Disclaimer : je ne possède rien, sinon mon imagination et encore parfois j'ai des doutes. Notamment à cause d'une auteure super qui a inspiré cette histoire (eh oui, c'est sa faute) Sanashya et notamment : Can't Live With Him, Can't Live Without Him avec un traitement de la chute de toute beauté !

Note1 : merci de suivre cette histoire, merci encore aux reviewers courageux. Je vous réponds très vite... je poste très vite, en passant par là, avant de relire encore et refuser de la poster. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. ça aide un max !

Note2 : N'ayant aucun bagage infirmier, je me trouve fort dépourvue en cas de description "médicale", j'en appelle à la licence poétique. Ne m'en veuillez pas non plus d'achever abruptement ce chapitre. Faut bien s'arrêter à un moment donné. Résumé : Après une chute, Will, blessé, se réveille amnésique en compagnie d'un homme étrange qui s'occupe de lui. Les souvenirs déterminent-ils ce que nous sommes ? Les actions sont-elles véritablement le reflet de nos pensées ? Il semble retrouver certains de ses souvenirs et une nuit, le yacht volé est attaqué par des hommes armés. Ils s'enfuient en jet sky et Will perd connaissance. Antépénultième chapitre.


Chapitre Quatre : le chalet au fond des bois


Une musique douce, violoncelle et piano, caressait ses oreilles et éveillait peu à peu son cerveau. Une image lui parvint – un homme violoncelle - avant de vite s'évanouir dans cette rivière mentale où roulait la glace de ses souvenirs. Si proches et pourtant inaccessibles. Il ouvrit les yeux. Le soleil entrait à flot dans la puissante voiture américaine qui roulait sur l'autoroute. Confortablement allongé sur la banquette arrière, il avait chaud, recouvert d'une parka et se sentait bien. Il posa les yeux sur la nuque d'Hannibal. Il s'assit en prenant son temps, attentif aux signaux que lui envoyait son corps. Douleurs qui se réveillaient elles aussi. Un instant déstabilisé par le rappel douloureux, il jeta une ligne dans sa rivière personnelle, effleurant à peine l'iceberg qui y résidait toujours.

La nuit précédente lui revint en un instant. Le rêve à propos d'Abigail et sa décision de vivre au présent, l'attaque du yacht par des inconnus et sa volonté de sauver le cannibale. Tout était là, sa mémoire avait retrouvé un système de classement, similaire en cela à un palais mental. La métaphore le fit sourire, Le psychiatre lui avait parlé de cette architecture particulière qu'était la méthode des loci, que bien des mentalistes utilisaient pour retenir des listes de noms. Il était persuadé qu'Hannibal possédait son propre palais mental. Cela lui ressemblait bien. Il croisa le regard interrogateur du blond dans le rétroviseur et son sourire s'accentua doucement.

Il se sentait en sécurité auprès de lui. Ces deux semaines passées à bord du yacht leur avaient fourni l'opportunité de se découvrir, sans le filtre biaisé des souvenirs. Il l'avait observé et écouté ses paroles autant que ses silences puis déduit l'attachement qu'il lui portait. Ses regards qui s'attardaient, comme nostalgique d'une époque qu'il ignorait toujours, le faisait parfois frissonner. Hannibal constituait une énigme qu'il ne pensait pas avoir déjà déchiffrée. Mais il comptait s'en laisser le temps. Il constata qu'il portait une chemise et un jean propre mais avant qu'il puisse s'interroger sur leur provenance, son chauffeur lui adressait déjà la parole.

- Bonjour Will, bien dormi ?

- Oui, mais je ne me rappelle pas être monté en voiture. Ni m'être changé.

- L'adrénaline et la fatigue ont très certainement épuisé tes forces, éluda le conducteur. Comment te sens-tu ?

- Encore fatigué, répondit-il, comprenant qu'il n'en saurait pas plus, mais rien qu'une bonne nuit de sommeil ne résolve pas. Où sommes-nous ?

- Nous venons de passer Paris… Rien à voir avec la capitale française à part peut-être la nationalité de ses fondateurs. Nous devrions passer la frontière canadienne demain soir.

- Tu roules depuis combien de temps ?

- Nous allons bientôt nous arrêter pour la nuit, se déroba-t-il, repose-toi.

