Ce texte a été écrit dans le cadre d'un jeu du FoF (Forum Francophone) avec les thèmes imposés suivants : Deux frères ou sœurs, une cuisine, "J'ai pas trouvé de sauce soja, je t'ai amené de l'oasis à la place", l'un des personnages est sur les nerfs.

Bon. J'ai raté à quelques minutes près l'anniversaire de Luffy, mais voilà, joyeux anniversaire petit bibou. Sinon, le One Shot se veut à tendance humoristique (enfin, vous imaginez bien la chose avec ce recueil, je suppose ?), c'est un Ace/Sabo très léger (couple obscur mais je l'aime vraiment beaucoup) et je crois que le rythme de l'histoire est vraiment rapide (je ne m'en suis pas rendue compte à l'écriture, mais ça change un peu de l'ambiance que j'ai l'habitude d'instaurer, je crois). Bref, j'espère que ça vous plaira !

Version finale ! Corrigée et quelques petits passages rajoutés pour étoffer le tout. Désolée pour le désagrément !

(Lawiki... Tu sais très bien à quoi t'attendre... Le running-gag est lancé...)

Bonne lecture !


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La recette du Udon sauté au bœuf

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Paris, 13ème.

Il y avait, en haut d'une vieille barre d'immeuble, un petit appartement douillet occupé par deux jeunes adultes ; leurs vies, rythmées par les petits boulots et révisions pour l'un, les coulisses des plateaux de cinéma et des salles de spectacle pour l'autre, avaient la douceur d'un bon chocolat chaud un soir d'hiver. Même s'il leur arrivait de se disputer, souvent pour des broutilles, les deux arrivaient généralement à composer avec les défauts de l'autre – il en était ressorti que la paire qu'ils formaient saurait sûrement braver n'importe quelle tempête (mais il fallait dire aussi qu'ils étaient devenus très forts en réconciliations sur l'oreiller). Même si le chocolat chaud pouvait parfois avoir un goût amer, quand la grisaille de la ville s'invitait par la fenêtre de la cuisine, leurs amis s'accordaient à dire que Ace et Sabo formaient une équipe étonnement soudée, dans l'amour comme dans l'amitié.

Néanmoins, malgré toute la confiance qu'ils vouaient l'un à l'autre, le brun du duo avait une propension à s'apitoyer sur son propre sort et refuser de croire à son bonheur tout bonnement invraisemblable. La moindre dispute finissait toujours par une crise d'identité (souvent... totalement exagérée – c'était son meilleur ami Izou qui le disait). Sabo avait bien conscience du passif familial de son petit ami (la peur de l'abandon marquait sa personnalité de son emprunte indélébile) ; la plupart du temps, il faisait de son mieux pour modérer ses propos. Mais des fois, il ne pouvait pas s'empêcher de pousser sa gueulante ; même s'il était réputé pour son calme olympien, Ace avait toujours eu un talent inné pour le faire sortir de ses gonds.

Du coup, ils leurs arrivaient souvent de se cracher leurs quatre vérités, quand la tension se faisait trop forte ; Sabo était celui qui partait, et Ace se retrouvait comme un imbécile, seul chez eux avec le poids de ses souvenirs et ses pensées chaotiques. Il finissait toujours par totalement déraper.

C'était l'un de ces mauvais jours. Sabo avait quitté l'appartement la veille au soir après une prise de bec autrement plus âpre, et ça n'allait pas du tout. Ace venait de se faire toute la discographie de Christina Aguilera et, maintenant, du No Doubt explosait allègrement les enceintes et ses tympans (en plus, accessoirement, des tympans de ses très chers voisins – murs en papier mâché oblige).

« Don't speak... I know what you're thinking... and I don't need your reasons... DON'T TELL ME CAUSE IT HURTS ! »

(Est-ce qu'il fallait préciser que l'énergumène n'avait jamais pris de cours de chant ?)

Heureusement qu'il avait son jour de congé aujourd'hui, parce qu'il n'aurait clairement pas pu assurer une journée de travail dans cet état. C'était simple : Portgas D. Ace était une loque. Doublée d'une Dramaqueen, mais une loque quand même.

Posé sur le parquet, son portable vibra suffisamment fort pour qu'il le remarque.

