Chapitre 23
Tous trois installés dans le salon des Tonks, ainsi commencèrent les minutes les plus longues de toute l'existence de Drago. Du moins en avait-il la désagréable sensation. Hermione se lança dans une explication détaillée de son enlèvement par les rafleurs et sa surprise lorsqu'elle avait constatée qu'ils ne l'avaient pas conduite au Ministère mais au manoir Malefoy. Elle expliqua comment Drago avait suggéré qu'ils s'enfuient ensemble et le stratagème du Polynectar qui avait tourné au désastre. Leur fuite sous la pluie battante. Le vol de la radio pour tenter de capter un message ami.
Andromeda écoutait d'une oreille captivée le récit de la jeune fille. Cette dernière passait volontairement sous silence le rapprochement entre elle et Drago mais celui-ci résonnait dans un coin de sa tête comme un écho un peu trop assourdissant. Lorsqu'elle eut enfin terminé, un silence tendu s'imposa dans la pièce. Le Serpentard faisait danser son regard. Il observait tantôt Hermione d'un œil amusé, car elle ne cessait de gesticuler d'un air anxieux. Puis ses yeux clairs se posaient sur sa tante, dont le visage fermé indiquait qu'elle était en proie à une grande réflexion. Ce tableau agaça légèrement le blond qui se leva brusquement de son siège.
- Granger est trop gentille de vous épargner la partie la plus intéressante de cette histoire, lança-t-il avec un sourire noir.
- Malefoy, je t'en prie, souffla Hermione.
- Elle ne vous a pas parlé de ma mère, continua-t-il en l'ignorant. Je vous ai dit qu'elle était morte mais vous ne savez pas comment.
Andromeda le fixa avec un regard vide, ce qui augmenta considérablement le degré de colère du jeune homme.
- Ça ne vous intéresse pas ? demanda-t-il d'un air faussement surpris. C'est votre chère Bella qui l'a assassinée !
- Malefoy !
Hermione se leva à son tour et se précipita sur le Serpentard. Elle lui attrapa le bras et le tira en arrière.
- Arrête tout de suite ! s'exclama-t-elle en le forçant à la regarder.
- Bordel, Granger ! explosa le Serpentard en se dégageant brutalement. Tu ne vois pas que tout ça ne sert à rien !
- De quoi est-ce que tu parles ?
- Elle ne m'aidera jamais ! Sa propre sœur est une meurtrière ! Pour quelle raison est-ce qu'elle me ferait confiance ?
- Tu n'es pas Bellatrix !
- Je suis un Mangemort ! répliqua-t-il en relevant brusquement la manche gauche de sa chemise.
Il colla son bras contre le visage d'Hermione qui poussa un gémissement. Le débat restait le même, un débat vain et peut-être sans réponse.
- Tu n'es pas... balbutia-t-elle d'une voix soudain très faible. C'est différent.
- En quoi est-ce différent pour elle, Granger ? Elle ne me connait pas !
- Qui est là ? cria soudain une voix étrangère, qui semblait provenir de l'étage.
Hermione se figea, bouche bée. Andromeda, qui avait observé toute la scène d'un air atterré, comme incapable d'assimiler ce qu'elle venait d'entendre, donna soudain l'impression d'avoir reçu une gifle. Elle se leva brusquement du fauteuil et se dirigea vers les escaliers qui disparaissaient à l'étage.
- Tonks, murmura Hermione en se plaquant les mains sur la bouche.
Drago la regarda d'un air surpris. Sa tante grimpait à présent les escaliers quatre à quatre. Il jeta un œil au fauteuil mais elle avait emporté les baguettes avec elle.
- Tu peux me dire... commença-t-il.
- Tonks est là ! s'exclama Hermione en se précipitant à son tour dans les escaliers.
Drago la regarda disparaître sans mot dire. Il se demandait vaguement qui pouvait bien être cette personne qu'elle appelait Tonks. De toute évidence, il s'agissait de quelqu'un de la famille de son oncle.
Hermione ne se tenait plus de joie tandis qu'elle avalait les marches à toute vitesse. Incapable de se retenir, elle déboula dans la chambre où venait d'entrer Andromeda. Nymphadora Tonks était là, allongée dans un grand lit. Les volets étaient entrecroisés et donnaient à la pièce un aspect mêlé de lumières et d'ombres. Un rayon de soleil venait frapper le visage de la jeune femme qui regardait la Gryffondor comme si elle n'en croyait pas ses yeux.
