Bonsoir les gens ! Voilà la suite ! Merci pour les reviews, les fav et les follows ! Je vous adore :)

Je pense que ce nouveau chapitre est un de mes préférés, j'espère sincèrement que vous aurez autant de plaisir et d'émotion à le lire que j'en ai eu à l'écrire.

Enjoy :)))


Chapitre 37

- Hermione ?

La voix de Ron avait jailli dans son dos, teintée d'un mélange de crainte et de stupéfaction. La créature disparut instantanément. Le sang de la Gryffondor se glaça dans ses veines.

- Dis-moi que…

Hermione se releva aussi vite qu'elle le put et se retourna vers Ron, les bras tendus en signe d'apaisement.

- Dis-moi que ce n'est pas vrai, acheva-t-il d'une voix blanche, presque désincarnée.

- Ron, je t'en prie…

Il commençait à marcher à reculons, les yeux écarquillés, les mains visiblement tremblantes.

- J'ai vraiment été… marmonna-t-il. Le pire des idiots.

Son regard paraissait désorienté.

- Le pire de tous ! s'exclama-t-il brusquement.

Hermione sursauta mais tâcha de garder son calme. Son cœur battait si fort qu'elle l'entendait cogner dans ses oreilles.

- Depuis tout ce temps, continua le rouquin, c'était ça ?

- Ron… tenta-t-elle de nouveau en s'approchant.

- C'était sous mes yeux et je n'ai rien compris !

Son regard s'embuait dangereusement. Hermione entraperçut Harry du coin de l'œil. Il arrivait baguette tendue, le visage anxieux.

- Ron ? questionna-t-il en voyant l'état de son ami. Qu'est-ce que…

- Elle est avec lui, Harry ! cracha-t-il à l'attention du brun.

- Avec lui ?

- Avec Malefoy ! surenchérit le jeune homme, qui ne semblait pas s'être rendu compte du regard échangé par ses deux amis.

Il était trop occupé à serrer les poings et à fixer le sol comme s'il espérait pouvoir s'y enfoncer de fureur.

- Elle est avec Malefoy depuis le début ! C'est pour ça qu'elle le défendait et qu'ils paraissent aussi proches et…

- Harry, implora Hermione. Harry, je suis désolée que tu aies à l'apprendre comme ça !

Son ami la dévisagea sans comprendre. Elle lui lança alors un regard plus appuyé.

Il sembla finalement saisir ce qu'elle était en train de faire. Elle sauvait leur amitié. Il n'avait pas prévu que cela arriverait aussi rapidement, mais elle était bel et bien en train de perdre Ron. Et elle tâchait à présent de faire la dernière chose qu'elle était capable de faire pour eux. Elle le faisait autant pour Harry que pour Ron qui, elle osait à peine l'imaginer, ne supporterait sans doute pas leur double trahison.

- Je ne pouvais pas vous le dire, commença-t-elle en essayant de maîtriser son attitude. Je savais comment vous réagiriez !

- Et tu aurais espéré autre chose ? s'emporta-t-il. Je dois être en train de faire un cauchemar. Un cauchemar vieux de plusieurs jours !

- Je ne peux pas imaginer ce que tu dois ressentir mais…

- Non, en effet ! Ne t'avise même pas d'essayer !

La jeune fille avait la gorge si serrée qu'elle avait presque l'impression de s'étouffer.

- Quand je repense à tous ces jours passés dans l'angoisse, à devenir presque fou de me demander où tu étais et ce que tu devais subir. A me réveiller en larmes en pensant que tu étais morte ! Dire que pendant tout ce temps, tu étais avec lui en train de faire je ne sais quoi…

- Ne dis pas un mot un de plus !

- Tu l'as fait par vengeance ? demanda-t-il alors, un sourire amer aux lèvres. Parce que je suis parti ?

- Quoi ? s'insurgea-t-elle. Non, bien sûr que non ! Ça n'a absolument rien à voir !

- Tu ne m'as jamais pardonné, Hermione ! Même après que je sois revenu auprès de vous ! Je suis conscient du mal que j'ai pu te causer. Et maintenant, grâce en toi, j'en ai une idée bien nette ! J'espère que tu es contente ! Tu m'as rendu la monnaie de ma pièce au centuple !

