Chapitre 15

Maika


Elle sortit de son dortoir de bonne heure le sourire aux lèvres, l'air plus serein. La trouvaille de l'épée allégeait tellement sa tâche. Il ne lui restait plus qu'à trouver les Horcruxes restant. Pas une mince affaire en soi, mais elle avait confiance. Elle descendit les escaliers menant à la salle commune et fut surprise d'y trouver Lucius, sur un des canapés, fatigué, semblant être malade.

« – Par Merlin Lucius, que t'arrive-t-il ?

Il releva la tête vers elle, les yeux qui peinaient à s'ouvrir. Il venait de se réveiller d'une bien mauvaise nuit. Il s'alerta quelque peu sur le fait d'avoir été surpris dans une position si compromettante pour sa réputation, mais de douloureuses pointes dans son crâne suffirent à lui faire oublier ses craintes. Il n'avait qu'une seule envie : s'arracher la tête.

Hermione sembla comprendre ce qui arrivait et sortit sa baguette, amenant une fiole de son dortoir d'un Accio. Ayant passé quelques années aux côtés de Ron et Harry, elle savait reconnaître une gueule de bois lorsqu'elle en voyait une. Et il semblait en avoir une belle.

– Tiens, prends ça.

– Un Malfoy ne dépend pas de potion, siffla-t-il entre ses dents.

– Et un Malfoy n'est pas sensé se bourrer la gueule au point de s'écrouler sans finesse dans la Salle Commune, mais comme quoi, tout peut arriver. Alors cesse cet argument erroné, le fustigea-t-elle.

Il grogna dans sa barbe inexistante et céda, prenant la fiole. Il ingurgita le contenu d'une façon bien plus désespérée qu'il ne l'aurait souhaité. Mais cette douleur allait le rendre fou. Il se sentit immédiatement mieux, reprenant quelques couleurs. Hermione le gratifia d'un sourire satisfait.

– La prochaine fois, prépare au moins de quoi survivre au lendemain, lui conseilla-t-elle avant de repartir.

Pourtant, elle ne put faire un pas de plus, une main retint son bras. Elle frissonna à ce contact. Elle perdait bien trop l'habitude et baissait ainsi sa garde.

– Mon bras va commencer à avoir une crampe si tu ne me dis pas ce que tu veux, lui indiqua-t-elle, quelque peu moqueuse.

– Merci, répondit-il simplement avant de monter dans sa chambre.

Ce simple mot fit bondir le cœur de la brune. Elle ne s'attendait vraiment pas à cela venant de lui. Mais que se passait-il enfin ?!

Elle secoua la tête, tentant de mettre de côté cet épisode et fut sur le point de repartir, lorsqu'une seconde main la stoppa sur place. Celle-ci était légèrement plus petite. Elle se tourna et tomba sur celui qu'elle tentait d'éviter. Autant dire que c'était raté.

– Je dois te parler, l'informa-t-il d'une voix autoritaire.

– Et bien cela attendra que je me sois nourris, coupa-t-elle en retirant d'un mouvement sec sa main.

Il serra les mâchoires mais hocha la tête, la suivant. Ce fut en silence qu'ils allèrent jusqu'à la Grande Salle. Severus ne cessait de la regarder, la rendant un brin mal à l'aise. Mais ça, elle fit tout pour ne pas le montrer. Une rousse lui tomba dessus lorsqu'elle entra.

– Yulia ! Je t'attendais ! Quand est-ce que nous allons acheter les robes ?! Interrogea-t-elle, le regard brillant.

Le Serpentard haussa un sourcil. Acheter des robes ? De quoi parlait-elle ? La brune se mit à rire devant l'engouement de son amie. Ce rire angélique en figèrent plus d'un. Dire qu'elle était inaccessible, se lamentèrent-ils.

– Nous nous y rendons ce week-end. J'ai demandé une autorisation au directeur. Il suffit que tes parents signent ce document et tout sera bon, lui répondit-elle.

– Parfait ! Oh bonjour Sevy, je vois que cela va mieux vous deux !

L'affirmation de la Gryffondor les rendit mal à l'aise. Non, cela n'allait pas mieux. Le visage de Hermione se ferma de nouveau, lui accorda un regard presque hautain et partit en direction de sa table après un sourire rapide envers la rousse. Celle-ci se crispa, et s'excusa envers Severus qui soupirait. Cela risquait d'être compliqué.

Il prit place face à la brune, suivant tous ses mouvements du regard.

– Tu comptes réellement m'ignorer ainsi longtemps ?

– Depuis quand tu t'importes de l'intérêt que je te porte, Severus ?

On sentait les étincelles crépiter entre eux et peu étaient les téméraires restant à leurs côtés. Un sort était rapidement lancé.

