Chapitre 2 – Rhétorique
Harry et Ginny avançaient d'un pas vif sur le chemin de traverse. Ils étaient déjà en retard pour leur rendez-vous, et les procédures de sécurité imposées à Harry quand il se rendait à Gringotts étaient particulièrement longues. Quand ils arrivèrent devant le perron de l'immense bâtiment, deux gobelins à l'air revêche les attendaient déjà, en plus des gardes habituels de la porte.
Sans un mot - les gobelins trouvaient particulièrement offensant de s'adresser à Harry plus que pour le minimum nécessaire - ils conduisirent Harry et Ginny dans une salle à l'écart des comptoirs, encadrant le couple d'un air menaçant. Habitué à la procédure, Harry remit docilement sa baguette à un gobelin qui abordait d'énormes lunettes, et qui se mit à tester l'instrument en marmonnant des remarques pour lui-même en gobelbabil.
Depuis leur fracassant cambriolage à Gringotts, Harry, Ron et Hermione étaient soumis à des mesures strictes de sécurité à chacune de leur visite dans la banque. Le trio avait frôlé de peu un procès pour cambriolage - le plus scandaleux pour les employés de Gringotts - et mise en péril de la paix avec les gobelins - le plus scandaleux pour les sorciers.
Le Magenmagot avait tout de même reconnut des circonstances atténuantes à Harry et ses amis. Sommé de s'expliquer par le Ministère de la Magie, le trio avait convenu qu'il fallait mieux expliquer la raison de leur intrusion, plutôt que laisser croire que les gobelins étaient tous de mèche avec les mangemorts, comme l'avait sous-entendu certaines personnes mal intentionnées. Ils avaient donc révélé du bout des lèvres qu'ils avaient récupéré un artefact de magie noire dans le coffre des Lestrange pour le détruire, sans révéler sa nature d'Horcruxe.
Pour cette raison, le bureau de liaison des Gobelins avait négocié pendant des semaines pour préserver la paix des sorciers, et éviter à Harry de troquer son statut de Survivant contre le statut de Celui-qui-n'a-pas-survécu-à-une-meute-de-gobelins-en-colère.
La révélation de l'implication de Gripsec dans le cambriolage avait eu un rôle déterminant dans le dénouement de l'affaire : l'honneur des gobelins était sauf, le cambriolage n'avait été possible qu'avec la complicité de l'un des leurs. Ces balourds de sorciers n'étaient donc pas capables de briser les défenses de la banque par eux-mêmes.
Les gobelins acceptèrent d'en rester là une fois que le trio eu présenté ses plus plates excuses à leur fier peuple, et accepté de se soumettre à des mesures de sécurité spécifiques. Mais Ron continuait à soutenir que l'affaire avait été résolue grâce à lui, quand il avait sous-entendu que la belle montagne de galions dans le coffre de Harry serait tout aussi bien protégée dans une banque moldue, convertie en livres sterling.
Malgré ces conséquences fâcheuses pour Harry et ses amis, l'affaire avait eu le mérite de tirer Georges de la dépression dans laquelle il s'était enfoncé après avoir perdu son jumeau. Il avait trouvé suffisamment de motivation pour envoyer quotidiennement un colis de bombabouses à Rita Skeeter pour la remercier des délicieux articles qu'elle avait rédigés sur le sujet, et ce durant un mois entier.
Un autre membre de la fratrie Weasley s'était retrouvé impliqué dans les relations de Harry avec les gobelins. Après une enquête minutieuse sur ses antécédents et ses fréquentations, Bill Weasley avait été désigné comme agent de liaison des trois amis auprès de la banque. Ils s'étaient également engagés à ce qu'une partie de leurs proches se soumettent aux mêmes règles de sécurité qu'on leur avait imposé, par peur d'un sombre complot sorcier qui convoiterait le précieux or gobelin. Ginny subissait donc ces mesures de sécurité en tant que conjointe du Survivant, et George également, Ron étant son partenaire financier chez les Sorciers Facétieux.
Une bonne vingtaine de minutes plus tard, le couple pu enfin rejoindre Bill qui les attendait dans le couloir, grimaçant d'être passé trois fois à travers un portail de sincérité : les ondes magiques n'étaient pas toujours très agréables, et elles avaient l'inconvénient de rendre la chevelure d'Harry encore plus hirsute qu'à l'ordinaire. Bill les accueillit avec un demi-sourire, et les entraîna dans un dédale de couloirs.
- Aller courage, peut être que d'ici quelques années, ils te feront un peu plus confiance et abaisseront les mesures de sécurité!
- Ça fait déjà plus de dix ans, fit remarquer Harry d'un air sombre.
- Tu es pessimiste, mon chéri, commentât Ginny, l'œil malicieux. Les gobelins ont fait des efforts, souviens toi, au début, ils voulaient te faire subir des fouilles corporelles.