« Allô ? Croassa sa voix en décrochant l'appel.

— Portgas. Je suis dans le hall et j'entends ta musique d'ici. La vieille du rez-de-chaussée a dit qu'elle allait appeler les flics.

— Marcooooo... J'ai besoin de ton aide... ! C'est une question de vie ou de mort !

— Pour notre tranquillité, ça je veux bien te croire... Tu t'es encore disputé avec Sabo, c'est ça ?

— Il va me quitter... c'est sûr...

— Mais non, dis pas n'importe quoi. Qu'est-ce qu'il s'est encore passé ? »

Ace renifla très fort et le blond fit la grimace, de l'autre côté de la ligne.

« Moi je voulais juste qu'on réfléchisse ensemble pour préparer un truc pour l'anniversaire de Luffy... Mais il a commencé à s'énerver et... il... il a dit que je l'aidais jamais à gérer l'appart', les courses, les factures et tout, que j'étais jamais là et que ça lui mettait une pression énorme sur les épaules... et qu'il était pas censé s'occuper de ma famille en plus de tout ça...

— C'est pas totalement faux, en même temps.

— Il a même dit que j'étais un mauvais grand frère... »

Ouais... Sabo ne mâchait pas ses mots. Marco prit une grande inspiration ; il était à deux doigts de se pincer l'arrête du nez, mais il savait que s'il faisait ça, il serait bon pour une migraine de plusieurs heures.

« Je suis sûr qu'il ne le pensait pas vraiment. Il doit déjà regretter ses paroles, tu le connais. En plus il passe l'agrég' bientôt, non ? Ça doit jouer sur ses nerfs.

— Moui... »

Ce qu'il y avait de bien, avec Ace, c'était que, même s'il s'emportait souvent et partait facilement au quart de tour, il prenait toujours rapidement conscience de ses erreurs – il avait beau être le type le plus rancunier qu'il connaissait, sa colère indéfectible n'allait jamais contre ceux qui l'aimaient vraiment, et qu'il aimait en retour. Il n'en voulait jamais à Sabo, ou jamais trop longtemps, parce qu'il avait aussi très bien conscience d'être injuste lui-même, parfois.

« Je fais quoi maintenant, pour me racheter ?

— Déjà, excuse-toi. Après faudra que vous discutiez de la situation tous les deux, de ce qui peut être amélioré, de ce dont il a envie et de ce dont toi, aussi, tu as envie, faire des compromis, etc. En gros, parlez. Ça vous évitera bien des prises de tête, à l'avenir.

— Mouais... Je suis vraiment pas doué pour ce genre de trucs, moi.

— Si t'essaies pas, c'est sûr que ça ne va pas marcher. Tu peux toujours lui préparer un petit truc, un bon plat ou je sais pas quoi, pour amener la discussion en douceur. »

Ace se redressa soudain d'un bond, depuis sa position avachie sur le sol (dans une imitation convaincante de larve) ; sa bouche prit la forme d'un « o » parfait, et il avait l'air d'avoir l'idée du siècle.

« Mais oui, t'es génial Marco ! Je vais lui faire un bon Udon, il adore ça !

— Euh, ouais... »

Il y eut comme un moment de silence, avant que la compréhension ne se fasse totalement dans l'esprit du moins dégourdi des deux.

« Dis... Tu pourrais pas m'aider genre un tout petit peu... ? Je sais pas trop cuisiner et puis-

— Ah, désolé je t'entends plus, c'est l'ascenseur qui coupe la communication. Bon courage, salut. » suivi de la tonalité.

... Super.

Ace ne baissa pas les bras pour autant, même si ses potes étaient indignes d'avoir un homme aussi incroyable que lui dans leur entourage. Il tenta d'appeler à la rescousse son meilleur ami, mais lui non plus ne se pas montra très compatissant.

Ace, 14h14 : stp stp stp ma besta forever, j'ai grave besoin de ton aide c'est un cas de force majeure !

Izou, 15h06 : refais le stock de capotes.

… Bande de traîtres.

Il ne lui restait alors qu'une seule solution : faire appel à son meilleur allié, le seul en qui il pouvait vouer une confiance éternelle et sans faille.

Son petit frère, Luffy, sept ans tout pile.