– Pourrions-nous cesser cette querelle immature ?

– Oh, je suis immature maintenant ? Tu n'arrêtes pas les compliments, je m'étonne encore du fait d'éviter tout contact avec toi, lança-t-elle sarcastiquement.

– Une querelle se fait à deux, cette immaturité me concerne donc aussi, eut-il la décence de préciser. »

Cela étonna quelque peu la jeune fille de le voir se critiquer lui-même, mais ne fit que l'ignorer en se servant un pancake. Un nouveau soupir et il daigna accéder à sa requête : la laisser manger.

Le petit déjeuner englouti avec raffinement, tel que son rang lui imposait, elle accorda un instant à Severus dans une salle vide. Autant faire en sorte que leur conversation ne tombe pas dans les oreilles d'élèves bien trop curieux. Et il fit quelque chose qu'elle n'aurait pas cru venant de lui. Il lui prit sa main dans un geste tendre. Est-ce que le monde continuait à tourner de la bonne façon ? Elle la retira comme si elle venait d'être brûlée, l'abattant sur sa poitrine, les bras croisés.

« – Je peux savoir ce que vous prend ?

Elle venait bien de repasser au vouvoiement. Il ne répondit pas et se jeta sur elle, la serrant dans ses bras. Il fit plonger sa tête dans son cou, la laissant avoir accès à son parfum masculin. Dire qu'elle en était figée était un euphémisme. Elle tenta de s'extirper mais rien à faire. Il avait encore de la force dans ce corps d'adolescent.

– Ma patience a des limites que vous avez dépassé depuis longtemps. Lâchez-moi immédiatement.

– Je suis désolé, pardonne-moi, parla-t-il enfin, choquant la Serpentard par ses paroles.

Elle poussa plus fortement sur son torse, réussissant à se libérer.

– Non ça suffit ! Vous vous êtes passés le mot avec Lucius ou quoi ?! C'est quoi vos réactions surréalistes ? Je n'ai pas de temps à perdre avec vos nouvelles inventions ayant pour but de faire de ma vie un calvaire.

Severus s'étonnait d'admirer les traits de ce visage déformés par la colère mais qui pourtant, ne le rendait que plus beau. Une gifle mentale plus tard, il jeta un informulé sur son ancienne élève afin qu'elle ne puisse ni bouger ni parler. Il planta son regard dans le sien, imperturbable aux sorts mortels qu'elle lui lançait à travers celui-ci.

– Je tenais à ce que nous remettions de l'ordre dans nos rapports Hermione. Je me suis comporté comme un imbécile et ai été aveuglé par mes préjugés. Vous n'êtes plus une enfant et j'aurai dû avoir confiance en vous et votre jugement. Je sais que votre priorité est de faire de notre mission une réussite. Et c'est aussi mon cas. J'ai bien trop à perdre d'un échec. Je vous demande donc de me pardonner pour mon comportement inqualifiable et souhaite que nous repartions sur de bonnes bases. J'ai réussi à libérer l'Horcruxe de sa prison et j'ai cru comprendre que vous aviez récupéré celui de Serdaigle. Un travail rondement accompli qui n'en tient qu'à votre talent. En ce qui concerne Lucius, je me dois toujours de laisser une distance entre nous afin qu'il ne s'alerte pas, mais sachez que je me suis donné comme objectif personnel de le détourner de la voie des Mangemorts. Il peut être très immature, voire même un connard concernant les femmes mais c'est un homme talentueux qui, toute sa vie, a regretté les choix fait lors de son adolescence. Je ne laisserais pas mon ami comme vous, vous n'auriez jamais laissé Potter à un destin malheureux. Je propose donc que nous coopérions de façon cordiale afin de trouver les derniers Horcruxes. Serait-ce concevable pour vous ? Finit-il par demander en levant le sort.

Cette tirade chamboula Hermione pour diverses raisons. Tout d'abord la sincérité émanant de ces propos. Elle ne s'y attendait pas venant de lui mais appréciait au fond d'elle, qu'il l'ait été. Ensuite, qu'il ait pu ouvertement reconnaître ses qualités sans mâcher ses mots était surprenant. Elle avait bien plus l'habitude à son sarcasme mordant. Et enfin, d'apprendre qu'il considérait Lucius comme un réel ami, le mettant au niveau de Harry la bouleversait. Comment réagirait-il en apprenant le comportement du blond envers elle ? Cette question sembla tomber dans les oreilles de Severus qui lui reprit une nouvelle fois sa main.