Les deux Weasley éclatèrent de rire à ce souvenir, tandis qu'Harry esquissait un sourire. Ils s'installèrent dans un coin du bureau des briseurs de sorts - une pièce basse de plafond encombrée de différents artefacts destinés à repérer et neutraliser les maléfices et conjurations - et Harry exposa l'objet de leur visite, après que son beau-frère se fut enquis de sa convalescence.
- Eh bien justement, avec Gin', on s'est dit qu'il était temps de prendre des dispositions supplémentaires, au cas où il m'arrivait quelque chose. J'ai hérité du coffre de Sirius, explicita Harry. J'aimerais diviser la somme qu'il contient en quatre parts, et les répartir entre les enfants et Teddy, de manière à ce qu'ils puissent tous toucher cet argent à leurs majorités respectives, indépendamment de ce qu'il pourra nous arriver à Ginny ou à moi.
Ginny lança un regard éloquent à son frère. Son activité de correspondante spéciale pour le Quidditch à la Gazette du Sorcier comportait tout de même moins de risques potentiels que la profession de son époux. Exception faite, peut être, des matchs où se rencontraient les Flèches d'Appleby et les Frelons de Winbourne.
- Très bien, fit Bill après avoir pris quelques notes. Tu souhaites conserver ce coffre, ou tu veux le clôturer? Tu pourrais faire transférer la somme sur votre coffre, par exemple.
- Je n'ai pas de préférence, faisons en fonction de ce qui est le plus facile à administrer.
- Et as tu une idée de la somme présente sur ce coffre?
- Non, pas vraiment. Je n'ai jamais touché à ce coffre, depuis que j'en ai hérité, celui de mes parents suffisait largement.
Effectivement, les dépenses courantes d'un collégien n'avaient pas vraiment entamé le trésor hérité de la famille Potter, et l'apport régulier de la paie d'un auror avait permis de maintenir le coffre à un niveau de galions très largement acceptable. Bill hocha la tête et se leva, emportant une brassée de parchemins avec lui.
- Le mieux, c'est que j'aille consulter le solde de la somme présente sur le compte, et les conditions d'administration de celui-ci. On avisera en fonction des informations.
Bill réapparut au bout d'une vingtaine de minutes, disparaissant presque sous une montagne de parchemins.
- C'est toujours un peu compliqué, les registres répondent à la magie des gobelins, et non celle des sorciers, expliqua Bill en réponse au regard interrogateur de sa sœur. Ça demande pas mal de paperasse, figure toi.
Il déversa son fardeau sur un bureau, et se laissa tomber dans son siège.
- Alors... Harry, tu m'as bien dit que tu voulais disposer du contenu du coffre de Sirius, c'est ça? Tu as des droits uniquement sur ce coffre ci ? Car il y a un deuxième coffre au nom des Black.
- Je crois que j'ai seulement accès au coffre de Sirius, fit Harry en fronçant les sourcils. En tous cas, il n'y a jamais eu mention d'un autre coffre.
- Cela doit être le coffre familial des Black, expliqua Bill. Il est situé dans la partie spéciale de la banque, précisa t-il en haussant les sourcils d'un air éloquent. Sirius n'en a jamais fait mention?
Harry secoua la tête en dénégation.
- Je pensais qu'il avait hérité du coffre de ses parents, justement. Si ce coffre n'est pas à moi, il doit avoir atterrit dans les mains d'un des cousins de Sirius, achevât-il en une grimace.
- Pour être précis, Sirius a hérité de ce coffre en 1985, de Walburga Black, indiqua Bill en consultant un parchemin.
- C'était sa mère, je crois. Tu sais, l'adorable créature du portrait de l'entrée, au Square Grimmaurd...
- Et le registre indique qu'à la mort de Sirius, le coffre a échu à une certaine Procya Black. Ça vous dit quelque chose? Fit Bill en relevant le nez de son parchemin.
Harry et Ginny échangèrent un regard surpris.
- Rien du tout. Mais je ne suis pas non plus un grand connaisseur de la généalogie des Black...
- Et puis la plus proche parente vivante de Sirius, c'est Andromeda, non? Interrogea Ginny en fronçant les sourcils. A moins qu'elle soit exclue de l'héritage des Black car elle a épousé un né-moldu? Ajoutât-elle en grimaçant.
- Je ne pense pas, fit Harry d'un air songeur. Sinon, je n'aurais pas pu hériter du Square Grimmaurd, je suis un sang-mélé... Mais pourquoi j'ai hérité de cette maison et du coffre de Sirius, mais pas du coffre familial? Peut être que le Square Grimmaurd ne m'appartenait pas vraiment, s'alarma Harry.
Bill secoua la tête.
