Chapitre 3 : L'enquête
Le lendemain de sa visite à Gringotts, Harry arriva tôt au Ministère pour descendre aux archives. Pour des raisons de confidentialité, le registre compilant le nom et lieu de résidence de tous les sorciers résidant au Royaume-Uni n'était consultable que par un nombre restreint de personnes. Même les aurors devaient rédiger une note explicative pour obtenir des informations issues de ce registre. En tant que Directeur du Bureau des Aurors, il y avait peu de chance qu'on pose des questions à Harry, mais il préférait quand même rester discret.
Il salua d'un signe de la tête le vieux sorcier ridé qui gardait les archives. Celui-ci avait constamment l'air de somnoler, bien calé au fond de son fauteuil, les yeux mi-clos. Mais Harry savait qu'il ne fallait pas s'y fier : alors qu'il n'était encore qu'un jeune auror débutant, l'archiviste avait faillit lui trancher un ou deux membres. Harry s'était trompé de clé en tentant de déverrouiller une armoire à documents, et avait ainsi déclenché l'alarme anti-intrusion du lieu. Après avoir arraché Harry aux mains du terrible archiviste, son formateur lui avait assuré qu'on ne pouvait pas être un auror aguerri tant qu'on avait pas affronté le "dragon des archives".
Harry se dirigea vers un vieux pupitre en bois, sur lequel était posé un énorme grimoire en cuir. Le registre des sorciers affichait les noms soit par zone géographique, soit par ordre alphabétique, selon le sens dans lequel on l'ouvrait. Choisissant l'ordre alphabétique, Harry parcourut les pages consacrées aux "B". Après quelques instants, il fronça les sourcils. Aucune sorcière - ou sorcier, il n'était pas très sur que "Procya" soit un prénom exclusivement féminin, les sorciers ayant des goûts particuliers en la matière - ne répondait au nom de Black.
Il contempla pensivement les rayonnages d'archives. Cette personne était peut être décédée, le registre n'affichait que le nom de sorciers vivants. Ou alors mariée, portant le nom de son mari ? Peut être que les registres gobelins ne prenaient en compte que le nom de jeune fille ? Il faudrait qu'il pose la question à Bill. Harry envisagea un instant de parcourir l'ensemble du registre pour chercher toutes les personnes se nommant "Procya", mais renonça : le registre recensait des milliers de personnes, la tâche était quasi-impossible. Il devait d'abord se renseigner un peu plus sur les héritages sorciers et la généalogie des Black, avant de poursuivre ses recherches.
Il eut l'occasion d'en discuter avec Bill le dimanche suivant, au Terrier. Arthur et Molly invitaient régulièrement l'ensemble de leur famille à des déjeuners dominicaux, chacun étant présent en fonction de son emploi du temps. Harry participait régulièrement à la surveillance de la prison d'Azkaban, comme tous les aurors, et s'absentait à peu près tous les deux mois. Quant à Ginny, elle avait longtemps participé à des matchs le week-end quand elle jouait avec les Harpies de Holyhead, et était encore régulièrement sollicitée le dimanche pour couvrir des matchs, en tant qu'envoyée spéciale de la Gazette du Sorcier.
Charlie était rarement présent, travaillant dans une réserve de dragons à l'autre bout du globe. Arthur, Hermione et Percy, qui travaillaient au Ministère, avaient parfois un dossier urgent qui leur tombait dessus sans prévenir. C'était particulièrement vrai pour Percy, qui avait un jour était victime de la chute d'une armoire à documents, renversée par un lot de balais défectueux et un peu agressifs que son département avait confisqué. Les autres étaient moins pris par leurs carrières, mais une petite grippe ou d'autres engagement sociaux pouvaient toujours survenir parmi une famille aussi nombreuse.
Ce jour-là, l'ensemble de la famille Weasley était présente, à l'exception de Charlie, qui devait venir passer des vacances en Angleterre quelques semaines plus tard. On avait dégusté le dessert, et Arthur avait entraîné avec lui dans le salon une bonne partie des enfants, en leur proposant de jouer au Twister. Le grand-père avait découvert ce jeu lors de l'une de ces excursions régulières dans le monde moldu, dans lequel il osait enfin s'aventurer seul après avoir interrogé inlassablement Harry et Hermione à ce sujet.
Il aimait particulièrement explorer les magasins de jouets pour ramener ses trouvailles à ses petits-enfants, même s'il regrettait de ne pouvoir installer de console de jeu au Terrier. Les fameuses trouvailles étaient régulièrement testées par sa horde de petits-enfants. Charlie avait un jour fait observer que les entreprises qui créaient les jouets pour enfants moldus auraient beaucoup à apprendre de leur résistance face à des enfants sorciers. En plus d'être mâchouillés, projetés à terre ou renversés, les jouets confiés à de petits sorciers risquaient la combustion ou l'explosion dans les manifestations de magie involontaire.
Quelques enfants avaient préféré rester avec les adultes, qui terminaient le repas avec un thé : Lily s'était endormie sur les genoux de sa grand-mère, Louis boudait parce que son père avait refusé qu'il reprenne de la tarte et Hugo était fasciné par le ballet des brosses à vaisselle qui lavaient magiquement les assiettes.