Hermione lança un regard désespéré à Harry. Mais ce dernier se sentait parfaitement impuissant. Il ne pouvait que contempler la scène avec tristesse et voir le cœur de son meilleur ami se briser peu à peu, lamentablement. La vision qui était apparu à Ron lorsqu'il avait tenté de détruire le médaillon frappa sa mémoire. A cet instant précis, il mesurait son erreur d'avoir prématurément promis à Ron qu'Hermione lui reviendrait.

- Comment peux-tu imaginer une chose pareille ? se défendit la Gryffondor avec colère. Comment peux-tu me connaître aussi mal ? Tu crois donc que tout tourne autour de toi ? C'est arrivé, c'est tout. Rien de tout cela n'a été intentionnel.

Ron commença à faire demi-tour vers la grotte.

- Je n'ai jamais souhaité te faire souffrir ! s'exclama-t-elle avec colère en le suivant des yeux. Je suis toujours la même, je suis…

- C'est faux.

Il se retourna vers elle et le regard qu'il lui jeta causa à la jeune fille une douleur violente au creux de la poitrine qui lui donna envie de vomir.

- La Hermione que je connaissais n'est jamais revenue, répliqua-il d'une voix éteinte. Elle est morte au manoir Malefoy.

Des larmes gelées ruisselèrent alors sur le visage de la brune.

- Je n'ai plus rien à faire ici, Harry, poursuivit Ron. Et je commence à avoir vraiment faim. Est-ce que tu viens avec moi ?

- Ron, plaida le Gryffondor, on ne peut pas partir comme ça.

- Est-ce que tu viens avec moi, oui ou non ?

- Je…

- Vas-y, Harry, murmura Hermione en s'essuyant les joues d'un revers de main.

Ce dernier la considéra d'un air hésitant.

- Ron, va préparer nos affaires, finit-il par dire.

Mais avant que son ami n'ait pu faire un pas, il posa une main ferme sur son épaule :

- Ne touche pas à Malefoy, lui ordonna-t-il d'un ton qui laissait peu de place à la contestation.

- Je ne veux même plus poser les yeux sur lui, répliqua le rouquin en se dégageant. Ni sur elle.

Il poursuivit son chemin vers la grotte. Harry en profita pour se précipiter vers la jeune fille, toujours en état de choc :

- Hermione, qu'est-ce que tu vas faire ?

- Je ne sais pas Harry, répondit-elle en tâchant de sourire pour le rassurer. Mais ne t'inquiète pas, on va se débrouiller.

- Je vais essayer d'envoyer mon Patronus pour qu'on vienne vous chercher, comme c'était prévu pour Malefoy. Quant à nous, on trouvera bien un moyen de pénétrer à Poudlard.

Elle hocha la tête même si elle ne se sentait que très peu soulagée.

- Madame Rosmerta était aux Trois Balais, se souvint-elle alors de le prévenir. Mais faites attention. Elle avait l'air d'attendre de la visite. Et elle était anxieuse.

- Entendu.

- Harry, pardonne-moi. Tu n'imagines pas à quel point je m'en veux. Moi qui venais de te jurer que…

- Tu ne l'as pas fait exprès.

- J'aurais dû faire plus attention !

- C'était déjà difficile de le cacher quand on était au quartier général. J'aurais dû me douter qu'ici, les uns sur les autres, ce n'était plus qu'une question d'heures. Qu'est-ce qui t'a trahie ?

La jeune fille glissa sa baguette d'une main à l'autre.

- Mon Patronus est un serpent, répondit-elle en haussant les épaules d'un air contrit.

Harry la dévisagea longuement, car tous deux savaient pertinemment ce qu'une telle chose signifiait réellement. Ils le savaient depuis qu'ils avaient appris pour Tonks et Remus. Le brun ne se souvenait que trop bien de l'état dans lequel se trouvait l'Auror à l'époque où son Patronus s'était transformé à l'image de celui qu'elle aimait.