Cette voix douce ne souffrait aucune contradiction, pourtant Will sentait qu'il ne se lasserait jamais de l'entendre. Il se rallongea, ferma les yeux et laissa son rythme cardiaque s'apaiser lentement. Il se laissa sombrer dans cet état intermédiaire entre le rêve et l'imagination, où une réalité se peignait devant ses yeux. Ce don qu'il possédait, cette manière de ressentir les choses à la place d'un autre ressemblait fortement à de l'empathie mais à un degré tel qu'il pouvait imaginer les comportements et les actes d'une autre personne. Il projeta son esprit vers son conducteur, s'attendant à voir ce qu'Hannibal avait vu, ressentir ce qu'Hannibal ressentait

Il ne trouva qu'une paroi glaciale, si semblable à celle qui habitait son esprit qu'il crut à un miroir. Il força un peu plus et découvrit un visage se reflétant dans la glace. Il sortit de sa transe lorsque la voix d'Hannibal lui parvint comme étouffée. Ses yeux s'écarquillèrent en découvrant le regard étrange du wendigo à la place de celui de son compagnon. Il battit des paupières et l'image lui échappa. Pourtant il eut le temps de percevoir l'inquiétude d'Hannibal ainsi que la douleur qui, bien que contenue, lui labourait le flanc. Il le regardait d'un air concerné par-dessus le siège de la voiture.

- Perdu dans tes pensées ? Je t'ai appelé plusieurs fois. Nous entrons en ville.

- Tu es blessé et depuis quand ne t'es-tu pas reposé ? Demanda Will en se rapprochant du siège conducteur.

Will remarqua que la ligne de sa mâchoire se durcissait. Leurs regards s'affrontèrent à travers le rétroviseur et Hannibal haussa une épaule, tout en garant la Chevrolet grise sur l'asphalte d'un parking rempli de voitures presque identique.

- Ce n'est rien, Ne t'inquiète pas pour cela. J'ai une réservation pour Linch et Walter pour un chalet au bord du lac Ellis Pond. Nous sommes attendus. As-tu faim ?

- Affamé, répondit Will en sortant et s'étirant comme un chat au soleil.

La petite ville irradiait ce charme si particulier des petites villes américaines. Ils s'étaient garés près du traditionnel drugsore, face à une station service désuète aux pompes années 50 rutilantes. Des fleurs décoraient chacun des balcons d'un motel avec une précision maniaque. Une odeur de saucisses grillées et d'oeufs surmontaient les senteurs printanières des bois environnants. Will savoura l'air frais en remplissant ses poumons avec délice. Une ligne noire d'épineux cachait vers l'est le lac annoncé par de nombreuses pancartes. Apparemment un endroit idyllique pour les pêcheurs.

Il vint frapper négligemment à la porte conducteur quand il s'aperçut qu'Hannibal ne sortait pas du véhicule. Mortifié, une moue chagrine étirait ses lèvres minces. Will surprit son geste lorsqu'il tira sa parka dans le but de lui cacher la marque sanglante qui maculait le flanc de son pull beige.

- Puis-je t'être d'une quelconque utilité ? Prévenir les secours ou prendre une chambre dans ce charmant hôtel ? Nous pourrions nous y restaurer ou bien faire soigner cette blessure. Qui n'a pas l'air de rien.

- Te moquerais-tu de moi ? Demanda Hannibal d'une voix polaire.

- Non, je te propose mon aide. J'ignorais que tu avais été touché.

- Le fait de le savoir n'aurait rien changé, lui rétorqua le blessé. Tu étais inconscient la plupart du temps.

- Je suis réveillé maintenant, et sans doute en meilleure forme que toi. Comment comptes-tu expliquer cela au propriétaire ?

Hannibal le toisa avant de lui montrer une enveloppe contenant une liasse de billets ainsi que les cartes d'identité au nom de Linch et Walter qui reposaient sur le dessus. Will constata une nouvelle fois qu'elles avaient l'air vraies et se demanda depuis combien de temps Hannibal les avait en sa possession. L'autre sembla lire la question dans son regard.

- Depuis 4 ans, répondit-il. Se raser le crâne change une physionomie mais je n'avais pas prévu...

Il leva la main vers la joue qui portait encore un pansement et sembla retenir son geste avant de se raviser. Ils échangèrent un regard indescriptible alors que l'esprit de Will s'emplissait de nouvelles questions devant cette mise à nu. L'homme lui tendit l'enveloppe.

- Nous avons une réservation pour un chalet, lui rappela-t-il, conservant sa main un peu trop longtemps dans la sienne, une lueur presque d'hésitation dans le regard.

- As-tu peur que je te trahisse ? demanda Will finement.

- Question ou mémoire ? demanda Lecter avec une étincelle gravitant au fond des yeux.

Will sourit brièvement avant de tourner les talons et entrer dans le bureau d'accueil du motel. Il signa du nom de Linch les documents qu'on lui présenta et récupéra une clef avec un magnifique porte-clef en mousse pour le chalet 45, situé près du lac, au fond du parc.

