Chapitre 10
La Coupe
Elle se tenait là devant lui, droite avec les sourcils légèrement froncés, montrant son agacement à venir lui parler, et son regard décidé. Elle ne semblait pas apprécier leur entrevu et lui-même se demandait pourquoi elle l'initiait. N'avait-elle pas mieux à faire dans les bras son nouvel amant ?
« – J'espère que vous avez une bonne raison pour briser la délicieuse vue du lac avec votre désagréable personne, suggéra-t-il avec une voix froide.
– Rassurez-vous, le plaisir est partagé. Je suis là à la demande d'Albus, lâcha-t-elle, les dents serrées.
Il souleva un sourcil d'intérêt et de surprise. N'avaient-ils pas convenus qu'ils n'aborderaient pas sa réelle identité à Albus, amoindrissant le risque de tourner son attention inutilement sur lui ? Aurait-elle finalement changé d'avis, et ainsi décidé que de le mettre dans une situation compromettante serait satisfaisant pour son ego froissé de Gryffondor ?
Et pourtant il en doutait.
Elle semblait elle-même contrariée par la situation.
– Au risque de vous surprendre, je n'ai pas toute la journée Severus, siffla-t-elle en accentuant le mépris dans sa voix à son nom. »
Elle partit sans rien ajouter en direction du bureau du directeur. Il la suivit, quelque peu éloigné, mais se rendit rapidement compte que personne ne semblait faire attention à eux. Elle leur avait lancé un sort de désillusion. Il se mordit la langue, s'étonnant du fait de ne pas être celui ayant pensé à le lancer. Il devait vraiment se reprendre et ne pas relâcher la pression. Revoir Lily l'avait vraiment plus désarçonné qu'il ne l'aurait cru. Mais rien n'était encore fait. La prophétie ne tarderait pas à être prononcée et ainsi la vie de sa tendre serait mise en danger.
Il gravit les escaliers en colimaçon, et se retrouva de nouveau dans ce bureau dans lequel il avait passé tant d'heures à livrer les informations si difficilement gagnées en tant qu'espion pour le Lord. Albus les accueillit de son éternel regard pétillant, et il ne s'avoua pas le bondissement de son cœur. Mais c'était pourtant si rassurant de voir ce grand homme vivant et à leurs côtés. C'était comme une véritable bouffée d'oxygène pour son corps de nouveau adolescent. Il n'aurait pourtant jamais pensé souhaiter ardemment revoir cet homme aux lubies si étranges. La preuve en direct par le bonbon qu'il lui tendit automatiquement à son arrivée.
Et à la grande surprise de celui-ci, il l'accepta. C'était une première pour eux deux. Ce fut le regard brillant qu'il lui attribua un sourire enthousiaste. Il ne s'était pas trompé en imaginant que la personne qui se trouvait face à lui n'était plus le jeune homme martyrisé par les Maraudeurs, mais bien un adulte au passé trouble.
« – Merci Severus d'avoir répondu à ma convocation. J'espère que Hermione a été aimable en venant te chercher, s'enquit-il à l'aborder en usant du véritable prénom de la jeune fille, faisant comprendre qu'il savait.
Severus ne put retenir un sourire malgré son irritation. Ce vieil homme était vraiment trop perspicace pour son propre bien.
– Non, elle a été égale à elle-même, une arrogante et fatigante Gryffondor, répondit-il imperturbable.
Pourquoi jouer l'innocence quand l'évidence était là. Il ne servait plus à rien de lui cacher plus longtemps son identité. A cette réponse, le directeur ne tint plus en place et se mit à rire de bon cœur en lançant un regard compatissant à Hermione, qui se retenait de lui lancer une réplique acerbe. Mais elle se contenta de serrer plus fortement sa baguette en une menace muette.
– Si je t'ai fait venir aujourd'hui, c'est que nous allons avoir besoin de toi Severus, reprit sérieusement Dumbledore en arborant une mine grave.
Qu'allaient-ils encore inventer pour lui pourrir la vie ? Il estimait avoir assez donné de toute une vie pour cette cause, pour ne pas une nouvelle fois se sacrifier totalement. Mais il leur laisserait au moins le temps d'exposer leur souhait. Peut-être seraient-ils enfin raisonnables.