Drago n'était ni un loup-garou, ni un animagus. L'esprit d'Hermione avait donc recréé son Patronus sous la forme de l'animal qu'elle pouvait le mieux lui associer. Le serpent, symbole de la maison de Poudlard rivale éternelle des Gryffondors. Elle qui la détestait tant. En d'autres circonstances, ils auraient peut-être pu en rire. Mais l'amertume et la gravité de la situation rendait toute envie de plaisanter malvenue, toute ironie inconsistante.

- C'est sans doute mieux comme ça, Hermione.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna-t-elle.

- Tonks était dans un état misérable. Parce qu'elle devait cacher son amour et l'enfouir en elle.

Hermione ne savait que répondre à cela. Ce mot qui lui faisait si peur avait enfin été prononcé. Elle n'en revenait pas qu'il ait fallu qu'il sorte pour la première fois de la bouche de son meilleur ami. Sans doute avait-elle besoin de cela pour enfin se l'admettre.

Harry quant à lui songeait de tout son cœur à Dumbledore. Il avait tant insisté sur ce qui était pour lui le plus grand pouvoir au monde. L'amour. Puissant mais par-dessus tout imprévisible. Si le vieil homme avait deviné que son Déluminateur aiderait Ron à revenir auprès d'Hermione, Harry doutait grandement que malgré sa géniale intelligence, il ait pu un jour percevoir que cette dernière tomberait amoureuse de Drago Malefoy.

- Je suis désolée, Harry, s'excusa de nouveau la jeune fille en prenant les mains de son meilleur ami. Je ne peux pas imaginer que tu vas devoir continuer sans moi.

- Ne t'inquiète pas. Ron sera là. Le connaissant, il va se tuer à la tâche pour oublier que…

- C'est prêt, Harry !

La voix du rouquin avait jailli depuis l'entrée de la grotte. Il attendait devant, le visage plus fermé qu'on ne le lui avait jamais connu, le sac-à-dos jeté sur son épaule. Hermione sentit son estomac se nouer en le voyant déjà revenir. Elle aurait voulu retenir Harry. Ne jamais lâcher ses mains. Songer qu'ils allaient partir ainsi à la recherche des derniers horcruxes sans qu'elle puisse les aider lui était insupportable et incroyablement douloureux. Elle n'osait imaginer revivre la peur qu'elle avait ressentie des jours durant au manoir des Malefoy. Cette angoisse de ne pas les savoir en sécurité. Cette inquiétude plus vive qu'un poison.

- Je ferai tout ce que je peux pour t'aider de mon côté, murmura-t-elle au brun qui lui fit un triste sourire. Harry, je t'en supplie, soyez prudents.

- Evidemment, dit-il en serrant ses mains avec un peu plus de force. Je te donnerai des nouvelles.

Comment en étaient-ils arrivés là ? Voilà une question qu'elle ne cesserait plus jamais de se poser.

La Gryffondor finit enfin par le lâcher. Il dégaina sa baguette et prononça d'une voix vive :

- Spero Patronum.

Le majestueux cerf argenté se forma sous leurs yeux. Il trotta un instant vers les arbres avant de revenir vers l'endroit où se tenait plus tôt le serpent d'Hermione. Harry pointa sa baguette vers sa gorge et parla :

- Nous sommes dans la grotte de Patmol. Venez nous chercher. Apportez des vivres.

Hermione retint un cri de stupeur en croyant voir la peau du cou de son ami s'arracher. Mais en réalité, il ne s'agissait que d'un filament blanc vaporeux que la baguette aspirait. Harry la pointa de nouveau brusquement vers le cerf et le filament se dirigea vers le museau de ce dernier. La consistance luminescente du Patronus avala celle plus opaque du message. Le cerf prit son élan et disparut au galop.

- Comment sait-il où et à qui il doit délivrer le message ? s'enquit Hermione, rompant le silence de cathédrale qui s'était installé.

- Je l'ignore, répondit Harry. Mais il le sait. Un peu comme les hiboux.

- On peut y aller maintenant ? s'impatienta Ron en prenant bien soin de ne plus poser un œil sur la brune.

Harry soupira :

- On peut y aller.

- Je leur ai laissé le nécessaire, ajouta le rouquin.

- Merci, murmura Hermione.