- Les héritages sorciers sont parfois compliqués, surtout dans ce genre de famille très ancienne. En dépit des volontés des défunts, il y a souvent des sortilèges de propriété qui limitent les héritages à certaines conditions, du genre avoir un sixième orteil au pied gauche et des poils dans les narines...
- On ne sait jamais quelles difformités physiques peuvent engendrer la consanguinité, professa Ginny.
- Ton autorité sur Kreattur était bien la preuve que tu étais l'héritier de Sirius, et Kreattur était lié à cette maison, tu en es donc le propriétaire légitime, explicita Bill.
- Mais attends... Le professeur Dumbledore m'a dit que cette maison était léguée au dernier héritier mâle direct de la famille Black, elle appartenait donc à Sirius quand son père est décédé, non?
Bill haussa les épaules.
- Je suppose, oui.
- Mais… Sirius disait que sa mère y a habité jusqu'à sa mort!
- Mon chéri, au vu de la relation que Sirius entretenait avec sa mère, et le fait qu'il détestait cette maison, je ne pense pas qu'il en ai réclamé la propriété quand sa mère était encore vivante. Techniquement, rien ne l'empêchait d'y vivre tant que son fils ne la jetait pas dehors.
- Donc, Harry serait bien propriétaire du coffre de Sirius et du Square Grimmaurd, mais le coffre familial des Black serait soumis à un autre système d'héritage, c'est ça ? Résuma Bill pour recentrer le débat.
- Mais on ne sait pas qui est cette Procya Black, fit Harry.
- Et alors ? Elle a probablement hérité d'un coffre rempli de vieilles dagues poussiéreuses et de bouquins sur la pureté du sang, grand bien lui fasse.
- Justement, quand je vois ce que contenait le coffre des Lestrange, et ce qu'on a retrouvé au Square Grimmaurd, je préfère savoir qui a hérité des trésors de cette famille de dégénérés, expliqua Harry à son épouse. Ce serait dommage que mon service se retrouve à enquêter sur un trafic de grimoires maléfiques mis en circulation par une héritière un peu tarée. Il se tourna vers son beau-frère : tu en sais plus sur la propriétaire ?
- Non, les registres mentionnent seulement les noms des propriétaires et l'année où ils en ont pris possession. Et je ne peux rien te dire sur les mouvements de ce coffre tant que je n'en suis pas le référent, ajoutât-il, anticipant la demande d'Harry.
- D'accord, tant pis. Je crois quand même que par précaution, je vais enquêter sur cette personne.
Finalement, Harry choisit de conserver le coffre de Sirius pour pouvoir mieux administrer la somme qu'il contenait. Le coffre abritait encore un énorme tas de gallions, alors que Sirius avait dépensé pas mal de son argent pour s'acheter une maison en quittant Poudlard : le leg initial de l'oncle Alphard avait dut être faramineux.
D'un commun accord, Harry et Ginny décidèrent de doter chacun des enfants de 1 500 gallions. C'était déjà très généreux pour démarrer dans la vie, et il serait nécessaire de les sermonner pour ne pas qu'ils dépensent ces sommes à tort et à travers. Le couple préféra se donner le temps de réfléchir à comment investir le reste du contenu du coffre. Hermione avait toujours un tas de projets caritatifs à faire financer, ou peut être que le laboratoire de recherche de Sainte-Mangouste aurait besoin de nouveaux fonds.
Après près de 45 minutes de procédures de sécurité - c'était encore plus long de vérifier qu'Harry n'avait dérobé aucun gallion ou objet de valeur - ils quittèrent enfin la banque, et transplanèrent au Terrier pour récupérer leurs enfants, qu'ils avaient laissés sous la bonne garde de leurs grands-parents durant leur rendez-vous. Les trois petits Potter se précipitèrent vers leurs parents dès qu'ils eurent poser un pied dans la cuisine. Chaque enfant criait plus fort que l'autre, afin d'obtenir l'attention d'un parent et pouvoir lui raconter toutes les merveilleuses aventures de sa journée.
- Mamaaaaaannnn! A l'école, Willy Sturbs il a mangé une grosse limace!
- Papapapapapapapapapa
- Papy Arthur m'a donné une image de dragon ! Regarde, il est beau le dragon hein ?
- Et même qu'après la maîtresse elle a du l'emmener à l'infimirie
- Papapapapapapapa…
- Il y a des dragons verts, des dragons rouges, des dragons noirs, des dragons bleus…
Harry prit dans ses bras sa fille qui continuait de répéter "papapapapa" et l'embrassa, à son plus grand ravissement. Arthur et Molly les attendaient dans le salon, et bientôt, toute la petite famille fut invitée à rester pour le dîner, le rendez-vous à la banque ayant été plus long que prévu. Molly fit une fois de plus une démonstration spectaculaire de ses talents de cuisinière en préparant d'un coup de baguette une tarte à la mélasse, le dessert préféré des garçons. Lily cassa trois verres en voulant aider son père à mettre la table, mais ses grands-parents pardonnèrent bien volontiers leur adorable petite-fille.