« Le seul de libre, mon petit monsieur, c'est un deux-pièces avec seulement un lit. C'est à cause du synode de l'association des dentistes du Nord-Est, mais vous avez eu de la chance quand vous avez réservé. On venait justement d'avoir une annulation. Vous savez ce que c'est, j'en suis sûr. Enfin, ce chalet est très isolé, vous serez parfaitement tranquille. On le loue habituellement à de jeunes couples. Vous voyez ce que je veux dire. Vous pouvez rester autant de temps que vous le souhaitez. Ici, on n'est pas au Texas. Vous pouvez vivre avec qui vous voulez. Si vous aimez la pêche et le calme, vous serez ravis. »

Will resta poli et discret devant les tentatives de discussion de la femme d'un certain âge qui semblait le trouver digne de son éloquence. Elle lui montra à l'aide d'une carte comment rejoindre le chalet, perdu au fond de l'immense parc, au pied du lac et lui souhaita bon séjour.

Sous ses indications, Hannibal conduisit le véhicule jusqu'au chalet isolé. Will s'attendait à une cabane en rondin toute simple avec la cuisine et la chambre dans la même pièce. Il fut très surpris du standing de l'habitation installée face sud-ouest sur le lac qui captait la lumière mourante d'un soleil carmin. Il sentit un morceau de souvenir lui chatouiller le cerveau en regardant la surface scintillante au soleil. Tout autour du chalet, courait une balustrade qui rejoignait une véranda, où deux fauteuils confortables appelaient au repos face aux flots calmes.

Ils n'avaient aucun bagage personnel, mise à part un sac à dos gris, leurs parkas et les armes subtilisées sur le navire. Will aida Hannibal à pénétrer dans le chalet. L'homme tremblait légèrement, le front pâle baigné d'une sueur froide. Il luttait visiblement contre la douleur. Comment avait-il pu conduire jusqu'ici ? Il possédait une force de caractère démesurée pour ignorer ainsi l'aiguillon de la souffrance.

L'ancien profiler contempla l'ensemble et le trouva à son goût. De plain pied, le salon équipé d'une télévision et d'un profond sofa donnait sur la cuisine ouverte et bien organisée et la chambre au lit unique mais gigantesque. Une salle de bain dotée d'une douche et d'une baignoire complétait l'installation. Le tout, très chaleureux, était décoré dans le plus pur style américain, rondins apparents, cheminée de pierre et bannière étoilée au mur. Une tête de cerf empaillé lui fit de l'œil et il la salua du regard. Les fenêtres étroites réparties dans la cuisine et la chambre laissaient pénétrer une lumière naturelle, complété par des discrètes appliques murales. Ses yeux charmés furent attirés par deux cannes à pêche suspendues près de la cheminée à gaz ultra-moderne.

Will soutint le blessé qui tituba plus qu'il ne marcha jusqu'à la salle de bain. D'un coup d'œil, il comprit qu'ils resteraient un moment dans ce chalet de vacances. Hannibal était exsangue, épuisé, le regard flou de fièvre. Il n'eut aucunement besoin de poser la main sur son front pour s'en rendre compte. Il était bouillant. Le voir dans cet état meurtrissait le cœur de Will, c'était comme voir un puissant animal à la merci d'attaquants minuscules, un loup rongé par des tiques.

Will commença à fouiller dans la salle de bain à la recherche de désinfectant, de coton, de compresses, enfin quelque chose qui lui aurait permis de nettoyer la plaie dont il voyait l'empreinte s'agrandir sur le pull beige. Cela le rendait nerveux de voir Hannibal amoindri. L'autre lui prit la main pour le calmer et désigna son sac à dos tout en soulevant son vêtement taché.

- Tu y trouveras tout ce dont tu as besoin. Un bain tiède devrait aider à faire baisser la température.

La vue du large pansement souillé inquiéta Will. Il s'aperçut qu'il ignorait toujours comment cela lui était arrivé. Il avait été blessé en même temps que lui, sans jamais accepter lui expliquer. Il argumentait que cela devait revenir tout seul. Pour ce qu'il en savait, cette blessure avait quelques semaines. Elle avait dû se rouvrir lors de l'attaque sur le bateau. Il l'aida à s'asseoir sur le bord de la baignoire pour qu'il reprenne son souffle.

- Ta blessure s'est rouverte, commença-t-il, il faut que je retire cela. Je vais essayer d'aller le plus doucement possible.

Frissonnant, Hannibal se retourna pour s'appuyer contre le rebord froid, soutenu de ses bras épuisés. Dans son dos, Will vint l'aider à se déshabiller. Il lui ôta pull et tee-shirt d'un même mouvement, tandis qu'il détachait la boucle de la ceinture qui retenait un pantalon trop large. Il lui tomba des hanches avec un bruit métallique. Son corps couvert de cicatrices l'émut profondément. Son compagnon avait été si souvent blessé et il savait comme une chose certaine que c'était de sa faute. Il toucha d'un doigt tremblant l'horrible marque boursouflée, se remémorant tout à coup la capture et leur périlleuse aventure à la propriété de Mason. Chacune de ces marques lui racontait une nouvelle histoire. Il connaissait l'origine des cicatrices droites défigurant ses poignets, il savait en être responsable. Il savait d'où venait cette ligne fine qui marquait son visage.