- Hermione ? murmura-t-elle.
Ses cheveux étaient de couleur rose pâle et semblaient emplis de paillettes scintillant à la lueur du jour.
- Tonks, souffla Hermione en s'approchant timidement.
- C'est vraiment toi ?
- Oui.
- Maman, pourquoi tu ne m'as pas prévenue ? lança-t-elle à sa mère d'un air réprobateur. Je me demandais avec qui tu discutais.
Hermione remarqua alors le ventre extrêmement proéminent de la métamorphomage.
- Tu es si faible, murmura Andromeda en la couvant du regard.
- Je t'en prie, je ne suis pas malade ! s'emporta la jeune femme en se redressant contre ses oreillers.
- Ta mère a raison, déclara Hermione. Je n'aurais pas dû faire irruption comme ça. C'est une longue histoire.
Le sourire sur le visage de Tonks s'effaça légèrement tandis qu'elle fixait son amie, le front soucieux :
- Tu devrais te reposer, Hermione. Tu as l'air d'avoir traversé des épreuves difficiles.
- Et bien, je...
- Venez Hermione, dit Andromeda en la prenant par le bras.
- Tu auras tout le temps de me raconter ton histoire, ne t'inquiète pas, la rassura l'Auror. Comme tu t'en doutes, je ne bouge pas d'ici.
Elle accompagna son affirmation d'un clin d'œil malicieux qui fit sourire Hermione. Cette dernière suivit donc la mère de Tonks à l'extérieur de la pièce et referma la porte derrière elle.
- Merci de n'avoir rien dit pour Drago, chuchota Andromeda.
La jeune fille ne répondit pas mais songea qu'il était inutile d'inquiéter Nymphadora inutilement. Du moins pour le moment. Les deux femmes descendirent lentement les escaliers et se retrouvèrent dans le salon où Drago les attendait, assis sur le canapé.
- Je ne vous dérange pas trop ? demanda-t-il les sourcils haussés avec dédain.
Hermione eut une grimace embarrassée.
- Je suis désolée, dit-elle. C'est...
- Je peux savoir qui est là-haut, si ce n'est pas trop indiscret ?
- Ta cousine.
Un moment surpris, le jeune homme perdit contenance :
- Ma cousine ? Nymphadora ?
- Tu l'as rencontrée, Drago, murmura Andromeda d'une voix soudain adoucie.
Voyant qu'il semblait plus calme qu'auparavant, elle s'approcha lentement de lui et s'assit à ses côtés sur le divan. Elle semblait avoir repris son assurance et penser que le moment était venu de s'expliquer.
- Tu devais avoir deux ans, ajouta-t-elle.
- Je ne risque pas de m'en souvenir, marmonna-t-il.
- Cissy... Ta mère t'emmenait ici lorsque tu étais petit.
- J'avais compris, je ne suis pas idiot. Ce que j'aimerais savoir c'est pourquoi. Vous avez été reniée par votre famille.
- Mais pas par ta mère. Narcissa a toujours eu plus de cœur qu'elle ne voulait l'admettre. Lorsque tu es né, elle est souvent venue me voir en cachette pour que je puisse connaître mon neveu. Elle était si fière de toi.
- Je n'ai aucun souvenir de vous.
- Quand tu as grandi, elle a cessé de t'emmener. Elle craignait que tu ne finisses par en parler à Lucius. Et je crois…
Elle poussa un soupir avant de continuer :
- Je crois qu'elle m'a effacée de ta mémoire.
Détournant les yeux, elle se leva et se dirigea vers un petit meuble en bois dans un coin reculé de la pièce. Elle ouvrit délicatement l'un des tiroirs et y plongea la main. Au bout de quelques secondes, elle en sortit un petit album de cuir bleu qu'elle serra contre elle tout en revenant s'assoir. Elle le tendit alors à Drago qui le prit avec hésitation.
- Par la suite, expliqua-t-elle tout en le regardant tourner les pages, elle m'a envoyé quelques photos.