Mais il ne prit pas la peine de lui répondre. C'était comme si elle n'avait pas prononcé le moindre mot. Ni même comme si elle se trouvait encore auprès d'eux.

Soudain, une lueur aveuglante perça les ombres alentours. Les trois adolescents se reculèrent d'un même pas, avant de voir surgir de l'obscurité un nouveau Patronus. Un grand loup qui leur était parfaitement familier. Hermione sentit son cœur s'emballer. Une voix qu'elle ne se tenait plus de joie d'entendre s'éleva de la bête :

- Nous viendrons à l'aube. Restez sur vos gardes.

Puis l'animal s'évanouit aussitôt. Hermione ne put se retenir et courut aussitôt se jeter dans les bras de Harry.

- Remus va bien ! s'exclama-t-elle. Ils vont sûrement tous bien !

Son ami lui rendit brièvement son étreinte.

- Je suis rassuré maintenant que je vous sais en sécurité dès demain, dit-il après l'avoir lâchée.

- Et vous deux ? Où est-ce que vous comptez aller ?

- Ne t'inquiète pas. On va rapprocher de Pré-au-Lard le temps d'observer les environs. Maintenant que nous savons que les Détraqueurs sont présents, nous allons vérifier si les passages secrets sont accessibles. Mais nous reviendrons à la grotte dès que…

Hermione vit qu'il hésitait à terminer sa phrase.

- Dès que nous serons partis ? acheva-t-elle à sa place.

- Oui, confirma-t-il. Ce sera plus prudent. Laissez-nous les vivre à l'intérieur.

- Promets-moi de nous envoyer un message si vous avez besoin de quoique ce soit d'autre.

- Je t'ai déjà dit que je ne comptais plus risquer vos vies comme avant. Ça vaut pour celle de Ron.

Elle acquiesça silencieusement. Son meilleur ami tourna le dos et se dirigea vers le rouquin. Ce dernier s'était déjà engagé dans le sentier de sorte qu'ils n'étaient plus dans le champ de protection. Harry tourna alors une dernière fois son pâle visage vers Hermione. Le regard qu'ils s'échangèrent se passait amplement du moindre mot d'adieu.

Lorsque la jeune sorcière retourna à l'abri, le silence qui emplissait la caverne lui fit froid dans le dos. La vision des flammes tremblantes piqua ses yeux déjà tant embués par des larmes qu'elle était à présent trop choquée pour laisser couler. Vidant tout son esprit, elle alla s'assoir machinalement près de Drago qui dormait toujours profondément. Elle s'enroula dans la deuxième robe chaude que Ron leur avait laissée et ferma les yeux, comme une conclusion sur cette journée de cauchemar.

Elle ne parvint pas à s'endormir totalement et se contenta de sommeiller les rares moments où elle arrivait à ne plus penser à rien. Ses membres s'engourdissaient très rapidement mais elle ne bougeait pas d'un pouce, trop exténuée pour tenter de les ranimer. Elle tâchait de chasser toutes les pensées sombres qui l'assaillaient. Il y avait à présent bien trop de raisons pour elle d'être effrayée. Ses parents, McGonagall, la famille Weasley, tous ses autres amis et à présent, Harry et Ron. Elle était lasse de cette anxiété permanente. Ce trop-plein eut l'effet bénéfique de la libérer momentanément. Pour la première fois, la totale impuissance qu'elle ressentait lui ôtait sa culpabilité, son empressement, ses doutes. Il n'y avait absolument rien qu'elle pût faire de plus à l'heure qu'il était et dans les conditions dans lesquelles elle se trouvait. Elle n'avait plus qu'à attendre qu'on vienne les chercher, elle et Drago. Pour les ramener elle ne savait trop où. Existait-il encore un lieu sûr quelque part ? Ou bien tous les endroits dissimulés avaient-ils été découverts, au même titre que le quartier général ? Sans doute en saurait-elle plus dès que Remus arriverait.

