Chapitre 5 : La crise
Le jeudi, les Potter visitèrent le quartier sorcier d'Orléans. Les Delacour leur avait expliqué qu'il s'agissait de l'un des lieux sorciers les plus fréquentés en France, en raison de la présence d'une université magique. Ils déambulèrent dans les rues, et déjeunèrent dans un très bon restaurant que leur avait recommandé Fleur. Ils se rendirent également chez Siruposa, une fameuse boutique de confiseries dont la renommée avait été établie par de délicieux caramels aux couleurs arc-en-ciel.
La boutique permettait aux clients d'observer le façonnage des caramels : de grandes baies vitrées donnaient sur l'atelier de fabrication, où des employés vêtus d'uniformes dorés faisait léviter le caramel hors de grandes cuves, avant de le faire tournoyer dans les airs – pour le rendre plus onctueux – et de le débiter en petits bonbons. La famille Potter fut fascinée par le spectacle, et les enfants avaient le nez collé aux vitres. Ils achetèrent de nombreuses boites de ces fameux caramels en souvenir de leur petit voyage.
Harry choisit de se rendre seul à Beauxbatons pour rencontrer Épione Roisnel. Il arriva discrètement le matin, avant que les élèves emplissent les couloirs. Il était venu tôt pour assister à la conférence de la célèbre magicozoologiste, et Madame Maxime lui offrit un excellent café dans son bureau avant que le colloque débute. Elle l'escorta ensuite jusqu'à l'amphitéâtre. Harry avait prit soin de métamorphoser ses lunettes et d'enfoncer un chapeau sorcier jusqu'à ses sourcils, pour éviter d'être trop reconnu. Ça n'aurait pas suffit pour rester anonyme au Royaume-uni, mais son visage était un peu moins connu de ce côté de la Manche, ce qui lui garantissait un minimum de tranquillité.
Comme tout ce qu'il avait vu à Beauxbatons jusqu'à présent, Harry fut très impressionné par l'amphithéâtre. Situé au sous-sol, la vaste salle était parcourue par d'interminables rangées de gradins en bois ciré. Olympe lui conseilla un endroit discret où s'installer dans les gradins, et lui recommanda d'avoir recours à un petit sortilège de coussinage : les gradins avaient beau avoir été lustrés par des générations de fesses d'élèves, ils restaient inconfortable. Elle le laissa pour aller accueillir Épione - « elle a beau avoir été élève ici et venir donner des conférences plusieurs fois par an, elle se perd assez régulièrement dans les allées des jardins » - et Harry attendit le début de la conférence en s'abîmant dans la contemplation des magnifiques fresques magiques du plafond, représentant des allégories des sciences et des arts à grand renfort de muses à demi-dénudées qui jouaient de la harpe ou étaient plongées dans des rouleaux de parchemins, promenant parfois leurs regards hautains sur la foule qui s'étalait sous leurs pieds.
Finalement, Olympe Maxime fit son apparition sur la scène et tous les élèves se levèrent pour saluer leur directrice. Elle leur fit signe de s'asseoir, avant d'annoncer le sujet de la conférence du jour – Mœurs et habitudes des goules domestiques – et de présenter Épione Roisnel. Une sorcière de haute taille fit son entrée sur son scène, un tas de parchemins froissés sous le bras. Elle avait des cheveux blonds taillés au carré, mais avec un épi à l'arrière de la tête. Elle salua de son bras libre la foule qui l'applaudissait chaleureusement, et posa son tas de parchemins sur le lutrin qui était apparu sur la scène, avant de chausser une paire de lunettes vert émeraude qu'elle avait sorties de la poche de sa robe.
- Bonjour à tous ! C'est toujours un plaisir de revenir à Beauxbatons pour vous parler de mon travail ! Aujourd'hui, Madame Maxime m'a sollicitée pour vous parler des goules domestiques. Ceux qui suivent l'enseignement du professeur Titus en septième année savent que les goules peuvent facilement être apprivoisées, et...
Harry ne s'était jamais vraiment intéressé aux mœurs des goules jusqu'à présent – il avait fréquenté de loin celle qui habitait le grenier des Weasley – mais il trouva la conférence plutôt intéressante. Épione était passionnée par son sujet, et cela se ressentait dans son discours. Nombre d'élèves prenaient scrupuleusement des notes ou commentaient avec enthousiasme le discours de la magicozoologiste. Après trois-quart d'heure de conférence, Épione proposa aux élèves de poser des questions. Pour demander la parole, ils se levaient respectueusement et attendait qu'elle les interroge. Une fois toutes les questions épuisées, la foule éclata à nouveau en applaudissements enthousiastes, et Épione les remercia pour leur attention avant de quitter la scène, non sans oublier ses lunettes sur le lutrin.
Dans les coulisses, Épione fourra toutes ses notes de conférence dans sa besace, avant de sortir escortée par le professeur Titus, en discourant à propos d'un article scientifique qu'ils avaient tous les deux lu.
Procya attendait sa mère à la sortie de l'amphithéâtre, et joua des coudes pour remonter à contre-courant la foule qui sortait de la salle. Finalement, elle parvint à rejoindre sa mère, qui était plongée dans une grande discussion avec le professeur Titus.
- Oh Procya chérie, tu es là ! S'exclama sa mère en l'apercevant. Tu étais à ma conférence ? Demanda t-elle en la serrant contre elle.
- Salut maman. Non, j'étais à mon cours de métamorphose, je viens de sortir. Bonjour professeur Titus, le salua t-elle d'un hochement de tête.
Le professeur lui rendit son salut en souriant, et les laissa à leurs retrouvailles.
