Chapitre 44

Le lendemain matin, Hermione et Drago partageaient un copieux petit-déjeuner composé de scones, d'œufs brouillés et de thé, tandis qu'un doux feu crépitait dans la cheminée. Andromeda, qui était sortie aux aurores pour aller chercher du pain à Northbridge, entra en coup de vent dans la maison, suivie par un bruit de battements d'ailes précipités. Hermione retint une exclamation de surprise en voyant s'engouffrer dans la pièce une chouette brune qui virevoltait à présent au-dessus de la table. Andromeda avait brandi sa baguette et surveillait l'oiseau avec méfiance, sa longue tresse brune échevelée par le vent extérieur, un panier de provision se balançant au bout de son autre main.

- Elle tournait autour des protections de la maison quand je suis arrivée, expliqua-t-elle en suivant la chouette du bout de sa baguette. J'ai voulu récupérer l'enveloppe attachée à sa patte mais impossible de l'approcher. Elle voulait à tout prix entrer.

Le petit rapace se posa devant l'assiette d'Hermione, dans un froufrou de plumes sombres. Cette dernière approcha lentement sa main, hésitante.

- Qui pourrait bien t'écrire ? s'enquit Drago, les sourcils froncés.

- Sois prudente Hermione, lui recommanda Andromeda, sans cesser de suivre les gestes de la jeune fille des yeux. Il est difficile de se fier au service postal habituel ces temps-ci.

La Gryffondor constata que la lettre lui était bel et bien adressée puisque la chouette n'émit aucune réticence lorsqu'elle la retira de sa patte aux serres déployées. Elle lui donna une caresse sur la tête et l'oiseau ferma les yeux de contentement.

La jeune fille décacheta l'enveloppe et en sorti le morceau de parchemin plié en deux qu'elle contenait. Elle retint un cri de surprise et de joie en reconnaissant l'écriture serrée qui s'alignait en un long paragraphe :

- C'est Harry ! s'exclama-t-elle.

Elle osait à peine y croire et entreprit de lire rapidement le contenu de la lettre. Puis, assurée qu'il n'y avait rien à cacher aux autres, du moins rien qu'ils ne puissent comprendre par eux-mêmes, elle la relut à voix haute, sous le regard circonspect de Drago et sa tante.

Chère Mafalda,

Nous sommes bien rentrés chez nous. Le trajet n'a pas été sans encombre mais nous trouverons une autre occasion pour te raconter les péripéties. Nous sommes heureux d'être de retour à la maison et de retrouver certains de nos amis, comme ce cher Trevor qui a toujours été là pour nous aider. Arnold te passe le bonjour, il a hâte de te revoir et, malgré la surprise, tes récentes fréquentations ne changent rien pour lui et il pense que Reg cessera bien de t'en tenir rigueur un jour ou l'autre. En ce qui le concerne, il va bien, ne t'en fais pas. Tu ne devineras jamais qui nous avons également croisé : Prune ! Nous ne savions pas qu'elle était de retour et je suis sûr que tu seras ravie de l'apprendre. Mais c'est une longue histoire que je garde aussi pour un autre jour. Te souviens-tu de ce bijou dont je t'ai parlé, celui que j'ai perdu ? Je fouille la maison de fond en comble pour essayer de le retrouver. J'ai bon espoir de finir par remettre la main dessus.

Nous espérons que tu te portes bien et que ton nouvel ami a retenu la leçon et se tient à carreau.

Nous t'embrassons bien fort.

Albert

- Est-ce que tu as compris un traître mot dans ce charabia ? s'offusqua Drago, une fois sa lecture terminée.

Hermione pouffa de rire en acquiesçant d'un signe de tête :

- Tout est codé, répliqua-t-elle, non sans masquer la fierté qu'elle ressentait pour Harry. Si quelqu'un d'autre tombait sur cette lettre, il ne pourrait pas se douter une seconde de qui l'a écrite et de ce qu'elle veut réellement dire.

Elle eut un pincement au cœur en se rappelant qu'il avait eu l'habitude de s'exercer à cela lorsqu'il échangeait du courrier secret avec son parrain. Il avait certainement dû y penser en le faisant.

Rassurée sur la provenance de la lettre, Andromeda eut la discrétion de ne lui poser qu'une seule question :

- Je crois comprendre qu'ils vont bien, n'est-ce pas ?

- Le mieux possible, confirma la brune, un sourire jusqu'aux oreilles.

- A la bonne heure, soupira la sorcière en rangeant sa baguette. Je vais en informer Remus et Dora.