Les enfants protestèrent avec véhémence quand il fallut rentrer pour se coucher, bien qu'il y ait école le lendemain. A leurs yeux, le Terrier était un royaume magique où leurs grands-parents les laissait presque tout faire, à part peut être déranger la fameuse collection de prises électriques de grand-père Arthur. La menace de les livrer aux dragons de l'oncle Charlie ne fonctionna pas, mais celle de trier les dossiers de l'oncle Percy se révéla en revanche très efficace, et les enfants se précipitèrent vers la cheminée. Après que tout le monde se soit lavé les dents et ai eu fait un dernier tour aux toilettes, on éteignit les lumières, et les deux parents purent enfin profiter d'un peu de calme.
- Tu compte commencer ton enquête comment? Interrogea Ginny quand son mari se glissa sous les couvertures.
- Je vais voir le registre des sorciers au Ministère, il devrait y avoir une adresse pour ce nom, se sera un début!
-o-
Le lundi matin, Procya était revenue à Beauxbatons par cheminée. Quand elle déboucha dans la célèbre Galerie des Âtres, elle retrouva l'effervescence typique du lundi matin. C'était près de 4 000 élèves qui rejoignaient chaque semaine leur académie. En conséquence, le gardien en charge du réseau et plusieurs surveillants veillaient chaque jour sur les arrivées et les départs par cheminette.
Scrutant la foule, elle cherchait à repérer ses amis. On lui tapota l'épaule, et elle se retourna pour faire face à une jeune fille aux cheveux courts. En souriant, elle lui fit la bise.
- Tu as passé un bon week-end ? S'enquit Procya, alors qu'elles sortaient toutes deux de la galerie grouillante de monde.
- Assez tranquille, répondit son amie. Il est tout juste huit heures, on a le temps d'aller poser nos sacs dans notre chambre avant le début des cours, non ?
Elles prirent la direction d'un grand bâtiment à trois ailes, qui abritait l'internat de Beauxbatons. La chambre qu'elles partageaient était située au deuxième étage, et elles croisèrent nombre de leurs condisciples dans les majestueux escaliers en acajou. Rien n'avait bougé depuis leur départ du vendredi soir. Le lit situé à gauche était fait, avec une rangée de coussins soigneusement alignés. Une pile de livre était empilée sur la table de nuit adjacente. L'autre lit était encombré de draps froissés, de plusieurs parchemins, et même d'une paire de chaussures.
Procya se dirigea vers le lit ordonné, et entreprit de ranger ses vêtements pour la semaine dans les tiroirs en bois situés en dessous du meuble. Son amie se contentât de renverser son sac sur le matelas, déversant en pêle-mêle plusieurs paire de chaussettes, un gros grimoire, et une réserve assez substantielle de patacitrouilles.
- Chiara, sérieux, grogna Procya. Tu peux pas ranger un peu mieux tes affaires ?
- Les personnes désordonnées sont bien plus intelligentes que les personnes maniaques de l'ordre, des études l'ont prouvé, répliqua son amie. Et puis tu finis toujours par craquer et lancer des sortilèges de rangement, alors...
- Désordonnées... ? C'est plus de la désorganisation à ce niveau là, c'est carrément du chaos...
- On parle de chaos ? Me voilà ! Claironna un adolescent blond en rentrant dans la chambre. Je vous ai manqué ?
- Salut Duncan, fit Chiara en se tournant vers le nouvel arrivant. Comment s'est passé ton week-end ?
- Éreintant, j'ai passé tout mon dimanche à plancher sur mon devoir de potion. Vous avez terminé le votre ?
- J'ai abandonné l'idée d'avoir de bonnes notes dans cette matière depuis un moment, répondit Chiara. Et toi Procya ?
- Quatre-vingt-dix centimètres de parchemin sur l'utilisation du philtre de mort vivante ! Répondit son amie en brandissant un rouleau de parchemin. D'ailleurs, c'est l'heure d'aller en cours.
Les trois amis rejoignirent un bâtiment flanqué de deux tours pour assister à leur cours de potion. Procya et Duncan remirent deux épais rouleaux de parchemin à leur professeure en guise de devoir, tandis que Chiara se contentât de quelques feuillets.
- Bien, merci à tous de m'avoir remis vos compositions. Je les corrigerais rapidement, pour vous les remettre lors de notre prochain cours jeudi, les informa la professeure Atlan. Ils vous donneront une idée de votre niveau pour les BUSES.