- Comment s'est passée ta semaine ? Demanda Épione.
- Plutôt bien ! Mais je te raconterais ça plus tard, je dois aller manger : Chiara et les autres m'attendent. Je voulais juste te dire bonjour. On se voit ce soir !
Procya disparut dans la foule et sa mère prit le chemin du bureau de son amie Olympe. Elle l'avait convié à déjeuner dans son bureau, où elles pouvaient discuter plus tranquillement que dans la salle à manger des professeurs. En entrant dans la pièce, Épione fut surprise de constater que son amie recevait déjà quelqu'un, et elle fut encore plus surprise quand elle constata que l'homme qui venait de se lever de son fauteuil pour la saluer n'était autre qu'Harry Potter.
- Très chère Épione, comment vas-tu ? Demanda Madame Maxime en s'avançant vers elle pour la saluer.
- Olympe, ma chérie ! Parfaitement, et toi ? Répondit Épione en serrant chaleureusement la main de son amie, sans pouvoir s'empêcher de jeter un regard curieux à Harry.
- Tu as remeurqué mon compagnon, ajoutât Olympe en anglais. Épione Roisnel, voici Arry Potter, que je ne pense pas avoir beusoin de présenter. Arry, voici mon amie Épione. Arry est venu me rendre visite, expliqua la demi-géante.
- Enchanté de vous rencontrer, madame, fit Harry en lui serrant la main cordialement.
- Moi de même, fit Epione d'un air ravi. J'ai entendu tellement d'histoires à votre sujet ! Est-ce vrai que vous avez déjà chevauché un sombral ? C'est tellement rare d'y arriver !
Harry fut un peu désarçonné par la réaction de la magicozoologiste. Il était habitué à ce qu'on le reconnaisse dans la rue pour ses exploits, mais le fait d'avoir chevauché un sombral n'était certainement pas la facette de sa légende la plus connue.
- Euh, eh bien, oui, à vrai dire. Ce sont des chevaux… Très gentils.
Et ça, ce n'était pas non plus sa répartie la plus brillante. Olympe Maxime les mena vers une table ronde située dans un coin de son bureau, et dressée pour trois personnes, dont un couvert taille XL. Des plats fumants de rôti et de gratin de poireaux les attendaient, et ils s'installèrent à table.
- À vrai dire Épione, si je t'ai preupeusé de nous rejoindre pour déjeuner, c'est parce qu'Arry pense que tu peurrais l'aider dans certaines reucherches.
- Bien sur, fit Épione, un peu surprise. Je serais ravie de vous aider dans une de vos enquêtes si vous étiez confronté à des créatures que vous ne parvenez pas à identifier. Mais je connais d'excellent collègues en Angleterre qui seraient heureux de vous aider, et peut être un peu plus disponibles que moi.
- Je ne recherche pas une créature, mais un de mes amis, expliqua Harry dans un sourire. J'ai perdu sa trace il y a des années, au moment où nous commencions à connaître des troubles, au Royaume-Uni. Je crois qu'il était aux îles Canaries en 1994, et je pense que vous avez pu le croiser. J'ai lu certains de vos articles, qui mentionnent le fait que vous avez mené des recherches là bas.
- C'est exact, approuva Épione. J'ai été sur le terrain pendant six mois, pour étudier une colonie de focifères. J'ai effectivement noué quelques connaissances là bas, autant sorcières que moldues.
- Il s'agissait bien d'un sorcier, qui avait préféré quitter l'Angleterre pour sa propre sécurité. Un homme brun, plutôt discret.
Épione se sentit désarçonnée. Pourquoi cet intérêt soudain pour ses fréquentations ? Et qui remontaient à plus de quinze ans ! Elle jouait nerveusement avec l'ourlet de la nappe. S'apercevant du trouble de son amie, Olympe lui adressa un sourire rassurant.
- Effectivement, c'est possible que je l'ai connu, fit lentement Épione. Je me suis, euh... Liée d'amitié avec un sorcier étranger à l'île. Pour être honnête, j'ignore quelle était sa nationalité. Il était assez discret sur sa vie, et semblait vouloir faire profil bas. Mais il pouvait tout à fait être anglais, il avait un léger accent. Il s'appelait Sean. Non, Seamus.
Harry échangea un regard avec Madame Maxime. Il sortit la photo de Sirius qu'il avait gardée dans la poche de sa cape. Il s'agissait d'une photo où Sirius avait une vingtaine d'années, prise avant qu'il ne soit trahi par Peter.
- Est-ce que son visage vous dit quelque chose ? Au moment où vous l'avez rencontré, il devait avoir environ quinze ans de plus, par rapport à cette photo.
Épione prit le cliché, et l'étudia attentivement, ses joues se colorant légèrement de rose.
- Eh bien… Oui, je crois. Il était était plus âgé que sur cette photo, le visage un peu plus maigre. Mais ça pourrait tout à fait être lui.
Harry resta silencieux quelques instants. Il avait peut être enfin trouvé la bonne personne.
- Madame Roisnel… Est-ce que vous avez déjà entendu parler de Sirius Black ?
- Sirius Black ? Oui, bien sur, il était un criminel recherché, non ? Enfin, jusqu'à qu'on l'innocente ? Mais pourq…
Le regard d'Épione se posa sur la photo, et soudainement, elle comprit. Sa discrétion, son silence sur son passé. Son départ soudain. L'envie d'aller de l'avant, les lettres qu'il rédigeait à l'abri des regards. Ses cauchemars la nuit, et son besoin d'affection. Troublée, elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise.
- Vous pensez que cet homme que j'ai rencontré, Seamus, était en réalité Sirius Black ?