La jeune fille n'avait aucune idée de l'heure qu'il était lorsque les fourmis dans ses jambes ne lui laissèrent pas d'autre choix que de changer de position. Elle sortit de sa torpeur et cligna des yeux. La lumière bleue du feu avait quelque chose d'apaisant. Hermione réalisa qu'elle aurait eu meilleur compte à s'en rapprocher pour avoir plus chaud mais elle préférait rester auprès du Serpentard, qu'elle n'osait déplacer de peur de le réveiller. Baillant à s'en décrocher la mâchoire, elle finit par prendre la pénible décision de se lever et se dirigea vers le trou de l'entrée. Au-dehors, elle constata avec déception qu'il faisait toujours nuit. Elle posa alors sa baguette dans le creux de sa paume droite :

- Pointe au nord.

La baguette tournoya lentement puis se fixa. Hermione orienta alors son regard vers l'est pour tenter de voir au travers des feuillages si la lumière du ciel paraissait plus claire. Mais le soleil ne semblait pas encore près de se lever. La Gryffondor se réfugia alors à l'intérieur, songeant qu'elle ferait mieux d'essayer de se rendormir. Elle s'approchait à pas de loup de sa couverture de fortune lorsqu'elle perçut un mouvement.

- Drago ? chuchota-t-elle.

- J'ai dormi longtemps ? la questionna le blond.

Elle se rapprocha et s'assit à ses côtés pour mieux le voir. Ses prunelles grises brillaient dans la pénombre.

- Je n'en sais rien, lui répondit-elle sincèrement.

Le blond se redressa lentement sur ses coudes.

- Fais attention, le retint-elle d'une main délicate sur l'épaule.

- Je n'ai rien, insista-t-il en continuant son mouvement.

Hermione le laissa se relever en position assise, le dos contre le mur de pierre. Elle n'osait trop le contredire. Son ton froid lui signifiait qu'il valait mieux le laisser faire comme il l'entendait. Soucieuse de le sentir en colère, elle ramena ses genoux contre elle et se mit à les fixer avec une attention feinte. Ce fut donc avec une grande surprise qu'elle sentit les doigts froids du blond soulever son menton avec douceur dans sa direction.

- C'est quoi cet air triste ? S'il y en a bien un de nous deux qui devrait en vouloir à l'autre, c'est plutôt moi, lui signifia-t-il.

- Je suis désolée pour Ron, commença-t-elle avec embarras.

- Je ne parle pas de ça, répliqua-t-il. Je t'ai déjà dit que tu n'as pas à t'excuser pour lui.

- Dans ce cas, hésita-t-elle, pourquoi m'en voudrais-tu ?

- Pour être partie ce matin, répondit-il.

Il la lâcha et sa main retomba mollement le long de son corps. Le fait qu'il rompe ce contact donna à Hermione la curieuse sensation que la température chutait brutalement.

- Je…

Elle réfléchit quelques secondes à ce qu'elle pouvait bien répondre pour sa défense. Mais après tout, il était inutile de lui mentir. Il n'était pas idiot.

- Je ne sais pas quoi te dire, se lamenta-t-elle. Si ce n'est que je suis sincèrement désolée.

- C'est un peu faible, Hermione.

Il gardait ses yeux tellement inexpressifs que la Gryffondor était bien en peine à déterminer s'il lui en voulait réellement ou cherchait juste à la déstabiliser.

- Je ne vais pas te raconter d'histoires, se défendit-elle alors. Je savais que tu ne serais pas pour cette idée. Mais Ron ne voulait pas me laisser seule avec toi alors…

- Alors tu as préféré le contenter lui à ma place, l'accusa le blond en croisant les bras nonchalamment.

- Ce n'est pas du tout ça ! se récria-t-elle.

- Et pourtant ça y ressemble.

Contrariée, Hermione croisa également les bras autour de ses genoux. Drago s'était déjà montré possessif, mais c'était la première fois qu'elle se sentait réellement coupable. Peut-être à cause du souvenir toujours bien présent de ce qui avait failli se produire entre eux. Peut-être parce que pour la première fois, elle pouvait enfin mettre un mot sur ce qu'elle ressentait.

- J'essayais simplement de faire au mieux pour tout le monde, murmura-t-elle alors.

De nouveau, le Serpentard la força à le regarder dans les yeux. Il tint cette fois son menton avec plus de fermeté. Le cœur de la jeune fille s'accéléra. Maintenant qu'elle était parfaitement consciente de ce qu'elle éprouvait pour lui, elle avait la désagréable impression que cette vérité se trouvait dessinée sur son visage.