– Je suis là si vous ressentez le besoin d'en parler. Je ne vous jugerai pas, et je serais le dernier à me moquer de vous. Sachez me trouver en la qualité de camarade, ou de compagnon, peu importe, mais je serais là pour vous écouter et vous soutenir.

Une larme coula. Il savait. Il savait ce qu'il lui était arrivé et n'avait pas ce regard empli de dégoût ou de moquerie. Son cœur fut allégé. Elle serra plus fortement cette main.

– Merci, murmura-t-elle.

Ce mot soufflé fut accueillit avec délectation par Severus. Un mot qui résumait toutes les pensées de la jeune fille. Un mot qui suffisait à terminer un conflit incessant. Un mot libérateur.


Lucius descendait prendre son petit-déjeuner, la nausée étant passée. Il avait repris l'apparence d'un humain digne de ce nom, redevenant le parfait élève. Il se surprit à chercher le duo, s'étonnant de leur absence. Il s'assit et fut tout de suite assaillit par l'arrivée d'un hibou qui lui laissa une lettre. Il reconnut immédiatement l'écriture fine de son père.

« Mon fils,

J'ai transmis ton message au maître qui en fut ravi. Il est intrigué par le fait que Miss Tolstoï passe autant de temps avec les fantômes de Poudlard. Il aimerait savoir ce qu'elle aurait trouvé dans la Salle sur Demande. Assure-toi de le découvrir.

Concernant le statut particulier du Lord Tolstoï, j'ai enquêté auprès des Gobelins de Gringott's, et ils m'ont assuré que tout était en ordre. Ce statut était légal. Il est donc officiellement le seul Lord, détenteur des fortunes de cette illustre famille. Le maître en est extrêmement contrarié…

Il t'ordonne de ne pas te rendre au bal organisé par Lady Dumbledore. Je n'en connais pas les raisons, mais je regrette de ne pas saisir cette occasion pour te présenter plus officiellement à la société. Nous trouverons une autre occasion pour cela.

Tâche de rester à la place que t'a attribué le maître et ne le déçois pas.

Mes sentiments,

Abraxas Malfoy. »

Génial… Il n'avait même pas l'occasion d'assister au bal de l'année. La dernière phrase de son père assombrit son expression. Sa place, il ne la connaissait que trop. Des flashs de cette soirée revenaient sans cesse. Comment l'oublier ? Et pourtant, au fond de lui. Il sentait un sentiment qu'il ne saurait nommer. Un sentiment si fort, qui bousculait tous ses principes, et qui lui hurlait de changer cela. Un sentiment si Gryffondor qui ne lui ressemblait pas. On lui avait toujours appris à respecter les ordres, d'être irréprochable et d'être le parfait futur Mangemort. Contenter son maître était tout ce qu'il devait faire.

Et pourtant… Il n'avait qu'une seule envie : aller à l'encontre de ces ordres.

Il secoua la tête, se retenant de se gifler pour sa propre folie. Défier Voldemort égalait au suicide.

Il avait encore bien trop d'auto-préservation pour cela…


Severus se rendit à son cours en commun avec Gryffondor. Il fut heureux d'y retrouver Lily qui lui avait naturellement gardé une place à ses côtés. Il se sentait bien plus léger depuis qu'il s'était réconcilié avec la brune. Pas qu'il allait maintenant faire les magasins ensemble et parler de leurs histoires de cœur, rien de cela. Mais il sentait qu'ils allaient de nouveau travailler ensemble, sur un pied d'égalité.

« – Qu'est-ce qu'il t'arrive Sevy ? Tu as l'air vraiment heureux aujourd'hui.

Cette remarque fit perdre le sourire du concerné. Parce qu'en plus il souriait, réalisa-t-il avec effroi. Par Salazar, pouvait-il mettre ça sur le compte des hormones de ce corps d'adolescent ? Il en doutait et dans une mauvaise foi exemplaire pourtant, le justifia ainsi avec légèreté. C'était plus simple.

– Rien, je suis impatient de ce cours.

– Un cours de potion où tu sais déjà tout faire ? Tu trouves pourtant toujours à redire sur ses méthodes d'enseignement et ses devoirs bien trop simples pouvant être réalisés, je te cite par des babouins, pointa-t-elle sans retenir un sourire sournois.

Rien ne lui passait à côté. Avait-elle toujours été si...Serpentard ? Il leva les yeux au ciel.

– Bien-sûr que ces devoirs sont bien trop simples mais ça n'empêche pas le fait que j'apprécie d'assister à ce cours plus qu'un autre, se défendit-il sous le regard suspicieux de la rousse.

– Vraiment ? Ça ne doit pas avoir de rapport avec la bonne humeur de Yulia après que vous ayez tout deux disparus j'imagine, émit-elle en hypothèse.