- Je pense que oui, répondit Harry. Vous avez dit qu'il avait été innocenté, peut être avez vous aussi appris qu'il était décédé ?
- Oui, bien sur. Mais je n'avais jamais fait le rapprochement, je pensais que…
Elle s'interrompit. Elle n'avait jamais vraiment songé au passé ou au futur de son ancien amant. Elle n'avait jamais eu de nouvelles de lui, mais elle n'avait jamais cherché à en prendre non plus. Quelque part dans sa tête, elle avait toujours eu la sensation fugace qu'il continuait à mener sa vie, à l'autre bout du monde. Elle n'avait jamais pensé au fait que cet homme pouvait tout simplement avoir cessé d'exister.
- Madame Roisnel, fit doucement Harry. Je connaissais très bien Sirius Black. Vous raconter son histoire serait trop long pour aujourd'hui, mais il a effectivement été accusé de crimes qu'il n'a pas commis, et enfermé pour ça. Peu de gens le savent, mais nous étions très proches lui et moi. C'était mon parrain, car il était un ami très proche de mes parents. Et je pense… Je pense qu'il est aussi le père de votre fille Procya.
Épione restait interdite, bouleversée par toutes ces révélations soudaines. Elle avait imaginé mille scénarios où cet homme pouvait revenir brusquement dans sa vie. En se rencontrant par hasard, et il comprendrait qu'il avait une fille. Ou alors il tomberait sur un de ses articles. Elle avait réfléchi à comment elle pourrait gérer tout ça, pour éviter de troubler Procya. Mais elle n'avait jamais pensé que les choses puissent être aussi compliquées.
- Ma chère amie, fit Olympe en lui prenant la main. Je sais que toutes ces infeurmations doivent être bouleversantes pour veus. Mais Arry ne se soucie que de savoir ce qu'a vécu son parrain, et du bien-être de Procya.
- Du bien-être de Procya ? Mais enfin pourquoi ? s'étonna Épione.
- Si Procya est bien la fille de Sirius, elle est l'unique héritière de toute la famille Black.
Phillipus ne s'attendait pas à voir sa femme débarquer au haras ce jour là. Elle émergea de la cheminée de son bureau l'air hagard, alors qu'il était occupé à faire sa comptabilité. Elle marcha vers un fauteuil d'un pas incertain, et s'y laissa tomber lourdement.
- Ma chérie ? Tout va bien ? S'inquiéta t-il en bougeant son fauteuil pour s'asseoir près d'elle.
- J'ai rencontré Harry Potter, fit Épione d'un ton morne.
- Harry Potter ? LE Harry Potter ? S'étonna Philippus. Et qu'est-ce qu'il te voulait ?
- Me parler du père de Procya.
Phillipus resta interdit. Pourquoi le Survivant s'intéressait-il à cet inconnu ?
- Il pense le connaître. C'était un ami à lui. Enfin, plutôt un ami de ses parents, d'après ce qu'il m'a raconté, fit Épione en réponse à sa question muette.
Elle poussa un soupir et se tourna vers son mari, le front barré d'un pli soucieux.
- Il pense que Seamus, qui en fait n'était pas Seamus, était Sirius Black. Seamus est le père de Procya, et donc, Sirius Black est le père de Procya. Et si Procya est sa fille, elle doit apparemment hériter de toute une fortune et d'autres trucs dont j'ai pas compris toutes les implications. Ma fille. Hériter d'un truc.
- Sirius Black ?! Harry Potter est venu te voir pour te dire que tu as rencontré Sirius Black et que vous avez eu un enfant ensembles ?!
- Fais un effort, Phillipus... Tu as parfaitement compris ce que je viens de te dire et répéter les choses ne les rendra pas plus simples...
- Je suis désolée ma chérie, fit il doucement en l'attirant contre lui. C'est un choc pour moi, mais je sais que ça doit être bien pire pour toi. Et, euh... Comment tu te sens, par rapport à tout ça ?
- Je sais pas, avoua Épione, le visage blotti contre son torse. C'est... Je crois que je réalise à peine. Cette vieille histoire refait surface, et en plus, elle implique un... Un espèce de grand criminel qui en fait est innocent. C'est totalement délirant. Même pour moi.
Phillipus pouffa et l'embrassa sur le front. Épione se détendit un peu, et se laissa aller contre son mari pour s'installer plus confortablement.
- Tout ça, ça appartenait au passé, pour moi. Et pour Procya aussi. Elle connaît l'histoire que j'ai eue avec son père, qu'on s'est aimés et qu'elle a été une surprise, mais ma plus belle surprise. Et puis finalement, je découvre que cette histoire est complètement différente de ce que j'imaginais, et elle aussi. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?
Et soudainement, Épione éclata en sanglots. Phillipus serra son épouse dans ses bras et lui caressa les cheveux pour la calmer.
- Pourquoi dis tu que l'histoire est différente ? Bien sur, tu ignorais que tu avais... fréquenté Sirius Black. Mais ça change quoi ? Tu m'as toujours dit que cet homme semblait avoir des secrets. Vous vous êtes connus, vous avez eu une aventure, et puis du jour au lendemain ça c'est terminé. Ça change rien. Et puis, ça pourrait être pire : au lieu d'avoir fréquenté un homme accusé à tort, tu aurais pu avoir fréquenté un vrai criminel.
- Tu es – un i-diot, fit Épione en souriant et hoquetant à travers ses larmes.
Il fit apparaître un mouchoir d'un coup de baguette, et le tendit à sa femme, qui se moucha bruyamment.
