Chapitre 42

Lorsqu'Hermione descendit les escaliers pour rejoindre le rez-de-chaussée où Andromeda avait commencé à mettre table et fait apparaître quelques décorations de circonstances, telles que des chandelles lumineuses et des guirlandes de satin violet, elle se sentait légèrement nerveuse. La tante de Drago avait manifestement compris le lien qui les liait désormais. Cela ne faisait que confirmer ce dont elle se doutait déjà. Ce ne devait plus être un secret pour grand monde et leur relation était devenue trop évidente aux yeux des autres. La jeune fille se sentit rougir à cette idée mais redressa les épaules et se décida à ne pas laisser sa gêne prendre le pas sur sa gaieté. Ce soir-là, il ne s'agissait pas d'elle, ni de Drago. Et chaque convive au faîte aurait sans nul doute la délicatesse de ne rien laisser paraître, comme ils l'avaient fait jusqu'à présent.

Elle en était là de ses pensées lorsqu'elle vit Drago sortir de leur chambre, au fond de la pièce, vêtu d'une seyante chemise blanche et d'un pantalon noir ajusté. Leurs regards se croisèrent aussitôt et la brune ne put que constater la stupeur se dessiner sur les traits du Serpentard, vite remplacée par un sourire approbateur. Ils ne se quittèrent pas des yeux tandis qu'elle descendait les dernières marches et lorsqu'elle arriva aux pieds de l'escalier, elle sentit un frisson dévaler son échine alors que le blond la détaillait de haut en bas. Elle parcourut les derniers mètres les séparant et se planta face à lui avec amusement :

- On dirait que ma tenue te plaît, fit-elle remarquer.

- Tout le monde est prêt ? demanda soudain Andromeda en sortant de la cuisine.

Cette dernière s'était elle-même changée de ses habituels vêtements noirs pour revêtir une robe de sorcière améthyste. Il semblait enfin à Hermione que son teint avait repris quelques couleurs bienvenues.

- Vous êtes parfaits, approuva-t-elle en contemplant son neveu et la Gryffondor.

Mais elle ne s'attarda pas davantage car des coups sourds résonnèrent à la porte. Tandis qu'elle se dépêchait d'aller ouvrir, Hermione sentit brusquement le souffle de Drago dans son oreille :

- Ne compte pas enlever cette robe sans mon aide, ce soir.

Son cœur prit une envolée folle et elle n'osa se retourner vers lui, consciente que son excitation devait se lire brusquement sur son visage. Elle baissa le regard et sentit un sourire remonter jusqu'à ses oreilles malgré elle.

Fleur et Bill entrèrent en offrant une bouteille de Whisky Pur Feu à leur hôte. Dès qu'elle aperçut Hermione, la jeune française se précipita vers elle et lui serra les deux mains avec fougue :

- Je suis contente de te revoir, Ermione !

Cette dernière lui sourit et son regard croisa malgré elle celui d'Augustin qui descendait à son tour les escaliers en compagnie de Remus. Fleur se précipita vers son cousin et le prit dans ses bras :

- Je suis si fière de toi ! s'exclama-t-elle dans un français que la Gryffondor reconnut partiellement.

Elle se tourna vers le reste de l'assistance :

- Augustin est un vrai génie, déclara-t-elle sans lui lâcher le bras. Il est le plus jeune diplômé de l'Académie Hauterive, l'école de Médicomagie de Bordeaux.

Le jeune homme rougit et baissa la tête d'un air confus. Il ne paraissait pas partager le goût de sa cousine pour l'orgueil. Lorsqu'il releva les yeux, son regard azuréen croisa à nouveau celui d'Hermione.

- Nous ne lui serons jamais assez reconnaissants, conclut Lupin en lui tapotant l'épaule.

- C'était un privilège, répondit le français en lui rendant son accolade.

- Je pense que nous pouvons nous installer, proposa Andromeda. Malheureusement, tous nos autres amis ne pourront se joindre à nous ce soir. Nous préférons tous rester discrets et éviter les trop grands rassemblements pour l'instant.

Voyant qu'Hermione jetait un coup d'œil intrigué vers l'étage, Remus se pencha discrètement vers elle :

- Tonks dort avec lui, lui glissa-t-il en chuchotant. Elle est trop fatiguée pour participer mais cela l'enchante que nous soyons tous assemblés ici pour célébrer la naissance. Cela doit se faire le jour-même et lorsque l'enfant nait plus tôt dans la journée, il arrive que la mère puisse assister aux réjouissances, mais cela reste assez rare. Je monterai les voir de temps en temps.