– Nous avons trouvé un Horcruxe, reprit-il en ne laissant pas le silence planer trop longtemps.
Cela eut le mérite de lui faire de nouveau lever son sourcil dans une mine presque sceptique. Et pourtant, il savait que cela n'avait rien d'étonnant.
– Vraiment ? Et quel est-il ?
– La coupe de Poufsouffle.
Donc Voldemort visait réellement des objets ayant appartenu aux Fondateurs…
– Comment ?
– Tu n'as pas besoin de le savoir, intervint férocement la lionne, rapidement stoppée d'un mouvement de main du directeur.
Le brun porta son regard pourtant sur elle et constata des cernes sous ses yeux. Elle semblait vraiment fatiguée. Il se pinça mentalement, se reprenant. Et alors, qu'est-ce que cela pouvait faire qu'elle soit fatiguée ?
– Nous l'avons trouvé en Hongrie. C'était un pays qu'affectionnait énormément Helga. La coupe est emprisonnée dans une barrière de glace et aucun des sorts que nous avons tenté n'a réussi à l'en sortir. Nous avons donc pensé qu'une potion serait la solution à notre problème. Et qui de mieux pour nous aider que le meilleur maître des potions, déclara-t-il en voilant à peine le compliment.
Il envoya un regard lourd de reproche à l'adolescente. C'était bien elle qui avait vendu la mèche.
– Ne reproche rien à Hermione. Elle ne m'a rien dit avant que je ne lui fasse comprendre que j'avais deviné que tu avais aussi fait partie de son voyage temporel. Seul un aveugle ne verrait pas ton changement qui coïncide avec son arrivée. J'ai réussi à la faire parler qu'à partir de là. Et je peine à en savoir plus, avoua-t-il.
Ainsi il avait compris seul… Il renifla, agacé. Ses petites investigations solitaires risquaient d'être corrompues mais peu importait. Ils avaient tous les trois un objectif commun : défaire le Seigneur des Ténèbres.
– C'est ainsi que vous me qualifiez Miss Granger ? Le meilleur maître des potions, rebondit-il sans retenir une grimace moqueuse envers elle.
Elle le darda d'un regard brûlant, aussi noir que la nuit et tueur qu'un avada. Elle appréciait moyennement ses moqueries.
– Je ne fais que relayer les propos de nombreuses personnes. Il ne reste qu'à vous de nous le prouver, rétorqua-t-elle avec défiance.
Oh ! Elle doutait de ses capacités à présent ? Il fit un sourire narquois.
– Je n'ai rien à vous prouver mais ma réussite saura, je l'espère, au moins vous convaincre.
– Fabuleux ! Maintenant que tout est clair, je vous prierai Severus d'aller vous préparer pour que vous puissiez analyser cette glace, s'enquit Albus de couper court à cette " dispute ".
Il fit une courbette polie et s'en alla, laissant Hermione fulminer sur place.
– Ma chère, pourquoi cette amertume entre vous ?
– Rien Albus. Cela a toujours été ainsi entre nous.
– Ce n'est pourtant pas ce que je constatais les premières semaines. Je pourrai même dire que vous sembliez détendus, voire proches.
Ce constat blessa la jeune fille qui, pourtant, le niait mais savait que c'était vrai. Elle s'était réellement sentie proche de lui, en confiance envers cet homme si cultivé. Et pourtant, elle avait maintenant l'impression qu'un mur de plusieurs mètres se dressait entre eux, et que rien ne pourrait le détruire, voire le fissurer. Elle baissa la tête tristement.
– C'est du passé. Je me contenterai de ses capacités en potion. » répondit-elle avant de partir à son tour.
Les vacances de Noël arrivèrent enfin et Hermione ne put cacher son engouement à partir de Poudlard. Elle s'installa dans un compartiment vide, souhaitant passer le voyage en toute tranquillité. Mais c'était sans compter Lucius qui imposa rapidement sa présence. Elle lui attribua un regard neutre, retenant son expression ennuyée à sa vue. Celui-ci lui retourna un sourire charmant et prit place à ses côtés avec grâce.
