Coucou les loulous ! On poursuit le rattrapage ! :)
Enjoy !
Chapitre 11
La soirée fut plutôt terne pour Hermione. Elle la passa assise devant l'âtre, à ruminer ses pensées. Drago ne réapparut qu'aux alentours de dix heures pour s'occuper de la potion, ce à quoi elle fit remarquer sèchement qu'elle pouvait très bien le faire seule. Ils ne se dirent pratiquement pas un mot et la jeune fille avait bien du mal à se contenir face au mutisme du Serpentard. Elle brûlait d'envie de lui demander ce qui lui était passé par la tête, mais elle se retint de peur de n'en tirer qu'un regard méprisant.
Drago ne s'éternisa pas et aussitôt que leur travail fut accompli, il quitta la chambre sans plus de cérémonie. Ses pas résonnèrent quelques secondes dans le couloir puis le silence revint. Hermione se sentit tout à coup terriblement isolée. Son esprit se tourna alors naturellement vers Harry et Ron. Elle essaya d'imaginer où ils pouvaient être et ce qu'ils étaient en train de faire. Ils devaient probablement être à sa recherche. Elle s'en voulut alors d'avoir cette idée orgueilleuse mais au fond, elle se savait dans le vrai. Et plus que tout au monde, elle aurait souhaité avoir un moyen de les contacter. De les prévenir de la situation pour qu'ils se cachent en attendant son retour. Elle songea à Kingsley, qui avait été capable de les avertir du danger avec son Patronus. Mais elle était bien loin d'avoir une telle maîtrise. Elle frissonna d'angoisse en pensant de nouveau à ses amis qui risquaient à tout moment de se faire capturer par les Mangemorts. Si cela arrivait, tout serait terminé. Pour eux comme pour elle. Et comme pour Drago.
Elle se dirigea machinalement vers le lit, ôta ses vêtements et enfila la vieille chemise que le blond lui avait laissée en guise de pyjama, pour se glisser entre les draps frais. Elle rabattit la couette par-dessus son épaule. Seule la lumière vacillante du feu éclairait la pièce. Elle se tourna d'un côté, puis de l'autre, sans parvenir à se sentir fatiguée ou ensommeillée. Et ce manège dura un long moment jusqu'à ce qu'elle arrive enfin à s'assoupir.
Si Hermione avait plus ou moins occulté la découverte du cahier noir dans la bibliothèque, son subconscient se chargea de le lui rappeler. Elle se réveilla haletante d'un cauchemar où elle avait le livre entre les mains et se le faisait arracher par Bellatrix Lestrange juste avant de voir surgir un éclair vert. Elle se redressa brusquement dans le lit, le front moite, et se sentit profondément soulagée lorsqu'elle comprit qu'il ne s'agissait que d'un rêve. Elle se frotta machinalement les yeux et constata que la nuit était déjà bien avancée. Il était environ trois heures du matin.
La sagesse aurait voulu qu'elle se rendorme et se laisse aller à de nouveaux songes. Mais désormais la curiosité et l'impatience la prenaient d'assaut et l'envahissaient totalement. Elle ne mit pas longtemps à leur céder et se leva du lit aussi silencieusement qu'elle le pouvait. Son cœur battait à tout rompre, mais elle ignorait s'il s'agissait de peur ou plutôt d'excitation. La porte de la chambre lui parut soudain très grande et très impressionnante, mais elle l'ouvrit sans hésiter et se glissa dans le couloir telle une ombre. Elle aurait souhaité avoir sa fidèle baguette entre les mains pour lui procurer un peu de lumière et un peu de sécurité, mais elle dut se contenter d'avancer à tâtons dans la pénombre.