Hermione s'approcha discrètement du canapé et se pencha vers Drago qui feuilletait fébrilement l'album. Il était sur chaque photo, grandissant un peu plus au fur et à mesure des pages. On le voyait tantôt jouer, tantôt sourire avec fierté. Il était toujours impeccablement habillé et coiffé. Sur les dernières photographies, il portait son uniforme de Serpentard et le rictus qu'Hermione ne lui connaissait que trop bien paraissait s'être définitivement figé sur son visage. Malgré les éléments ou les personnes en mouvement autour de lui, le portrait de Drago demeurait presqu'impassible dans toutes ses poses.
- Il y a deux ans, soupira Andromeda, j'ai cessé d'avoir de ses nouvelles.
Les deux jeunes sorciers échangèrent un regard.
- Au bout de quelques temps, j'en ai compris la raison, ajouta-t-elle d'une voix terne. Tu étais devenu un Mangemort.
- Et je ne vous intéressais plus, trancha-t-il d'un ton où perçait malgré lui de l'amertume.
- Ne fait pas l'enfant, Drago. Narcissa savait très bien que c'était trop risqué pour nous de continuer à nous écrire. Ma fille une Auror et son fils un Mangemort… Nous ne pouvions plus feindre l'évidence. Nous n'aurions fait que vous mettre en danger. Et nous avec.
Drago n'ajouta rien et rendit l'album à sa tante qui alla le ranger dans son tiroir.
La soirée se déroula dans un calme oppressant. Andromeda leur avait fait part de sa décision de les héberger jusqu'à ce qu'elle puisse prendre contact avec les Aurors et leur apprendre la situation.
- Remus vient régulièrement voir Dora, avait-elle dit à Hermione. Il avertira tout le monde et ils décideront de votre sort.
L'un comme l'autre avait très bien compris quel était le sort qui méritait réellement d'être discuté mais aucun des deux n'avaient réagi.
Après un copieux et silencieux dîner et malgré les protestations méfiantes d'Andromeda, Hermione insista pour rester dans la chambre d'amis du rez-de-chaussée en compagnie de Drago.
- Vous avez sa baguette, il ne m'arrivera rien ! assura-t-elle avec véhémence. Je ne veux pas déranger Tonks. Je veux dire, Nymphadora.
Drago lui jeta un coup d'œil des plus soupçonneux mais ne protesta pas. Sa tante finit par les quitter et se rendit à l'étage pour se coucher.
La chambre d'amis était une petite pièce contigüe au grand salon. Un unique lit double trônait contre le mur du fond, accompagné d'une armoire en bois massif qui semblait à elle seule réduire de moitié la taille de la pièce. Hermione ouvrit l'une des portes et y déposa le sac ensorcelé. Puis elle sortit d'une pile de vêtements l'un des pyjamas qu'Andromeda l'avait invitée à utiliser et referma le battant à clé avec précaution.
- Ce n'est pas que ça me dérange de partager mon lit avec toi, Granger, lança Drago d'un air sarcastique. Je ne suis plus à ça près. Mais tu pourrais me dire pourquoi tu as tant insisté ?
Prise de court, Hermione se sentit rougir violemment avant de répliquer :
- J'ai dit la vérité. Je ne veux pas déranger Tonks. Elle est enceinte et très fragile.
- Tu as toujours cette manie de me prendre pour un idiot.
- Il faut qu'on parle.
- Et de quoi exactement ? questionna-t-il en s'asseyant sur le lit pour en tester le rembourrage.
- De la situation.
- Il n'y a pas grand-chose à dire, bougonna-t-il. Nous voilà enfermés de nouveau, rien de plus.
- Parle pour toi ! s'indigna-t-elle. Je suis exactement là où je voulais être !
Drago se renfrogna légèrement.
- Je voulais juste te dire, ajouta-t-elle avec hésitation, que je ne leur laisserai pas le dernier mot.
Le Serpentard songea tout d'abord à feindre l'incompréhension mais se ravisa.
- Ça me touche beaucoup, Granger, ricana-t-il.
- Je suis sérieuse !
- Je sais mais je ne suis pas sûr que ta parole ait un poids considérable dans la balance.
- Je voulais simplement que tu en sois sûr, marmonna-t-elle en s'asseyant sur l'autre bord du lit.
Ils restèrent un long moment dos à dos. Seul le bruit de quelques pas à l'étage venait troubler le silence.
- Tu vas bientôt retrouver tes chers amis, lança finalement le blond d'un ton méprisant.
- Sans doute.
- J'imagine déjà la tête qu'ils feront en me voyant.