« – Je m'étonnais de ne pas te voir ma belle. Je pourrais presque croire que tu m'évites, sous-entendit-il avec un regard de reproche qui dénotait avec son ton enjoué.
Oh, elle ne s'y trompait pas. Il n'avait pas du tout apprécié son initiative. Elle comprenait bien qu'il ne cautionnait pas que son trophée s'éloigne de lui. Elle ne se démonta pas et lui répondit avec une voix posée.
– Rassure-toi, mon cher Lucius. Je cherchais à avoir un compartiment vide pour être plus tranquille. Je savais bien que tu me retrouverais. Après tout, mon délicieux parfum suffit à te tracer le chemin pour me retrouver, déclara-t-elle d'une voix électrique. »
Le blond eut un frisson. En effet, ce parfum savait remuer ses sens et son odeur était si particulière, qu'il savait la reconnaître entre mille. Il se détendit, concédant le fait qu'elle restait une femme au caractère bien trempé. Ce n'était pas pour lui déplaire. Il passa un bras autour de ses épaules, plongeant son nez dans ses longs cheveux. Il en aimait tellement la douceur et l'odeur. Ses muscles relâchèrent la pression et il se surprit à fermer les yeux.
Il ne s'était jamais senti aussi détendu, surtout en présence de quelqu'un. Et pourtant avec elle, il sentait qu'il pouvait baisser ses barrières et enfin souffler un peu. Hermione elle-même s'étonna de ce changement. De sa main libre, il lui caressait l'avant bras avec une telle douceur. Rien à voir avec cette brutalité sensuelle dont il se servait souvent. Malgré son brusque changement, elle ne pouvait pas se permettre de faire de même.
Cela pouvait être une autre façon pour mieux l'avoir dans ses filets.
Ce moment paradisiaque pour le sang pur fut brusquement interrompu par l'arrivée bruyante de deux femmes.
« – Alors Lucius, on a trouvé son doudou, lâcha moqueusement une brune que Hermione identifia rapidement comme étant Bellatrix.
La blonde à ses côtés devait être Narcissa. Elle était magnifique avec sa peau de porcelaine, sa taille gracieuse. Une véritable poupée. Elle semblait plus jeune qu'eux de peut-être deux années. Elles entrèrent et s'imposèrent même sur la banquette leur faisant face. Lucius grogna discrètement dans l'épaule de la brune qui se retint de rire. Voir cet homme contrarié était toujours aussi marrant.
– C'est aussi un plaisir de te voir Bellatrix, répondit-il d'une voix bien trop polie pour être sincère.
– Mettons de côtés ces politesses. N'oublie pas mon cher que tu es fiancé à ma sœur. J'espère que tu profites bien de la nouvelle, car cela ne te sera bientôt plus permis, lâcha-t-elle avec un sourire satisfait.
– Serais-tu en train de me menacer ? Demanda-t-il d'une voix à présent dénuée de sympathie.
– Aucunement, je ne fais que te prévenir.
– Alors laisse-moi aussi te prévenir. Sache que ces fiançailles ne sont que des formalités que je peux aisément modifier. Je suis sûre que mon père serait plus que ravie que je lui fasse une descendance avec une famille si prestigieuse que les Tolstoï.
La bombe était lâchée. Il disait ouvertement que ce mariage était bancale et pouvait facilement être reconduit avec une autre. Entre autre avec elle. Elle avala difficilement sa salive. Elle n'avait pas prévu ce retournement de situation. Si il le faisait vraiment, comment devrait-elle réagir ? Accepter, et ainsi être au plus proche des informations susceptibles de les aider ? C'était une occasion à ne pas laisser passer. Mais était-elle prête, même pour la cause, de passer sa vie avec lui ? Elle en doutait fortement…
Bellatrix et sa sœur blêmirent. Elle étaient prises de court.
– Tu...tu n'oserais pas !
– Ne me mets pas au défi ma chère.
– Penses-tu être le seul concerné ? Est-elle aussi enjouée que toi à l'idée de ce mariage ? Demanda-t-elle en la pointa du doigt.
L'attention était à présent tournée vers elle. Le moment fatidique. Qu'allait-elle répondre à cela...Son trouble était si évident ?