- Dis moi Bill, tu pourrais m'en dire plus sur le fonctionnement des registres gobelins ? Est-ce qu'ils sont remplis manuellement, ou ils sont enchantés ? Demanda Harry en s'installant à ses côtés.
Son beau-frère lui sourit, en hissant son fils Louis sur ses genoux pour le consoler.
- C'est pour cette histoire du coffre des Black? J'ai vérifié quelques détails pour toi - non Louis, on ne tire pas les cheveux de Papa - et j'ai découvert des choses intéressantes. Les registres de Gringotts sont bien enchantés, mais selon les coffres, ils fonctionnent de deux façons différentes. Les coffres classiques sont administrés manuellement : quand le propriétaire d'un coffre meurt, les gobelins attendent les directives des notaires. Et il y a les coffres un peu plus particuliers…
- Comme ceux des Lestrange ou des Black…
- Exact, confirma Bill. Donc ces coffres destinés à une clientèle privilégiée sont enchantés. Tu as déjà vu les enchantements gobelins qui les protègent, mais les registres qui les administrent sont aussi enchantés, de manière à ce qu'ils désignent automatiquement le nouveau propriétaire du coffre. Et ce sont des registres très particuliers, crois moi, car ils répondent à une magie sorcière !
- Je croyais que les registres de Gringotts étaient enchantés par des gobelins ? S'exclama Harry.
- Pour les registres courants, oui. Mais pour ces coffres particuliers, il faut utiliser une magie sorcière pour repérer les émanations magiques d'un sorcier ! Et je peux te dire que de mémoire d'homme, on a jamais vu un sorcier approcher de ces registres spéciaux, donc ça doit dater !
Harry resta songeur un moment, tandis que Bill faisait apparaître des vapeurs colorées pour amuser son fils. Le petit garçon était fasciné par les volutes qui sortaient de la baguette et s'enroulaient autour de lui.
- Donc, ce coffre est enchanté de manière à ce qu'il soit automatiquement transmis à l'héritier des Black, même s'il est considéré un traître à son sang, sinon Sirius ne serait pas inscrit sur ce registre. Procya Black est donc la dernière descendante directe des Black, résuma Harry. Sais-tu si ces registres tiennent compte des mariages ? Je n'ai pas trouvé de personne enregistrée sous ce nom dans les archives du Ministère.
- Il faudrait que je re-vérifie pour en être certain, mais si j'ai bien compris ce que m'a expliqué mon collègue Wartack, le nom du nouveau propriétaire apparaît sur le registre au moment où l'ancien décède, car l'émanation magique de celui-ci disparaît. Si ta propriétaire mystère s'appelait Black à ce moment là, et qu'elle a changé de nom depuis, je ne pense pas que le registre en ai tenu compte.
- Les gobelins ne sont pas suspicieux, que tu pose autant de questions sur les coffres ? Ils savent parfaitement que je suis venu récemment, ils ne vont pas penser que tu prépares quelque chose ?
Bill haussa les épaules.
- Je leur ai suffisamment prouvé que j'étais digne de confiance ces dernières années. Les gobelins savent que les sorciers ont parfois besoin de certaines informations sur les coffres, et j'ai quelques collègues qui me devaient des services. Les gobelins n'aiment pas trop être débiteur de quelqu'un, tu sais, ajoutât-il dans un sourire.
Harry remercia son beau-frère et se leva pour rejoindre Ron dans le salon. En sortant de la cuisine, il fit signe à Hermione de le suivre. Avec un sourire d'excuse, elle abandonna sa conversation avec Angelina, et se leva. La partie de Twister avait prit une dimension dramatique. Percy avait mal compris les instructions, et avait posé sa main sur un rond rouge au lieu d'un bleu. Outrés par ce qu'ils considéraient être une tentative de tricherie éhontée, ses neveux et nièces s'étaient jetés sur lui en vociférant. Ron et Georges observaient la mêlée d'un air intéressé, tandis qu'Arthur consolait Dominique, qui s'était cogné le pouce dans la bagarre.
- Tu es sur que ton fils n'a pas du sang troll? Demanda Ron à son frère, alors que Frédérik mordait férocement Percy au mollet. Il a une technique d'attaque assez brutale, quand même.
- Je te déconseille de répéter ça devant Angelina, le prévint Georges. Elle est drôlement douée en métamorphose et la dernière fois que j'ai laissé traîner mes chaussettes par terre, elle a…
- Ron, tu as cinq minutes?
Ron suivit sa femme et son meilleur ami dans un coin un peu plus tranquille du salon.
- Tiens, ça faisait longtemps qu'on avait pas comploté tous les trois! Fit Ron en s'installant dans un canapé, attirant sa femme contre lui. Alors quel est le programme, un nouveau fou furieux veut dominer le monde? Harry, je croyais que c'était ton travail d'empêcher ça!
- Pas de chasse aux horcruxes prévue pour le moment, répondit Harry en souriant. Juste une enquête tranquille sur la généalogie des sangs-purs.
Harry entreprit de leur raconter ses découvertes sur le coffre des Black, et comment il cherchait à déterminer qui était la mystérieuse Procya Black.