- Tu es peut-être habituée à ce que tes deux amis te laissent faire n'importe quoi, dit-il avec un regard dur. Mais je ne suis pas eux. Il faut que tu te rentres dans la tête que je ne tolérerai pas que tu te mettes sans cesse en danger comme ça.

- Pourquoi pas ? s'insurgea-t-elle, sa fierté en prenant un coup. Je sais très bien me débrouiller, Drago.

- Tu te débrouilles tellement bien que tu es revenue inconsciente dans les bras de Weasmoche !

Hermione déglutit avec peine. Elle n'osait imaginer la réaction du Serpentard s'il avait appris qu'elle avait crié à Ron de se sauver sans elle lorsqu'elle avait maladroitement trébuché.

- Ne me refais plus jamais ça.

La douceur avec laquelle il avait prononcé ces derniers mots heurta la brune. La main de Drago abandonna son menton pour glisser le long de sa joue. Du bout du pouce, il caressa sa pommette qu'elle sentit rougir sous l'effet produit.

- Je ne peux pas te perdre, ajouta-t-il.

Elle croisa son regard, empli de sérieux. Elle le vit alors se pencher vers elle, à ce qui lui paraissait une lenteur infinie. Lorsque ses lèvres effleurèrent les siennes, elle sentit son cœur pulser au bout de ses doigts. Il avait peur de la perdre. Cette révélation la fit frémir.

Soudain, le blond s'écarta d'une manière surprise. La jeune fille le questionna du regard, bien qu'elle ne fût pas certaine qu'il pouvait distinguer son visage alors qu'elle se trouvait dos à la lumière bienveillante des flammes :

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Tu n'as pas peur qu'on nous surprenne ? lui demanda-t-il alors d'un air étonné. Où sont Potter et Weasley ?

Une enclume sembla tomber sur l'estomac d'Hermione. Sa gorge se noua si vite qu'elle dut lutter de son mieux pour ne pas laisser à ses yeux le temps de s'embrumer de larmes. Elle refusait tout bonnement de pleurer à nouveau.

- Ils sont partis, parvint-elle à articuler d'une voix stable.

- Partis ? Chercher de la nourriture ?

Hermione aurait tout donné pour ne pas avoir à expliquer ce qu'il s'était produit pendant qu'il dormait. Elle avait même l'impression d'avoir vécu un mauvais rêve. Mais le Serpentard l'observait avec intensité, attendant légitimement une réponse à sa question.

- Non, ils… marmonna-t-elle d'abord avec difficulté. Ils sont partis définitivement.

L'information sembla faire son chemin d'une manière chaotique dans l'esprit du jeune homme. Elle ne pouvait pas franchement lui en vouloir.

- C'est à cause de ce qu'il s'est passé entre moi et Weasley ?

- Plus ou moins, acquiesça-t-elle.

- Je ne comprends pas, reprit Drago en se réappuyant contre le mur de la grotte. Tu veux dire qu'ils sont partis sans toi ?

La jeune fille hésita quelques secondes à prétendre que sa présence ici résultait uniquement de son choix. Mais elle se sentait malhonnête rien qu'à cette idée. Il ne lui fallut cependant pas longtemps pour décider intérieurement de ne pas lui révéler l'incident du Patronus. Elle avait bien trop peur qu'il comprenne ce que cela impliquait.

- Il se trouve que… Ron a découvert que…

Confuse, elle se rendit compte qu'elle ne savait comment achever sa phrase.

- Que nous sommes ensemble ? compléta-t-il avec un sourire en coin.

- Je… Et bien… balbutia-t-elle sous l'effet de la surprise.

Cela sembla amuser le Serpentard qui se mit à rire légèrement :

- Appelle-ça comme tu veux, Hermione. J'en ai fini de faire semblant en ce qui me concerne.

- Ce n'est pas vraiment que je voulais faire semblant de quoique ce soit, argua-t-elle, se sentant à nouveau rougir jusqu'à la racine des cheveux.