– Je ne pense pas avoir à répondre à une question aussi personnelle, surtout d'une personne qui n'a même pas pris la peine de se présenter, et qui pense pouvoir me pointer impunément du doigt, répliqua-t-elle d'un ton maîtrisé et quelque peu hautain.
Elles écarquillèrent les yeux. Mais pour qui se prenait cette impertinente ?! Bellatrix fit un geste dans la bonne intention de sortir sa baguette mais Hermione fut plus rapide, ayant déjà la sienne pointée franchement vers elle.
– Ne pense pas que parce que vous êtes deux, j'hésiterai à vous lancer un sortilège. Il ne tient qu'à toi de te raviser et ne pas goûter aux sorts qui ont rendu aussi célèbre ma famille, la menaça-t-elle en étant toujours assise.
Les deux Black se tendirent. Elles avaient en effet connaissance de cette famille et ces connaissances si étendues. De nombreux sorts qu'eux seuls connaissaient. Le visage fermé, elles ouvrirent le compartiment et repartirent après lui avoir lancé un regard noir, promettant milles tortures. Elle le soutint, imperturbable.
La pression retomba lorsqu'elles furent partis. Le blond se recolla à elle, reposant sa tête sur son épaule.
– Tu as été magnifique, souffla-t-il avec émotion.
Oui, il se retenait à grande peine de ne pas la prendre à même cette banquette. Tout en elle lui hurlait de la posséder. Et pourtant il se retenait. Sa démonstration de force de la dernière fois avait suffi à instaurer une évidence entre eux : elle lui appartenait. A présent, il ne tenait qu'à lui de la charmer doucement mais sûrement. Elle serait à lui corps et âme, et cela, malgré tout son esprit rebelle qu'il lisait encore dans ses yeux argentés.
– Merci. Mais je souhaiterais que tu règles tes histoires sans m'inclure la prochaine fois. Je ne souhaite pas avoir des problèmes inutiles avec les Black. Plus que ce que j'en ai déjà avec le Gryffondor, lâcha-t-elle en représailles.
Il passa sa main dans ses longues mèches, les caressant du bout des doigts, appréciant leur douceur. Il tira dessus sans prévenir, approchant leurs visages. Son souffle chaud s'écrasait sur le visage de la jeune fille qui ne rougissait même plus à ces gestes intimes. Il le faisait souvent. Il sourit, dévoilant une dentition parfaite. Elle se fit la drôle de réflexion que son père aurait eu plaisir à observer des dents si bien entretenues. Elle mit de côté cette pensée, se claquant mentalement.
Ce n'était décidément pas le moment.
– Tu savais qu'elles étaient des Black.
– Bien-sûr. Je connais toutes les grandes familles de notre maison. Donc je te prierai de mieux tenir ta future belle-famille.
Ses lèvres frôlèrent les siennes et lui répondit d'une voix rauque.
– Mais il ne tient qu'à nous de faire que cette future belle-famille soit la tienne. Tu mérites ce qu'il y a de mieux. Et quoi de mieux qu'un Malfoy ?
Un rictus. C'était toute l'envie qu'elle avait de faire. Et elle se retint encore une fois.
– Le mieux est un Tolstoï, répliqua-t-elle avec un sourire suffisant.
Il voulait jouer aux familles les plus reconnues. Très bien. Elle en serait la gagnante pour sûre.
– Peut-être mais aujourd'hui, tu es la dernière héritière. Et pour refonder ta famille, il va te falloir de l'aide. Que je me ferais un plaisir de t'offrir, répondit-il d'une voix tendre avant de lui baiser sa main.
Elle fut surprise qu'il ne réponde pas à la provocation. Il concédait le fait que les Tolstoï soient mieux que les Malfoy? Elle n'en croyait pas ses yeux. Avant qu'elle n'ait pu répliquer, il replongea sa tête dans son cou, refermant les yeux dans la bonne intention cette fois d'en profiter jusqu'à ce que le train arrive en gare.
– Tu seras ma promise, souffla-t-il avant de plonger dans le monde des songes. »
Son cœur se retourna. Sa promise... C'était si étrange à entendre de sa bouche et d'une façon si attendrissante. Elle devait absolument en parler à Matvei et Albus pour savoir quoi faire. Cette situation pouvait être à double tranchant. Elle avala de nouveau difficilement sa salive et ferma elle-même ses yeux.