- Elle peut effectivement s'être mariée, fit Hermione quand il eu terminé son récit. Mais elle peut aussi vivre à l'étranger, le registre de Ministère ne tient compte que des sorciers résidant dans le pays.
- Si je dois aussi chercher à l'étranger, ça va pas être simple, soupira Harry.
Hermione resta silencieuse, les yeux dans le vague. Ron et Harry l'observèrent sans rien dire, reconnaissant les signes indiquant qu'elle réfléchissait à une théorie.
- D'après Bill, le coffre va directement à l'héritier en ligne directe des Black, c'est ça ? Qu'il soit homme ou femme ? Demanda t-elle à Harry, qui confirma d'un hochement de tête.
Hermione l'observa d'un air songeur.
- Tu as considéré la possibilité que Sirius ai pu avoir un enfant ?
- QUOI ? ! S'exclamèrent ensembles Harry et Ron.
Heureusement, leur cri passa inaperçu au milieu de la cacophonie qui régnait dans la pièce. Percy avait réussi à échapper à la mêlée, et s'était excusé d'avoir gâcher la partie, proposant d'en recommencer une. Rose avait fondu en larmes : elle était sur le point de gagner ! Et la dispute avait repris de plus belle.
- Ou son frère, fit Hermione en poursuivant la conversation. Réfléchis : si il n'y a pas d'héritier en ligne directe dans une famille, l'héritage va au cousin ayant le degré de parenté le plus proche. Or, l'aînée de la branche secondaire des Black, c'est Andromeda !
- Mais… Quand est-ce que Sirius aurait pu avoir le temps d'avoir un enfant ? Questionna Ron. Ou son frère ! Ce vieux Regulus est mort très jeune, et Sirius a passé la majorité de sa vie en prison !
- On ne connaît pas tout de la vie de Sirius, fit observer Hermione, et encore moins celle de son frère. Et puis je te rappelle qu'il ne faut pas grand chose pour concevoir un enfant ! Sirius ou son frère n'ont peut être jamais su qu'ils ont eu un enfant, enfin, si ils en ont eu.
Le trio resta silencieux un moment, réfléchissant à cette possibilité. Le terrible drame de la partie de Twister avait pris fin, Molly était venue à la rescousse en proposant des biscuits aux enfants, détournant leur attention de la sinistre vengeance qu'ils fomentaient contre leur oncle. Pour consoler sa nièce, Percy avait pris Rose sur ses genoux et lui lisait l'histoire de Babbity Lapina.
Le calme étant revenu dans la pièce, Ginny s'aperçut que son mari et ses deux inséparables amis étaient anormalement silencieux, alors qu'ils semblaient discuter avec animation quelques instants auparavant. Elle se percha sur l'accoudoir du fauteuil où s'était assis Harry, et l'embrassa sur le front.
- Alors, quelles sont les nouvelles ?
- Eh bien, on réfléchit à quand est-ce que Sirius a bien pu devenir père, fit Ron d'un ton détaché.
- Ou son frère, précisa Hermione.
Ginny prit un instant pour considérer cette possibilité. Son mari l'avait tenue au courant de ses découvertes - ou plutôt, de son absence de découvertes - quand il avait consulté le registre du ministère.
- Pourquoi pas ? Je ne sais pas pour Regulus, mais si Sirius a eu un enfant, c'était probablement avant qu'il ne soit enfermé à Azkaban.
- Pourquoi avant Azkaban ? Questionna Hermione.
- Je doute qu'il ai eu beaucoup de possibilités de faire des rencontres galantes après qu'il se soit échappé d'Azkaban. Il était un criminel recherché, même chez les moldus. Bien sur, il est possible que ce soit quelqu'un qui ne l'ai pas reconnu, mais de toute manière, je pense qu'il avait d'autres préoccupations à ce moment.
- Ça se tient, commenta Hermione.
- Il a aussi pu avoir une relation avec une membre de l'ordre, fit observer Ron.
- C'est peu probable : de ce qu'on sait, seule Tonks a eu un bébé à cette époque, et…
- Dans tous les cas, ça ne change rien, fit Harry d'un ton un peu désespéré. Comment je peux retrouver la trace de cette personne si elle n'habite pas en Angleterre ? Je ne sais même pas si Sirius avait voyagé !
- C'est peut être la mère, qui voyageait, proposa Hermione. Essaie de te renseigner auprès des écoles de magie, leurs registres sont souvent ensorcelés, comme ceux de Poudlard. Tu peux aussi consulter les archives généalogiques du Ministère de la Magie, la plupart de celles des familles de sang-pur y sont stockées, ajoutât-elle.
- Comment ça se fait que j'étais pas au courant de ça ? S'indigna Harry.
- Parce que la plupart de ces familles préfèrent garder le secret sur le fait que leurs archives sont consultables au Ministère de la Magie, des fois qu'on retrouverait la trace d'un enfant adultérin, ou pire, d'un né-moldu dans leurs documents, précisa Hermione avec ironie.
- Mais toi, tu sais toujours tout, fit Ron en l'embrassant affectueusement.
L'après-midi touchait à sa fin, et tous se séparèrent pour rentrer chez eux. Ron et Hermione, qui n'avaient pas de cheminée magique dans leur maison moldue, sortirent dans le jardin pour transplaner avec leurs enfants. Les autres quittèrent le terrier par cheminée.