• •

Il trouva le petit monstre à la sortie de l'école, s'étant arrangé avec Garp, chez qui le môme créchait la moitié du temps, pour le récupérer plus tôt dans la semaine. La famille Monkey D. était relativement atypique. La mère des deux frangins, Rouge, les avait eus de deux maris différents, avant de disparaître de la circulation aux bras d'un troisième homme, laissant derrière elle un petit Luffy âgé de cinq et demie. Ace, n'ayant pas pas encore de revenus suffisamment stables pour prendre la garde complète de son petit frère, avait fini par trouver un arrangement avec leur grand-père commun : une semaine sur deux, Luffy venait rejoindre Sabo et Ace dans leur petit appartement. C'était un peu bancal, comme organisation, mais chacun y trouvait son compte - et puis, c'était toujours un plaisir d'avoir un soleil pareil dans son quotidien.

Luffy finit par émerger au milieu de la foule d'élèves au bout d'une dizaine de minutes ; il était escorté par toute sa classe, amas de petites têtes affublées de chapeaux rigolos et couverts de peinture. Ace rejoignit Corazon près des grilles, un homme dont il s'était lié d'amitié au fil de leurs rencontres. Le grand blond était le tuteur légal du petit Trafalgar Law, le garçon sur lequel son frangin faisait une fixette (Luffy s'était d'ailleurs désigné comme son amoureux auto-proclamé) et il n'était pas rare que les deux familles se rencontrent, pour permettre aux plus jeunes de passer l'après-midi ensemble.

En voyant son grand frère, Luffy faussa compagnie à ses camarades pour foncer dans ses bras – Ace réceptionna le boulet de canon sans trop de difficultés, riant aux éclats, le bonheur contagieux de plus jeune étirant ses lèvres dans un grand sourire.

« Joyeux anniversaire petit monstre ! Tu as passé une bonne journée ?

— Oui je me suis trop amusé ! On a fait plein de jeux et du coloriage, et il y avait un énorme gâteau pour moi au goûter ! Et même que Law il m'a fait un cadeau ! »

Le bonhomme quitta les bras d'Ace pour montrer avec toute la fierté du monde le petit bracelet brésilien à son poignet – il était rouge et bleu, ses couleurs préférées, et l'attention le faisait littéralement irradier de joie.

« Quel petit veinard ! »

C'était presque comme si son frère de sept ans avait une vie amoureuse plus épanouie que la sienne.

Quelle indignité.

Law choisit ce moment-là pour débarquer, lancer un regard méfiant à Ace, avant d'aller se cacher derrière les jambes immenses de son tuteur, esquivant l'attaque furtive de l'autre boule d'énergie qui voulait le prendre dans ses bras.

Bon, c'était bien mignon tout ça, pensa Ace, mais il fallait se concentrer sur des choses beaucoup plus importantes.

« Dis Lulu, ça te dit pour ton anniversaire on prépare un super repas pour Sabo ? »

— Euh... »

Il y eut un blanc gênant. Même Law avait l'air de le juger de toute son âme, reclus derrière son immense tuteur. Mais Luffy lui offrit quand même l'un de ces grands sourires dont il avait le secret, pas étonné pour un sou.

« Ok ! »

J'suis peut-être un peu à chier, comme frère, en fait.

« Ah ! Regarde Ace, je t'ai fait un dessin !

— Oh merci c'est trop mimi- »

Ace s'étouffa avec sa propre salive lorsqu'il avisa l'espèce de chimère obèse pourvue de flammes bleues, et ce qui ressemblait à... des ailes ? – mais qu'est-ce que c'était encore que cette horreur ?! La chose avait un vieux sourire vicelard de pédophile dégénéré et-... c'était des furoncles sur ses bras ?

« Il s'appelle Teach le Phénix ! »

Qu'est-ce qu'il avait fait du numéro de la psychologue de la dernière fois, déjà ?

« Il est classe hein ? Je savais que ça te plairait !

— C'est... très gentil, Luffy.

— On pourra l'accrocher chez toi ?!

— N-... Si... si tu y tiens... »

Gngngn « laissez-le exprimer sa créativité » et mon cul en nouille aussi tant qu'on y était ?