Il se mordit la langue, se retenant une remarque acerbe. Bien trop Serpentard pour son bien.

– Tout à fait. Cela n'a aucun rapport, conclut-il en portant son attention sur le professeur. »

Il passa le reste du cours à éviter les tentatives qui se voulaient discrètes de James afin de ruiner sa potion. Il esquivait d'un sort de protection, qui faisait rebondir l'ingrédient opportun. Il ne retint pas son rictus méprisant en constatant les mines défaites de ceux qui se qualifiaient de farceurs du siècle. Il devait tout de même leur accorder le crédit pour avoir inventé cette carte. Il l'avait tout de suite rendu à Hermione après utilisation mais comprenait à présent comment les Maraudeurs avaient très souvent échappé aux ennuis.

Il porta son attention quelque fois sur Lucius, se demandant comment il pouvait l'aider. Il sentait que sa foi envers Voldemort s'effritait contre l'amour qu'il semblait porter à la Gryffondor. Peut-être lui permettrait-elle d'échapper à son tragique destin. L'empêcher de prendre la marque serait un début. Il devait lui faire ouvrir les yeux et lui proposer une alternative. Il savait que Lucius ne laisserait pas sa position de Mangemort sans un autre plan. Il tenait bien trop à sa vie pour cela. Peut-être devrait-il en parler avec Albus… Une position d'espion n'était pas envisageable. Il refusait catégoriquement qu'il se fasse marquer comme du bétail.

Une marque indélébile pour le reste de sa vie. Lui-même avait porté ce fardeau malgré un statut reconnu d'espion pour la Lumière mais la vie n'en restait pas moins amère. Il devait réfléchir à une alternative. Mais lui faire ouvrir les yeux sur la folie et la perte de Voldemort serait un début. Il ne le verrait pas avant l'heure du repas, étant en 6e année alors que Lucius se retrouvait en 7e année avec Hermione.


Le cours se termina enfin, laissant les élèves affamés accéder à la Grande Salle. Severus fit le chemin avec Lily, les Maraudeurs sur les talons. Il supportait mal les regards insistants de James sur la rousse mais n'en dit rien. Déclencher une autre dispute était inutile. Ils rencontrèrent Hermione et Lucius dont les réactions furent partagées. La Serpentard accorda un sourire bienveillant à Lily qui fit de même. Le blond de son côté, la regarda d'une façon réprobatrice. Traîner aussi ouvertement avec ce qu'il qualifiait de Sang de bourbe, restait toujours un sujet sensible.

Cela fut d'autant plus difficile pour lui de ne pas grimacer aux sourires amicaux que s'échangèrent les deux filles. Mais il savait qu'il ne pouvait rien dire. Cela ne l'avait pas mené à grand-chose la dernière fois et concédait donc de la laisser dans cette amitié. Bien-sûr, il qualifiait cette relation de couverture et devait avouer que c'était ingénieux. Elle passait ainsi pour une Sang-Pur neutre, qui ne s'affirmait pas par les valeurs du sang, et pouvait ainsi récolter toutes les informations de personnes ouvertement de la Lumière telles que Lily Evans. Plan ingénieux mais impossible pour lui. Il avait une telle aversion pour ces êtres que cela lui aurait été impossible de le mettre à exécution aussi bien que Yulia.

« – Eh Tolstoï ! Il est vrai que tu es amie avec Henriette Dumbledore, intervint James.

Elle apposa son regard métallique sur lui et fit un sourire poli.

– Tout à fait Potter. Tu es invité pour le bal ?

– En effet, ma famille a été conviée à venir. Je suis heureux de ton initiative d'inviter Lily, elle sera fabuleuse dans une robe de soirée, complimenta-t-il le regard brillant d'impatience.

La rousse rougit sous le compliment mais afficha une expression contrariée.

– Potter, on se passera de tes commentaires, répondit-elle.

– Je ne fais que partager mon avis ma belle. N'est-ce pas toi qui défend les droits d'expression, comme tu aimes si bien le dire, argumenta-t-il vicieusement.

Elle rougit de colère, prenant mal le fait qu'il se serve de ses paroles contre elle. Il s'enfuit avant qu'elle n'ait réagi, ses amis sur ses talons.

– Je vais l'étriper un jour !

– Désolé de te dire que ce privilège me revient, la corrigea Severus d'un sourire sadique.

– Il a pourtant raison de dire que tu seras belle dans une robe de soirée, intervint Hermione. Qu'en penses-tu Lucius ?

Son expression se ferma d'autant plus, se retenant à grande peine de regarder de haut la née moldu.

– Je pense que je ne suis pas le plus à même de juger l'apparence de Evans, cracha-t-il presque.