Ginny prit la cheminée la première, pour veiller à ce que ses fils arrivent bien à destination. Les deux garçons firent le voyage seul - ils étaient suffisamment grands pour ça et tenaient à le faire savoir - puis Harry les suivit en prenant sa fille dans ses bras. Il était déconseillé aux enfants de moins de 6 ans d'utiliser une cheminée seuls, ce qui convenait très bien à Lily : pourquoi ses frères, ces imbéciles, tenaient-ils tant à montrer qu'ils pouvaient prendre la cheminée tout seuls ? Elle préférait de loin voyager dans les bras de ses parents, en profitant pour leur faire d'énormes câlins.
Les Potter habitaient une vaste maison de campagne, un peu isolée, à proximité d'un petit bourg moldu. Le couple avait préféré habiter à proximité de moldus, en raison de leur popularité. Celle de Harry n'était plus à démontrer, mais Ginny était aussi devenue très reconnaissable auprès des sorciers, à travers sa carrière de joueuse de Quidditch chez les Harpies de Holyhead.
Le couple préférait de loin vivre dans un anonymat relatif, appréciant d'être considérés comme de banals moldus quand ils allaient faire leurs courses à la supérette du coin. Ils avaient même noué quelques liens avec certains habitants : Ginny participait au club de lecture, et ils discutaient régulièrement avec les autres parents à la sortie de l'école, puisque leurs fils étaient scolarisés à l'école du village.
Ils parlaient rarement de leurs occupations professionnelles à leurs voisins, prétendant tous les deux être des chercheurs. Ces prétendues activités de recherche avaient l'avantage d'expliquer leurs absences régulières - quand Ginny voyageait pour couvrir des matchs ou quand Harry était trop pris par ses fonctions chez les aurors - mais aussi de décourager les questions éventuelles, puisque le couple prétendait s'intéresser à l'utilisation de la serpillière par les domestiques des maisons bourgeoises au 18ème siècle.
Au contraire de Ron et Hermione, qui habitaient au sein d'un lotissement moldu et vivaient donc dans une maison équipée d'un réseau électrique et d'un système de plomberie classique, la maison des Potter était ensorcelée. L'habitation était soumise à un puissant sortilège d'anti-transplanage et divers enchantements qui garantissaient leur sécurité, éloignant tout autant d'éventuels admirateurs que d'autres visiteurs qui pourraient avoir des intentions plus belliqueuses.
Située à l'écart du village et à moitié masquée par un bois environnant, la maison avait un emplacement idéal pour les protéger de la curiosité de leurs voisins moldus. Les Potter pouvaient donc émerger de leur cheminée sans susciter la surprise d'un passant qui aurait aperçu la scène à travers une fenêtre. Après un après-midi avec leurs cousins, les enfants étaient surexcités. Harry et Ginny les envoyèrent jouer dans leurs chambres respectives pour qu'ils se calment un peu avant l'heure de la douche.
Ginny s'installa confortablement dans le salon avec une revue sportive, mais Harry s'isola dans la pièce qui faisait office de bureau. Des rayonnages de la bibliothèque, il tira une grande boîte en carton qu'il posa sur la table de travail, et en sortit des lettres écrites sur du parchemin jauni.
En rassemblant les quelques affaires que Sirius avait laissé au Square Grimmaurd, Harry avait retrouvé de vieilles lettres que son parrain avait échangé avec ses proches. Quand Harry lui avait fait part de ses découvertes, Andromeda avait elle-aussi exhumé quelques trésors de son grenier. Elle lui avait confié des copies de ses échanges avec son cousin préféré, ainsi que la correspondance de Remus et les effets personnels qu'il avait laissé dans la maison d'enfance de Tonks. Ces lettres étaient un trésor inestimable pour Harry, elles lui avait permis de mieux connaître ses proches, alors qu'il avait passé tellement peu de temps avec eux.
Harry avait donc appris qu'Euphémia Potter - sa défunte grand-mère - préparait un excellent ragoût de mouton ("Patmol, mon vieux, vient à la maison dimanche prochain, ma mère a promis de faire son ragoût"), que Lily avait une peur bleue des abeilles ("Vraiment, la blague de James était stupide! J'ai horreur de ces satanés insectes ! "), ou que son parrain s'était pris de passion pour les motos moldues après avoir manqué d'être renversé par un véhicule de ce type à Londres ("Remus, tu vas pas me croire, mais cet imbécile s'est relevé d'un bond pour me dire '"je sais pas ce que c'est, je ne sais pas comment ça fonctionne, mais j'en veux une").
Harry étala les vieilles lettres devant lui, les parcourant du regard rapidement puis les reposant sans les avoir réellement lues. Il n'entendit pas Ginny entrer dans la pièce, mais il la sentit l'entourer de ses bras et poser sa tête sur son épaule.
- Qu'est-ce que tu cherches mon cœur ?
- Je ne sais même pas moi-même, soupira Harry.
Il pivota sur son siège et entoura sa femme de ses bras, posant la tête contre son buste. Elle lui caressa silencieusement les cheveux.