Après s'être remis de ses émotions, Ace salua les autres parents d'élèves avant de s'en aller avec son petit monstre domestique (qui tenta de voler un bisou à Law mais ne récolta qu'un tacle bien mérité, même si Corazon se confondit en excuses pendant bien dix minutes). Direction : le supermarché le plus proche.

• •

Une fois arrivé, le brun se retrouva confronté à une difficulté de taille. C'était quoi, les ingrédients pour faire un Udon ? Il aurait très bien pu aller se renseigner sur internet, mais il possédait une solution autrement plus efficace (à son avis). Il dégaina son portable plus vite que son ombre (sous les applaudissements de Luffy, son éternel plus grand supporter).

« Yo Sanji, comment on fait un Udon ?

— ... Salut Ace, ravi de savoir que tu vas bien. On commençait à s'inquiéter, avec Thatch, vu que tu n'avais pas encore donné signe de vie. »

Sanji et Thatch travaillaient dans un grand restaurant de la capitale, et le second était aussi l'un des amis les plus proches de Sabo (et accessoirement le petit-ami d'Izou) ; c'était d'ailleurs sûrement chez ce dernier que le blond avait dû trouver refuge, après leur engueulade.

« Hm... Sanji ?

— Ouais, accouche.

— Il va bien ?

— Ça va, il taffe là. Il a dit qu'il rentrerait ce soir. »

Ace sauta presque de joie au milieu du magasin, avant de se reprendre – les vieux appelaient trop facilement la sécurité, ces derniers temps (ou peut-être était-ce juste lui qui suscitait la méfiance ?).

« Faut vraiment que tu m'aides, je voulais lui préparer un Udon maison parce qu'il adore ça mais tu te doutes bien que je suis une brèle en cuisine. »

Sanji eut un rire ; Ace qui se mettait aux fourneaux, ça promettait d'être très hilarant. Juste pour le plaisir de se foutre de sa gueule, il obtempéra – et puis la technique ferait forcément plaisir à Sabo, que le plat soit réussi ou non : c'était aussi en cela que résidait le pouvoir de la nourriture.

« Au moins tu en as conscience. Bon, alors déjà il te faut des Udons...

— C'est-à-dire... ? »

Ok, ça allait être long. Et il allait devoir revoir ses standards de préparation à la baisse, s'il voulait que Ace s'en sorte à minima avec ses ingrédients.

« C'est des nouilles, Portgas.

— Ah ok ! Spaghettis ou coquillettes ?

— ... T'as déjà mangé un Udon, au moins ? Non, en fait ne me dis rien, je ne veux pas savoir. »

Sanji passa bien une bonne heure et demie à donner des conseils à Ace, pendant que ce dernier se baladait dans les rayons – tentant tant bien que mal de garder Luffy occupé (le gosse avait tendance à fourrer ses poches de sucreries, l'air de rien, quand il n'était pas assez attentif, et il avait failli renverser plusieurs présentoirs depuis le moment où ils étaient entrés dans la boutique) ; il lui donnait l'impression d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Finalement, il quitta le supermarché (sous le regard soulagé des vendeurs) avec deux sacs de courses sous les bras et, une fois sorti, oublia quasi instantanément tout ce qu'avait bien pu lui expliquer le cuistot. Et merde.

Sonnerie, puis le soupir du blond fut le premier son qui passa le combiné.

« Sanji…Tu veux pas venir les faire à ma place... ?

— Je suis sûr à quatre-vingt-dix-neuf pourcent que Sabo n'apprécierait pas. »

Allez, quand faut y aller, faut y aller.

• •

Une fois rentré, il réquisitionna Luffy pour l'aider à ranger leurs courses et rassembler sur la petite table de la cuisine ce dont ils avaient besoin dans l'immédiat (vaisselle, la sauce soja préférée de Sabo, ustensile de cuisine, etc). Ace découvrait littéralement la pièce, et il se sentit un peu honteux d'avoir laissé Sabo gérer l'endroit tout seul depuis tout ce temps.

« J'ai pas trouvé de sauce soja, je t'ai amené de l'Oasis à la place. » fit Luffy en revenant de la réserve en fanfare, son énorme bouteille de deux litres portée à bout de bras.

Ace se cogna la tête dans le placard du bas en voulant se relever, et toutes les casseroles rangées à l'intérieur s'écroulèrent dans un grand fracas.