Hannibal se retourna et il chuta dans son regard, pris d'une étrange émotion. Il se souvenait de toutes les luttes, tous les combats entre eux, les victoires amères et les défaites sublimes. Il lui semblait avoir retrouvé la totalité de sa mémoire, la raison de ses actes, la cause de ses réactions. Il savait maintenant qui il était, ce qu'il était devenu. Il resta interdit. Il se souvenait d'Hannibal se rendant à Jack Crawford, le choix qu'il avait fait de ne plus le voir, de ne plus le subir. Il se souvenait de tout jusqu'à cet instant, cette dernière victoire, cette dernière défaite. Le choc le laissa étourdi, pris dans le maelstrom de ses souvenirs. Tout se mélangeait, s'imbriquait et se mélangeait. Il repoussa la tentation de plonger dans cette rivière tumultueuse. Il ne pouvait s'octroyer le luxe de les ordonner. Hannibal avait besoin de son aide.

Il toucha la peau brûlante, chassant les images qui le harcelaient. Vêtu d'un boxer gris, il paraissait presque touchant dans son abandon. Il suivait des yeux le moindre geste de Will qui se pencha pour examiner les bandages. Ils étaient si proches, comme si une barrière était tombée. Hannibal se tendit et Will releva la tête. Leurs yeux s'accrochèrent à nouveau. L'intensité dans son regard le fit frémir comme une proie. Hannibal semblait absent à lui-même. L'homme qui se maîtrisait en tout instant lâchait le contrôle. Ses narines palpitantes captaient l'air et ses prunelles devinrent d'un noir d'encre. Il se pencha dangereusement sur lui, effleurant son visage de son nez, humant son odeur. Il émanait de lui une animalité digne d'un prédateur. Will arracha le pansement d'un mouvement sec, la douleur le fit cligner des yeux simplement. Cela suffit cependant à lui faire reprendre le contrôle de lui-même.

- Entre dans la baignoire, l'enjoignit Will qui observait, écœuré, la plaie qui suppurait.

Un trou rose, bordé de jaune traversait son flanc droit de part en part, juste au-dessus de l'os iliaque, en direction du rein. Il l'aida à pénétrer dans l'eau tiède et s'y asseoir sans toucher sa plaie. Hannibal suivit son regard et un sourire évanescent se posa sur ses lèvres.

- Elle est infectée, constata-t-il platement.

- Comment as-tu eu cela ? Tu as été touché par balle. Comment fais-tu pour supporter la douleur?

- Mémoire ou question ?

- Hannibal, ce n'est pas le moment de jouer.

- Je ne joue jamais, dit-il, l'air froid.

- Laisse-moi en douter, je ne sais peut-être plus où j'en suis actuellement, mais je peux encore dire que tu aimes jouer et manipuler.

- Manipuler et découvrir ce qui se passe. dit Hannibal qui semblait sombrer. Mettre en situation et observer.

Will l'observa, contrarié. Il ne savait pas quoi faire.

- Cette blessure, Hannibal, que dois-je faire ?

- La rouvrir, Dolarhyde m'a touché d'une balle qui n'a, heureusement, touché aucun organe vitaux. Je n'ai pas suffisamment nettoyé la plaie.

Le flegme avec lequel il prononça ces mots fit froid dans le dos du profiler.

- Il te faut des antibiotiques et quelque chose pour calmer la douleur.

- Dans le sac à dos. Il n'y en aura pas suffisamment pour tous les deux.

- Ta situation est suffisamment préoccupante, Hannibal. Tu es chirurgien si je me souviens bien ?

- Mémoire ou question ?

- Une foutue question ! s'emporta Will, frustré. Cette balle n'a pas fait que te frôler, elle t'a transpercée. Comment as-tu survécu à cela ?

- De la même manière que j'ai survécu à notre chute, souffla l'homme en évitant son regard.

Will redressa la tête, l'air intéressé. Il n'avait plus utilisé ce mot depuis qu'il l'avait averti de son amnésie. Il ne se rappelait pas d'une chute et Hannibal visiblement ne voulut pas en dire plus. Il resta muré dans son silence. Il lui donna les antibiotiques, un antidouleur et l'aida à sortir de l'eau lorsqu'il fut sûr que sa fièvre avait baissé. Il l'aida à enfiler un des peignoirs moelleux, offert par l'hôtel. Il tamponna ensuite délicatement sa peau, puis l'aida à se débarrasser de son boxer trempé. Hannibal se laissait faire, comme vaincu par cette poussée de fièvre. Ses mouvements étaient lents, douloureux aux yeux de Will, qui avait le sentiment de ne jamais l'avoir vu dans cet état. Sans doute qu'il n'aurait jamais laissé quiconque le voir dans cet état. Sa fierté le lui interdisait. Mais quelque chose réchauffait le cœur de Will à l'idée qu'il ne lui cachait pas sa faiblesse.