Hermione ne put s'empêcher de sourire à cette idée et en même temps de se sentir profondément inquiète. Elle avait l'impression qu'elle était à deux doigts de se déchirer en deux.
- Je sais que j'ai changé d'avis à ton sujet, Granger. Mais je crois que ce sera au-dessus de mes forces avec Potter et Weasmoche.
- Si tu commençais par ne plus l'appeler comme ça ! s'indigna-t-elle en se retournant.
- C'est plus fort que moi, railla-t-il.
- Et bien tu vas devoir faire des efforts si tu me veux toujours de ton côté ! répliqua-t-elle vivement.
Drago garda un moment le silence. Puis il se leva et fit doucement le tour du lit pour se retrouver face à la jeune fille qui l'observait avec inquiétude.
- Quoi ? demanda-t-elle.
Il s'approcha légèrement et se pencha vers elle en posant ses mains sur le lit :
- Est-ce que tu es avec lui ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Weasley. Est-ce que vous êtes ensemble ?
- Non, répondit-elle à contrecœur.
- Est-ce que c'est ton intention ?
Hermione se sentit de nouveau rougir. Elle aurait voulu songer à Ron. De toutes ses forces, elle l'aurait voulu mais elle en était incapable. Les yeux clairs de Drago la fixaient avec une telle intensité qu'elle était bien en peine à penser à quoique ce soit d'autre. Elle ne voulait que lui. A cet instant précis, elle ne souhaitait rien d'autre que ses lèvres sur les siennes. Cette pensée la choqua profondément. Mais elle ne pouvait la réfréner.
Elle hocha négativement la tête :
- Non, admit-elle dans un murmure à peine audible.
- Weasmoche, Weasmoche, Weasmoche, scanda le blond avec un sourire en coin.
- Malefoy, tu...
Mais elle ne put finir sa phrase car son inavouable désir venait subitement de se produire. Les lèvres de Drago happaient les siennes avec envie. Elle tenta de se reprendre mais son cerveau semblait aux abonnés absents. Livrée à son instinct, elle laissa le Serpentard se pencher davantage, jusqu'à la faire basculer sur le lit.
- Tu es insupportable, finit-elle par dire en tachant d'avoir l'air indifférente.
- Alors qu'est-ce que tu fais là? répliqua-t-il d'un air satisfait.
Pour toute réponse, la brune l'embrassa à son tour, se frayant cette fois un passage entre ses lèvres pâles. Une effusion de sentiments l'envahit lorsque leurs langues se rencontrèrent avec douceur. Cela dura et dura encore. Si bien que lorsque le jeune homme finit par écarter son visage d'un air satisfait, il abandonna sur le lit une Hermione pantelante.
Elle se redressa lentement, le temps de reprendre ses esprits, puis se leva avec résolution et se dirigea vers la chaise sur laquelle elle avait posé sa nouvelle tenue de nuit. Elle souhaitait de tout son cœur que le blond ne remarquât pas à quel point le baiser qu'ils avaient échangé l'avait profondément troublée. Mais elle savait que c'était peine perdue. Elle le dévisagea en fronçant les sourcils. Il l'observait, avec un sourire en coin qu'elle aurait souhaité faire disparaître d'un coup de baguette et envoyer au diable.
- Tourne-toi, lui ordonna-t-elle.
Drago poussa un soupir en levant les yeux au ciel avant de se positionner face au mur.
- Tu es ridicule, ne put-il s'empêcher de faire remarquer.
Hermione essuya cette remarque avec contrariété mais garda le silence. Bien que cela l'irritât au plus haut point, elle ne pouvait lui donner tort. C'était vrai, elle se sentait parfaitement risible. Mais elle faisait tout pour conserver le peu de dignité qu'il lui restait.
Elle ôta rapidement ses vêtements abimés pour passer le confortable pyjama en coton bleu, qui lui allait néanmoins un peu grand. Elle tira ensuite les draps et se glissa dans le lit. Elle s'allongea sur le flanc et entendit derrière elle que Drago enlevait lui aussi ses vêtements. La jeune fille se sentit rougir lorsqu'il s'allongea près d'elle. Il n'avait a priori enfilé aucun pyjama, ce qui n'étonna guère la brune. Pourtant, elle ressentit vite qu'il émanait de lui une chaleur attirante. Elle déglutit avec difficulté.
- Bonne nuit, chuchota-t-elle en éteignant la lumière.
- Bonne nuit.