Hemione acquiesça et se dépêcha de rejoindre la table. Elle se retrouva assise entre Drago et Bill, Augustin face à elle. Il lui fit un sourire timide qu'elle ne put s'empêcher de lui rendre. A présent qu'elle se trouvait face à un homme pourvu de sang vélane, elle comprenait mieux la fascination exacerbée que Ron avait entretenu pour Fleur et s'en voulait un peu de l'avoir jugé ridicule à l'époque. Elle se rendait compte à présent du puissant pouvoir d'attraction que cela représentait.

Andromeda ne fit pas attendre ses invités pour faire apparaître de délicieux pâtés en croute et des légumes fins assortis dans des plateaux de porcelaine. Il y avait également une énorme entrecôte saignante à l'attention de Bill. Elle servit chacun d'entre eux tour à tour et le repas commença dans une ambiance de gaieté qui pensait considérablement le cœur malmené de la Gryffondor et chassait momentanément son anxiété pesante.

Drago parlait peu mais ne semblait pas mal à l'aise pour autant et même Remus, dont la joie ne cessait de transparaître, lui fit passer un plat en lui proposant de se servir avec un sourire.

Les conversations allaient bon train et tout le monde finit par s'intéresser de plus en plus au jeune français et à son parcours scolaire dont Fleur avait si bien vanté les mérites.

- Tu as toujours su que tu voulais être Médicomage ? lui demanda Bill avant de prendre une rasade de Bièraubeurre.

- En fait, j'ai suivi les traces de mon père. Il est lui-même Médicomage et je l'ai toujours profondément respecté. C'était une évidence pour moi de choisir cette spécialité à ma sortie de Beauxbâtons.

- Il était major de sa promotion et a obtenu ses ASPIC avec tous les honneurs, précisa de nouveau Fleur d'un ton enjoué.

Hermione cacha son amusement. Si elle avait pu trouver la prétention de Fleur difficilement supportable aux premiers abords, elle avait depuis suffisamment appris à connaître la jeune femme pour déceler le grand cœur que masquait cette impeccable assurance et cette inoffensive vanité.

- Et bien, commenta Lupin en posant les yeux sur la Gryffondor, il me semble que nous avons réunis à notre table deux des meilleurs éléments de Beauxbâtons et Poudlard, ce soir.

La jeune fille se sentit rougir au compliment de son ancien professeur. Augustin sembla vouloir profiter de l'occasion pour détourner l'attention de lui :

- Tu es bonne élève ? lui demanda-t-il poliment.

- Je me défends, répondit-elle en haussant les épaules.

- Allons, Hermione ! la reprit Remus. Pas de fausse modestie.

- Quelle est ta matière préférée ? renchérit Augustin d'un air sincèrement intéressé qui surprit la brune.

- L'Arithmancie.

- Vraiment ? C'est peu commun.

- Oui, je la trouve particulièrement passionnante.

Le jeune homme lui sourit avec approbation.

Hermione sentit brusquement une main se glisser délicatement sur sa cuisse, avec une lenteur et une douceur exacerbée par le tissu de la robe. Elle faillit tressaillir mais se retint de justesse et rendit son sourire à Augustin avec exagération. Elle avait compris que la main en question n'était autre que celle de Drago qui avait dû suivre leur échange avec manifestement un peu trop d'intérêt. Elle tâcha de se tourner vers lui avec naturel :

- Et toi, Drago ? Ta matière préférée ?

Il fit mine de réfléchir de longues secondes avant de donner sa réponse :

- Les Potions.

- Oh ! s'exclama Augustin. C'était la mienne aussi. Vous aviez un bon professeur ?

- Le meilleur, répliqua sans hésiter le Serpentard avec provocation.

Hermione jeta un coup d'œil vers Remus dont une ombre avait très brièvement voilé le visage :

- En termes de potions, commenta-t-il, tu n'as pas tort.

La jeune fille ne put s'empêcher de saluer intérieurement l'honnêteté et l'objectivité infaillible dont faisait preuve le loup-garou. Elle aurait voulu donner un discret coup de pied à Drago pour la peine. Ne se doutait-il pas qu'encenser ainsi Rogue risquait de jeter un froid sur le repas ? Mais elle se ravisa et se contenta de repousser discrètement sa main. Puis elle se tourna vers Andromeda pour changer de sujet :

- Parlez-moi de cette tradition des vœux.

- C'est très simple ! On fait un tour de table et chacun doit émettre un souhait à l'attention du bébé. En général, on fait jaillir quelques étincelles de sa baguette, mais c'est factice. C'est juste pour porter bonheur. C'est aussi à cette occasion que le père révèle le prénom choisi.