- Que veux-tu que je fasse ? lui demanda-t-il après l'avoir installé sur le lit.

- Tu vas devoir opérer. Tu trouveras des gants stériles et des champs opératoires dans le sac et le nécessaire pour me recoudre. Je vais te guider tout le temps de l'opération.

- Comment vas-tu rester conscient … commença Will avant de laisser tomber. J'ai des connaissances pour faire cela ?

- Quelques unes, le rassura Hannibal, tu as suivi une formation aux premiers secours et j'ai vu tes mouches de pêche. Tu as les doigts suffisamment agiles pour cela.

Will hocha la tête, livide, pas réellement d'accord avec le processus. Hannibal le regarda avec une certaine émotion que la fièvre laissait filtrer.

- Ferme les yeux et imagine ce que tu dois faire. Tu découvriras que c'est plus simple lorsque ce n'est pas la première fois. Libellule, souffla-t-il.

Will ferma ses paupières en soupirant. Il savait ce qu'Hannibal lui demandait. Son don pouvait être une malédiction comme une bénédiction, la seule différence était comment et pourquoi l'utiliser. Il devait se plonger dans ses souvenirs bouleversés. Il chercha à visualiser l'habituel iceberg, mais seule une rivière miroitante de souvenirs sans lien les uns avec les autres, tumultueuse et vindicative emplissait son esprit. Libellule, libellule, le mot clé suggéré par Lecter agissait sur son esprit. Ce mot lui rappelait quelque chose. Il scruta la surface, où le mot attira des morceaux d'iceberg encore intacts, contenant des images de ses mains ouvrant et soulevant de la chair, pliant et domptant les os.

Il voyait ses mains ouvrir et ployer les chairs, arquer les os et attacher la peau en aile de libellule. Il avait fabriqué une mouche de pêche géante à l'aide d'un corps. Il serra les mâchoires surpris par le rush de plaisir qui déferlait dans ses veines. Il ouvrit les yeux. Hannibal l'observait, un coin de lèvre retroussé sur une expression ravie comme à chaque fois qu'il le découvrait retrouver un souvenir déterminant. Ce n'était pas une simple réminiscence, mais un événement dans lequel sa personnalité prenait racine.

Will grimaça, cachant le plaisir qu'il avait eu à retrouver cette mémoire. Il y avait une différence entre la chair morte et celle palpitante et rongée de fièvre de Lecter. Néanmoins il commença son ouvrage. Il incisa sous les instructions du médecin, évitant l'artère iliaque et inséra ses doigts dans la plaie agrandie, d'où sortait sang et pus. Il cherchait quelque chose qui pouvait expliquer l'infection, cailloux, tissu, qui aurait échappé au précédent nettoyage.

Hannibal gémit seulement lorsqu'il retira délicatement du muscle qu'elle corrompait une esquille d'os. Lui qui avait été remarquablement calme durant toute l'opération s'agita lorsqu'il la retira. Il perdit conscience quand Will nettoya la plaie à l'alcool Celui-ci entreprit rapidement de réaliser plusieurs points de suture. Il se hâta, tant qu'il serait évanoui, il ne souffrirait pas. Pourtant il maîtrisait bien la douleur, il l'avait guidé sans laisser échapper un seul gémissement. Will acheva son ouvrage avec un bandage qu'il ne se souvenait pas avoir appris. Il le recouvrit d'un drap. Il fallait désormais attendre et prier que cela ait suffi.

Will se sentit lui aussi épuisé par l'opération et soulagé que tout se soit déroulé correctement. Il s'allongea à ses côtés dans le lit double, garni d'oreillers confortable pour le surveiller. L'attente lui laissa le temps de réfléchir à l'implication de ses découvertes. Il tenta de mettre de l'ordre dans sa mémoire. Il lutta contre le flot puissant de la rivière, d'où émergea peu à peu un iceberg amoindri. Il s'était à nouveau brisé et de cette rupture était né ce flash flood qui avait tout emporté. La rivière de souvenirs s'était apaisée et le flot puissant s'embourbait maintenant dans de profonds marécages. Il tenta d'y capter des images à la force de son esprit. Cependant la fatigue eut raison de lui, il s'endormit sans même s'en rendre compte.


La nuit était venue lorsqu'Hannibal s'éveilla. Ses premiers mouvements éveillèrent Will qui émergea à son tour. Allongé sur le côté gauche, son bras droit reposait sur le thorax du tueur, soulevé régulièrement par un souffle calme. Il battit des paupières et plongea ses prunelles dans les yeux bruns irisés de rouge. Hannibal semblait mieux, ni fièvre ni tremblement. Il était cependant pâle et fatigué, ses cheveux collés au front par la sueur. Il était conscient et le fixait avec un réel étonnement.