Ses vacances n'allaient pas être de tout repos.
Le train arriva en gare, faisant papillonner des yeux les deux Serpentards. Ils s'étaient tous les deux endormis. Et à leur grande surprise, ils devaient avouer qu'ils avaient bien dormi. Même trop au goût d'Hermione. Ils descendirent du train, le blond gardant sa main dans la sienne. Il était intraitable sur le fait que ce n'était pas quelque chose sur lequel ils pourraient discuter. C'était déjà décidé. Elle consentit à lui laisser ce caprice.
Lorsque leurs pieds frôlèrent les pavés de la gare, la fumée du train fit quelque peu écran entre les élèves et les parents qui attendaient leur progéniture. Et pourtant, elle la vit au milieu de toute cette foule. Elle était en première ligne, et se détachait tellement du reste qu'elle était facilement reconnaissable. Se tenait Henriette, beaucoup plus jeune, mais toujours aussi vivante et parfaite.
La jeune fille ne réfléchit pas plus et se mit à courir, se jetant dans ses bras sous le regard écarquillé de son peut-être futur fiancé. Henriette la réceptionna affectueusement, serrant ses bras sur sa taille fine. La Serpentard fut enveloppée par ce parfum si doux et cette chaleur qui lui avait tant manqué. Il était si bon de la retrouver.
Flash-Back
Hermione avait longtemps parlé avec Albus de sa fille, la décrivant comme la personne aimante et chaleureuse qu'elle avait toujours connu. Elle voyait bien que le directeur mourrait d'impatience de la rencontrer. Et c'était dans ce but qu'elle s'était retrouvée devant le manoir familiale. Il n'avait pas changé mais semblait juste plus récent. Elle attrapa le cercle en métal et frappa à la porte en trois coups secs.
Elle n'attendit pas longtemps avant qu'un majordome vienne lui ouvrir. Il lui fit un sourire gracieux.
« – Que puis-je faire pour vous, Miss? s'enquit l'employé d'un ton poli.
– Je souhaiterai parler avec Henriette Jean je vous prie.
– Et qui la demande ?
Elle n'eut pas le temps de répondre qu'une voix la coupa.
– Qui est-ce Bernard ?
C'était Henriette qui descendait le grand escalier dans une robe en soie verte émeraude. Leurs yeux se croisèrent et Hermione retint difficilement son émoi. Elle lui avait tant manqué. La Lady s'imposa devant son majordome et fut celle lui faisant face. La sorcière réagit et fit une révérence distinguée.
– Je me présente, Hermione Granger. J'ai grand besoin de m'entretenir avec vous, Lady Jean.
La curiosité frappa la plus âgée qui appréciait le maintien parfait de cette étrangère. Elle se poussa, lui ouvrant sa porte.
– Je vous en prie. Bernard, apportez-nous du thé et une collation s'il-vous-plaît.
Le domestique s'inclina et partit remplir sa tâche. Hermione suivit son arrière grand-mère à travers les couloirs aux couleurs chaudes du manoir. Elle se retrouvèrent dans un salon aux tons bleus. Elle prit place dans un fauteuil. Le même qu'elle avait l'habitude de remplir lors de ses visites. La sensation de cuir frais lui ramena de nombreux souvenirs en tête.
– Je n'ai pas le plaisir de vous connaître, mais vous semblez vous, me connaître, avisa la Lady.
– En effet. Il n'y a malheureusement aucune façon délicate pour vous l'annoncer alors je serais brève : je suis votre arrière petite fille.
La Lady perdit de sa superbe pendant un bref instant, montrant son trouble.
– Est-ce une blague ?
– Aucunement. Je ne m'avance pas trop en affirmant que vous avez connaissance du monde sorcier.
– En effet, répondit-elle en ne cachant pas la nouvelle vague d'intérêt qu'elle ressentit envers cette jeune fille.
– Je sais qu'en ce moment votre petite fille est au lycée et ce n'est personne d'autre que ma mère. En tout cas elle le sera dans quelques années, la rassura-t-elle.
– Essayez-vous de me dire que vous venez du futur, ou quelque chose comme ça ?