- Dans l'ancien temps, ajouta Remus, c'était parfois une véritable pratique. Les importantes familles de Sang Pur, bien souvent issues de la noblesse, payaient des fortunes pour des ingrédients afin de concocter de puissantes et dangereuses potions supposées influencer l'avenir de l'enfant. Et parfois, ils jetaient également des sorts. Inutile de dire que cela a été depuis longtemps interdit par nos lois.

- Est-ce que c'était vraiment efficace ? s'étonna Hermione qui n'avait jamais entendu parler de sorts ou de potions de cette sorte.

- Cela n'a jamais été prouvé. Si tel était le cas, il s'agissait sans nul doute de magie très noire et imaginer utiliser cela sur son propre enfant…

- Dans ce cas, pourquoi les sorciers ont-ils fait perdurer cette tradition ? Même si ce n'est que pour de faux ?

- Seules les familles de Sang Pur les plus puissantes et les plus viles tâchaient de réellement influencer le caractère et le destin de leur progéniture. La plupart des sorciers ne l'ont toujours fait que de cette manière symbolique. A l'époque, c'était une vraie superstition. Aujourd'hui, c'est plutôt une coutume que certaines familles honorent encore pour le plaisir. Nous ne souhaitons que des choses légères et amusantes. Par exemple…

Il prit sa baguette et la fit virevolter devant lui :

- Je souhaite que la première Dragée Surprise De Bertie Crochue de Ted soit à la fraise !

Une pluie d'étincelles rouges jaillit de la baguette et se déversa sur les convives comme une fontaine enchantée.

Une foule de sentiment envahit Hermione. Elle éclata d'abord d'un rire joyeux en constatant que les vœux n'avaient effectivement rien de très solennels. Puis elle posa les yeux sur Andromeda qui dévisageait Lupin, les larmes aux yeux. Elle réalisa alors avec émotion que le prénom qu'ils avaient choisi n'était autre que celui du défunt père de Tonks. Enfin, elle croisa le regard de Drago, dans lequel se reflétaient des paillettes rouges. Il paraissait surpris et émerveillé malgré lui, comme si son visage s'éclairait soudain sous un jour nouveau. Et la jeune fille était certaine que les étincelles n'en étaient pas la simple cause.

Fleur se saisit soudain de sa baguette et entonna à son tour :

- Je souhaite au charmant Ted de visiter un jour Paris !

Elle décrivit un cercle dans les airs et fit apparaître une Tour Eiffel argentée qui s'évapora dans un crépitement.

Ce fut au tour de Bill et d'Augustin qui souhaitèrent respectivement au nouveau-né de dépenser son premier Gallion chez « Weasley, Farces pour sorciers facétieux », et d'aimer le thé au citron.

- A ton tour, Hermione, proposa Augustin, une fois que leurs étincelles dorées se furent lentement dissipées.

La jeune fille inspira avant de pointer sa baguette et tâcha de trouver rapidement une idée :

- Je souhaite à Ted d'avoir une bibliothèque bien remplie.

Remus pouffa de rire :

- Je te reconnais bien là, Hermione. Et je ne peux qu'approuver.

Elle fit tournoyer sa baguette et forma une plume blanche scintillante qui glissa dans les airs avant de s'échapper en fumée.

Durant quelques secondes, un silence retomba mollement sur la pièce. Hermione se rendit alors compte que tout le monde observait le Serpentard. Mais ce dernier fixait son assiette d'un air résolu.

- Drago, l'appela Andromeda.

Il leva les yeux vers elle.

- A ton tour, l'enjoignit-elle avec un sourire.

Il se tourna vers Remus, incertain. Ce dernier hocha lentement la tête :

- Tout le monde doit le faire, dit-il. C'est la tradition.

Hermione sentit son cœur se serrer. Elle encouragea le blond d'un regard bienveillant. Ce dernier la dévisagea très brièvement avant de sortir sa baguette :

- Je lui souhaite…

Il marqua une pause, l'air soudain absent, avant de reprendre :

- Je lui souhaite…

Mais il s'arrêta de nouveau.

- Tout va bien, Drago ? s'enquit sa tante.

Il fronça les sourcils et baissa le regard. Hermione nota qu'Augustin l'examinait avec étonnement. Il n'était sans doute au courant de rien concernant la situation du blond.

- Je lui souhaite de ne pas être aussi idiot que moi, lâcha-t-il soudain.

Des étincelles argentées jaillirent de la baguette et virevoltèrent simplement comme de la poussière avant de disparaître.

Un nouveau silence, cette fois de plomb, s'abattit sur la scène. Hermione ressentit une chair de poule l'envahir. Elle pouvait presque toucher du doigt la frustration et la colère que Drago venait de laisser échapper dans son vœu.