Le trajet jusqu'à la bibliothèque lui parut interminable. Au moindre grincement, les battements de son cœur redoublaient d'intensité et des frissons glissaient le long de son dos. Lorsqu'elle arriva enfin devant la porte, elle la tira avec précaution et s'engouffra dans la pièce. Il y faisait froid, malgré le feu qui crépitait dans la cheminée. Hermione traversa la pièce d'un pas rapide mais discret et se dirigea droit sur l'étagère où dormait le carnet qui hantait ses pensées. Elle dut plisser les yeux pour le distinguer dans la semi-obscurité. Elle l'attrapa du bout des doigts et retourna jusqu'à la cheminée près de laquelle elle se mit à genoux. Les mains tremblantes, elle tourna la couverture de l'ouvrage et lut de nouveau les lettres significatives. " R.A.B". Elle était si près de son but qu'elle n'entendit pas qu'une autre personne pénétrait à cet instant dans la bibliothèque :
- Granger !
Hermione fut si effrayée qu'elle lâcha le livre et se releva d'un bond pour faire face à Drago. Il se tenait dans l'encadrement de la porte. Son visage, éclairé par la lueur perçante de sa baguette, exprimait la colère et la dureté. Ses yeux se posaient tour à tour sur elle et sur le cahier noir qui gisait désormais entrouvert sur le sol.
- Je peux savoir ce que tu fais ? exigea-t-il en s'approchant lentement.
Hermione était paralysée par la peur et incapable de prononcer le moindre mot. Mais dans un sursaut de lucidité, elle ramassa son précieux carnet et le serra contre sa poitrine, espérant naïvement le protéger ou bien qu'il la protège.
- Je t'ai posé une question ! lança le blond.
Elle se mordit la lèvre mais ne bougea pas d'un pouce. Finalement, Drago parvint jusqu'à elle et resta les bras croisés, attendant visiblement qu'elle se décidât à réagir. Mais elle avait beau réfléchir à toute vitesse, elle ne trouvait aucune excuse valable à la situation dans laquelle il la trouvait. Le Serpentard tendit alors la main pour lui arracher le carnet. Elle se jeta en arrière, hors de sa portée, et son dos rencontra le mur.
- Tu es réellement une parfaite idiote ! s'exclama-t-il. Tu espérais vraiment pouvoir faire ta petite excursion nocturne sans que je ne m'en rende compte ? Tu es sous mon toit, je te rappelle !
- Je... murmura-t-elle.
Il haussa les sourcils avec intérêt :
- Tu ?
- Je n'ai rien à te dire !
- Voyez-vous ça, ricana-t-il.
Hermione baissa les yeux d'un air coupable. Elle resserra un peu plus sa prise sur le livre.
- Tu es incroyable, ajouta-t-il.
Elle le regarda sans comprendre.
- Tu es prise la main dans le sac et tu trouves encore le moyen de tenir bon. Je pourrais déchirer ton bouquin et te ramener aux cachots. Tu en es bien consciente ?
- J'en suis parfaitement consciente, Malefoy, déclara-t-elle en redressant courageusement les épaules. Fais ce que tu veux.
Ce simple geste eut le don d'agacer Drago au plus haut point. Car tout ce qu'il essayait d'ignorer au fond de lui était en train de refaire surface aussi facilement qu'un centaure piétinerait une brindille. La lueur du feu dansait sur le visage de la Gryffondor et les flammes se reflétaient dans ses yeux sombres et fiers.
- Tu veux que je te dise ce que je ne peux plus supporter chez toi, Granger ?
La jeune fille se pressa un peu plus contre le mur mais son visage demeura impassible.
- Accio, prononça-t-il.
Hermione ne put que sentir son bien lui glisser des mains pour atterrir entre celles du Serpentard. Il inspecta la couverture noire. Elle s'attendait à ce qu'il l'ouvre et y cherche des réponses. Mais au lieu de cela, il le jeta par-dessus son épaule. Le carnet tomba sur le sol en émettant un bruit qui résonna dans la pièce.
- Je n'en ai strictement rien à faire de ton satané bouquin, murmura sombrement Drago. Je ne veux rien avoir à faire avec tes histoires, c'est compris ? J'ai bien assez d'ennuis comme ça sans que tu ne viennes en rajouter à la liste !