– Je te pensais pourtant bon conseils en terme d'apparence. Mais concédons-lui cela, nous nous débrouillerons très bien sans ton avis. Henriette passera nous chercher samedi à 14 heures. Ne sois pas en retard.

– Compte sur moi. »

Ils se séparèrent par table de maison et eurent des discussions légères sur leurs cours. Hermione s'étonnait de son comportement envers Lucius. Elle pensait toujours à cet épisode traumatisant mais le laissait rapidement filer pour une sensation légère et simple. Il gardait toujours cet air fermé si semblable à sa version adulte qu'elle lui connaissait, mais semblait un peu plus détendu avec elle. Pas autant que lors de la rentrée mais quelque chose s'opérait dans la tête du blond. Elle en était persuadée. Peut-être que Severus réussirait réellement à le sauver de la condition de Mangemort.

Elle ne souhaitait cette place pour personne.


« – Mais bien-sûr ! Pourquoi n'y avons-nous pas pensé avant ?! S'étonna-t-elle sous le regard doux de Albus et quelque peu complice de Severus.

Étrange de se dire qu'elle échangeait un regard complice avec lui mais tout ce qui lui importait à présent c'était leur stupidité. Stupidité de ne pas avoir pensé à quelque chose d'aussi évident.

– Voldemort est l'héritier de Serpentard, il doit sûrement avoir mis un Horcruxe dans une de ses propriétés.

– Qui doit être habité par lui-même et donc sous Fidelitas, suggéra Severus en tentant de refréner son sarcasme.

– Évidemment...réalisa-t-elle, accablée. Et la chambre des secrets ? Tenta-t-elle avec détermination.

– Il nous faut un Fourchelangue pour l'ouvrir, fit-il observer.

– Je dois tout de même tenter ! J'ai souvent entendu Harry parler dans son sommeil, je suis persuadée de réussir à reproduire les mêmes sons. Nous n'avons rien à perdre d'essayer.

Albus observait leur nouvelle collaboration d'un œil appréciateur. Il s'étonnait tout de même du fait d'ouvrir cette légendaire Chambre des Secrets, mais ne fit aucun commentaire.

– Cette nuit, retrouvons-nous dans les toilettes, proposa-t-elle, le regard brillant.

Peut-être trouveraient-ils des informations cruciales. Elle voyait leur objectif devenir de plus en plus réalisable.

– Très bien. »

Sous ces derniers mots, ils accordèrent tous deux un mouvement de tête respectueux envers le directeur et se séparèrent, rejoignant leur salle de classe respectives.


Le soir arrivant, elle se tenait devant les toilettes, quelque peu nerveuse. Et si Severus n'arrivait pas à sortir discrètement du dortoir ? Elle, étant ignorée par ses camarades de chambres, n'avait aucun problème. Elles ne leur accordait aucune attention, si ce n'était que pour lui envoyer des regards brûlants de jalousie. Elles n'étaient tout de même pas assez folles pour tenter quelque chose contre elle, et n'avait donc jamais eu de problème.

« – Ton petit copain va arriver, rassure-toi, intervint une voix criarde au-dessus de son épaule.

Elle resta imperturbable, appréciant les résultats de ses entraînements et accorda un regard neutre à Mimi qui pensait provoquer un rougissement. Intérieurement, Hermione n'en menait pas large pourtant.

– Ne raconte pas n'importe quoi voyons. Ce n'est qu'un camarade. Je ne sais même pas si on peut se qualifier d'amis, se fit-elle la réflexion.

– Je ne sais pas non plus si cela serait approprié, intervint Severus nouvellement arrivé.

Cette fois-ci, elle eut un sursaut, ne s'y étant pas attendu.

– Tu en as mis du temps, critiqua-t-elle afin d'échapper à ce sujet embarrassant.

Il ne releva pas, passant devant elles afin d'accéder aux toilettes. Elles le suivirent en silence. Hermione passa rapidement en tête, se dirigeant immédiatement vers les robinets, frottant du bout du doigt le serpent gravé sur la plomberie. Elle ferma les yeux et inspira profondément avant qu'un son sifflant sortit du plus profond de ses entrailles.

Severus frissonna, se rappelant que trop bien la façon qu'avait Voldemort de parler avec son serpent, tout en les regardant d'une façon gourmande, promettant milles tortures. Elle ne pensait pas non plus être capable de produire un son pareil. Un craquement et les lavabos s'écartèrent, laissant une entrée circulaire dans le sol. Ils s'y penchèrent, constatant la profondeur de celle-ci. Hermione sous les yeux écarquillés du maître des potions, sauta.