- Tu t'étonnes que je sois encore à tes côtés ou d'être vivant ?

- Un peu des deux, souffla le cannibale d'une voix fatiguée.

- Je sais, et Will accentua sur le verbe, je sais que nous avons un historique plutôt chargé. Cependant tu es peut-être trop faible pour que nous nous confrontions.

Un sourire mince étira ses lèvres fines. Il posa sa main sur son ventre, capturant la main de Will.

- De quoi te souviens-tu ?

- De presque tout. De toi me manipulant pour me pousser à commettre un crime, me poussant à croire être un tueur.

- Mais tu es effectivement un tueur, Will, chuchota Lecter. N'oublie pas les hommes sur ce bateau. Même sans tes souvenirs, tu as cette envie, cette nécessité qui te pousse à tuer et qui te rend si efficace.

- Peut-être mais à cette époque, je n'étais pas capable de le reconnaître, fit platement l'ancien policier. Ce dont je me rends compte maintenant. J'ai évolué, en partie grâce à toi, en partie à cause de toi. Tu m'as toujours fait réagir.

Hannibal prit le temps de réfléchir à ses paroles. Ses yeux semblèrent s'égayer. Sa main reposait sur celle de Will. L'homme était tactile en dehors de sa froide apparence, il recherchait toujours un contact avec lui. Il se souvint - quel délice de pouvoir le faire!- qu'il aimait se tenir près de lui, debout, à portée de main ou assis sous le feu de son regard.

- Quoi d'autre ?

Will soupira et détourna le regard.

- Abigail.

Hannibal eut un rictus et se redressa. Will posa la main sur son cœur et le regarda calmement.

- Je t'ai pardonné, même si les raisons de ce pardon sont encore floues.

- Quoi d'autre ? croassa Hannibal, dont le cœur se mit à battre plus vite sous la main de Will. Il retira sa main comme brûlé.

- J'ai essayé de te tuer, plusieurs fois. Tu t'es vengé, plusieurs fois. Nous sommes arrivés à un point d'accord, dit-il finalement. Nous nous sommes mutuellement trahis et manipulés. Nous pouvons dire que nous sommes quittes.

- Nous nous sommes déjà dit tout cela.

- Maintenant, je m'en souviens. Je pensais que cela changerait tout mais... en réalité, je ne me reconnais pas. Tout concourt à ce que je ne te fasse aucunement confiance et pourtant...

Hannibal le contempla, cherchant à lire dans ses yeux et sur les traits de son visage un éventuel mensonge. Will ne mentait pas, il était resté alors que sa mémoire débordait d'exemples où ils s'étaient trahis. Mais il comprenait désormais pourquoi il était près de lui. Hannibal avait besoin de lui.

- Cette journée a été fertile en découvertes, fit l'homme allongé, cherchant à se redresser. Peut-être que manger nous ferait du bien.

- Repose-toi, je m'occupe de ça.

L'air dubitatif d'Hannibal le fit rire. Il pouvait tout de même se débrouiller en cuisine, même sans avoir le talent de son compagnon. Il se rappelait de certaines de ses spécialités maintenant. Rien d'aussi exceptionnel que les plats d'Hannibal, mais des choses pratiques pour se nourrir.

- Je ne vais pas te proposer un coq au vin ou des poumons sauce Grand Veneur, mais je sais très bien faire les œufs brouillés. Je peux y ajouter des légumes si tu veux.

- Une frittata. Cela suffira pour ce soir.

Il se laissa retomber sur son lit, épuisé. Will ne se sentait pas beaucoup plus en forme, mais la petite sieste lui avait permis de reprendre des forces.

L'odeur des œufs embauma bientôt le chalet, associé à la senteur des légumes rissolés dans le beurre. La cuisine était très bien fournie avec suffisamment de réserves pour rester en autarcie pendant plusieurs semaines. Il sentit une vive nostalgie remonter, le chalet, bien que particulièrement luxueux, lui rappelait Wolf Trap, et sa vie au milieu des bois avec ses chiens.

Que devenaient-ils sans lui ? Quelqu'un les avait-il pris en charge, ou étaient-ils en train de mourir de faim enfermés? Cette question le perturba visiblement, suffisamment pour que la voix d'Hannibal s'inquiète de l'odeur de brûlé émanant de la poêle. Will sursauta, récupéra la poêle et sauva ce qui était possible d'être sauvé. Il apporta piteusement sa frittata à Hannibal qui le regarda avec humour.

- Que mangeais-tu avant que je ne te rencontre ?

- Et toi, Hannibal ? lui rétorqua Will, chagriné par la bouillie maronnasse qui paraissait peu appétissante.

- Tu le sais pertinemment. Qu'est ce qui te perturbe autant ?

Il n'était pas psychiatre pour rien, il avait une finesse de l'esprit tout à fait étonnante pour un psychopathe se dit Willl. Il est évident que son profil psychologique largement diffusé dans les médias, ne correspondait pas à la réalité.

