Chapitre 1:
La Reine Elsa d'Arendelle soupira en posant nonchalamment son coude sur son immense bureau en chêne massif. Pourquoi était-elle reine déjà? Ah oui, elle n'avait pas eu le choix.
Un an qu'elle remplissait pleinement ses fonctions, et elle n'en pouvait déjà plus. Les dîners d'affaires, les pour-parler, et sans parler de la montagne de papiers qu'elle devait signer à longueur de journée. Chaque jour, elle devenait un peu plus admirative de ses parents. Ils avait été un roi et une reine exemplaires, et la pauvre Elsa n'espérait même plus atteindre un tel niveau, même si les nombreux sujets du royaume semblaient vouer un véritable culte à leur reine. La pauvre jeune femme n'avait tout bonnement plus une seule seconde à elle. Aucune décision n'était prise sans son consentement, elle se devait d'être partout, mais malheureusement, elle était une reine qui avait un pouvoir sur la glace, pas celui de se dédoubler!
Elle se laissa tomber sur le dossier de sa chaise en s'étirant, soupirant, râlant, désirant montrer son mécontentement. Et à qui, au juste? Personne. Une reine ne se plaignait pas. Elle jeta un regard envieux par la fenêtre. Le soleil entrait avec abondance dans la pièce, et le ciel était bleu, accentuant sa frustration de devoir rester enfermée dans ce bureau. Elle se leva, et ouvrit la grande fenêtre, pour se pencher à celle-ci, s'accordant quelques minutes de pause. Elle ferma les yeux quand le soleil vint lui caresser le visage. En bas, dans les jardins du château, elle vit tout le monde remplir son poste à merveille. Les gardes faisaient leur ronde habituelle en ce début d'après midi, la saluant d'un hochement de tête, et elle put voir Kai discuter joyeusement avec le jardinier. Ce bon vieux Kai, il ne s'arrêtait donc jamais.
Elsa sourit en voyant Anna s'amuser avec Olaf. La reine se remercia d'avoir eu l'idée de créer ce petit nuage pour préserver la vie du bonhomme de neige.
Se sentant observée, la princesse leva les yeux, et croisa avec bonheur ceux de sa sœur. En un geste exagéré, la rouquine tenta une révérence mal assurée, faisant rire Elsa. La reine opta pour un dernier geste de la main avant de rentrer se remettre au travail.
Elle se pencha sur le document suivant sans grande conviction, quand des coups furent frappés à la porte. Elsa leva un regard intrigué puis annonça:
- Entrez.
La porte s'ouvrit sur une Gerda souriante et chaleureuse. Le cœur d'Elsa s'emplit de joie rien qu'à la vision de cette femme, qui arrivait tel le messie pour combattre son ennui.
La servante ferma la porte derrière elle, et déclara, un plateau entre les mains:
- Votre Altesse, j'ai pensé qu'une tasse de chocolat chaud vous ferait du bien.
- Vous ai-je déjà dit à quel point vous étiez parfaite?
Demanda Elsa en venant embrasser la vieille femme.
- Environ un million de fois, votre Altesse.
Rit Gerda en accueillant la jeune femme pour une rapide étreinte.
- Gerda, je vous le répète, je ne suis pas votre Altesse, je suis votre amie. Inutile de m'appeler par mon titre.
Annonça Elsa en s'asseyant pour déguster une gorgée de chocolat. Elle ne s'en laisserait jamais…
Sous la réprimande, Gerda se contenta de lever les yeux au ciel sans fournir de réponse. Elsa était une enfant c'est vrai, mais Elsa était avant tout une reine. Une reine qu'elle se devait de respecter.
La servante remarqua les légères cernes sous les yeux de sa souveraine, et demanda:
- Tout va bien, Altesse?
Elsa soupira en jetant un œil résigné sur la pile de document qui semblait l'attendre sur son bureau.
- Oui, je ne comprends pas comment mon père faisait pour gérer tout un royaume sans perdre patience, mais en dehors de ça, tout va bien.
Gerda sourit en posant une main douce sur l'épaule d'Elsa.
- Vos parents seraient très fiers de vous, Altesse. Vous n'avez pas à en douter.
- Je l'espère en tous cas. Je fais de mon mieux même si...oh mon dieu, j'ai complètement oublié le banquet de ce soir!
S'exclama Elsa en se souvenant tout à coup de la réception organisée pour le solstice d'été. Anna avait insisté pour que la prise de pouvoir de sa sœur devienne officielle de part cette fête mondaine, au grand dam d'Elsa, qui n'avait jamais réussi à apprécier ce genre d'évènements.
- Ne vous inquiétez pas, Altesse. Kai s'est occupé de tout avec la Princesse Anna.
Assura Gerda de son air éternellement tranquille. Elsa soupira d'aise.
- Vous le remercierez de ma part. Il n'y a rien que je puisse faire pour vous aider?
Gerda fit mine de réfléchir.
- Et bien mis à part vous reposer avant l'arrivée des invités, non, il me semble que tout est prêt. Vous pourriez éventuellement vous assurer que votre loup soit ponctuel à une fête officielle pour une fois, de grandes personnalités de tous le pays ne viennent que pour espérer lui serrer la main. Le loup blanc est devenu légendaire.
Sourit la servante en jetant un regard entendu à Elsa. La reine but une gorgée de chocolat, puis déclara:
- En parlant de Mak, vous savez où elle est? Je ne l'ai pas vue ce matin.