Elle n'était pas étonnée de cette entrée, ayant entendu les histoires de ses amis. Elle n'avait rien à craindre. Juste à amortir la chute. Elle atterrit sur des os, restes des repas

– Comment allons-nous neutraliser le Basilic ? s'informa le Serpentard après s'être lui aussi laissé tomber en légèreté grâce à un sort.

– Il est dit que le Basilic est en sommeil tant que son maître ne requiert pas sa présence.

– Et si dans ce cas, il a le rôle de gardien des la Chambre ?

– Alors, espérons que les sorts familiaux fonctionnent réellement, répondit-elle d'un sourire qui se voulait encourageant.

Il émit un grognement, appréciant peu de compter sur des sorts au résultat incertain. Ils se retrouvèrent devant la porte circulaire comportant sept serpents sculptés. Ils semblaient réalistes au point que de les voir leur sauter à la gorge, ne les aurait pas surpris. Elle se plaça face à eux, et reprit de nouveau une profonde inspiration avant d'émettre ce même long sifflement. Ils semblèrent réagir à son appel, se rétractant chacun leur tour. Pour finir sur un clic sonore qui leur signifia la possibilité de continuer leur avancée.

Ils s'engagèrent dans la voie ouverte et se retrouvèrent dans cette longue allée aux multiples fontaines à têtes de serpents. A son point final, se tenait l'étrange statue à la bouche ouverte mais pourtant bouchée. Elle se rappelait que Harry lui avait conté que le Basilic en était sorti de là, suite à l'appel de Jedusor junior. Elle pointa la baguette vers l'entrée encore scellée et jeta un sort informulé afin d'en bloquer l'accès. Elle espérait que ce bouclier tienne le coup si la créature décidait d'aller à leur poursuite.

Severus ne perdit pas de temps et analysa la pièce. Il repéra rapidement une porte qui devait être un bureau. Il s'y aventura, Hermione le suivant de près. Ils aboutirent en effet dans un bureau où régnait l'obscurité et la poussière. Ils se sentirent étrange un bref instant. Ils étaient tout de même dans le bureau de Salazar Serpentard. Ce n'était pas rien. Il fut le premier à s'en remettre et ne perdit pas plus de temps. Il ne voulait pas prendre le risque d'attendre que le Basilic décide de les croquer. Il se dirigea vers la bibliothèque et Hermione s'attaqua au bureau en chêne massif. Elle ouvrit et inspecta minutieusement chaque tiroir. Elle trouva un carnet en cuir, corné, fermé par une ficelle épaisse. Elle le frôla avec précaution, avec la bonne intention d'en découvrir tous les secrets lorsqu'elle sentit une secousse. Les murs tremblaient, faisant se soulever la poussière accumulée. Ils s'échangèrent un regard et convinrent tous deux de ne pas traîner. Elle attrapa le journal au vol, le fourrant dans son sac, prenant également toutes les lettres et papiers se trouvant sur le bureau. Severus fit de même avec les livres, les pointant de sa baguette afin de les rapetisser.

Il poussa un juron en constatant qu'ils gardaient leur taille originelle.

– Qu'est-ce que tu fais ? Nous devons absolument y aller ! Le pressa-t-elle.

– Le sort ne fonctionne pas. Ils ont du recevoir un sortilège empêchant cela… Je ne pourrais pas tous les prendre.

Il ne lui en fallut pas plus pour qu'elle s'élance vers la bibliothèque et prenne quelques livres qu'elle fourra dans son sac sans fond. Elle se stoppa soudainement, regardant le potionnetiste

– Qu'est-ce que tu attends ? Mets-les dans mon sac. Je ne ressentirais pas le poids, l'informa-t-elle tout en reprenant la tâche.

Cela suffit à Severus de se réveiller et de lui-même jeter autant de livres qu'il put dans le sac de la jeune fille. Une nouvelle secousse bien plus violente et un long sifflement les figeant d'effroi s'en suivit. Ils n'avaient plus de temps. Ils sortirent du bureau et tombèrent face à face avec l'énorme serpent. Ils baissèrent instinctivement les yeux, ne souhaitant pas mourir instantanément. Hermione fut la plus rapide à réagir et se lança un sort, redressant son visage pour faire face au serpent. Severus se jeta sur elle, baissant sa tête tout en les faisant éviter une attaque du monstre.

– Mais tu es folle ou quoi ?! Je ne savais pas ton envie de mourir forte au point de mourir aussi bêtement ! La sermonna-t-il.

– Fais-moi confiance, je ne mourrai pas, pas tant que Voldemort sera toujours en vie, assura-t-elle tout en le poussant avant de se jeter dans un combat contre le Basilic.