- Tu te souviens lorsque nous étions dans le jardin avant-hier, dit-il en glissant sa main dans la sienne. J'avais une question à te poser. Mais j'ai souffert de la Marque et ensuite Potter est arrivé.

Hermione hocha la tête silencieusement. Une merveilleuse chaleur commençait à la gagner maintenant que leurs doigts s'étaient entrelacés.

- C'était en quelque sorte ça que je voulais te demander, continua-t-il.

Il fronçait les sourcils avec un sérieux qu'elle n'était pas habituée à voir sur ses traits.

- Tu veux dire… tenta-t-elle de comprendre, incertaine d'avoir saisi où il voulait en venir exactement.

- Je veux dire que je voulais mettre les choses au clair entre nous.

- Vraiment ?

De sa main libre, elle ramena une mèche de cheveux derrière son oreille. Son teint devait à présent faire une sérieuse concurrence au Boutefeu chinois.

- Savoir que Weasley te tournait autour dans les pièces d'à côté me rendait dingue, avoua-t-il. Je ne supportais pas l'idée que tu puisses finir par lui céder.

- Ce n'était pas mon intention, lui assura-t-elle.

Le blond haussa les épaules et examina un instant leurs deux mains serrées.

- Tu sais bien que je suis habitué à avoir tout ce que je veux, lui lança-t-il. Et je te voulais toi.

Cette dernière tirade eut le don de scandaliser la Gryffondor autant que de la rendre heureuse. Elle se composa un regard réprobateur de circonstance mais au fond, sa poitrine semblait se gonfler d'un plaisir irradiant.

- Et donc, poursuivit le blond, Weasley a fini par se découvrir une clairvoyance ? Par quel miracle ?

Cette fois, elle lui décocha un coup d'œil embarrassé.

- Peu importe, répliqua-t-elle. Il l'a compris, c'est tout.

- Je vois, martela-t-il. Et il t'abandonne pour ça. Tu parles d'un ami !

- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Ron n'a pas exactement la fibre du pardon, s'agaça-t-elle. Et je l'ai trahi. De toute les manières possibles et imaginables.

- Tu ne lui avais rien promis, je me trompe ?

- Non, c'est vrai, reconnut-elle. Mais je…

- Il s'est passé quelque chose à Pré-au-Lard ?

- Qu'est-ce que ça vient faire là ? s'offusqua-t-elle.

- J'essaye de comprendre ce qui a pu laisser penser à Weasmoche que tu lui étais fatalement destinée, au point qu'il préfère te laisser à ton sort dans une caverne isolée plutôt que d'accepter l'idée que tu puisses être avec un autre !

- Il ne s'agit pas que de ça. Tu es son ennemi juré, Drago, tu ne peux pas prétendre le contraire. Mets-toi donc à sa place une seconde.

Le blond sembla se radoucir un instant :

- Et Potter dans tout ça ? Il a accepté de le suivre sans sourciller ? Je ne le porte pas plus dans mon cœur mais je ne peux pas croire qu'il t'ait laissée comme ça.

- Ils ne nous ont pas abandonné, rectifia-t-elle pour mettre fin à tout malentendu. Quelqu'un viendra nous chercher à l'aube. Harry a envoyé un message avec son Patronus.

Suite à cet éclaircissement, ils restèrent un bon moment sans mot dire, fixant tantôt le sol, tantôt les murs. Hermione sursauta presque lorsque le blond brisa enfin le silence :

- Je suis désolé.

- Désolé de quoi ?

- Je les méprise. C'est entendu entre nous et ça ne changera pas.

- Je suis au courant, soupira-t-elle.

- Mais je ne souhaitais pas pour autant que les choses se passent comme ça. Je sais combien tu tiens à eux.

Tout en disant cela, il raffermit sa prise sur la main d'Hermione.

- Merci, lui sourit-elle alors.

Elle se sentait terriblement fatiguée. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait bien être mais pour autant et malgré son épuisement, elle était suffisamment éveillée à présent pour préférer attendre la venue des secours.

- Il ne doit pas faire très chaud dehors, réfléchit-elle à voix haute. Mais je pense qu'on ferait mieux d'y aller pour les voir arriver. Ils ne pourront pas pénétrer à l'intérieur à cause des protections et ils n'oseront pas nous appeler trop fort. J'ai peur de les rater.