- Mais quand même, qu'est-ce que je vais dire à Procya ? Ça va la bouleverser, cette histoire. Du jour au lendemain, elle va se retrouver avec un passé compliqué, et dont elle ne sait rien. Est-ce utile de lui en parler ? Elle est heureuse comme elle est. Ma pauvre chérie, je n'ai pas envie de la bouleverser...
- Je pense qu'elle préférerait connaître la vérité. Je dis pas que ça ne risque pas de la perturber, mais tu sais comme elle est entière : elle ne supporte pas qu'on essaie de lui mentir ou de lui cacher des choses, surtout quand prétend vouloir la protéger. Et puis, elle est notre solide, notre Procya. Si cette gamine est capable de voler sur un gronian en pleine tempête, elle est capable de supporter l'histoire d'amour un peu étrange de ses parents.
Épione émit un borborygme qui ressemblait vaguement à un rire.
- J'espère quand même qu'elle n'essaiera pas de reproduire cet exploit. J'avais espéré qu'elle en avait fini avec sa crise d'adolescence.
- Tu penses lui en parler quand ?
- Dès ce soir, elle rentre pour le week-end. Le plus tôt sera le mieux : si j'attends pour lui en parler et qu'elle découvre que je le sais depuis plusieurs jours, elle va piquer une crise.
Quand Procya sortit de la cheminée de son salon ce soir là, elle trouva sa mère et Phillipus qui l'attendait sur le canapé, l'air grave et sérieux. Sa mère avait visiblement pleuré, et Phillipus semblait vouloir se trouver partout ailleurs qu'ici. Mais qu'avait-il bien pu se passer depuis ce midi ?!
- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda t-elle en déposant son sac à terre. Est-ce que papi va bien ?
- Papi va très bien, ma chérie, fit Épione avec un pauvre sourire. Viens t'asseoir, il faut qu'on parle.
L'estomac noué, Procya prit place sur le fauteuil à côté de la cheminée.
- Je ne sais pas par où commencer, fit Épione en soupirant. Voilà, il faut que je te parle de ton père.
Procya fixa sa mère, le visage figé. Elle cligna des yeux plusieurs fois.
- Mon père ? Mais maman, je croyais que tu le connaissais pas ? Attends, tu veux dire que... ? Tu l'as revu ?
- Non ma chérie. J'ai rencontré quelqu'un, qui m'a parlé de lui. Je t'avais parlé de lui, comment nous nous sommes rencontrés. Il s'appelait Seamus, et on s'est fréquentés que quelques semaines. Et en fait, eh bien, il ne s'appelle pas Seamus. Je crois... Enfin, je suis sure, maintenant, que ton père était en fait Sirius Black, avoua Épione en se tordant les mains.
- Euh... C'est censé me dire quelque chose comme nom ?
Épione jeta un regard d'appel à l'aide à son mari, qui grimaça.
- Cicy, tout ça remonte à une époque un peu troublée... Tu n'étais pas encore née, mais Sirius Black a beaucoup fait parler de lui en Angleterre. Il a été accusé d'avoir été un mangemort, et un fanatique de, euhm, tu-sais-qui. Mais c'était faux, ajoutât-il précipitamment en voyant sa belle-fille écarquiller les yeux d'un air horrifié.
- Comme l'a dit Phillipus, c'était une époque compliquée. On ne savait pas trop qui était de quel côté, et certaines personnes étaient parfois accusées à tort. Sirius Black a été emprisonné, mais il s'est évadé. Et c'est apparemment à ce moment là que je l'ai rencontré.
- Attends, quoi ? Tu veux dire qu'un type était recherché dans toute l'Europe et toi tu as couché avec sans te poser de questions ?
- Procya, enfin ! Ne parle pas comme ça à ta mère ! Fit Phillipus, tandis qu'Épione rougissait violemment.
- Mais vous me racontez que c'était un... Un criminel, un évadé !
- C'est pas une raison pour t'énerver !
- Mais c'est toi qui t'énerve et qui crie !
- Calmez-vous tous les deux, fit Épione en se levant, au bord des larmes. La situation n'est facile pour personne alors vous arrêtez !
L'air désolé, Phillipus se leva et l'enlaça pour la réconforter. Procya s'enfonça dans son fauteuil, l'air renfrogné.
- Écoute ma chérie... Oui, quand je l'ai connu, Sirius Black était un homme recherché. Et oui, j'ignorais qu'il était recherché, je ne l'ai pas reconnu. Mais j'étais aux îles Canaries, et il était surtout recherché en Angleterre. Et puis quand je l'ai rencontré, il était plutôt différent de la description qu'on en faisait. J'ai rencontré un sorcier étranger sur une île, et nous avons eu une relation. Nous fréquentions peu de personnes là bas, mais personne d'autre ne l'a reconnu non plus. Il était venu aussi loin parce qu'il avait besoin de se cacher, et ça a plutôt réussi, conclut maladroitement Épione.
- Bon, D'ACCORD. Mais pourquoi tu me raconte tout ça ?! Pourquoi maintenant ? Tu m'as menti ?
Procya avait jailli de son fauteuil, et contenait difficilement son énervement. Les poings serrés, elle toisait sa mère avec colère.
- J'ignorais qu'il était vraiment, jusqu'à aujourd'hui ! C'est un ancien ami, qui est venu me parler de tout ça !
- Et pourquoi il n'est pas venu parler de ça lui même ? Demanda t-elle d'un ton railleur. Il envoie ses amis porter ce genre de nouvelles à sa place ?
Épione se mordit la lèvre. Elle se détacha de son mari pour prendre les mains de sa fille dans les siennes.
- Oh mon cœur... Sirius Black est mort il y a plusieurs années !
- Formidable ! S'écria Procya en se détachant de l'étreinte de sa mère. Mon père est un criminel recherché, mais il est mort, tout va bien.
