. Baisse ta baguette. Je ne vais pas te faire de mal.
– Je m'assure surtout que tu ne prévois pas de me faire une de tes blagues. Tourne-toi, les mains levées et pars gentiment rejoindre ton dortoir. La tour des Gryffondor est de l'autre côté, lui indiqua-t-elle.
– Tu sais très bien que tu n'es pas une de mes cibles.
– Me prends-tu pour une idiote ? C'est surtout que tes petits tours n'ont jamais réussi à m'avoir, rectifia-t-elle.
Cette réplique vexa quelque peu le Gryffondor qui devait avouer que c'était vrai. Aucun des sorts ou objets piégés avaient réussi à l'avoir. Elle était comme intouchable.
– A la tour des Gryffondor Black, l'avertit-elle en pointant plus fermement sa baguette.
– Très bien, mais avant. Dis-moi pourquoi tu pleures.
De quoi parlait-il ? Elle posa sa main sur sa joue et constata en effet une larme qui coulait. Elle l'essuya furieusement. Elle avait dû lui échapper au moment où elle avait senti la main sur elle. Elle avait senti une pure panique prendre le dessus. Elle ne supportait pas les contacts physiques apparemment. Par Merlin qu'elle était faible. Elle se détestait pour cette faiblesse qui prenait le dessus. Elle n'avait même pas été violée et elle en faisait toute une histoire ! Elle le vit se rapprocher et son corps réagit tout seul, lui lançant un Stupefix qu'il évita de justesse. Il la regarda, ébahi. Il voyait une lueur de panique dans ses yeux gris. Que se passait-il ?
– Ne t'approche pas. Tourne-toi et retourne dans ton dortoir Black, siffla-t-elle sombrement. »
Une nouvelle tentative risquait de lui faire mal. Il soupira une énième fois et fit ce qu'elle lui avait dit, s'enfonçant dans l'obscurité des couloirs. Hermione reprit un rythme normal, s'énervant contre elle-même. Elle était belle la sang pur imperturbable. Elle devait maintenir ce rôle.
Sirius de son côté, visualisa une nouvelle fois la scène : elle avait pleuré et semblait morte de peur pendant un bref instant. Elle s'était rapidement reprise évidemment, mais l'évidence était là . Elle avait une faiblesse qui la rongeait, et il avait mis le doigt dessus sans le vouloir. Il repassa la cape de James, ne souhaitant pas se faire attraper. Une fois arrivé à son dortoir, son ami à lunette l'intercepta, curieux de savoir ce qui l'avait jeté hors de son lit à cette heure-ci :
« – Je surveillais cette mangemort, répondit-il.
– Sirius, mon pote. Je trouve que tu t'intéresses vraiment trop à cette fille. Des filles mangemorts y en a beaucoup à Serpentard, alors pourquoi la surveiller elle ?
– Tu penses vraiment qu'elle est comme les autres ?
– Bien sûr. Elle est une énième sang pur snob. En quoi elle diffère des autres ?
– James, nous n'avons JAMAIS réussi à l'avoir. On dirait qu'elle a toujours au moins deux coups d'avance sur nous. Rien ne l'atteint. Elle garde toujours ce masque parfait. Mais ce soir j'ai réussi à le briser pendant quelques secondes, annonça-t-il fièrement.
– Vraiment ? Que s'est-il passé ?
– Et bien, en fait je ne pourrais pas vraiment te dire ce qui a fait tomber son masque. Je l'ai rejoint dans le couloir et pour la stopper discrètement, j'ai posé ma main sur son épaule. Et là, elle a bondi en arrière comme une tigresse, la baguette levée vers moi. C'était irréel ses mouvements James. On dirait qu'elle a connu ça toute sa vie. C'était tellement fluide sa façon de sortir sa baguette. C'était comme si elle était prête à me tuer à tout instant.
– Elle aurait reçu un entraînement spécial ? Parce que les autres Serpentard en cours de duel sont vraiment moyens. Quelques uns se démarquent mais de peu.
– Plus qu'un entraînement, on aurait dit que cela faisait partie d'elle. Comme si….
– Comme si elle en avait l'habitude ? Compléta James.
– C'est ça ! De voir ça, ça m'a presque effrayé. Nous sommes en guerre James mais nous n'avons pas encore connu les batailles, les morts autour de nous, les sorts qui fusent de partout prêts à t'achever à la moindre erreur. Et en la voyant comme ça, j'ai eu une vision de ce qu'on serait dans quelques années lorsqu'on sera habitués à cette guerre qui s'éternise. Et ça m'effraie de devenir ainsi, avoua-t-il.