- Et bien, commenta Remus d'un ton qui se voulait amusé, voilà un souhait pour lequel je ne peux que te remercier !

Drago leva les yeux vers lui et la pièce se réchauffa sensiblement. Le sourire sincère du loup-garou ne faisait pas le moindre doute.

- On peut dire que pour un idiot, renchérit-il avec un petit rire, tu te rattrapes plutôt bien.

Hermione sourit à son tour, soulagée. Elle ne put s'empêcher de prendre la main de Drago sous la table et le sentit frémir à ce contact.

- A mon tour, enchaîna Andromeda en se mettant debout, ce qui acheva de détendre l'atmosphère. En tant que grand-mère, j'ai l'honneur de clôturer ce tour de vœux.

Elle pointa sa baguette rigide bien droit devant elle et prononça sans hésiter :

- Je souhaite à mon premier petit-fils d'hériter du courage de son grand-père.

Une nuée d'étincelles blanches explosa sous leurs yeux émus.

Le reste du repas se déroula dans une ambiance sereine, mêlée parfois d'effervescence, et se conclut par l'arrivée d'un énorme pudding au chocolat au centre de la table. Tout le monde lui fit honneur, y compris Drago qui semblait manger avec encore plus d'appétit. Lorsque tous furent définitivement repus, Andromeda proposa de s'installer sur le canapé et les fauteuils pour un bon thé chaud. Remus prit congé des invités et monta voir Tonks et le bébé.

Durant la soirée, Hermione n'avait pu s'empêcher de remarquer que Bill jetait par moment des regards insondables et concentrés vers le blond, comme s'il tentait de voir à travers lui. Sans doute était-il difficile pour lui de croire en la sincérité de l'ancien Mangemort. Sa cicatrice bien visible ne faisait que rappeler à Hermione que Drago était responsable de la nuit où le frère Weasley avait été attaqué par Fenrir Greyback.

Le thé, le crépitement de la pluie au dehors et le confort des sièges faisant, les conversations finirent par s'étioler et les convives par avoir les paupières lourdes. Fleur et Bill furent les premiers à se lever pour quitter les lieux, non sans remercier à maintes reprises Andromeda pour le merveilleux repas et la féliciter encore pour la naissance de Ted. Lorsqu'Augustin se dressa à son tour pour rentrer avec eux, il adressa un long sourire à Hermione et attrapa sa main pour y déposer un baiser qui la surprit.

- C'était un plaisir de rencontrer la meilleure élève de Poudlard, lui dit-il avec un clin d'œil avant de s'éclipser vers la porte, sans lui laisser le temps de réagir.

Elle se sentit rougir jusqu'aux oreilles malgré elle et lui adressa un petit signe embarrassé.

Lorsque la porte se referma derrière les invités, Andromeda poussa un soupir de contentement et entreprit de faire du rangement et du nettoyage. Hermione proposa aussitôt de l'aider mais elle refusa :

- Allez plutôt dormir, leur enjoignit-elle, je n'en ai pas pour longtemps. Bonne nuit.

La jeune fille sentit aussitôt ses joues s'empourprer à nouveau. Durant tout le repas, elle avait plus ou moins occulté les mots que Drago lui avait adressés lorsqu'il l'avait découverte dans sa robe rose. A présent, ils lui revenaient en mémoire et son cœur semblait y faire écho en résonnant dans sa poitrine et ses tempes avec force. Elle déglutit avec difficulté et se décida à croiser son regard. Elle s'attendait à ce qu'il lui adresse un sourire moqueur ou carnassier mais le blond la dévisageait au contraire avec intensité, d'un air absolument sérieux qu'elle ne lui connaissait pas. Elle avait presque la sensation que ses yeux gris profonds lui brûlaient la peau. Cette fois-ci n'était pas comme les autres. Il n'y avait ni colère, ni urgence, ni précipitation. Cette fois-ci, elle savait ce qui l'attendait mais l'appréhension qu'elle ressentait était toute différente.

Drago finit par se lever de son fauteuil et se dirigea lentement vers la chambre, suivi de près par la jeune fille qui n'osait regarder Andromeda :

- Bonne nuit et merci pour tout, lui dit-elle sans se détourner.

- De rien, de rien, dormez bien, lui répondit la sorcière, occupée à ramener les plats et les assiettes vides à la cuisine.

Le Serpentard poussa la porte et attendit qu'Hermione ait pénétré dans la chambre pour la refermer derrière eux. La pièce était pratiquement plongée dans l'obscurité et ni l'un ni l'autre n'alluma la lumière.

Drago pointa sa baguette :

- Sonorus. Collaporta.