...

Peut-être qu'il allait étriper le gosse avant la fin de la journée et qu'au lieu de manger du bœuf, Sabo dégusterait du Luffy bien rôti. On ne savait jamais.

Pour le moment, le gamin avait quand même l'air plutôt enjoué et motivé à tester ce nouveau jeu avec son grand frère adoré – la cuisine, c'était presque comme jouer à la dînette avec ses cousins chez Papi. Mais Ace le savait, il ne fallait pas se fier aux apparences, car un démon particulièrement infernal sommeillait dans cette petite boule d'énergie, et dès qu'il commencerait à s'ennuyer, ça sentirait le roussi...

« Bon, tu es prêt Lulu ?

— Ouais !

— J'ai pas bien entendu : est-ce que tu es prêt à faire le meilleur Udon du monde ?!

— OUAIS ! Ah non, attends, il manque un truc ! »

Luffy dérapa en dehors de la cuisine, avant de revenir deux secondes plus tard avec son chef d'œuvre de tout à l'heure, qu'il placarda sur le frigo avec des aimants, bien en vue ; au milieu de la pièce, Teach le Phénix les couvait de son regard maléfique-vitreux-dégueulasse. Un aperçu convainquant de l'enfer.

« C'est pour nous donner du courage ! Comme ça on fera forcément un truc bon ! »

A la vue de la chose, Ace retint un frisson d'effroi – il allait clairement devoir réfléchir à un moyen de se débarrasser de cette horreur, ni vue ni connue. A tous les coups, rien que conserver cette entité maléfique dans la cuisine risquait de faire pourrir leur nourriture, et ce serait un immense gâchis. Ça en plus du fait qu'il risquait d'en faire des cauchemars des nuits entières.

Mais en même temps, Luffy avait vraiment l'air fier de sa créature...

Faire des compromis... Comme Marco lui avait dit... Faire des compromis... compromis...

« Oui tu as raison, il faut mettre toutes les... chances, de notre côté. Ahahah. Ahah... »

Ils n'étaient clairement pas rendus.

Puisque Ace avait oublié les trois quarts des conseils prodigués par Sanji, l'idée était de suivre une petite recette sur youtube par le super chef Riz Jaune (le brun avait d'abord cru que le Rire Jaune avait lancé une chaîne de cuisine) – les images les aideraient certainement à ne pas faire n'importe quoi. Dans le meilleur des mondes, Ace se révélait grand chef cuisinier, Luffy commis d'honneur, et Sabo était totalement convaincu de garder le brun dans sa vie, tant le plat qu'il lui avait concocté était fabuleux.

Mais bien sûr, ça ne se déroula pas exactement comme prévu.

Déjà, Luffy avait beau être très motivé, il n'allait clairement pas lui être d'une grande utilité ; à part pour lui apporter les ingrédients (et encore), il valait mieux le tenir éloigner des fourneaux tant l'enfant était une catastrophe ambulante (il avait déjà failli s'ouvrir l'œil deux ans plus tôt avec un couteau à beurre, le traumatisme était encore assez vif pour éviter de lui laisser le moindre objet contondant entre les mains). Du coup, il faisait le facteur pour lui apporter ce dont il avait besoin, et avait le droit de verser les préparations et mélanger le tout.

Ace eut au moins trois crises cardiaques en relevant la tête de son congélateur ; tomber nez-à-nez avec la face boursouflée de Teach l'affreux (le type ne méritait même pas d'être appelé Phénix, l'oiseau était bien trop élégant pour un déchet comme lui) allait clairement lui faire faire une syncope (et oui, il s'acharnait sur un pauvre dessin, mais il ne savait pas expliquer vraiment d'où venait son envie de brûler la chose dans un feu de bois pour expier le malin qui y avait élu domicile).

Il y eut quelques ratés (sel remplacé par du sucre, plat renversé par-terre, carottes coupées pas suffisamment fines et qui mirent quarante-cinq ans à cuir) et la cuisine ressembla très rapidement à un champ de bataille.

Lorsqu'il présenta le plat de Udon sauté au bœuf, aux alentours de vingt heure, les deux frères restèrent circonspects devant l'allure peu ragoutante de la viande, bouche pincée dans une moue typiquement Monkey D.