Elle ramassa son sac à terre et sortit à grands pas de la pièce.
- Je vais me coucher.
Épione se remit à pleurer, et Phillipus la serra contre elle.
- Ne t'en fais pas. Elle est en colère, et c'est normal. Elle va se calmer, et vous pourrez discuter calmement.
Procya avait grimpé l'escalier en martelant rageusement chaque marche. Elle ouvrit la porte de sa chambre à la volée, jeta son sac à terre et se laissa tomber sur son lit. Vivian, qui somnolait sur son oreiller, émit un jappement contrarié, et alla se réfugier sous le bureau en grognant. Procya resta immobile sur son lit, les yeux fermés, ses pensées tourbillonnant à toute vitesse dans sa tête. C'était impossible. C'était n'importe quoi. Ça sortait de nulle-part. Tout allait bien, et puis soudainement, le spectre de ce père en fuite atterrissait dans sa vie. Elle ne savait rien, elle ne comprenait rien, et elle ne voulait pas le savoir.
Timidement, le boursouf se risqua à regarder si son amie était calmée. Il fit quelques bonds jusqu'au lit, puis vint se blottir contre son bras en ronronnant. Procya lui grattouilla la tête d'un air distrait. Elle resta un moment sur son lit, laissant ses pensées divaguer. Le boursouf grognait dès qu'elle cessait de le caresser. Au bout d'un moment, elle entendit les marches de l'escalier grincer, et Phillipus frappa à sa porte.
- Cicy ? Tu veux manger ? Le repas est prêt, demanda t-il à travers la porte.
Procya s'éclaircit la voix avant de parler, pour adopter un ton normal.
- Non merci, ça va. Je descendrais peut être plus tard, si j'ai faim.
Phillipus n'insista pas, et redescendit. Procya se leva finalement de son lit, et commença à déballer ses affaires. Elle déposa quelques vêtements dans son panier à linge sale, sortit ses parchemins et livres de cours, et s'installa à son bureau pour plancher sur son devoir de métamorphose.
La soirée avait avancé, et le soleil avait fini par décliner. Procya avait baissé les stores de ses fenêtres, et avait allumé sa lampe de bureau. Elle avait eu le temps de rédiger plusieurs brouillons pour son devoir de métamorphose, et s'appliquait désormais à le recopier. Vivian avait une fois de plus trouvé sa place sur les genoux de la jeune fille, et s'était endormi, bavant abondement sur sa robe. On frappa à la porte de sa chambre, et Epione entra dans la pièce. Elle était prête à aller au lit, elle avait enfilé sa vieille robe de chambre pelucheuse et ses chaussons. Elle avait l'air détendue, mais son visage était encore marqué par ses pleurs, et Procya en ressentit un pincement au cœur.
- Maman... Je suis désolée, je n'aurais pas dû dire tout ça.
- Ce n'est rien ma chérie, fit Épione en s'asseyant sur le lit. Je sais que c'est très compliqué tout ça. J'ai encore des choses à te raconter, est-ce que tu veux bien me laisser parler ? Tu pourras me poser toutes les questions que tu veux après.
Procya hocha la tête et reposa sa plume. Elle pivota sur son siège pour faire face à sa mère.
- Quelles que soient les choses qu'on a appris aujourd'hui, ça ne change rien à ce qui c'est passé il y a des années. J'ai rencontré cet homme – Sirius, Seamus – quelle que soit son identité. Je ne lui ai jamais demandé qui il était vraiment, et donc, il ne m'a jamais vraiment menti. On s'est aimés brièvement, et puis un jour il a disparu sans laisser de traces, et j'ai continué ma vie, parce qu'on ne s'était rien promis. Et puis j'ai découvert que j'étais enceinte de toi, et ça a été la plus belle surprise du monde. C'est l'histoire que je t'ai racontée il y a des années, et cette histoire est toujours la même aujourd'hui, même si cet homme était un criminel, un fugitif, ou un héros de guerre. Ce qui change aujourd'hui, c'est qu'on a découvert que cet homme a un passé, et un passé plutôt compliqué. Phillipus pourra t'en parler si tu le souhaites, il sait mieux que moi ce qui c'est passé durant ces années-là, mais la situation était très trouble. J'ignore si Sirius Black était véritablement un homme bien. Mais l'homme que j'ai rencontré était quelqu'un de prévenant, et de gentil. Je me sentais bien avec lui.
Épione fit une pause dans son récit. Procya était restée calme et attentive, et elle sourit à sa mère pour l'encourager à continuer.
- C'est Harry Potter que j'ai rencontré aujourd'hui. Il pourra t'expliquer lui même comment il était lié à lui, mais en tout cas, il semble très attaché à lui et à sa mémoire. Je sais qu'il a mené des campagnes de réhabilitation de sa mémoire, après sa mort. Il est venu me rencontrer car il a trouvé des documents administratifs mentionnant ton nom. D'après les informations qu'il a pu récolter, tu es l'unique héritière de la famille Black. Ça implique apparemment que tu es l'héritière d'un sacré paquet de gallions.
Procya resta silencieuse devant cette révélation. Elle se contenta de regarder sa mère, attendant qu'elle poursuive.
- Les Black ne sont pas forcément très connus de ce côté là de la Manche, mais c'est une très ancienne famille de sang-pur en Angleterre. Et comme souvent dans ce genre de famille, il y a autant de prestige que de parts d'ombres. Sirius était le dernier héritier en ligne directe de cette famille, et maintenant, c'est toi. Monsieur Potter a proposé de te rencontrer, pour répondre à tes questions si tu en as, et te donner plus de détails sur cette situation. Je crois qu'il était très attaché à Sirius Black, et ça lui importe que tu connaisse la vérité sur toute cette histoire. Mais c'est à toi de choisir ce que tu veux faire désormais.