Elle dévoila la potion qu'ils étudieraient ce jour, et rapidement, la classe s'emplit de fumées colorées émanant des chaudrons. À midi, ils se rendirent dans l'une des nombreuses salles à manger de Beauxbatons. Il y en avait huit, chacune nommée selon un plat typiquement français, et ils choisirent de se rendre dans la salle « Tatin », aux murs drapés d'élégantes tapisseries aux tons caramel. Duncan et Procya entreprirent de débattre de l'intérêt de l'herbologie et Chiara les ignora, habituée à leurs chamailleries. Elle entreprenait de garnir son assiette de bœuf bourguignon, quand un jeune homme de haute taille vient s'asseoir à ses côtés.
- Papa et maman seront absents ce week-end, lui apprit-il en italien. Des amis avaient des places en trop pour le concert de Célestina Moldubec à la Scala de Milan, alors ils en profitent pour passer le week-end là-bas.
Chiara se contenta de goûter son plat en attendant la suite, soupçonnant que son frère Guillermo avait une idée derrière la tête.
- J'aimerais profiter de ce week-end pour être complètement tranquille, sans personne, pour pouvoir avancer sur la rédaction de mon essai, ajoutât-il d'un air détaché.
- Et ton essai, il ne s'appellerait pas Manon Duvivier, par hasard... ?
- Bon, ok, tu veux quoi ?
- Huuuum... Je dirais que ça vaut au moins deux dissertations en métamorphose.
- Une, et je t'aiderais sur les plans de quelques autres devoirs ?
- Vendu !
L'air enthousiasme, il quitta la table pour aller rejoindre une jeune fille à la superbe chevelure auburn, qui lui adressa un sourire radieux et glissa son bras sous le sien alors qu'ils quittaient la salle. Chiara se tourna vers Procya qui s'était lancée dans une plaidoirie enflammée sur combien il était dégouttant d'avoir les mains pleines de terre.
- Je vais passer le week-end chez toi, l'informa t-elle.
- Oh, d'accord, accepta Procya, qui n'avait pas suivi la conversation en italien de son amie. Par contre, je dois aller rendre visite à mon grand-père samedi, Vivian a besoin d'une potion contre la perte des poils, l'informa t-elle en évoquant son boursouf de compagnie.
- Ça me fera plaisir, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu !
- Ton grand-père a des potions pour les boursoufs ? Intervint Duncan. Mais je croyais qu'il était moldu ?
- Il est moldu, acquiesça Procya. Mais il est aussi vétérimage, enfin, assistant vétérimage.
- Mais comment c'est possible ? S'étonna Duncan.
- Il était vétérinaire – comme un vétérimage, mais pour les animaux non magiques – et quand il s'est retrouvé à la retraite, il s'ennuyait. Il se passionnait pour les créatures magiques depuis un moment, depuis que ma mère avait commencé ses études. Elle lui a fait rencontré un jeune vétérimage et ils se sont tellement bien entendus, qu'il lui a proposé de devenir assistant dans son office, expliqua Procya en souriant à l'évocation de son grand-père.
- Mais... Comment il fait pour soigner les animaux ? Il n'a pas de baguette ! S'exclama t-il en fronçant les sourcils, ne sachant si son amie était sérieuse ou se payait sa tête.
- Pas besoin d'une baguette ou simplement de capacités magiques pour savoir qu'une salamandre a la gale des écailles, répondit Procya en haussant les épaules. Il prescrit un peu de poudre de piment et c'est bon. Mais il ne s'occupe que des cas les plus simples et les plus basiques, précisa t-il en voyant Duncan ouvrir la bouche pour poser d'autres questions.
- Il faut que je le rencontre ! Moi aussi je peux venir passer le week-end chez toi ?!
Il prit un air implorant, et Procya consulta Chiara du regard.
- Accepte, soupira celle-ci, ou il ne nous lâchera pas...
- Ouais ! Fit leur ami en brandissant son poing vers le ciel.
Il serra Procya dans ses bras à lui en fêler les côtes, avant de filer avant qu'elle ne change d'avis. Elle soupira : elle regrettait déjà sa décision...
Le mercredi soir, la plupart des élèves de l'académie convergèrent vers l'amphithéâtre afin d'assister à la finale du concours annuel de rhétorique. Postée à proximité de la vaste scène, la directrice adjointe Isadora Othello tentait d'étouffer un bâillement derrière sa main. Elle sentait la migraine la guetter et elle se massa les tempes du bout des doigts. Elle poussa un long soupir et regarda le vaste amphithéâtre se remplir progressivement. Il était bientôt dix-huit heures, et elle savait qu'elle ne rentrerait pas chez elle avant au moins deux bonnes heures.