- Je viens de me rappeler de mes chiens... je les avais oubliés et à présent j'ignore qui s'occupe d'eux. Alana peut-être, même si nous ne sommes plus amis.

- Molly, ta femme les a certainement conservé, lui apprit-il d'un ton morne, avec son fils. Ils collectionnent eux aussi les chiens errants.

- Ma femme, son fils, releva le profiler. Je ne me souviens pas d'eux.

Hannibal en eut l'air heureux. Will regarda sa main où la marque d'une bague était toujours visible. Il fit jouer ses doigts comme pour en faire tourner le métal autour de sa phalange. Quelques éléments émergèrent du bourbier, une meute de chiens accompagnée du rire d'un enfant dans le froid, la chaleur d'un corps contre le sien, l'indifférence glaciale d'une chambre d'hôpital. Il se détourna mentalement, il ne voulait pas y penser maintenant.

Un moment de silence tomba entre eux, un instant de calme où chacun profitait simplement de la présence de l'autre. Ils mangèrent la frittata, que le nez d'Hannibal avait finalement sauvé d'un complet désastre.

Will se sentait envahi d'une paix inconnue. Le bruit de la forêt autour de lui l'apaisait, la présence du tueur ne le gênait pas, bien au contraire. Il savourait le moment présent, digérant les informations peu à peu.

- Il y a suffisamment de réserves pour plusieurs mois, lui apprit-il, et puis il y a la forêt et le lac pour chasser et pêcher. Mais …

Le profiler le regarda par en-dessous, sous-entendant que cela n'allait pas suffire à combler certaines de ses envies. Le cannibale lui offrit un sourire amusé.

- Tes souvenirs reviennent effectivement, j'ai pourtant l'impression que tu les analyses d'une manière différente.

- J'ai un point de vue différent que celui que je pouvais avoir en souffrant d'une encéphalite. Lui reprocha-t-il doucement.

- Je voulais voir ce que tu allais faire, dit Hannibal en se redressant. C'est une manière intéressante de passer le temps.

- Tu as des jeux intéressants, se moqua l'ancien profiler. Ne crains-tu pas de t'ennuyer ici, seul avec moi?

- Je pourrais rester tout le temps du monde ainsi, fit honnêtement Hannibal, faisant écho à une autre réminiscence. Je dois d'abord guérir, nous devons d'abord guérir avant d'envisager quitter cet endroit.

- C'est un véritable havre de paix, dit Will en contemplant la lune pleine qui se levait sur le lac. L'idéal pour deux fugitifs.

- Nous sommes en sécurité ici, bien plus qu'à la maison au bord de la falaise. C'est plus petit évidemment mais beaucoup plus calme et personne n'aura l'idée de nous faire rechercher ici. Cette pause est bienvenue.

La maison au bord de la falaise. Ces simples mots mirent Will mal à l'aise. Quelque chose rodait derrière ces mots, si agressivement qu'il ne pût s'empêcher de gratter la glace qui libérait de plus en plus de souvenirs. Sa mémoire subissait un véritable dégel qui mélangeait les souvenirs et les réminiscences, les actions et les pensées en un magma indéfinissable.

- Will, tu as tout le temps possible pour découvrir ce que ton cerveau te cache encore. Plus tu le harcèleras pour comprendre, plus il cachera les indices les plus utiles.

- Je dois évidemment croire le professionnel.

- T'ai-je déjà menti ?

Will lui décocha un regard noir, le tueur ajouta avec un regard impavide.

- Dernièrement ?

Will sourit en hochant la tête. A chaque fois qu'il découvrait une facette d'Hannibal sombre, une autre se révélait plus brillante. Le psychiatre avait longtemps agi dans l'ombre, prenant pour victime des personnes qui l'avait mérité selon lui. Il se rappelait que Lecter détestait l'impolitesse et la vulgarité et réagissait mal à la frustration. Mais ses victimes pour ce qu'il s'en rappelait étaient un choix précis parmi certains de ses pires clients ou fournisseurs.

- Il faut que je change tes pansements, l'interrompit le tueur alors qu'il se perdait dans ses pensées, grattant sans s'en rendre compte l'omoplate dont la peau tirait.

- Je peux le faire, tu es encore faible.

Le regard froid d'Hannibal à ses mots le dissuada de continuer. Il était fier. Il n'avait pas bougé durant son opération. Il pouvait le faire et le repas frugal lui avait apporté de nouvelles couleurs. Will accepta et l'aida à se relever pour gagner la salle de bain. Il était lent mais ses mouvements étaient sûrs. Il commença par l'omoplate après avoir fait asseoir Will sur le bord de la baignoire. Puis il regarda longuement la cicatrice qui défigurait son ventre, d'un air presque rêveur qui fit frissonner le brun. Il se rappelait comment Hannibal avait dessiné ce sourire sur sa peau, il se remémorait la douleur et la peur de mourir, la douleur et la peur de la perte. Il cligna des yeux, balayant des larmes imaginaires.