Sans plus attendre, elle emprunta l'escalier pour rejoindre les jeunes parents à l'étage, sous le regard amusé d'Hermione qui comprit qu'elle en profitait pour laisser les deux adolescents finir leur petit-déjeuner en tête à tête.

- Alors ? s'impatienta Drago, qui ne semblait pas être aussi sensible qu'elle aux égards de sa tante. Tu m'expliques ?

Hermione fit grincer sa chaise pour se rapprocher de lui et posa la lettre bien à plat entre eux :

- Il m'a appelé Mafalda car c'est le prénom de la femme pour qui je me suis fait passer lorsque nous avons infiltré le Ministère.

Drago la dévisagea d'un air interdit :

- Je sens que je ne suis pas près de voir le bout de cette lettre si je m'arrête à toutes les énormités que tu vas me sortir. Je ne vais donc pas te demander quand ni comment ni pour quelle raison vous avez fait ça. Pour l'instant.

Hermione fit une grimace faussement embarrassée avant de poursuivre :

- Il m'écrit qu'ils sont bien rentrés à la maison, ce qui veut dire qu'ils sont à Poudlard ! Il précise qu'ils n'y sont pas arrivés sans peine, mais ils ont probablement dû réussir par l'un des passages secrets.

- Qu'est-ce qu'ils font à Poudlard ? C'est sûrement un des endroits les plus risqués pour eux.

- J'y viens, répondit-elle. Il parle de Trevor, tu vois ? C'est Neville. Il a utilisé le nom de son crapaud comme nom de code. Et c'est apparemment lui qui les aide sur place. Peut-être qu'il les cache quelque part ?

- Londubat ? ricana Drago. Ce froussard ? J'aimerais bien voir ça !

Hermione lui administra une tape sur le bras :

- Il est devenu très courageux et très fort, tu serais surpris. Tu n'imagines pas tout ce qu'il a fait ces deux dernières années. Un vrai Gryffondor.

Le blond émit un grognement sceptique avant de reporter son attention sur la suite de la lettre. Hermione suivait ce qu'elle lisait du bout du doigt :

- Arnold te passe le bonjour, répéta-t-elle. S'il a fait comme pour Trevor, je pense que c'est Ginny. Elle a appelé son Boursouflet Arnold. Et il… Précise que ça ne la dérange pas que je sois… Avec toi.

Le Serpentard retrouva son sourire goguenard :

- Trop aimable de sa part ! Dire que je m'inquiétais justement de l'avis d'un autre Weasley !

- Et Reg, marmonna Hermione sans goûter l'ironie, c'est Ron. Lui aussi, c'est le nom de celui dont il a pris l'apparence au Ministère.

- Et Prune ? enchaîna rapidement Drago.

Hermione soupira en réfléchissant :

- Ça me parait insensé, mais je pense qu'il parle de Luna. Elle adore les Prunes Dirigeables, elle en porte souvent en guise de boucle d'oreilles.

Drago allait lever les yeux au ciel lorsqu'il remarqua que le visage de la brune s'était assombri :

- Qu'est-ce qu'il veut dire à son sujet ? demanda-t-il.

- Tu n'es pas au courant pour elle ? Les Mangemorts n'en ont jamais parlé ?

Drago secoua négativement la tête.

- La dernière fois que nous avons vu son père, raconta Hermione, il nous a vendu à eux. Parce qu'ils avaient enlevé Luna.

- Je n'ai jamais entendu parler de ça, marmonna-t-il. Mais j'étais loin d'être au courant de tous leurs faits et gestes. Je ne les voyais quasiment pas, hormis mes parents et Bellatrix. Et même eux me mettaient souvent à l'écart. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- On s'est enfui, après nous être assurés que les Mangemorts nous avaient bien vu. On avait peur qu'ils s'en prennent à lui. Et surtout à elle.

Hermione frissonna à ce souvenir. Lors de sa propre capture au manoir Malefoy, elle n'aurait su dire si elle s'était sentie soulagée ou au contraire inquiète de ne pas la retrouver elle aussi dans les cachots.

- Tu n'imagines pas à quel point je suis heureuse d'apprendre qu'elle est saine et sauve.

Drago passa un bras autour de sa taille et la serra doucement contre lui. Elle se racla la gorge pour chasser son émotion, avant d'achever sa traduction :

- Le bijou dont il parle… Ça fait allusion à l'une des choses que nous recherchons. Et sur lesquelles je ne peux pas entrer dans les détails.

- Et l'une de ces choses est à Poudlard ?