Hermione hocha la tête. Elle se sentait étrangement inquiète face à la réaction du jeune homme. Comme dans un état second, elle se demanda vaguement s'il allait la torturer, ou bien la tuer. Il se rapprocha d'elle et contre toute attente, rangea sa baguette. Elle ressentit un vif soulagement, qui ne dura que quelques secondes. Drago avait placé ses mains sur le mur, de part et d'autre de la jeune fille.
- Ce que je ne peux plus supporter chez toi, dit-il avec un regard dur, c'est l'effet que tu me fais.
Hermione eut la sensation que ses jambes se dérobaient. De toutes les situations qu'elle avait pu imaginer depuis la seconde où Drago l'avait découverte, celle-ci était de loin la plus incohérente et la plus inattendue.
- Qu'est-ce que tu racontes ? murmura-t-elle. Qu'est-ce qui te prend ?
- Je te déteste pour des tonnes de raisons, Granger. Mais la pire de toute, c'est que tu m'attires plus que je n'aurais jamais pu le croire.
- Malefoy, tu divagues.
Leurs visages étaient si proches qu'elle sentait le souffle du jeune homme contre sa peau.
- Tu es seul depuis trop longtemps, ajouta-t-elle avec fermeté.
Il lui jeta un regard sceptique.
- C'est bien possible, admit-il après de longues secondes de silence. Mais même toute l'abstinence du monde ne me suffirait pas pour être séduit par Lovegood ou toute autre fille de son acabit.
La brune déglutit avec difficulté.
- Je ne vois pas où tu veux en venir, marmonna-t-elle.
- Je crois que si, au contraire.
- Qu'espères-tu au juste, Malefoy ? Que je tombe dans tes bras comme une damnée ?
Comme il ne répondait pas, elle murmura avec dureté :
- Car ça n'arrivera jamais. Si tu me veux, ce sera sans dignité.
- Tu es impossible, Granger.
Il s'écarta lentement et son visage devint plus froid encore :
- Je t'ai déjà dit que je ne suis pas désespéré à ce point.
- Je crois qu'il ne reste plus grand chose à ajouter, le défia-t-elle. Décide-toi !
- Retourne dans ma chambre et n'en sors plus.
Hermione se décolla du mur et marcha rapidement jusqu'à la sortie. Drago la suivit des yeux sans bouger. Elle ne se retourna pas et franchit la porte sans la moindre hésitation. Dès l'instant où elle disparut de son champ de vision, le Serpentard attrapa un chandelier en cristal posé sur la cheminée et le lança contre le mur où il se fracassa en mille morceaux.
Il ne pouvait s'empêcher de réaliser à quel point elle était dans le vrai. Il était seul depuis bien trop longtemps. Et même si elle s'imaginait certainement qu'il ne s'agissait que de solitude charnelle, Drago se rendait bien compte qu'il y avait autre chose. Il s'était préparé à vivre comme un Mangemort, à perpétrer ou subir les tortures et la mort pour le reste de sa courte existence. Et voilà qu'elle était apparue et lui avait redonné de l'espoir malgré elle. Elle lui arrachait des sourires qu'il avait mis au banc des oubliés. Elle le ramenait en arrière, vers une époque où tout lui avait paru simple et amusant. La Sang de Bourbe, l'insupportable Miss Je Sais Tout. Il songea à la première fois qu'il l'avait vue, avançant vers le Choixpeau, et à tout le mépris qu'il avait ressenti pour elle depuis lors. Jamais il n'aurait pensé, pas une seule seconde, qu'Hermione Granger puisse un jour devenir précieuse à ses yeux.
La chambre parut tristement silencieuse à Hermione lorsqu'elle y pénétra. Elle n'avait pas desserré les dents depuis qu'elle avait quitté la bibliothèque. Maintenant qu'elle était à l'abri, elle se détendit légèrement et des larmes commencèrent à couler le long de son visage. Elle tenta de se persuader qu'il s'agissait du contrecoup de la peur. Mais une petite voix dans son inconscient lui murmurait que c'était autre chose. Et malgré ses efforts pour la faire taire, la Gryffondor n'y parvenait absolument pas.