James baissa la tête, pensif. Lui-même craignait le jour où ils seraient activement impliqués dans la guerre. Ils avaient des échos par leur famille, les journaux. Mais jamais ils n'avaient vu quelqu'un mourir à leurs pieds. Jamais ils ne s'étaient reçus des sorts pour les tuer.
– Mais le plus troublant James, reprit Black, c'est qu'elle a été très froide, et sans qu'elle ne s'en rende compte, des larmes se sont échappés de ses yeux. Elles étaient discrètes mais elles étaient là. Elle semblait paniquer. Et elle refusait que je m'approche plus d'elle. Je te jure que quand j'ai fait un pas dans sa direction, elle m'a lancé un Stupefix. Mais j'ai bien vu qu'elle l'a lancé instinctivement. Elle-même s'est surprise.
– Peut-être un traumatisme lié à la guerre. Elle a dû avoir peur lorsque tu as débarqué de nulle part.
– Je pensais ça aussi mais quelque chose me dit que c'est plus que ça. J'ai senti son corps trembler comme de dégoût quand je l'ai touché.
Cette information lança un froid. Ils savaient tous deux ce que cela pouvait impliquer.
– Tu penses qu'elle… ?
– Je le crains. Serpentard ou non, je ne le souhaite pour personne, lâcha-t-il sincèrement. »
Ils en restèrent sur ça, se plongeant dans leurs couvertures.
Le lendemain les deux Gryffons lancèrent inconsciemment des regards à la brune, décortiquant la moindre réaction étrange. Elle se tenait entre Severus et Lucius. Ou plutôt, le blond était collé à elle d'une manière enjouée et fortement possessive sous le regard qui se voulait neutre du maître des potions. Et pourtant Sirius voyait bien que son éternelle victime était tendue, les nerfs à fleur de peau. Oh, y aurait-il de la jalousie dans l'air ? Il ne put s'empêcher d'éprouver une fierté sans nom à sa découverte : un nouveau point faible à exploiter !
Il fit un fin sourire narquois, les yeux brillants d'anticipation. Il en avait oublié la jeune fille qui n'en menait pas large. Suite à cette scène nocturne, elle s'était fait la morale à elle-même. Elle avait une mission à accomplir et se rapprocher du blond en faisait partie. Elle n'avait pas à se lamenter sur son sort. Une sang pur à l'éducation irréprochable se devait de rester forte et intouchable, imperméable à toute attaque. Ce fut dur mais pourtant elle se rendit à la grande salle, s'asseyant aux côtés du blond. Elle l'avait fait avec un tel naturel, que cela semblait évident qu'elle se mette à cette place qui était la sienne. Initiative qui ne passa pas inaperçue aux yeux de son ancien professeur de potion.
A quoi pensait-elle enfin ? Cela crevait les yeux qu'elle n'était pas bien avec cette proximité de Lucius, alors pourquoi ? Bien-sûr, il ne réalisait pas que ce fait crevait les yeux à lui uniquement. Car Hermione se tenait parfaitement droite, avait repris son air neutre et détendu. Elle répondait avec son mordant qu'on lui connaissait si bien. Personne à part lui ne pourrait dire à ce moment là qu'elle n'allait pas bien. Lucius lui-même était ravi, prenant ce comportement pour une acceptation à sa condition. Elle lui appartenait et le comprenait.
Ce fut donc tout naturellement qu'il retrouva cet air enjoué, légèrement enfantin avec elle. Il souriait à pleine dent et reprenait ses paroles bourrées de charme et bonnes intentions. Il en profitait également pour enchaîner les légers attouchements, les frôlements aériens sur sa joue, le haut de sa cuisse, son bras, épaule : tout ce qui passait sous sa main.
Ce fut au prix de grands efforts, qu'elle retint ses frissons de prendre le dessus et elle resta de marbre, plantant son regard acier dans celui de son collègue. Il y régnait même comme une lueur de défi qui fit frissonner de plaisir le blond. Par Merlin, elle le rendait fou. Elle retrouvait cette fougue qui le faisait trembler de désir. Et là sous les yeux de toute la grande salle, il lui attrapa la nuque, et amena sa bouche jusqu'à la sienne pour un baiser enflammé. Severus en lâcha sa cuillère, faisant éclabousser son lait sur sa robe de sorcier. Il essuya rageusement les tâches d'un mouvement dédaigneux.