- C'est ce qu'on pense, dit-elle en songeant au carnet de Regulus dans lequel ils avaient puisé cette précieuse information.

Elle tenta de masquer sa satisfaction en relisant les quelques lignes signifiant que Harry s'était mis à la recherche du diadème. Elle s'inquiéta en remarquant qu'il ne faisait aucune mention du Basilic, mais peut-être n'avaient-ils pas encore trouvé l'occasion de se rendre dans la Chambre des Secrets sans risque. S'ils avaient déjà détruit le carnet de Regulus, il y aurait fait allusion d'une façon ou d'une autre.

- Je vais prétendre que je n'ai pas lu la dernière phrase, grommela Drago en réaffirmant sa prise sur la taille de la jeune fille.

Elle rit doucement :

- Je vais lui répondre que je m'en assure.

Le blond l'emprisonna entre ses bras et lui mordilla l'oreille. Hermione éclata de rire lorsqu'un cri indigné retentit soudainement sous leur nez. La chouette secouait ses ailes d'un air impatient.

Hermione lui offrit aussitôt des morceaux de scones et d'œuf avant de lui promettre de rédiger rapidement sa réponse.

- Elle vient sans doute de la volière de Poudlard, dit-elle en observant l'oiseau de nuit se repaître de son en-cas.

- Je ne sais pas qui sont les Mangemorts en charge d'assister Rogue là-bas, commenta le blond en fronçant le nez de dédain, mais ils font un piètre travail s'ils ne se sont même pas aperçus qu'Harry Potter se balade sous leur nez et se sert de leurs hiboux.

- Harry connaît l'école par cœur, se rengorgea-t-elle à nouveau de fierté. Et nos amis les aident. Ils ne se feront pas prendre.

Sans compter qu'il avait la Carte du Maraudeur pour lui permettre de surveiller tous leurs déplacements, mais elle n'avait pas le courage de rentrer dans ces détails supplémentaires. Elle avait le sentiment que la fierté de Drago ne supporterait pas de nouveaux exemples de toutes les entorses aux règlements qu'ils avaient pu commettre depuis leur rentrée à Poudlard. Et elle sourit intérieurement à l'idée de pouvoir tout lui raconter, un jour.


Hermione se retenait de mordiller le bout de sa plume, face au parchemin vierge que lui avait confié Andromeda. Elle tapotait le sol du pied à une vitesse peu naturelle, en réfléchissant à ce qu'elle devait répondre à son meilleur ami. Devait-elle lui annoncer sa décision de se rendre à Paris pour tenter de pourchasser le sixième horcruxe ? Elle doutait sérieusement que cette idée plaise à Harry, encore moins lorsqu'il apprendrait qu'elle avait l'intention de s'y rendre seule avec Drago.

Finalement, elle décida de ne pas lui dévoiler son projet pour le moment. Après tout, elle n'avait pas encore officiellement quitté la maison des Tonks. Elle ne ferait qu'inquiéter ses amis inutilement, ce qui serait parfaitement contre-productif.

- Tu ne sais plus écrire ? souffla Drago à son oreille.

Il s'était penché sur sa chaise et observait le vide sur le parchemin.

- Ou peut-être que tu es trop occupée comme moi à feuilleter mentalement les images de cette nuit, ajouta-t-il d'un ton enjôleur. C'est plutôt distrayant.

La jeune fille se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux au souvenir de toutes les dites images qu'il avait à présent à sa disposition. Un chatouillement remua dans son ventre quand les lèvres de Drago trouvèrent sa nuque, dégagée par sa haute queue de cheval.

- Il y a effectivement de quoi se laisser distraire, avoua-t-elle à mi-voix.

Mais alors que le Serpentard allait approfondir son exploration suite à ses paroles, elle leva haut sa plume :

- Mais je dois absolument écrire cette lettre, se reprit-elle en commençant à tracer les premiers mots de son écriture fine.

Cher Albert,

Je suis rassurée de savoir que vous êtes bien rentrés. Votre compagnie me manque déjà. Merci pour toutes ces bonnes nouvelles. Embrasse tout le monde de ma part. Ici, tout va bien également mais je crois savoir que Lunar t'avait déjà donné de nos nouvelles. Vous serez heureux d'apprendre que ce qu'il attendait avec tant d'impatience est enfin arrivé.

Prenez soin de vous.

Mafalda

Hermione se relut et éprouva une pointe de culpabilité à la vue de cette réponse plutôt concise et surtout de son omission volontaire au sujet de son plan. Mais elle plia le parchemin sans regret et le glissa dans une enveloppe avant de se diriger vers la chouette qui s'était perchée sur le bord du canapé et semblait plongée dans un sommeil profond.