Alors qu'elle allait se recoucher, sans grand espoir de sommeil, un craquement retentit. Paty était apparu au milieu de la pièce, le regard désemparé.
- Miss, murmura-t-il en s'approchant d'Hermione.
Celle-ci essuya précipitamment ses larmes et sourit à l'elfe :
- Paty, qu'est-ce que tu viens faire ici ? Il est tard.
- Je ne voulais pas vous déranger, murmura la créature.
- Tu ne me déranges pas du tout.
- Paty est incroyablement confus, mais...
Voyant qu'il paraissait chercher ses mots, elle l'encouragea :
- Mais ?
- Miss, ne vous fâchez pas contre Paty !
- Me fâcher contre toi ? s'étonna-t-elle. Pour quelle raison ?
Elle réalisa alors que l'elfe gardait ses mains étrangement cachées derrière son dos.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
Paty sembla hésiter une seconde, puis il montra ce qu'il avait dans les mains. Les yeux d'Hermione s'agrandirent de stupeur lorsqu'elle reconnut le cahier noir :
- Mais...
- Ne vous fâchez pas, Miss. Paty ne voulait pas vous espionner !
- Tu veux dire que tu étais dans la bibliothèque ?
- Le Maître m'a ordonné de vous surveiller dès que vous n'êtes pas ensemble, même la nuit, et de le prévenir si vous faisiez quelque chose d'étrange.
- C'est donc toi qui l'as prévenu que j'avais quitté ma chambre ?
Paty se couvrit le visage d'une main noueuse et sembla se ratatiner sur place. Hermione, prise de compassion, s'agenouilla auprès de l'elfe et lui posa délicatement une main sur l'épaule.
- Je ne suis pas fâchée, murmura-t-elle avec un sourire. Tu n'as fait qu'obéir aux ordres. Et j'ai été stupide de croire que je pourrais m'aventurer la nuit dans le manoir sans le moindre problème.
Il sourit faiblement mais semblait toujours embarrassé.
- Que fais-tu avec ce carnet ? lui demanda-t-elle en désignant l'objet qu'il tenait toujours entre ses mains.
- Miss avait l'air d'y tenir tellement !
- Malefoy est au courant ?
- Oh non, Miss ! Mais comme le Maître a dit qu'il ne s'en souciait pas... Quand vous êtes partie, il était très en colère. Il a brisé un chandelier et a quitté la pièce en oubliant que j'étais là, tapi dans un coin. Alors je suis sorti de ma cachette et...
Il n'osa pas finir sa phrase et Hermione s'en chargea pour lui montrer qu'elle ne le blâmait pas :
- Tu as pris le carnet pour me l'apporter.
Il le lui tendit et la jeune fille s'empressa de le prendre.
- Merci beaucoup. Tu devrais partir maintenant. Je ne voudrais pas t'attirer d'ennuis.
- Miss est trop bonne.
Il recula de quelques pas et disparut aussitôt.
Hermione se releva et tourna le livre entre ses mains. Elle allait enfin pouvoir découvrir ce qu'il contenait. Elle s'installa sur le matelas moelleux et posa l'écrit sur ses genoux. Mais avant de l'ouvrir, elle ne put s'empêcher de penser à ce que Paty lui avait révélé sur la conduite de Drago après son départ. Et son cœur se mit à battre plus fort lorsqu'elle songea à ce qu'il s'était produit entre eux. Pendant une seconde, elle ressentit un frisson étrange la parcourir en repensant à son visage si près du sien. Et à ses bras qui l'entouraient. Elle avait beau connaître la réputation du Serpentard, jamais elle n'aurait pensé, pas une seule seconde, qu'elle puisse un jour devenir désirable à ses yeux.