Severus garda toujours sa main tendue, là où il tenait un instant avant le poignet de la Serpentard. Il la contempla faire face à la créature d'une vaillance à toute épreuve. Elle faisait tourner sa baguette habilement, évitant les crocs et la vicieuse queue. Il se força pourtant de laisser son regard le plus bas possible, évitant le regard mortel. Elle fit apparaître soudainement une boule d'énergie rouge et la projeta contre le Roi des serpents qui fut maîtrisé, ne pouvant que s'égosiller sur place. Le sort avait crée une bulle qui l'emprisonna et le saucissonna. Il jetait ses crocs acérés contre la barrière mais rien n'y faisait, il était pris au piège.

Elle s'approcha du brun et se baissa vers lui, posant une main sur son épaule.

– C'est fini, lui assura-t-elle. Attends, chuchota-t-elle en apposant sa baguette sur lui. Maintenant tu peux le regarder sans crainte.

Il leva les yeux et rencontra les iris jaunâtre fendues en son centre qui souhaitaient lui faire goûter de son venin.

– Comment tu… ?

– Ma famille. Fut une époque où on leur a commandé des sorts dans la traque des créatures magiques. Nous avons de la chance que l'une de ces créatures soit un Basilic. Ils ont développé un sort pouvant protéger nos yeux. Il ne peut plus nous tuer par son regard. Mais, il y a aussi un sort pour maîtriser la bête. Aussi fort soit-il, il ne pourra pas se libérer de cette prison. Nous allons pouvoir le ramener en toute facilité.

– Pardon ? Tu as perdu la tête ou quoi ? On va le laisser pourrir ici oui.

– Tu remets bien trop en doute ma santé mentale, pointa-t-elle sans paraître vexée. J'ai toujours été une fervente défenseuse du bien-être des créatures magiques. J'estime que cet être si rare ne doit pas juste être exterminé. Je suis sûre que nous pourrions le dresser. Imagines-tu toutes les nouvelles potions que nous pourrions développer avec son venin ? Certes, il est encore possible de s'en procurer mais c'est très rare et extrêmement cher. Alors qu'il nous suffirait simplement de le dresser, argumenta-t-elle.

– Ce n'est pas comme dresser un chien, contre-attaqua-t-il, acerbe.

– Certes, mais si tu rends son esprit à celui d'un nouveau-né, alors il ne restera plus qu'à lui trouver un propriétaire patient à qui il accordera sa confiance.

– Et comment comptes-tu faire cela ? Demanda-t-il avant de soupirer. »

Bien sûr, les Tolstoï avaient tout prévu… Mais y avait-il des limites dans leurs connaissances ?! Elle sourit devant sa réaction et réduisit leur prisonnier, le rendant aussi petit qu'une balle de golf. Elle le plongea dans ses robes et fit signe à Severus de la suivre.


Il fut décidé qu'elle aurait la garde du Basilic qu'elle garderait en taille réduite. Autant être honnête en disant qu'elle ne l'aurait laissé à personne d'autre. Elle ne savait pas pourquoi mais elle sentait qu'il devait rester avec elle. Elle lui lança donc le sort qui fit de lui un serpent innocent, la regardant de ses grands yeux curieux. Elle fut totalement conquise, le serrant contre son visage, laissant sa langue chatouiller son visage. Cette vision hypnotisa Severus, pour il ne savait quelle raison. Elle laissait tomber ces barrières devant ce serpent qu'elle considérait déjà comme son familier. Elle arborait un magnifique sourire sur son visage à la peau pâle.

Elle passa donc le reste du temps avec le serpent autour de son cou, ne le quittant à aucun moment. Cela attirait d'autant plus l'attention sur elle : Tolstoï se promenant avec un serpent. Lucius tenta bien de lui dire que ce n'était pas quelque chose qu'une Lady se devait de faire, mais le sifflement menaçant du Basilic nouvellement nommée Yoka, le stoppa dans sa tentative. Il accorda un regard méprisant au serpent et ne fit plus aucun commentaire à son propos. Pouvait-on ne serait-ce que dire à la belle de faire quelque chose et qu'elle le fasse ? Aucune chance.

D'un soupir à l'unisson, Severus et Lucius suivirent Hermione jusqu'à la Grande Salle.


Le samedi arriva et au petit matin, Hermione caressa le haut de la tête de Yoka tout en transplanant au bras de Albus. Ils avaient convenu qu'elle puisse se rendre au manoir Tolstoï afin de rendre visite à Matvei. Il la laissa, devant s'en aller remplir ses fonctions. Elle fut vite face à celui-ci qui l'accueillit d'un sourire empli d'amour. Ils se posèrent dans le salon et le regard du patriarche se posa sur le reptile.

« – Je ne savais pas que tu avais adopté un Basilic, fit-il remarquer sur un ton léger.