La jeune fille lui donna une légère caresse sur l'aile, ce qui éveilla aussitôt l'oiseau, qui se laissa patiemment faire tandis qu'elle la chargeait de sa lettre.

- Sois prudente sur le chemin du retour, lui intima-t-elle avec douceur. Apporte cette lettre à Neville Londubat. Il saura à qui la donner.

La chouette pépia d'un air entendu et fit bouffer ses plumes avant de prendre son envol. Drago tenait la porte ouverte et la regarda disparaître au loin dans le ciel.

- Pourquoi Londubat ? demanda-t-il après avoir refermé.

- Elle a plutôt l'air déterminé, gloussa Hermione. J'ai peur qu'elle ne trahisse la présence d'Harry en cherchant à tout prix à lui remettre le courrier en main propre.


Dans la journée, Hermione dût user de toute sa diplomatie pour convaincre Remus et Andromeda de les laisser partir. Le fait de devoir leur en cacher les raisons et la destination exacte ne plaida pas en sa faveur. Les deux adultes firent front pendant plusieurs heures pour tenter de lui arracher les vers du nez et de comprendre ce qui pouvait bien la pousser à quitter ce lieu où ils se trouvaient relativement en sécurité.

Elle n'eut de cesse de leur répéter qu'elle ne pouvait rien leur révéler, qu'ils devaient lui faire confiance et ajouta même qu'elle suivait la volonté de Dumbledore, dans l'espoir que cela les fasse céder.

Depuis la fameuse entrevue entre McGonagall et Drago, les membres de l'Ordre semblaient lui avoir accordé momentanément leur confiance et elle fut agréablement surprise de constater que le fait qu'il l'accompagne n'était pas le principal sujet de leur réticence. Sa tante paraissait même plutôt rassurée à cette idée. La Gryffondor aurait donné très cher pour savoir de quelle manière il s'y était pris pour les convaincre d'une manière aussi efficace. Elle était bien consciente de son charme dont elle avait été la première victime, mais doutait fortement que cet atout était le seul dont il avait usé.

En fin d'après-midi, vaincus par la lassitude et l'obstination d'Hermione, Remus finit par lui annoncer qu'il contacterait Fleur pour savoir si Augustin pouvait les aider à gagner la France :

- Tu es grande et responsable, Hermione, avait-il fini par reconnaître avec son éternel sérieux. Je ne peux pas t'interdire d'aller où bon te semble. Et je sais pertinemment que tu ne demanderais pas ça sans une bonne raison. Mais je te conjure d'être prudente.

- Je vous le promets, avait-elle répondu, la gorge serrée.

La soirée et le dîner s'était déroulé dans un calme tendu, mais personne n'avait plus osé revenir sur le sujet.

Lorsqu'ils regagnèrent leur chambre, Hermione et Drago ne tardèrent pas à se mettre au lit.

- Tu crois que le mangeur de grenouilles sera d'accord ? ricana le blond en attirant la jeune fille contre lui.

Cette dernière claqua la langue en représailles :

- Est-ce qu'il t'arrive de ne pas insulter les gens ?

- Pas ceux qui m'agacent, rétorqua-t-il en entrelaçant leurs doigts.

- Tu ne l'as vu que pendant une soirée ! s'exclama-t-elle. Je serais curieuse de savoir quels griefs tu peux bien avoir retenus contre lui !

- Premièrement, son accent français lui donne un air prétentieux, énuméra-t-il sans hésiter sous le regard estomaqué de la brune. Deuxièmement, il est devenu médicomage pour imiter son père, c'est un manque cruel de personnalité. Troisièmement, je déteste sa façon de te regarder.

Hermione étouffa un rire :

- Je ne vois pas où est le problème, susurra-t-elle. Au contraire, vous avez tout en commun.

Le Serpentard lui jeta un regard noir :

- Je n'ai rien à voir avec ce Delacour.

Elle se pencha vers lui d'un air satisfait :

- Est-ce qu'on peut raisonnablement résumer cet étalage de mauvaise foi par un pur et simple accès de jalousie ? proposa-t-elle.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et se dressa aussitôt à califourchon sur lui pour l'embrasser.

- Tu ne paies rien pour attendre, la menaça-t-il avant de lui rendre son baiser.

Ses mains glissèrent le long de son dos et ne tardèrent pas à ôter du chemin le pull de la jeune fille. La nuit tomba et avec elle le reste de leurs vêtements qui s'égrena sur le sol au fil des heures.