Échec cuisant de la mission.

Pourtant, le mec sur la vidéo avait l'air de faire tout ça si facilement, alors pourquoi son résultat à lui était si catastrophique ? Comment ça « ToUjOuRs AuSsI sImPlE eT EfFiCaCe » ?! Il se foutait de lui en plus ?!

« Bwahahahah ! Éclata Sanji à travers l'appel vidéo, avant de se reprendre aussi sec. Non, je ne dois pas rire, t'as vraiment gaspillé de la viande et ça, je ne peux te le pardonner. Tu l'as laissé cuire combien de temps, ton bœuf ? Tu voulais en faire de la semelle pour tes chaussures, c'est ça ?

— Non mais Luffy était en train de manger du champignon cru j'ai pas fait gaffe...

— Tutututut, non Portgas, pas la peine de remettre la faute sur ton frère.

— Et puis il y avait Teach avec son œil mauvais là, je savais que j'aurais dû le balancer dans la benne à ordure... »

Sanji ignora la dernière réplique, peu enclin à savoir de quoi pouvait bien parler l'autre abruti.

« Bon, il t'en reste ? Refais-en cuire, je te dirai quand c'est bon. »

Évidemment, la viande sortie parfaite de la poêle quand Ace fut sous la supervision de Sanji. Ce dernier lui conseillait de conserver le tout au chaud, et à peine l'appel fut terminé que les deux frères se précipitèrent dans le salon pour commencer le dressage de la table – ils étaient clairement en lice pour remporter un dîner presque parfait (Ace commençait sérieusement à penser à s'inscrire) (parce qu'il oubliait peut-être un peu facilement ses échecs précédents).

Puis soudain, la porte de l'entrée s'ouvrit sur Sabo, et les deux imbéciles se figèrent, l'un enroulé dans la nappe, l'autre à deux-doigts de faire tomber la vaisselle.

« Euh... j'ai interrompu quelque chose ? »

Luffy fut le premier à réagir – Ace trop bloqué sur la magnificence de son petit-ami (au diable l'Udon, les réconciliations sur l'oreiller, y avait qu'ça d'vrai !).

« Attends Sab' encore trente secondes !

— ... D'accord... »

La table mise, Luffy vint trouvé le blond, qui était resté sagement le dos tourné dans l'entrée. Son silence ne faisait qu'angoisser Ace, qui se faisait des films atroces sur leur rupture prochaine, tout en l'observant prendre Luffy dans ses bras pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Lorsqu'ils s'écartèrent, leurs regards plongèrent l'un dans l'autre et le brun ne sut pas vraiment ce qu'il devait y lire.

« Tu m'expliques ?

— Euh...

— On a fait un super repas pour toi ! »

Ace se tortilla sous le regard inquisiteur qui remonta sur lui, et envia la lampe sur pied du salon, qui n'avait clairement pas ce genre de problèmes.

« Pour moi ? Mais c'est ton anniversaire, Luffy, pas le mien. »

Ok. Ace sentait la tempête arriver. Mais au lieu de se braquer, il avait vraiment envie de désamorcer la situation. Communiquer. Comme Marco lui avait dit. C'était lui, l'ange protecteur, le phénix majestueux, il devait le protéger et le guider, lui donner un peu de sa force. Comme ça, il pourrait faire face à Sabo sans dérailler.

(Trois étages plus bas, Marco éternua).

« Tu as forcé Luffy à faire la cuisine au lieu de lui préparer un anniversaire normal pour un garçon de son âge ?

— Oh mais c'était super rigolo, on s'est trop bien amusé ! »

Le blond n'avait clairement pas l'air convaincu.

« Moi j'aime bien faire la cuisine avec Ace, même s'il confond le sucre et le sel. »

La belle volonté du brun retomba comme un flan. Si Luffy présentait les choses comme ça, ça n'annonçait rien de bon pour le repas à venir, ni pour une possible réconciliation avec son blond.

« S'il te plaît Sabo, quitte pas mon grand frère. Tu sais sans toi il pourrait même pas survivre trois jours. Et puis quand tu lui fais la gueule il devient super chiant et il veut pas jouer avec moi. Et il veut pas se laver non plus du coup après il pue des pieds. Bref fais pas ça, sinon ça sera une hécatombe dans l'immeuble. »

Ace était mortifié. Le plaidoyer était plein de bonnes intentions, pourtant.