Gerda grimaça, et expliqua:
- Et bien elle s'est levée tôt, et a dévalisé ma cuisine avant de partir en forêt, accompagnée du Prince Briak. Mais vous savez, le loup blanc ne me tient que très rarement informée de ses activités.
Elsa sourit en imaginant son loup manger tout ce qui pouvait lui passer sous la main, en encaissant malicieusement les réprimandes de Gerda.
- Et elle vous a dit quand est-ce-qu'elle comptait rentrer?
- Non, Altesse.
Elsa soupira.
- J'imagine que je n'ai pas le droit de lui interdire de sortir, après tout c'est un loup, c'est dans sa nature. J'espère simplement qu'elle n'arrivera pas en retard au banquet, et qu'elle ne fera rien d'inconscient.
Gerda sourit en regardant par la fenêtre. Elle voyait au quotidien les efforts que faisait ce pauvre loup pour mener une vie tranquille et plaire à sa reine. Elsa se devait d'être compréhensive, en se rappelant qu'on n'avait jamais vu un loup rester sagement dans un château. Elle sentit pourtant sa souveraine inquiète.
- Ne vous en faites pas, Altesse. Encore ce matin, la Princesse Anna a demandé au loup blanc de déplacer une armoire en marbre dans la salle de réception. Et bien, je n'en ai pas cru mes yeux, mais elle a accomplit cette tâche sans même grimacer. Elle ne risque rien. Et en plus, elle n'est pas seule. Le Prince Briak veille sur elle.
- Oui, vous devez avoir raison. Mais je n'oublie jamais cette capacité incroyable qu'elle a à s'attirer des ennuis. Le pire, c'est qu'elle ne semble même pas s'en rendre compte.
Rétorqua Elsa, en se rappelant à quel point son loup pouvait foncer tête baissée dans n'importe quelle situation dangereuse comme si elle y était attirée.
Il fallait qu'elle apprenne à lui faire confiance. Il était évident de voir que Mak aimait sincèrement vivre avec elle à Arendelle, même si la louve ressentait parfois le besoin de s'évader. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle ne revienne pas. Et Briak était avec elle. Briak qui ne jurait à présent que par Anna. Elle n'avait vraiment aucune raison de s'inquiéter. Tous ici l'appréciaient, et avaient apprit à ne pas se formaliser de son caractère bougon. Le loup grognait beaucoup mais ne mordait pas, ce n'était un secret pour personne.
Gerda déposa un baiser tendre sur le front de la reine, et déclara:
- Si ils ne sont pas rentrés avant la tombée de la nuit, j'enverrais un patrouille les chercher. Mais je pense qu'ils ont simplement envie de s'amuser. Et très sincèrement, j'aime autant qu'ils le fassent dans la forêt, plutôt que près des verres en cristal de l'argenterie royale.
Elsa rit en remerciant Gerda d'un regard, avant que celle-ci ne sorte du bureau, sans omettre au passage de remettre sur table l'incident de l'anniversaire de la Princesse Anna.
Elsa étouffa un fou rire en se rappelant ce jour. Mak et Briak, en grands gamins qu'ils étaient, s'étaient chamaillés au sujet de la manière de découper un gâteau, ce jour-là, gigantesque. Le désaccord avait été tel, qu'on ne sait trop comment, la pauvre Anna s'était retrouvée la tête dans le gâteau, couverte de crème glacée, sous les yeux amusés de sa sœur, et ceux déconfits des deux loups, qui avaient fini par se confondre en excuses, jurant que ça ne se reproduirait plus.
Malgré tout, la semaine qui suivit ce drame hilarant, Elsa avait du user de tout son charme pour calmer son chef cuisinier. Celui-ci assurait que certains des poulets destinés au dîner royal disparaissait sans arrêt. Il soupçonnait l'instinct de chasseur du loup blanc. Elsa avait bien sur prit la défense de Mak, jurant que son loup ne ferait jamais une chose pareille, même si elle avait vu une plume clandestine accrochée à sa chemise un peu plus tôt.
La reine sourit, Mak et ses maladresses rendaient la vie mouvementée, mais bien délicieuse au château d'Arendelle. L'ennui ne faisait plus parti de la vie de la belle souveraine depuis sa rencontre avec son loup.
Et il semblait qu'Anna avait craqué pour les mêmes raisons que sa sœur pour ces spécimens bien étranges, mais fascinants. Depuis son arrivée au château, une lumière perpétuelle brillait dans les yeux de Briak. Celui-ci avait été choisi par Elsa pour être le commandant de sa Garde Royale, et il remplissait son rôle à la perfection. Le peuple d'Arendelle pouvait dormir tranquille, le grand loup veillait sur eux comme un père sur ses enfants. La reine attendait simplement avec impatience le jour où sa sœur lui annoncerait leur mariage.
Certains loups avaient choisi de rester auprès d'Elsa, comme la famille de la petite Kelys, qui ne cessait de gagner en centimètres et en beauté. D'autres avaient préféré la tranquillité des forêts du milieu, comme Malek, prétextant que la vie de château n'était pas faite pour lui.
Malgré tout, Mak continuait à régulièrement lui rendre visite, sachant revenir à la terre qui l'avait vue naître. Chacun avait su s'accorder et se remettre de cette guerre de l'année précédente. Les loups vivaient à présent en parfaite communion avec les humains, et c'était très bien comme ça.
Comme le disait Gerda, les parents d'Elsa pouvaient être fiers de ce qu'il était advenu de leur royaume.