Chaque année c'était la même chose, elle devait se coltiner ce stupide concours de rhétorique. « Enfin Isadora, le concours de rhétorique est l'une des plus anciennes traditions de notre vénérable institution ! » lui rappelait doctement Olympe à chaque fois qu'elle maugréait contre ce concours. Très clairement, Isadora n'en avait rien à faire des vénérables institutions. D'ailleurs, on pouvait qualifier son canapé de « vénérable institution » lui aussi – il avait appartenu à sa bien aimée grand-tante Petronilla – et elle rêvait de le retrouver. Mais non. Ses attributions de Directrice Adjointe lui imposait de participer à toutes les grandes célébrations et réunions de Beauxbatons, et en plus, Olympe en profitait pour lui refiler l'essentiel de l'organisation, se contentant quand à elle de prononcer des discours pompeux sur l'importance de former les jeunes générations à l'art de l'éloquence.
Comme si les jeunes générations en avait quelque chose à faire de l'éloquence ! De là où elle était, elle avait déjà repéré au moins trois couples qui se comportait de façon un peu trop familière – les jeunes gens ont des poumons en acier, enfin quand même – et qu'elle aurait déjà mis mal à l'aise avec un petit toussotement dans leur dos si elle était en forme.
Mais pour le moment, Isadora Othello ne pensait qu'à son canapé et à combien elle détestait son amie Olympe quand venait l'heure de la finale de ce stupide concours. Elle vit une jeune fille brune se diriger vers elle, et elle se redressa pour se donner contenance.
- Procya Roisnel, la reconnut-elle en consultant sa liste. Vous avez choisi un sujet sur les fées, c'est bien ça ? Vous passerez en troisième, vous pouvez aller vous asseoir sur la chaise correspondante. Bonne chance !
Procya la remercia et s'éloigna pour aller s'asseoir, pendant qu'Isadora consultait sa liste en maugréant. Seulement deux candidates sur cinq étaient arrivées, le concours devait pourtant débuter à dix-huit heures, ces jeunes n'avaient vraiment aucun sens de la ponctualité...
Quand les-dits jeunes se pointèrent finalement, ils se ratatinèrent à la vue de leur Directrice Adjointe qui arborait son regard noir le plus efficace, et filèrent le plus vite possible vers leurs chaises. Isadora se racla la gorge pour se donner contenance, fronça les sourcils pour adopter sa mine la plus sévère et dans un mouvement de robe des plus dramatique, elle rentra sur la scène.
Sa seule apparition fit taire toutes les conversations et tous les regards de l'amphithéâtre – à peu près 500 paires d'yeux de sales gosses impressionnés par sa prestance – se tournèrent vers elle. Ravie de son petit effet, elle se tint bien droite au milieu de la scène.
- Jeunes gens, susurra t-elle suavement, je vous prie de faire silence pour accueillir notre directrice...
Elle applaudit poliment Olympe qui entra à son tour sur la scène – bon, tout le monde avait quand même vu ses chaussures qui dépassaient des rideaux des coulisses – et fila s'effondrer dans un siège au premier rang pour profiter d'un peu de répit. Elle n'écouta que d'une oreille le discours de la directrice, elle le connaissait par cœur : chers élèves, vraiment ravie que ce concours ai toujours autant de succès, nous voilà déjà à la finale, alala que le temps passe vite, vous êtes vraiment trop forts, et maintenant voici les finalistes, applaudissez les bien fort, oui hourra bravo, à vous jeunes gens.
Isadora reconnut la première participante : il s'agissait d'une jeune fille rousse, élève en sixième année. Elle tritura ses parchemins pendant tout son temps de parole, mais il lui sembla qu'elle défendait assez brillamment l'idée que les fantômes ne pouvaient être, puisqu'ils avaient été. Quand elle vit monter sur scène le deuxième candidat, elle sortit discrètement un numéro de Sorcière-Hebdo d'une poche de sa robe, pour s'intéresser à la grille de mots croisés du mois. Elle connaissait bien Simon Mener pour l'avoir convoqué à plusieurs reprises dans son bureau afin de le sermonner sur son attitude en classe. Il s'était tenu à carreau pendant les deux épreuves précédents, mais elle soupçonnait fortement que sa participation était un canular à destination de ses camarades.
Elle finit par relever la tête en entendant les rires enthousiastes des adolescents dans le public. Elle tourna la tête et remarqua le visage grognon du professeur Dutilleul au deuxième rang. Elle ignorait quelle plaisanterie le jeune homme avait pu raconter au sujet de son professeur, mais il pouvait désormais se considérer comme abonné au « Piètre » sur ses copies de Sortilèges pour le reste de l'année. Elle soupira en prenant mentalement note de convoquer une énième fois le jeune Simon pour une petite conversation.