- Je vois bien que cette histoire te bouleverse, commentât-elle doucement. Ça te rappelle de mauvais souvenirs ?
Quelques mois après sa victoire contre Voldemort, Harry avait entrepris des démarches pour réhabiliter la mémoire de Sirius. Étrangement, c'était la famille Malefoy qui lui avait donné l'opportunité de le faire. Lucius et son fils avaient été accusés d'avoir exercé des activités de mangemorts, et ils avaient subi une longue enquête, ainsi qu'un procès. Leur défense était basée sur l'argument que le Seigneur des Ténèbres les avait forcé à agir par manipulation et par chantage : tout d'abord en menaçant Lucius de s'en prendre à sa femme et son fils, puis quand le patriarche avait été enfermé à Azkaban, Voldemort se serait rabattu sur son fils, en menaçant Narcissa.
Ils n'avaient jamais voulu accueillir le Seigneur des Ténèbres chez eux, non, Voldemort les avait retenus en otage. D'ailleurs, il avait même privé Lucius de sa baguette ! Et pour s'assurer de faire pencher la balance en leur faveur, les Malefoy n'avaient pas hésité à témoigner des activités des autres mangemorts. Lucius avait écopé de cinq ans à Azkaban, mais Drago s'en était sorti, le magenmagot ayant considéré qu'il n'était qu'un sorcier à peine majeur ayant agi pour tenter d'assurer la sécurité de ses parents.
Harry s'était désintéressé de leur sort, n'intervenant pas pour témoigner de ce qu'il s'était passé au Manoir Malefoy. Narcissa l'avait aidé lors de la Bataille - bien que motivée par des raisons égoïstes - et il ne voulait plus avoir à faire aux Malefoy. Cependant, Lucius Malefoy avait révélé que Peter Pettigrew avait été mangemort, ce qui n'avait pas manqué de susciter des interrogations, puisque celui-ci était censé être mort, tué par le mangemort présumé Sirius Black. Harry avait saisi cette opportunité. Il avait déposé un dossier auprès du département de la justice magique, pour demander la réhabilitation de son parrain, en témoignant du fait que Peter Pettigrew était celui qui avait trahis les Potter et rejoint Voldemort, et avait piégé Sirius Black pour pouvoir s'échapper.
Curieusement, la révélation de ces faits auprès du grand public n'avait pas fait tellement sensation. La communauté magique était déjà bien occupée à traquer et juger les anciens soutiens de Voldemort, révélant ainsi la corruption latente du Ministère. De nombreux scandales avaient éclaté à cette époque, et Sirius Black n'intéressait plus grand monde. Harry avait gardé un goût amer de cette période. Il avait réussi à réhabiliter la mémoire de Sirius, mais cela importait peu pour la plupart des gens. Harry ne pouvait pas leur en vouloir : la communauté sorcière était trop préoccupée par les enquêtes et les condamnations relatives aux crimes de leur guerre récente.
- C'est pas vraiment ça, confessa Harry. C'est plus que, d'une certaine manière, on vient encore fouiller dans la vie de Sirius, alors qu'il devrait juste reposer en paix.
- Pour le moment, il n'y a que nous qui sommes au courant, fit remarquer Ginny.
- Oui, mais justement, est-ce que j'ai le droit de me mêler de tout ça ? Ce n'est même pas ma famille. Peut-être il y a eu un enfant, si je ne connaissais pas son existence, c'était peut être volontaire. Ou alors, personne n'en savait rien, et dans ce cas, de quel droit je peux aller bouleverser la vie de cette personne pour lui parler d'un père qu'il n'a peut être pas envie de connaître ?
- Pour Sirius, tu étais quasiment la seule famille qui lui restait, dit doucement Ginny. Dans les dernières années de sa vie, tu étais la seule personne qui comptait pour lui. Tu réhabilité sa mémoire, tu as fait en sorte que les bonnes actions de son frère soit connues auprès de ceux qui comptaient pour lui. Tu t'es même occupé de son elfe de maison… Je crois que tu as prouvé que tu étais plus que légitime pour te mêler des affaires de Sirius et de sa famille. Et puis, ajoutât-elle alors qu'Harry restait silencieux, si tu ne sais pas quoi faire, pourquoi tu n'en parles pas à Andromeda ? Après tout, c'était sa famille aussi. Elle a peut être des pistes pour commencer les recherches, et elle a son mot à dire sur ce qui va advenir de ce qu'il reste de sa famille.
- J'y ai pensé, mais j'hésite encore, confia Harry. Tu sais combien il est difficile pour elle de parler des Black...
Avec les années, Harry était devenu proche d'Andromeda Tonks. Elle avait la charge de son filleul, et Harry était fréquemment invité à leur rendre visite, ou les accueillait chez lui. Terrassée par le chagrin après la mort de sa fille adorée et de son gendre, Andromeda s'était beaucoup isolée après la guerre. Harry et Ginny avaient peu à peu réussi à la faire sortir de sa réserve pour l'aider à reprendre une vie sociale, et Andromeda consultait toujours Harry quand elle prenait une décision pour l'avenir de son petit-fils.