– Tout à fait. Et si je suis ici c'est pour changer le futur. J'ai tellement de chose à vous dire alors je préfère vous montrer mes souvenirs, répondit Hermione en faisant apparaître la pensine que lui avait passé Albus à cette occasion.
– Serait-ce une pensine ? s'extasia l'aristocrate.
– Tout à fait.
– C'est incroyable !
– Vous savez vous en servir ?
– On m'en a parlé. Il faut que je plonge ma tête dedans, n'est-ce-pas ?
– En effet. Ça peut surprendre la première fois mais dites vous que rien ne peut vous arriver dans ces souvenirs. Vous êtes seulement spectatrice de ce qui se passera. Et puis, je serais là avec vous. Vous êtes prête ? Demanda-t-elle tout en lui adressant sa main afin qu'elle la prenne. »
Celle-ci s'en saisit s'en hésiter et elles plongèrent de concert leurs visages dans l'eau fraîche qui contenait ses souvenirs.
Des heures passèrent et elles sortirent enfin, revenant dans la réalité. Hermione n'eut pas le temps d'en placer une, qu'elle se retrouva écrasée contre une poitrine ferme. Elle se détendit, retrouvant ce parfum qui avait ce don de la calmer.
« – Mon enfant, je ne sais pas comment exprimer toutes ces émotions qui me traversent. Mais ce qui est sûr c'est que je dois te remercier.
Le tutoiement était sorti naturellement. Après tout ce qu'elle avait vu, c'était comme si elle avait véritablement vécu ces souvenirs, qu'ils lui appartenaient. Elle était heureuse de constater que le temps n'avait pas réussi à briser ce qu'elle était. Mais le plus émouvant pour elle, fut le moment où elle apprit l'identité de ses parents biologiques, et que le monde auquel elle appartenait réellement était celui de la magie. Son cœur bondissait dans sa poitrine à cette nouvelle. Elle était consciente qu'à son époque, son père était vivant. Elle retenait à grand mal ses larmes de couler. Toute sa bonne éducation était mise à mal. Hermione essuya une larme qui avait réussi à franchir la barrière de ses yeux.
– C'est un plaisir Henriette. Je peux te laisser seule afin que tu puisses assimiler tout ça, lui proposa-t-elle.
– Cela ne sera pas nécessaire. Je meurs d'envie de le rencontrer, avoua-t-elle comme une enfant.
Oui, elle redevenait l'enfant croulant sous l'envie de voir ses parents. Elle avait longtemps mis de côté cette idée mais à présent que la vie lui offrait la possibilité de le rencontrer. Elle ne tenait plus en place.
– Il est lui aussi impatient, lui confia Hermione.
Ces simples mots emplirent la Lady de bonheur.
– Attrape ma main et ne la lâche surtout pas, la prévint la sorcière.
– Attends je… je ne peux pas aller le rencontrer comme ça. Peut-être serait-il mieux de le rencontrer en tant que sorcière, je ne suis qu'une moldu et lui...le grand Albus Dumbledore…
Elle avait souvent entendu parler de cet homme si respecté dans le monde magique. Imaginer lui faire face et en tant que fille l'excitait comme l'effrayait. Et si il jugeait qu'une fille sans pouvoir ne l'intéressait pas.
– Rassure-toi. Il est au courant de ta situation. Je lui ai tout raconté Henriette. Il sait que tes pouvoirs t'ont été retiré. Et puis pour être honnête, je pense sincèrement qu'il n'en a que faire. Tu pourrais être une cracmol qu'il t'aimerait autant. Tu es son unique fille.
Rassurée, la Lady prit délicatement la main de la plus jeune.
– Tout se passera bien, lui assura-t-elle une dernière fois avant de transplaner. »
Elles se retrouvèrent dans d'immenses jardins encore colorés par la fin de l'été. Elles distinguèrent facilement la silhouette haute de Albus dans ses lourdes et magnifiques robes sorcières. Il posa un regard aimant sur elles et tendit sa main vers Henriette. Sans un mot, elle s'en saisit.