Elle fut forcée d'écouter les autres candidats, car Olympe s'était finalement aperçue que sa collègue était plongée dans un magazine. Elle lui faucha honteusement, la condamnant à faire semblant d'écouter les discours – en réalité, elle faisait mentalement sa liste de courses – en arborant un sourire approbateur. Procya Roisnel se leva à son tour, avec une expression de confiance sereine sur le visage. Elle se tenait bien droite et adressa des sourires charmeurs à l'audience. Isadora trouvait les sourires charmeurs bien trop surfaits : avec un silence glacial et des sourcils froncés, on arrivait à bien plus de résultats qu'en étant charmant, mais bon, chacun son style.
La jeune fille disposa soigneusement ses notes sur le lutrin, but une petite gorgée d'eau et se lança.
- Les fées sont des créatures bien connues des sorciers, mais la plupart d'entre nous ignorent que ces petites bestioles sont également bien connues des moldus. Certes, les fées ne sont pas les seules créatures magiques dont les moldus ont vaguement connaissance, mais ce sont certainement celles qui rencontrent le plus franc succès auprès d'eux – à l'exception peut être du kelpy qui peuple le Loch Ness. Dans leur touchante naïveté concernant tout ce qui touche la sorcellerie, les moldus ont tendance à qualifier de « magique » toutes les innovations technologiques qu'ils ont développé, mais dont ils ne comprennent pas toujours les principes de fonctionnement. C'est ainsi qu'au 20ème siècle, l'expression « fée électricité » est apparue chez les moldus...
Isadora ne comprit pas tout – c'était quoi cette histoire d'éklektrikité de moldu ? - mais elle jugea le discours plutôt réussi, et les spectateurs avaient visiblement la même opinion, car ils applaudirent chaleureusement. Le quatrième participant fut moins chanceux et perdit tout ses moyens. Il s'agissait d'un élève de troisième année qui avait brillé lors des précédentes étapes du concours, mais qui bégaya pendant plusieurs minutes à propos de l'esprit du droit magique au Portugal. Ses quinze minutes de parole parurent une éternité à toute la salle.
Isadora bailla une fois de plus, et regarda sa montre discrètement. Dix-neuf heures trente, nom d'un hibou ! Mais qu'on arrête cette torture, par Merlin ! Son canapé était probablement en train de se morfondre de sa présence, et il lui ferait payer son retour tardif en grinçant des ressorts pendant une semaine. Elle fixait d'un œil noir la dernière participante, qui récitait une supplique larmoyante pour rétablir l'usage des paniers au Quidditch. La Directrice Adjointe de Beauxbatons trouva son discours stupide et inutilement sentimental, mais elle faisait visiblement preuve de mauvaise foi puisque tout l'amphithéâtre éclata en applaudissements et vivats. Eh bah super, autant pour sa migraine...
Olympe lui donna un coup de coude et Isadora se redressa dans son siège en grimaçant. La demi-géante oubliait constamment qu'elle était une demi-géante et qu'un coup de coude discret de sa part était l'équivalent d'un violent coup de batte dans les côtes. Elle devrait peut être penser à demander une augmentation pour risques physiques au travail alors qu'elle se composait une expression digne pour annoncer à la foule que le jury des professeurs se retirer pour délibérer.
- Les discours de cette année étaient tous formidables ! S'extasia Pauline Latrempe, en entrant dans la loge où ils s'entassaient pour voter.
- Pauline, vous trouvez tout formidable, tant qu'il s'agit des élèves, marmonna le professeur Jarvet en levant les yeux au ciel.
- Excusez-moi de trouver important d'encourager tous ses jeunes esprits à se développer, Falco ! S'indigna la professeure de Runes en levant le nez d'un air digne.
- Qui vote en faveur du premier candidat ? Les coupa Olympe Maxime, qui commençait elle aussi à avoir envie de rejoindre ses appartements.
Dans l'amphithéâtre, Chiara s'étira et se tourna vers la jeune fille noire assise à ses côtés.
- Alors Aurélia, quels sont tes pronostics ?
Sa compagne prit l'air songeur en consultant les notes qu'elle avait prises lors des différentes allocutions.
- Pas facile. Moi j'ai préféré la candidate qui a parlé des fantômes, mais les profs vont sûrement voter pour celle qui a péroré sur les paniers au quidditch... Le sport, c'est un sujet qui plaît toujours.
- Et Procya, elle saura en quelle position, à votre avis ? Intervint un garçon assis derrière elles.
- Je paris sur la troisième place, énonça Aurélia. Les deux autres filles ont été meilleures.
- Je prends le pari ! Fit joyeusement le garçon en enjambant le gradin pour se laisser tomber sur un siège vide près de Chiara. Quel est l'enjeu ?
- Aucun, Mathieu, répondit sombrement Aurélia. Tu as réussi à me dépouiller de cinq gallions lors du dernier match de Quidditch, alors non merci...
- Intéressée, l'italienne ? Ajoutât-il avec un clin d'œil à l'attention de Chiara.