En Andromeda, Harry avait également découvert une personne qui l'avait rapprochée du souvenir de son parrain. Elle aussi avait été une paria pour la famille Black. Avant même d'épouser Ted Tonks, elle s'était démarquée en étant répartie à Serdaigle, et en se tenant à distance des idées de sa famille sur le sang sorcier. Bien qu'ils aient plusieurs années de différence, Andromeda avait toujours été la cousine préférée de Sirius, et ils se fréquentaient régulièrement avant que celui-ci ne soit emprisonné.
Andromeda n'évoquait que très rarement son appartenance à la famille Black. Sa propre sœur, Bellatrix, avait tuée sa fille pendant la Bataille. Cette blessure, plus que le rejet de sa famille quand elle avait épousé un né-moldu, était toujours vivace pour elle. Elle faisait une exception pour Harry, lui parlant parfois de son parrain. Propriétaire du Square Grimmaurd, Harry n'avait pas souhaité vivre dans la maison qui avait été la source de tant de mauvais souvenirs pour Sirius. Il l'avait donc cédée à la nouvelle organisation qu'Hermione avait mis en place pour protéger les elfes de maison et défendre leurs droits.
C'était la seule cause qu'il avait trouvée assez noble pour compenser les horribles souvenirs qui hantaient cet endroit. Et puis, l'idée de transformer la maison de Walburga Black en refuge pour les elfes était quand même assez ironique. Débarrassé des différents maléfices qui protégeait l'endroit - les briseurs de sorts qu'Harry avait engagé pour l'occasion avaient quand même eu quelques frayeurs - la maison familiale des Black était devenu un bureau de placement à l'emploi pour les elfes, nombreux à être devenus libres après la guerre. Quelques chambres étaient également disponibles pour loger les elfes qui cherchaient du travail, plutôt que de les laisser sans toit.
Avant de lancer ce projet, Harry avait consulté Andromeda. Dans sa jeunesse, elle avait passé de nombreux moments dans la maison de sa tante, avant d'être rejetée par sa famille. C'était tout de même la maison familiale des Black, et Andromeda en était l'une des dernière représentante, avec sa sœur Narcissa. Andromeda avait froidement et simplement déclaré qu'elle ne voulait plus jamais entendre parler de cette maison, et qu'elle ne voulait rien avoir à faire avec l'héritage des Black. Harry était plongé dans ces souvenirs, toujours installé dans les bras de sa femme. Ginny se dégagea doucement de son étreinte pour mieux regarder son mari.
- Je comprends que tu ne veuille pas raviver les mauvais souvenirs d'Andromeda, mais la situation est un peu différente. Elle a visiblement une cousine dont elle ne soupçonnait pas l'existence, peut être qu'elle aura envie de la connaître. Et puis elle se souciait de Sirius, comme toi. Finalement, tu n'évoqueras pas avec elle le passé des Black, mais peut être leur futur.
Harry embrassa sa femme pour la remercier de ses conseils, et il était sur le point de la remercier de façon encore plus démonstrative, quand un "BANG" sonore retentit à l'étage.
- A ton avis, c'est James, Al', ou Lily? Soupira Ginny.
-o-
Comme Procya s'y attendait, Duncan fut survolté toute la semaine, en attendant de passer le week-end chez son amie. Il avait envoyé un hibou à ses parents pour les avertir qu'il ne rentrerait pas ce week-end, et Procya de son côté avait informé sa mère qu'elle amènerait avec elle deux invités inattendus.
- Maman, Phil, voici Duncan, le présenta t-elle le vendredi soir, quand ils eurent tous émergé de la cheminée.
Les deux adultes embrassèrent chaleureusement Chiara qu'ils connaissaient déjà, et serrèrent la main à Duncan. Les adolescents allèrent déposer leurs sacs dans la chambre de Procya, avant de redescendre dans le salon pour se réunir autour d'un apéritif.
- Procya m'a dit que vous êtes écossais, fit Duncan à Phillipus. Je suis Gallois !
- Un gars de chez nous ! Bienvenue, petit ! Répondit l'éleveur en lui tendant une bouteille de Bièraubeurre. Tu étudies à Beauxbatons ? Pourquoi pas Poudlard ?
- Je veux travailler dans la coopération magique internationale, expliqua Duncan. C'était beaucoup plus intéressant pour moi d'aller à Beauxbatons, pour apprendre différentes langues.
- Tu as raison, approuva Épione. C'est très important de savoir parler plusieurs langues, même pour les sorciers. Tu parles combien de langues ?
- Trois pour le moment : l'anglais et le français, bien sûr, mais aussi l'espagnol. Et je commence à me débrouiller pas mal en italien.
Chiara fit une grimace qui indiquait tout ce qu'elle pensait de la façon dont Duncan parlait sa langue maternelle.
- Il n'y a que des anglais à Poudlard ? S'intéressa t-elle.
- Ça dépend comment tu vois les choses, répondit Phillipus avec un sourire. Ne dis jamais à un écossais qu'il est anglais, ou à un irlandais qu'il est gallois. Mais pour répondre à ta question, Poudlard est essentiellement fréquenté par des élèves du Royaume-uni et d'Irlande. Les effectifs sont bien moins importants qu'à Beauxbatons, même s'il y a parfois des élèves d'autres origines.