Drago ne dit rien mais entreprit de se mettre doucement debout.

- Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle, inquiète.

- J'ai un peu mal au dos, admit-il, mais ça va.

Hermione récupéra leurs affaires qui se réduisaient dorénavant aux deux robes épaisses et à la paire de chaussure destinée au blond qu'elle lui tendit aussitôt afin qu'il les enfile. Elle ne put s'empêcher de noter que malgré ses mots durs, Ron avait tout de même eu la noblesse de les leur laisser près du feu. Son cœur se serra. D'un coup de baguette, elle éteignit les flammes bleues et écrasa du pied les restes de bois calcinés en un tas de cendre.

- Lumos, prononça-t-elle alors afin de les guider vers la sortie.

Le blond la suivit lentement. Se pencher pour s'extirper de la caverne devait probablement le faire souffrir. Une fois à l'extérieur, il inspira à plein poumons. Hermione se surprit à observer ses muscles se contracter sous le t-shirt noir. Elle détourna vite le regard.

- Tiens, lui proposa-t-elle en lui tendant l'une des deux robes. Autant nous couvrir entièrement.

Ils passèrent les tenues chaudes par-dessus leurs habits et décidèrent de s'assoir à l'entrée, de sorte de se sentir abrités. La jeune fille garda une distance raisonnable. Elle n'était pas très encline à ce qu'on les découvre trop proches. Elle ne savait trop comment réagirait les membres de l'Ordre.

Le temps s'égraina lentement, ponctué par les bruits nocturnes de la forêt. Les deux adolescents commençaient presqu'à s'assoupir et ne se rendirent pas vraiment compte que le ciel commençait à s'éclaircir à l'horizon, donnant aux alentours des teintes d'un gris bleu pâle. L'aube se montrait enfin lorsque Drago leva soudain les yeux vers le ciel.

- Regarde, enjoignit-il à la brune.

Cette dernière suivit son regard, non sans appréhension. Elle constata alors que deux balais approchaient en piquée. Sa baguette toujours éclairée, elle se leva d'un bond, suivie de près par le Serpentard. Elle n'arrivait pas encore à distinguer les visages des deux arrivants et préférait se montrer méfiante.

Mais dès qu'ils atteignirent le sol, son soulagement n'eut d'égal que sa joie. Elle reconnut aussitôt le visage émacié de Remus et la crinière rousse de Bill. Les deux sorciers mirent pied à terre, leurs regards déjà orientés vers la grotte.

- Tu crois qu'ils sont à l'intérieur ? questionna le rejeton Weasley, les sourcils froncés.

- Pas forcément, répondit Lupin.

Il sonda la corniche de ses yeux aiguisés.

- Harry, si tu es là, tu peux te montrer, invita-t-il.

- On aurait dû convenir d'un mot de passe, fit remarquer Bill.

Hermione songea que cela aurait en effet été une bonne chose mais la réponse de Remus fit écho à ses pensées :

- Impossible. Les Patronus ne sont pas des messagers confidentiels. N'importe qui à la ronde peut les entendre.

Hermione se crispa, la baguette toujours en joue dans sa main.

- Pourquoi tu n'enlèves pas les sorts ? lui demanda soudain Drago.

- On ne peut pas être sûrs à cent pour cent que c'est eux.

- On ne va pas rester là toute la journée, protesta-t-il.

Brusquement, Remus reprit la parole :

- Harry, la première fois que nous nous sommes rencontrés, c'était à bord du Poudlard Express. Un Détraqueur t'a attaqué et je l'ai repoussé en lui disant que personne ne cachait Sirius Black sous sa cape dans notre compartiment.

Hermione sourit et d'un coup de baguette, elle défit un à un les sorts de protection. Elle et Drago apparurent alors aux yeux des deux membres de l'Ordre qui les regardèrent tout d'abord avec joie, puis avec surprise.

- Où sont Harry et Ron ? s'enquit Remus.

Son visage semblait empreint d'une certaine contrariété à la vue du Serpentard.

- Je suis désolée, murmura la jeune fille d'un air contrit. C'est encore une longue histoire.