Le silence se répandit dans la chambre, accompagné par les lueurs de la lune qui filtraient à travers les volets fermés. Les minutes s'écoulèrent, et peut-être les heures, sans qu'Hermione ne parvienne à fermer les yeux. Elle n'avait plus la notion du temps qui passait. Les paupières obstinément ouvertes, elle contemplait fixement la silhouette noire de la grande armoire, en tâchant de penser à autre chose qu'à la présence de Drago dans son lit. Mais ce dernier remuait fréquemment et chaque fois, son cœur se mettait à palpiter dangereusement. Elle commençait sérieusement à regretter d'avoir refusé l'offre d'Andromeda de la loger dans la chambre de Tonks. Elle aurait pu y occulter un instant la présence du Serpentard. D'autant plus qu'elle avait la désagréable sensation que cela ne la gênait uniquement que parce qu'elle avait envie de céder à ce sentiment étrange qui s'insinuait en elle chaque fois qu'il s'approchait un peu trop près.
- Granger ?
Le corps de la jeune fille se figea de stupeur.
- Oui ? murmura-t-elle d'une voix frêle.
- Tu as vraiment un don pour m'empêcher de dormir, marmonna sèchement Drago. Ça ne fait que s'ajouter à la longue liste des choses pour lesquelles tu m'exaspères.
Bien que piquée au vif, Hermione n'eut pas la volonté de le contredire. Cela faisait un moment qu'elle ne cessait de bouger et de se tourner dans un sens et dans l'autre en espérant que le sommeil vînt la capturer.
- Désolée, Malefoy, se contenta-t-elle de concéder.
- Tu peux toujours être désolée. Ça ne me rend pas les heures de sommeil que je viens de perdre.
La Gryffondor poussa un soupir d'agacement.
- N'exagère pas ! chuchota-t-elle vivement. Si tu avais réellement si sommeil, tu aurais bien fini par t'endormir.
Un silence pénible lui répondit. Satisfaite, elle se retourna du côté droit, dos au Serpentard dont elle n'entendait plus que la faible respiration. Les minutes s'écoulèrent de nouveau. Hermione aurait dû exulter d'avoir rabattu le caquet prétentieux du blond, mais cette insignifiante victoire commençait à lui paraître trop facile. Avait-elle dit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû ?
- Malefoy ? ne put-elle s'empêcher de murmurer.
Elle se serait volontiers giflée de céder à la tentation mais l'inquiétude et la culpabilité s'emparaient d'elle. Comme il ne répondait pas, elle l'appela de nouveau.
- La ferme, Granger, l'entendit-elle enfin répliquer.
Elle ferma les yeux et prit une inspiration, avant de poursuivre avec patience :
- Tu n'arrives pas à dormir, toi non plus ?
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
La brune comprit alors qu'elle avait raison. Et plus elle y songeait, plus elle était certaine de la raison pour laquelle Drago ne parvenait pas non plus à fermer l'œil. Et contrairement à elle, cela n'avait probablement rien à voir avec sa présence dans le même lit. Non, la raison devait être toute autre. Une grande femme blonde au sourire froid apparut devant les yeux d'Hermione. Une femme aux mains pâles et fines et aux yeux aiguisés. Narcissa.
- Tu penses à elle, n'est-ce pas ? osa-t-elle doucement.
- Ne t'occupe pas de moi, rétorqua-t-il de nouveau d'un ton glacial.
- Si tu as besoin de parler, Malefoy…
- Je t'ai dit de…
- Je sais ! le coupa-t-elle un peu plus vivement. Je sais. Je voulais juste que tu saches que… Je t'écouterai.
Le silence revint de nouveau. Des nuages avaient probablement drapé la lune car la chambre s'était totalement assombrie. La jeune fille ne parvenait plus à distinguer les ombres des meubles ni des objets. Il faisait désormais nuit noire. Soudain prise d'un frisson, elle ramena la couverture jusqu'à elle et recroquevilla ses jambes contre son corps. Une voix grave la tira alors de sa vaine contemplation :
- Merci.
Un nouveau frémissement parcourut Hermione, différent cette fois-ci.
Quelques minutes plus tard, la respiration de Drago devenait plus forte et plus lente. Hermione ferma les yeux. Un sourire apaisé se dessina sur ses lèvres. Peu à peu, elle se sentit enfin sombrer dans le sommeil.