- J'ai séjourné à plusieurs reprises à CasteloBruxo, précisa Épione. C'est une école qui accueille les élèves d'Amérique du Sud, et là-bas aussi, les nationalités se mélangent. Je trouve que ça rend les cursus plus intéressants que dans des écoles comme Poudlard en Angleterre ou Mahoutokoto au Japon, qui sont centrées surtout sur une patrie ou un pays.
- Je viens d'expliquer qu'un écossais et un gallois n'ont rien à voir !
- Tu as accueilli Duncan en disant « un gars de chez nous »... Glissa Procya.
- C'est vrai que vous avez voyagé avec Procya quand elle était encore bébé ? Intervint Duncan, coupant la parole à Phillipus qui s'apprêtait à répliquer vertement.
- Oh non, pas quand elle était bébé ! Elle vomissait tout le temps, alors ce n'était pas très discret pour approcher les créatures magiques... J'ai attendu qu'elle sache à peu près marcher. J'ai encore des photos !
- Oh non maman, soupira Procya alors que Duncan ricanait.
Épione se leva pour sortir un album photo du tiroir de la commode, et le ramena vers la table basse. Ils purent tous admirer un bref résumé de la vie de Procya de ses premières semaines à son entrée à Beauxbatons, à travers une déclinaison de photographies où la petite-fille posait la plupart du temps à côté d'animaux magiques.
- Ça c'était quand on était au Zaïre en 2003, indiqua Épione en désignant une photographie où sa fille arborait un air renfrogné, plantée au milieu de la brousse. Elle fait la tête parce qu'elle venait de se faire charger par un Tebo car elle lui avait marché sur la queue... Qu'est-ce qu'on avait ri ce jour là !
- Parle pour toi, s'étrangla Procya, qui ne gardait pas un souvenir aussi amusant que sa mère de cette aventure.
Ils ne tardèrent pas à passer à table. Duncan continua à poser plein de questions pour embarrasser son amie - « Non vraiment ?! Procya a dormi avec une peluche jusqu'à ses 13 ans ?! » « Je dormais pas avec, c'est juste qu'elle était dans mon lit ! » - encouragé dans ce sens par Épione qui en bonne mère, n'avait aucune idée qu'elle était en train de coller la honte à sa progéniture.
Procya se vengea sournoisement en lui donnant l'oreiller le moins épais au moment de se coucher. Les trois amis s'entassèrent dans la chambre de Procya, ses invités dormant sur des matelas. Duncan avait bien tenté d'indiquer qu'il préférerait dormir dans un vrai lit – au hasard, celui de Procya – mais il s'était vu répliquer suavement qu'il n'y aurait pas assez de place pour lui et toutes les peluches.
- Aller c'est l'heure de se lever ! On doit aller rendre visite à Papi Roisnel !
Chiara émit un borborygme incompréhensible, mais qui ne laissait aucun doute sur sa vulgarité. Procya saisit sa baguette sur la table de nuit et Duncan ne dut son salut qu'à ses excellents réflexes, en refermant la porte à temps pour éviter son maléfice cuisant.
Deux heures plus tard, les filles – rendues plus aimables par un solide petit-déjeuner et un passage dans la salle de bain – étaient finalement prêtes pour rendre visite au grand-père de Procya. Ils débarquèrent par cheminée dans la salle d'attente de l'office « Plumes et griffes ».
Une collection de chaises dépareillées permettait aux visiteurs de patienter en attendant leur tour, et diverses affiches aux couleurs vives prodiguaient des conseils sur les soins à apporter aux crabes de feu ou sur la campagne de vaccination des hippogriffes. Une sorcière plongée dans le numéro de décembre 2006 des « Potins pittoresques de la Pythie » semblait accompagnée de son rat domestique. Assis sur la chaise à côté d'elle, il avait à peu près la taille d'un jeune enfant, et il les salua aimablement de la tête quand ils sortirent de l'âtre. Deux chaises plus loin, un adolescent à l'air angoissé tenait sur ses genoux la cage de sa chouette, qui avait perdu toutes ses plumes et arborait un air revêche.
- Papi ! S'exclama Procya en poussant une porte qui menait à une salle d'examen.
Un vieil homme aux cheveux coupés en brosse leva le nez du parchemin qu'il consultait et eu un sourire radieux.
- Ma citrouille ! Comme c'est gentil de venir voir ton papi !
Procya le serra dans ses bras en fusillant du regard Duncan qui avait ricané quand son grand-père l'avait appelé « ma citrouille ».
- Chiara est venue avec moi, et je te présente aussi Duncan, un ami de Beauxbatons.
André Roisnel embrassa chaleureusement Chiara sur les deux joues, avant de se tourner vers Duncan pour le toiser d'un air méfiant.
- Duncan, c'est pas un prénom anglais, ça... ?
- Il est gallois, soupira Procya. Ne l'agresse pas : certes, c'est un individu plus qu'agaçant, mais il n'a pas cette terrible tare qu'est la nationalité anglaise...
- Aaaaah, je préfère ça ! Je n'aime pas trop ça les anglais, voyez-vous... Confia t-il au jeune homme en lui donnant une grande claque dans le dos. Alors, comment ça se passe à Beauxbatons ? Vous travaillez bien, j'espère ?