Procya était songeuse, caressant machinalement le boursouf qui bavait toujours sur sa robe.
- Mais je ne veux rien faire. J'étais heureuse avant de connaître cette histoire, et je le suis toujours aujourd'hui. J'ai jamais eu besoin de père, je t'ai toujours eu toi, maman. Tu l'as dit toi même : au final, rien n'a changé. Mon géniteur était cet inconnu lointain que tu as rencontré un jour, et il l'est toujours à mes yeux, même s'il a un nom différent.
- Oui mais tu as maintenant la possibilité d'en apprendre un peu plus sur lui si tu le souhaite, fit doucement Épione. Tu pourras rencontrer des gens qui l'ont connu, et découvrir son passé. Tu es ma fille, mais tu es aussi la fille de Sirius Black. Il fait aussi partie de ta vie, que tu le veuille ou non.
- D'accord, répondit Procya en haussant les épaules. Sirius Black est une partie de ma vie. Mais je ne veux pas en apprendre plus sur lui, ou sur sa vie. Ce que tu m'as raconté de lui me suffit amplement, je veux juste qu'il soit un homme dont tu as été amoureuse et dont tu a eu un enfant.
Épione sourit, et se mordit la lèvre pour éviter de pleurer à nouveau. Elle étreignit sa fille.
- Comme tu voudras ma chérie. Nous serons toujours disponibles, Phillipus et moi, pour répondre à tes questions si tu le souhaites. Et monsieur Potter aussi.
Elle embrassa la jeune fille sur la joue, grattouilla un peu Vivian toujours endormi, et sortit de la pièce. Quand elle entra dans sa chambre, Phillipus était déjà au lit, en train de lire un magazine sur l'élevage des créatures magiques. Il leva le nez de sa lecture et l'interrogea du regard.
- Elle m'a écoutée, et je pense qu'elle a assimilé toutes les informations. Elle ne veut rien savoir de plus pour le moment, mais je pense que ça viendra peut être avec le temps. J'écrirais demain à monsieur Potter pour lui raconter tout ça.
- Tu penses que c'est utile ? Peut être faut il attendre que Procya ai un peu changé d'état d'esprit avant de lui donner des nouvelles.
- Il m'a dit qu'il serait en France jusqu'à la fin du week-end. Au moins, ça permettra d'échanger des nouvelles fraîches plus facilement que quand il sera reparti en Angleterre.
Elle embrassa son mari, ôta sa robe de chambre et se pelotonna contre lui, plaquant ses pieds glacés contre ceux de son mari. Elle entendit Phillipus ronchonner un peu, mais rapidement, sa respiration s'apaisa et elle sombra dans le sommeil.
Le samedi fut une journée calme, comme tous les week-end. Dans la mâtinée, Épione rédigea un mot rapide à Harry pour lui raconter sa conversation avec Procya, et lui conseiller d'attendre un peu avant de lui proposer une rencontre. Sa fille se comporta comme à son habitude. Elle se leva vers 11h, et causa de sérieux dommages au stock de nourriture de la cuisine en se préparant un petit-déjeuner pantagruélique. Phillipus l'aida à terminer son devoir de métamorphose, et ils prirent soin de ne pas évoquer l'incident de la veille. La jeune fille remarqua que sa mère avait un peu tendance à la regarder avec des yeux embués, mais elle s'abstint de tout commentaire.
Dans l'après-midi, Phillipus manqua d'avoir une crise cardiaque quand la tête du Survivant apparut soudainement dans la cheminée.
- Excusez-moi ?
Il sursauta violemment, et laissa tomber à terre le bonnet en tricot qu'il était en train de réaliser.
- Je suis Harry Potter, je pouvoir parler à madame Roisnel ?
- Bien sûr, je vais la chercher, lui répondit Phillipus en anglais, et Harry lui en fut très reconnaissant.
Il revint rapidement dans la pièce avec sa femme, et ils s'installèrent tous les deux devant la cheminée.
- Bonjour monsieur Potter, fit Épione en anglais. Je vous présente mon époux, Phillipus McThorn.
- McThorn, ça me dit quelque chose... On s'est déjà rencontrés ? Interrogea Harry.
- Moi non, fit Phillipus amusé. Mais je crois que vous avez interrogé mon frère dans le cadre d'une enquête sur un trafic de créatures magiques, il y a quelques années.
- Ah oui, ça me revient ! Vous lui passerez mon bonjour. Je ne voudrais pas insister, ajoutât Harry en regardant Épione, mais j'aimerais vous rendre visite, pour rencontrer Procya. Je ne veux pas lui forcer la main, juste me présenter à elle, afin qu'elle sache qu'elle peut me contacter si elle le souhaite.
- Pourquoi pas, répondit Épione. Vous pouvez venir dès maintenant ?
- Vous ne voulez pas prévenir Procya d'abord ? S'étonna Harry.
- Croyez moi, il vaut mieux la prendre par surprise, lui confia Épione.
Harry approuva, et sa tête disparut des flammes. Quelques instants plus tard – le temps pour Phillipus de ranger son ouvrage de tricot – le Survivant apparaissait dans leur cheminée.
- Harry Potter, ravi de vous rencontrer, fit-il en serrant la main à Phillipus.
- Moi de même, répondit Phillipus en anglais. Et je sais que vous devez l'entendre souvent, mais c'est un honneur de vous rencontrer, ajoutât-il avec un air sérieux.