« D'où tu connais le mot hécatombe, déjà ?

— C'est Law qui me l'a appris. »

Super. Il allait vraiment devoir téléphoner à Corazon.

Mais pour l'heure, il y avait plus important.

Communiquer communiquer communiquer...

« Écoute, Sab'... Je sais que j'ai vraiment été horrible ces derniers temps ... (le blond eut un tic nerveux du sourcil) ... que je me reposais beaucoup trop sur toi alors qu'on aurait dû gérer un tas de choses ensemble... (puis un plissement des paupières suspect) ... Au lieu de ça, je te laissais tout faire, et j'étais suffisamment odieux pour penser que si tu ne t'en plaignais pas, c'était parce que la situation ne posait pas de problème... (là, il eut réellement l'air étonné) ...

Bon sang, c'était vraiment dur de déballer tout ça, quand même. Il n'avait jamais été très bon pour les excuses, ni suffisamment empathique pour éviter de dire n'importe quoi. Mais ça avait l'air de faire son effet, à sa plus grande surprise.

« ... Je m'en rends compte maintenant, et je sais aussi que c'est trop facile de dire que je vais essayer de changer. Mais je vais vraiment essayer. Ça va prendre du temps, je n'y arriverai sûrement pas du premier coup, mais je vais essayer. »

C'était difficile à sortir, mais Sabo avait l'air assez choqué de sa tirade pour qu'il puisse entretenir l'espoir que ça fonctionne. C'était qu'ils n'avaient pas souvent l'habitude de se dire ce genre de choses, surtout sans monter en décibels.

« Du coup... on t'a fait un Udon. Je sais que ça ne rachète pas ma conduite, mais j'espère que ça te fera plaisir quand même. »

Sabo resta silencieux un moment, et Ace craignit un instant qu'il se ferme totalement et refuse d'entendre ses excuses. Mais finalement, le blond vint s'asseoir avec une docilité rare à la table, et Ace beuga au moins trente secondes avant d'aller lui chercher son plat. Les deux frères observèrent alors le blond séparer ses baguettes en deux, avant de commencer son repas ; le silence de la dégustation mua son angoisse en couteaux acérés (c'était pire que la finale de Master Chef).

Les carottes étaient encore un peu croquantes, les pâtes avaient un peu refroidi, mais le bœuf était bien cuit ; ça étonna si fort Sabo que ses sourcils restèrent haussés jusqu'à la fin du repas (et Ace trouva ça adorable). Lorsqu'il eut terminé de manger, le blond essuya doucement ses lèvres avec cet air aristocratique qui lui prenait parfois, avant de prendre une longue inspiration.

« Ça ne veut pas dire que l'affaire est clause, Portgas. J'espère que tu le comprends. »

Hochements de tête vifs – un sourire voulait déjà naître au coin de ses lèvres.

« Mais c'était vraiment pas mal. Il y a encore beaucoup de choses dont il faudra qu'on discute, j'avais préparé un long speech mais... je reconnais l'effort, et ça me touche. Sincèrement. »

Ace se retint de justesse de sauter de joie (ou de lui sauter dessus) et se convainquit qu'il fallait rester stoïque, pour montrer l'exemple à son petit frère. Puis Sabo quitta la table pour aller se changer, et les deux frangins relâchèrent toute la pression accumulée, s'affalant lamentablement à même le sol de l'appartement.

« Mais ne prends pas trop la grosse tête tout de suite » fit la voix de Sabo depuis le couloir.

Ace eut un léger rire, auquel Luffy répondit de sa voix fatiguée. Il était vraiment soulagé, mais leva le pouce à l'intention du plus jeune pour avoir l'air cool, dans une de ces poses qu'il pensait classe, et le plus jeune lui adressa l'un de ses sourires-banane. C'était vraiment une bonne journée, en fin de compte.

Puis soudain, il y eut un grand cri d'horreur en provenance de la cuisine.

« C'EST QUOI CETTE CHOSE IMMONDE ACCROCHÉE AU FRIGO ?! »

RIP Teach le Phénix, petit ange parti trop tôt.

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