- Eh bien, certains d'entre nous travaillent bien... D'autres ont quelques soucis avec l'herbologie...
- Peuh, l'herbologie, c'est des fadaises. Personne n'a besoin de savoir comment rempoter un géranium !
Procya adressa un sourire moqueur à Duncan : elle savait que son grand-père serait toujours de son côté. Il les entraîna dans la réserve pour chercher la potion destinée à Vivian, et ils croisèrent en chemin un homme trentenaire arborant de petites lunettes rondes et une robe verte avec l'emblème d'une patte griffue brodée sur la poitrine.
- Bonjour Procya !
- Bonjour monsieur Valette, je vous présente mes amis Chiara et Duncan.
- Enchanté, fit-il à l'adresse des deux adolescents. André, madame Valdek vient de partir : j'ai réussi à remettre en place la queue de son chien, finalement. Mais il aura besoin d'une potion reconstituante, vous pourrez lui envoyer par hibou ?
Le vieil homme marmonna quelque chose à propos des sorcières incapables de lancer un sort de récurage sans provoquer de catastrophe, mais promit de s'en occuper.
- Procya, j'ai été ravie de vous revoir. Vous saluerez votre mère pour moi et la féliciterez pour son dernier article, c'est une étude très novatrice sur les billywigs !
Après avoir déniché la potion pour le boursouf de Procya et celle destinée au chien de madame Valdek, André offrit d'emmener les trois jeunes gens déjeuner dans un troquet.
- Je termine dans une heure, les informa t-il. Mais vous pouvez vous balader dans le coin, les jeunes comme vous trouvent toujours à s'occuper en regardant les devantures des magasins !
Les trois amis déambulèrent donc dans les petites rues de la bourgade de Chartreûse-sur-Navet, un village sorcier situé non loin d'Orléans, célèbre pour sa salle de tournoi de bavboules. Chiara avait besoin d'une nouvelle plume, aussi, ils se rendirent dans la papeterie du coin. Après avoir testé différents modèles sur un calepin mis à la disposition des clients, elle se décida pour un modèle teint dans un bleu profond. Elle paya son achat et ils allèrent s'attabler dans un coin tranquille au « Festin du niffleur », le bistrot de la bourgade, réputé pour sa blanquette aux prunes dirigeables.
- Tiens, fit Chiara en sortant son nouvel achat de son sac pour le tendre à son amie. Tu peux me l'enchanter ?
- Auto-correctrice ou à dictée ? Demanda Procya en la faisant tourner entre ses doigts pour l'examiner.
- Les deux, évidemment.
- Ok. File moi un morceau de parchemin.
Chiara lui donna le parchemin demandé, sous le regard curieux de Duncan qui se demandait ce qui allait se passer. Procya prit la plume et la plaça à la verticale, la pointe sur le parchemin. Elle la maintint d'une main et de l'autre, elle imprima un mouvement en spirale autour de la plume avec sa baguette. Quand elle lâcha la plume, celle-ci bondit dans les airs, se contracta avant de se relâcher, puis secoua ses barbes, avant d'orienter sa pointe vers Procya d'un air interrogateur.
- Oh, il me faudrait aussi de l'encre, ajoutât celle-ci.
Chiara disposa un minuscule encrier sur la table – elle en avait toujours dans son sac, mais il faut dire aussi qu'elle avait tout le temps un sacré tas de choses dans son sac – et Procya pointa à nouveau sa baguette sur la plume pour la faire plonger dans l'encrier.
- Dis un truc, indiqua t-elle à son amie.
- Je m'appelle Chiara, énonça clairement Chiara en se penchant vers la plume.
Celle ci sauta vers le parchemin et glissa sur sa surface pour tracer les mots correspondants.
- Elle a un petit défaut de conjugaison, constata Procya en grimaçant. Attends...
Elle répéta son mouvement de spirale et demanda à Chiara de parler à nouveau. Cette fois-ci, la plume inscrivit les mots sans faire de fautes. Elles répétèrent l'opération en parlant en italien, puis en anglais. La plume hésitait parfois sur certains mots, mais Procya assura à son amie que c'était une question de pratique.
- Comment tu as fait ça ? S'étonna Duncan.
- La magie, susurra Chiara. On est des sorciers, tu sais...
- C'est pas ce que je voulais dire, s'agaça t-il. C'est super compliqué d'enchanter durablement un objet inanimé.
- Le talent, répondit Procya en contemplant ses ongles d'un air satisfait.
- Procya est un gnome, fit Duncan à l'attention de la plume, qui flottait paisiblement au dessus de la table.
La plume tourna sa pointe vers Duncan, sembla le dévisager un instant et se contracta avant d'expulser un jet d'encre sur son visage. Puis elle alla flotter joyeusement près de Chiara, satisfaite d'avoir puni cet insolent.
- Je crois qu'elle t'aime pas trop, commentât Chiara en lui tendant un mouchoir. En même temps, elle a été enchantée par Procya, il fallait s'y attendre un peu...
Heureusement, André vint les rejoindre à ce moment, empêchant Duncan de répliquer quelque chose qu'il aurait sûrement regretter par la suite.
Voici pour cette semaine ! Je vous retrouve mardi prochain pour le chapitre suivant !