Elle sourit, pas du tout étonnée du fait qu'il ait reconnu le serpent. Il n'était pas le chef de famille pour rien. Depuis tout ce temps, il devait être celui avec le plus de connaissance sur Terre.

– Cela s'est passé il y a deux jours. Je voulais te le présenter. Voici Yoka, c'est une charmante femelle.

J'espère que tu prendras soin de ma descendante, siffla-t-il en faisant cette fois-ci s'arquer Hermione de surprise.

– Matvei ! Je ne savais que tu étais un Fourchelangue! Sommes-nous affiliés à Serpentard ?

Ce fut un rire sincère qui lui répondit.

– C'est une erreur que de penser que seul Serpentard avait ce don. Ils sont plus nombreux qu'on le pense. Notre famille s'est intéressée à ce don si intéressant, et nous avons réussi à développer un rituel permettant de l'éveiller. Pour ma part je n'en ai pas eu besoin. Ce don m'a été transmis par ma mère. Mais je sais que ce n'est pas forcément transmis aux générations futures. Il ne tient qu'à toi de procéder au rituel afin de pouvoir converser avec Yoka.

Des sifflements chantants réagirent à cette information.

– Elle est assez ravie à cette idée, lui traduisit-il.

Elle attribua une caresse à son familier et posa un regard brillant de malice sur Matvei.

– Comment procédons-nous ?

– Au moyen d'un sort, qu'il faut combiné au venin du Basilic. Étant le roi de cette espèce, il en est le gardien. Assimiler son poison c'est assimiler son espèce et ainsi, leur langue. Tu trouveras le déroulé dans ce grimoire, lui indiqua-t-il en faisant venir à elle le livre en question.

– Merci Matvei. Tu ne m'en veux pas si je vais de ce pas l'exécuter ? J'ai tellement hâte de pouvoir lui parler !

– Je comprends. Je resterai à tes côtés afin de superviser le rituel. Tout se passera bien.

Le salon fut totalement vidé par la volonté du Lord. Elle put aisément tracer les cercles runiques comme indiqué, et Matvei finit par expliquer ce que devait faire Yoka.

Nous aurions besoin de ton venin afin de pouvoir procéder au rituel. Pourrais-tu nous en donner dans une fiole ?

Tout pour que Maika puisse me comprendre.

Le Lord sourit au surnom et fit apparaître une fiole dont Hermione se servit afin de récolter le venin.

– Verse quelque gouttes sur les tracés runique. Le reste, tu devras le boire.

Elle fut sur le point de s'exécuter.

– Je tiens cependant à te prévenir, ce n'est pas une partie de plaisir. Ton corps va d'abord rejeter le venin, et le sort sera là pour l'aider à l'assimiler. Mais cela ne se fera pas sans douleur, la mit-il en garde.

– J'aurai dû m'en douter. Rien ne me fera changer d'avis. Je continue, répondit-elle avec détermination.

Elle suivit les indications et finit pas s'allonger au centre des cercles, le venin dans la bouche. Matvei lança le sort et elle l'avala, ressentant immédiatement les effets. Elle sentit son corps se crisper violemment, sa gorge la brûler. Sa peau picotait sous le sort lancé, et elle eut envie de hurler. Son corps était comme écartelé. Elle planta ses ongles dans le sol jusqu'au sang. Yoka lui sifflait des encouragements qu'elle ne comprenait pas encore. Son sang était en ébullition, et tout en elle lui hurlait qu'elle allait mourir. Mais les picotements devinrent doucement une caresse qui s'insinua délicatement en elle. Son corps se détendit, se sentant progressivement plus léger. Son sang qui semblait autrefois bouillant se rafraîchit, soulageant la sorcière. Elle ne sentit plus qu'une vague agréable la traverser. Elle pouvait enfin souffler.

Elle rouvrit les yeux, son visage en sueur qu'elle essuya.

Maika ! Maika !

Elle tomba sur le regard brillant de Yoka qui l'appelait. Elle lui répondit par un sourire.

Que dis-tu Yoka ? Réussit-elle à dire.

C'est une façon de montrer son affection pour toi. 'Maika' signifie mère. Tu es pour elle ce qui se rapproche le plus d'une mère. C'est donc tout naturellement qu'elle t'a affublé de ce nom, lui expliqua le plus âgé.

Elle en fut touchée. Elle caressa le reptile, déposant ses lèvres sur le haut de sa tête.

Merci de m'accorder une telle confiance Yoka

Maika sera toujours Maika, répondit-elle avec évidence. »

Ce fut ainsi que Hermione Granger, à présent Yulia Tolstoï était devenu une Fourchelangue.