Harry lui sourit poliment, et se tourna vers Épione pour la saluer. Il lui tendit la main, mais elle le prit de court en l'embrassant sur les deux joues. Il ne s'habituerait jamais à la bise des français... Épione était en train de lui proposer un thé, quand la porte-fenêtre s'ouvrit sur Procya qui revenait du jardin avec Vivian.
La jeune fille resta figée quelques instants avant de se reprendre, arborant un air distant soigneusement calculé. Vivian sauta des bras de Procya pour bondir vers Harry et renifla ses chaussures en grognant. Harry lui grattouilla la tête et le boursouf se mit à ronronner : il l'avait adopté.
- Procya, je te présente Harry Potter, fit Épione.
- Bonjour, répondit simplement sa fille.
Harry lui serra la main, en l'observant avec un regard pénétrant. L'expression faciale de la jeune fille – qui se voulait détachée – lui rappelait Narcissa Malefoy, les rares fois où il l'avait croisée.
- Je sais que ma présence ici doit te surprendre, mais je tenais à te rencontrer. J'imagine que la situation doit être complexe pour toi, mais je voulais que tu sache que je suis à ta disposition si tu as des questions à me poser. Même si je un inconnu pour toi, n'hésite pas à me contacter pour quoi que se soit.
- D'accord, répondit Procya d'un ton indifférent dans un anglais parfait, avant de se tourner vers sa mère : j'ai des devoirs à terminer.
Elle sortit de la pièce et on l'entendit monter les escaliers. Harry s'attendait à une réaction distante de la jeune fille, mais il était tout de même décontenancé. Épione lui adressa un sourire désolé.
- Sa réaction n'est pas très étonnante, à vrai dire. Mais je pense qu'elle repensera à tout ça d'ici quelques semaines. Voulez-vous rester pour le thé ?
Ils s'attablèrent dans la cuisine, et Harry discuta avec Phillipus de l'élevage de sa famille, qu'il avait visité des années plus tôt, pendant qu'Épione remplissait la bouilloire. Ils discutèrent de banalités, Harry racontant les différents lieux qu'il avait visité lors de ces vacances en famille, et interrogeant Épione sur son métier. Enfin, ils purent s'attabler devant un thé fumant, servit dans une étrange bouilloire qui semblait recouverte d'écailles animales.
- Peau de dragon, expliqua Épione en surprenant son regard intrigué. Ça a de nombreuses propriétés, mais on oublie trop souvent que ça permet de garder un thé à sa température idéale.
Harry eu soudainement envie de rire et manqua de s'étouffer avec un biscuit.
- D'ailleurs, j'ai jamais compris pourquoi les sorciers sont aussi fascinés par les dragons, après tout, ça reste de gros lézards qui crachent du feu. Les crabes de feu font la même chose, mais ils sont plus moches, alors forcément... Il y a pourtant tant d'animaux magiques qui mériteraient qu'on s'intéresse un peu plus à eux !
Harry sourit. Madame Roisnel semblait véritablement passionnée par son métier et ses recherches. Il y avait dans sa façon d'en parler une douce folie qui n'était pas sans lui rappeler Luna Lovegood. Et un peu d'inconscience Hagridienne face à la dangerosité de certaines espèces animales : il fallait avoir un sacré cran pour oser approcher un calamar géant en colère afin d'obtenir de meilleures photos. Finalement, Épione se décida à aborder le sujet qui la taraudait et demanda à Harry de lui en dire plus sur comment il avait connu Sirius.
- Vous connaissez déjà l'histoire dans les grandes lignes : Sirius a longtemps été accusé d'être mangemort, mais il avait été en réalité par un autre sorcier, fit Harry en regardant alternativement Épione et Phillipus, qui hochèrent la tête. Est-ce que vous saviez que Sirius était mon parrain ?
- Je l'avais lu dans la presse, quand vous en avez parlé, il y a quelques années, précisa Phillipus, tandis que sa femme hochait la tête, se souvenant de leur conversation à Beauxbatons.
- C'est parce que mon père et Sirius Black étaient très amis à Poudlard. Quand mes parents sont décédés, c'est un autre de leurs ami qui les a trahi, et c'est Sirius qui a été accusé. J'ai longtemps ignoré son existence et le lien qui nous unissait, jusqu'à qu'il s'échappe d'Azkaban. Le Ministère de la Magie pensait à cette époque qu'il cherchait à me retrouver pour m'attaquer, mais il cherchait au contraire à me protéger d'un danger. Finalement, j'ai appris la vérité sur cette trahison dont mes parents ont été les victimes, et pendant deux ans, jusqu'à mort, nous avons été très proches. Il a contribué à me protéger de Voldemort, avant même que son retour soit officiellement attesté.
Harry se tut, concluant ainsi maladroitement son histoire. Phillipus avait frissonné quand Harry avait prononcé le nom du Seigneur des Ténèbres, mais il n'avait rien dit. Épione était pâle, mais calme.
- Je suppose que c'est à vous qu'il écrivait, fit Épione. Durant les quelques semaines où nous nous sommes... côtoyés, je l'ai vu écrire de longues lettres avec des airs de conspirateur. Mais de façon générale, je dois avouer que c'était un homme plutôt secret, ajoutât-elle avec un petit rire gêné.
- Effectivement, je me souviens que certaines de ses lettres m'avaient été apportées par de grands oiseaux tropicaux, fit Harry en souriant à ce souvenir.