La Serpentard de son côté ne sut comment réagir. Ce baiser était étouffant. Il ne laissait pas place à une quelconque rébellion. Elle se laissa donc faire mais bloqua inconsciemment le poignet de cette main bien trop aventureuse à son goût. Et là, elle fit ce qui pour elle, correspondait le mieux à son rôle. Elle lui mordit la lèvre inférieur jusqu'au sang. Il se retira sous la douleur, et elle lécha le reste de cette goutte carmin qui se trouvait sur sa propre lèvre, gonflée par ce baiser ardent. La scène était des plus affolantes.
« – Lucius, je ne pense pas t'avoir permis ce genre de spectacle, surtout dans la grande salle, lança-t-elle d'une voix vibrante.
Il se redressa et sourit tendrement. Il lui attrapa la main et lui fit un doux baiser avant de la prendre dans sa propre main.
– Il est vrai ma douce que ce n'est pas approprié. Allons de ce pas rejoindre notre salle de classe, répondit-il tout en l'entraînant à sa suite, sortant de la Grande Salle sous quelques regards curieux. »
Severus était écœuré. Se serait-il tout imaginé ? Cette façon si aguicheuse de lui répondre. Il était perdu et surtout en colère. Pourquoi s'enticher de son ami qui vraisemblablement était déjà bien possessif ? Avait-elle vraiment perdu de vue leur objectif ? Pourtant, c'était mentir car il savait au fond pour l'avoir surprise, qu'elle travaillait toujours sur la recherche des Horcruxes. Il se leva rageusement, perdu dans ses sombres pensées et ne remarqua pas qu'un autre élève partit à sa suite.
Il replaça son sac sur son épaule d'un mouvement brusque lorsqu'une douleur musculaire le fit chavirer sur le côté, le faisant inconsciemment éviter, un sort qui fusa près de son visage. Il ne prit pas le temps de plus réfléchir, et sortit lui-même sa baguette, tournant sur lui-même d'un mouvement fluide, tout en jetant le sac devant lui. Sac qui servit de projectile. Celui-ci arriva de plein fouet sur son attaquant, qui ne s'y attendait pas, et qui lâcha un cri de douleur. Severus se redressa en constatant l'identité de son adversaire et afficha de nouveau son air fermé. Il ne manquait plus que lui pour que sa journée démarre merveilleusement bien.
Son sac revint sur son épaule d'un mouvement de baguette, et il fut sur le point de repartir lorsqu'il fut stoppé par la voix quelque peu étouffée du Gryffondor.
« – Ca va, tu supportes bien le fait que ces deux serpents s'envoient en l'air ensemble ?
Il fronça les sourcils et ne sut expliquer la pointe qui piqua son coeur. Une image mentale de la scène suffit à le faire serrer le poing. Il octroya un regard polaire à Sirius qui ne cessait de sourire en constatant l'effet de la bombe qu'il venait de lâcher. Il réagissait enfin !
– C'était tellement mignon de te voir trépigner de jalousie lors du petit-déjeuner.
Il voulait que ces mots s'arrêtent.
– Pauvre petit Servilus qui n'a pas l'attention de la belle, reprit-il moqueusement.
Que cela cesse !
– Comment peux-tu penser une seule seconde qu'elle puisse être attirée par toi ? Tu t'es vu un peu avec ce nez et ces… !
Il fut brutalement stoppé par un sort qui serra sa gorge, lui coupant la respiration. Il fut soulevé à quelques centimètres du sol et amené jusqu'au brun. Il lui attrapa la mâchoire d'une main ferme et se prononça.
– Je te conseille Black de ne plus m'importuner. Je ne suis plus d'humeur à supporter tes blagues de mauvais goût. Je sais que je suis une réelle obsession pour toi mais il va falloir que tu te fasses à l'idée qu'à la prochaine tentative de ta part, ça, désigna-t-il tout en attrapant sans pitié l'entrejambe du rouge et or, ça deviendra inutilisable pour le restant de tes jours, ai-je été bien clair ? Demanda-t-il tout en accentuant la pression.
– Ou..ouiii...iiiii ! Couina-t-il pauvrement en sentant ses bourses prêtes à être arrachées. »
Toute pression disparut, et il tomba d'un coup sec au sol sur les fesses, avant que Severus ne lui tourne le dos pour se diriger vers sa salle de classe. Mais qu'avaient-ils tous à lui parler d'elle ?! Il ne le supportait plus. Il entra dans sa salle de classe, ravalant difficilement sa rage en constatant une nouvelle fois combien ce foutu blond la collait sans décence.
La journée risquait d'être longue…