- La cicatrisation est bonne, dit Hannibal en refaisant le bandage. Laisse-moi regarder ton visage.

Il défit doucement le pansement qui collait sa joue et Will découvrit la cicatrice affreuse qui déchirait sa joue de la pommette à la maxillaire.

- Deux centimètres de plus sur la gauche et tu aurais été amputé de ton nez, mon cher Will.

Les yeux clairs du profiler s'écarquillèrent et perlèrent sous la douleur lorsque le psychopathe fit bouger sous ses doigts recouverts de gant de nitrile les bourgeons de chair qui se refermaient.

- Tu ne garderas pas de séquelles trop visibles, dit-il finalement, les points sont propres et presque invisibles et les tissus réagissent à la douleur. Tu auras une légère trace qu'une barbe dissimulera facilement et une sensibilité normale.

Il nettoya la blessure et appliqua une crème cicatrisante d'une main légère comme une plume, attentif à ne pas le faire souffrir davantage. Will sentit ses doigts s'attarder un peu trop longtemps sur sa joue et le cannibale frémir à ses côtés.

Ils échangèrent un regard où leurs âmes se parlèrent. Will ouvrit les bras et Hannibal l'enlaça doucement, attentif à ne pas le faire souffrir. Le cannibale se serra contre lui, frotta sa tête contre la sienne, délicat et animal. Will ne résista pas, il sentait un besoin, un désir d'être touché, agrippé chez cet homme, quelque chose qui faisait écho au vertige de sa solitude.

Il sentit ses lèvres contre son cou, remonter vers son oreille, caressantes et mordantes, distillant de terribles frissons. Les yeux clos, perdus dans un monde de sensation, il laissa les rênes à Lecter. Il se laissa dévorer de baisers légers qui devinrent rapidement possessifs. Il marquait délicatement de ses dents la chair tendre qui rougissait.

Ses mains se posèrent en coupe autour de sa tête, suffisamment légères pour ne pas le blesser, suffisamment fermes pour le maintenir, leurs corps étroitement liés goûtaient la chaleur l'un de l'autre. Ouvrant les yeux brusquement, il découvrit les yeux d'Hannibal, la prunelle teintée de rouge s'obscurcir de désir. Il se distingua dans ses yeux, affamé de plaisir. Il se mordit les lèvres et les ouvrit, appel muet et universel à s'embrasser, à s'embraser.

Le baiser fut vorace, dévorant, affolant. Il ne pouvait plus lutter contre cet intoxiquant pouvoir, cette volonté qui annihilait le peu d'esprit de conservation qui lui restait. Il s'abandonna, goûtant la saveur de cette bouche, de cette langue qui ordonnait et récompensait. Un baiser fou qui le laissa pantelant, à bout de souffle. Hannibal le dévisageait comme inquiet de trouver du dégoût, de la honte ou de la haine.

Will lui sourit doucement, clignant des yeux avec acceptation. Ses lèvres se retrouvèrent happées à nouveau par cette bouche dévorante, subjugué par cette présence écrasante. Il lui semblait qu'un miel chaud coulait le long de ses veines, l'alourdissant et l'allégeant en même temps. Il abdiqua avec passion, se perdant dans les sensations. Il n'eut pas conscience de sortir de la salle de bain et de gagner le lit de la chambre qu'au moment où Hannibal le repoussa doucement et le fit tomber sur le matelas.

Son corps exigeait la chaleur de celui de l'autre homme. Sa peau hurlait pour un contact plus affirmé. Hannibal sourit et s'allongea à ses côtés. Will eut un mouvement de recul que celui-ci interpréta comme de la peur.

- Je ne vais rien faire que tu ne souhaites, comme tu le souhaites, souffla-t-il, les yeux étincelants.

- Ce n'est pas ça, c'est juste qu'avec tes points de suture, ce n'est pas raisonnable.

- Je n'ai jamais été raisonnable, souffla-t-il en caressant son ventre, découvrant la peau sous son tee-shirt.

- Je dois l'être pour deux, fit Will en échappant à ses doigts joueurs. Je n'ai pas envie de recommencer à faire de la couture.

Hannibal reposa sa main sur le drap du lit avec un air réprobateur.

- Ce n'est pas pour autant que nous ne pouvons pas nous détendre, dit Will en retirant son tee-shirt. Juste prendre quelques précautions.

Le cannibale émit un sourire lumineux et agrippa sa hanche pour le rapprocher de lui. Les gestes tendres et prudents, Will le fit sombrer dans la volupté où il l'entraîna à son tour. La lune les baigna de froide lumière sans qu'ils s'en soucient, inconscients à tout ce qui n'était pas eux.


A suivre...