- Aaaaah, probablement des focifères... Il y a une réserve protégée pour ces oiseaux, aux îles Canaries... C'est pour cette raison que j'étais là-bas, à cette époque. Je menais une étude sur les propriétés de leurs plumes... C'est comme ça que j'ai remarqué Sirius. Saviez-vous que le chant des focifères rend fou quiconque l'écoute trop longtemps ? La réserve est donc protégée par des repousses-moldus – à la fois pour protéger les oiseaux et les moldus – et rares sont donc les sorciers qui s'en approchent, une signalisation magique prévient tous les êtres magiques du danger. Et puis à plusieurs reprises, j'ai vu un homme qui venait observer les oiseaux. Je pensais qu'il s'agissait peut-être d'un collègue, mais j'ai eu du mal à attirer son attention : il avait évidemment protégé ses oreilles par un sortilège de surdité !
Épione relata ses tentatives ratées. À chaque fois qu'elle l'apercevait, elle faisait de grands gestes pour attirer son regard, mais ses mouvements provoquaient invariablement l'envol des focifères qui pensaient qu'elle cherchait à les effrayer, et Sirius regardait donc le vol des oiseaux. Finalement, elle lui était tombé dessus un jour – littéralement. Elle était installée dans la cime d'un arbre pour réaliser le croquis d'un nid contenant des œufs, et surprise par son propriétaire ailé en colère, elle était tombée de sa branche, juste devant un Sirius éberlué.
En se relevant, Épione avait tenté de lui demander si lui aussi faisait des recherches sur ses créatures, sans réussir à se faire comprendre à cause des sortilèges de surdité. Sirius avait tenu à la raccompagner en dehors de la zone d'influence des oiseaux, car en voyant l'agitation dont elle faisait preuve en essayant de lui parler, il avait craint qu'elle souffre d'une commotion cérébrale. Quand ils eurent annuler l'effet des sortilèges de surdité, elle lui parla de ses recherches, et il lui confia être un simple touriste « venu chercher un peu de soleil loin du nord de l'Europe ».
- Il m'avait confié qu'il aimait regarder les oiseaux parce que ça lui donnait une sensation de liberté. Et c'est vrai qu'il semblait vraiment épris de liberté... Il y avait quelque chose en lui de... De torturé. Pourtant c'était un homme charmant, un peu séducteur, ajoutât-elle en rougissant. Il aimait passer du temps à la plage et passer de longues soirées dans les bars moldus... Mais en même temps, il était très secret. Il disparaissait parfois pendant de longues heures, ou prenait subitement un air grave au milieu d'une conversation. Enfin, je comprends mieux pourquoi, maintenant.
Elle lui sourit, un peu gênée. Harry lui confia que durant cette courte période, les lettres qu'il avait reçues de Sirius avaient un ton joyeux. Éloigné de l'Angleterre et de la traque du Ministère, Sirius semblait avoir reprit un peu goût à la vie.
- Je dois vous parler d'autre chose, ajoutât Harry. Je ne vous ai pas raconté comment j'ai découvert l'existence de Procya.
Il leur expliqua comment il avait découvert l'existence de Procya et ce qui était advenu de l'héritage de Sirius et du coffre des Black.
- Procya est-elle obligée de d'accepter cet héritage ? Interrogea Épione. Vu la discussion que j'ai eue avec elle, je doute qu'elle s'y intéresse. Et puis c'est vous que Sirius avait désigné comme son héritier.
- Elle est déjà propriétaire de ce coffre, expliqua Harry. Elle est rentrée en sa possession dès le décès de Sirius, c'est simplement que cela ne lui a pas été notifié par les gobelins. Elle pourrait tout à fait se présenter dès demain à Gringotts et vider ce coffre, par exemple.
Épione restât songeuse quelques instants, pendant que Phillipus débarrassait la théière et les tasses vides.
- Je pense qu'il vaut mieux laisser la question en suspend pour le moment, indiqua t-elle. De toute façon, il faut laisser un peu de temps à Procya : je la connais, elle réagit vivement et elle réfléchit ensuite.
Cette description rappelait furieusement quelque chose à Harry. Procya avait visiblement hérité du caractère de son père quand il était adolescent. Et même quand il n'était plus adolescent, d'ailleurs.
- Je pense qu'elle sera curieuse de découvrir la vie de son père, aussi complexe qu'elle ai pu être... Ce qui m'inquiète, c'est plutôt la famille Black, ajoutât-elle, le front barré d'un pli soucieux.
- Je pourrais répondre à ses questions sur le sujet quand elle le souhaitera. Ma démarche en venant vous trouver était d'abord de faire connaissance avec, euh... la fille d'un ami proche, et de lui parler de ses origines si elle le souhaite. Et bien sur, de lui donner accès à ce que lui revient de droit.
Ils échangèrent un sourire. La porte de la cuisine s'ouvrit et Procya entra, Vivian bondissant à sa suite. Elle leur jeta un regard mi-curieux, mi-méprisant, en ouvrant les placard à la recherche d'un paquet de gâteaux.
- Tient, vous êtes encore là ? Fit elle remarquer d'un ton traînant.
Harry retint une grimace. Cette façon de parler lui rappelait désagréablement Drago Malefoy, et ce n'était pas sa branche favorite de la famille Black. Phillipus tenta vainement de la sermonner sur son impolitesse puisqu'elle rafla les biscuits restants sur la table, et sortit avec la tête relevée dans une posture royale.
- Je crois qu'il est temps pour moi d'y aller, fit Harry en se levant. Vous lui direz de ma part que si elle le souhaite, je peux lui présenter des personnes qui ont connu Sirius.
Oups ! Petit loupé hier, je poste seulement aujourd'hui :/ J'espère que ce chapitre vous a plu !
Merci pour vos reviews, aujourd'hui on apprends comment Procya réagit face à tout ça... Et ce n'est que le début ;) À mardi prochain !