- Certainement pas, j'ai pas envie de me retrouver dans tes combines pourries, répondit la concernée en le regardant d'un air méprisant.
L'adolescent haussa les épaules et se leva pour aller à la recherche de camarades plus enclins à réaliser des paris de dernière minute.
- C'est moi, où il est de pire en pire à chaque fois que je lui adresse la parole ?
- Oui, mais il est tellement craquant, soupira Aurélia.
Son amie lui jeta un regard sévère.
- Oh, ça va... Je préférerais me laver les dents avec du jus de bulobub plutôt que l'avouer devant lui, mais aussi agaçant qu'il soit, tu ne peux que convenir qu'il est plutôt... Décoratif.
- Qui est décoratif ? Demanda Procya en s'installant près de ses amies.
- Mathieu, celui qui est dans la classe d'Aurélia. Enfin, d'après elle.
- On sait tous que Chiara n'a aucun goût en matière de garçons, mais avoue, il est sexy hein ?
Procya promena son regard sur la foule pour repérer Mathieu, qui était déjà en train d'empocher une poignée de mornilles que lui tendait une cinquième année à l'air renfrognée.
- Il est pas mal, si on aime le genre agaçant, convint Procya. Alors, vous en avez pensé quoi ?
- C'était bien mais à mon avis, tu as choisi un sujet de niche : la plupart des gens n'auront pas compris les références moldues, analysa Aurélia.
- Elle a prédit que tu aurais la troisième place, précisa Chiara.
- Tant que j'ai une place sur le podium... Fit Procya en haussant les épaules.
- Il faut que tu puisse briller, hein ? Commentât sa compagne de chambrée.
- Tu comptes tenter un truc avec Mathieu ? Préféra s'intéresser Procya.
Aurélia se mordit les lèvres sans répondre, et ses amies échangèrent un regard blasé.
- Oh, Aurélia, il faut que tu te lances !
- Ouais, ça fait trois mois que tu nous en parles, ça devient lourd... Soupira Chiara.
- N'importe quoi, ça fait pas trois mois ! Répliqua vertement Aurélia. Et puis de la part de la fille qui n'est pas capable de dire à Olga qu'elle lui plaît...
Les joues de Chiara s'empourprèrent et elle marmonna quelque chose sur le fait qu'elle préférait être sûre. Les jeunes filles étaient encore à se chamailler sur les histoires sentimentales, quand Madame Maxime refit son apparition sur la scène. Aussitôt, le silence se fit dans la salle.
- Chers élèves, je vous remercie une fois de plus pour toutes vos participations cette année. Je connais votre impatience, aussi, je vous ne vous ferais pas attendre plus longtemps...
Dans les coulisses, Isadora ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
- À la cinquième place... Simon Mener !
Le cinquième année se leva dans les gradins, adressant de grands saluts ironiques à la foule qui l'applaudissait, et rejoignit la scène sous les sifflets de ses amis. Il serra la main de Madame Maxime – elle avait visiblement un peu forcé vu la grimace que fit l'adolescent – et alla s'installer dans un coin de la scène. La quatrième place échut au garçon qui avait perdu ses moyens, mais il semblait content de ne pas se retrouver dernier. À la surprise des trois amies, la jeune fille qui avait parlé Quidditch fut classée troisième.
- Tu vas peut être gagner ! Souffla Chiara à son amie.
Aurélia entourant ses épaules de son bras, fixant la scène avec intensité alors que leur directrice faisait durer le suspens pour les deux premières places.
- En deuxième position... Procya Roisnel !
Aurélia souffla et Procya se leva avec un petit sourire. Chiara lui pressa le bras en ajoutant qu'au moins, elle était sur le podium. Procya descendit les gradins jusqu'à la scène, tandis que le groupe de supporters de la gagnante laissait éclater sa joie quelques rangs plus haut. Madame Maxime l'accueillit avec un sourire et lui serra la main un peu plus longuement que les autres élèves.
- C'était brillant, Procya, commentât-elle. J'espère que vous poursuivrez dans cette voie !
- Je vous remercie, madame, se contentât de répondre la jeune fille avec un gracieux sourire, en recevant une médaille argentée des mains de Madame Othello.
Voici pour ce deuxième chapitre !
Quelques éléments sur l'idée derrière cette fanfiction : je suis une fan de fanfics depuis toujours et j'adore l'idée qu'on retrouve certains scénarios récurrents dans les différents univers d'écriture. J'ai décidé de partir d'un scénario "classique" de fanfiction (ici, l'enfant caché) en me basant sur les livres pour rendre mon récit plausible, sans réécrire l'histoire d'origine (même si l'ajout d'un personnage inconnu et inattendu change toujours la donne ^^")
Je vous dis à vendredi pour le troisième chapitre !