En quelques pas, elle fut à un seulement un mètre de lui. Son cœur bondissait dans tous les sens. Et cela ne s'arrangea pas lorsqu'elle constata des larmes dans les yeux bleus du sorcier. Sans attendre, il ouvrit ses bras et l'attrapa dans une embrassade. Elle se fondit dans ces bras qu'elle attendait depuis si longtemps. Elle sentait toute la magie de cette homme l'envelopper dans un doux cocon.
« – Nous nous rencontrons enfin, ma fille, chuchota-t-il d'une voix pleine d'émotion.
Hermione laissa couler une larme, touchée par cette scène attendrissante.
– Oui, père. Enfin, répondit-elle de la même émotion. »
Ce fut sur cette scène que Albus et Henriette se rencontrèrent pour finalement planifier de nombreuses rencontres, bien décidés à rattraper le temps perdu. Ils se confièrent l'un à l'autre, créant des liens forts en très peu de temps. C'était comme si ils se connaissaient depuis toujours. Elle le présenta à sa famille, à son fils, sa belle fille et sa petite fille. Les présentations furent quelque peu mouvementés mais se finirent dans un repas en famille des plus accueillant. Hermione elle-même fut présentée comme étant son arrière petite fille, leur avouant le voyage temporel. Ce fut avec émotion qu'elle rencontra ses grands parents qui étaient décédés d'un accident d'avion à son époque. Elle n'avait pas eu le plaisir de les rencontrer.
Autant dire qu'elle passa les meilleurs jours possible depuis qu'elle était arrivé ici.
Fin Flash-Back
Lucius ne perdit pas de sa superbe et s'approcha d'elles, bien décidé à s'imposer comme étant son petit-ami. Il se gratta la gorge, faisant noter sa présence aux deux femmes. Hermione se détacha de Henriette, quelque peu contrariée qu'il ait interrompu leurs retrouvailles.
« – Enchanté ma Lady. Je me présente, Lucius Malfoy, se présenta-t-il tout en baisant sa main tout en finesse.
– Henriette Dumbledore, enchantée de vous rencontrer monsieur Malfoy, répondit-elle d'une voix chantante. Je vous présente Charles Fostier, dit-elle en désignant un homme se tenant discrètement à ses côtés.
L'homme lui serra la main poliment.
– Un plaisir monsieur Malfoy de vous rencontrer. J'ai souvent eu le plaisir d'échanger avec votre père, confia-t-il.
Lucius n'en menait pas large. C'était quoi cette histoire de Dumbledore ? La fille du directeur ? Il n'en avait jamais entendu parler. Et maintenant il se retrouvait devant le fameux Charles Fostier dont son père lui parlait si souvent? Dire qu'il ne s'y était pas attendu était un euphémisme. Il était jeune, à peine 20 ans, et avait déjà su s'imposer devant les grandes familles anglaise. Il avait imposé sa puissance française en un rien de temps.
Il en tremblerait presque d'excitation.
Il pensait avoir tout vu avec Yulia et pourtant elle savait encore le surprendre en étant étroitement liée à des personnes si influentes.
– Le plaisir est partagé Lord Fostier, répondit-il.
– Vous nous excuserez, mais nous sommes attendus. Passez une agréable journée, intervint Henriette.
– Je comprends. Hâtez-vous et passez d'agréables vacances, répondit-il avant de se tourner vers sa bien aimée.
Il fut collé à elle en peu de temps, posant ses lèvres sur les siennes en un doux baiser.
– Passe de bonnes vacances et n'oublie pas de m'écrire ma belle, lui chuchota-t-il à l'oreille avant de se diriger vers son père qu'il aperçut au loin. »
Elle ne répondit rien mais ne retint pas cette fois-ci le rougissement prendre possession de ses joues. Il aimait vraiment s'exhiber en public. Charles et Henriette échangèrent un regard complice et partirent de la gare.
Plus loin un homme blond accueillit son fils avec un regard curieux.
« – N'étais-tu pas avec Charles Fostier ?
– En effet père. Ainsi que Henriette Dumbledore et Yulia Tolstoï, ajouta-t-il.
Il constata avec satisfaction la lueur de fierté dans le regard de son père. Celui-ci posa une main sur son épaule.
– Nous avons beaucoup de choses à nous dire. Rentrons mon fils. »
Et sur ses dernières paroles, ils partirent et transplanèrent jusqu'à leur manoir.
