Chapitre 6 : Comme un croup enragé
Le week-end s'acheva tranquillement, et Procya retourna à Beauxbatons dès le lundi matin, râlant contre les recommandations de sa mère - « n'oublie pas que tu peux écrire à monsieur Potter si tu as envie ! » « mais oui, maman, mais oui... ».
Procya relégua soigneusement les événements du week-end dans un coin de sa tête. Elle n'en parla même pas à Chiara, ne tenant pas à affronter un flot de questions qu'elle évitait elle-même de se poser. La semaine passa comme un songe, elle avait la sensation d'être un peu détachée de la réalité. Les journées se passaient de façon machinale et elle se comportait comme à son habitude mais au fond de sa tête, quelque chose ruminait. Elle allait en cours, râlait contre Chiara qui laissait traîner ses chaussettes dans la chambre, raflait la dernière part de tarte à la rhubarbe au réfectoire, mais elle traînait avec elle une sorte de mauvaise humeur, une mélancolie.
Heureusement, le corps enseignant de Beauxbatons la soutenait activement dans sa volonté de ne pas penser à ce qu'elle ruminait. Effectivement, les BUSES allaient arriver rapidement - « mais c'est seulement dans trois mois ! » « trois mois qui ne seront pas de trop pour améliorer un tant soit peu votre lamentable niveau en Herbologie, mademoiselle Roisnel ! » - et les professeurs accablaient les sixième année de nombreux devoirs.
Procya et Chiara passaient donc de nombreuses heures à la bibliothèque, à plancher sur leurs devoirs. Le jeudi après-midi, Chiara laissa son amie pour aller à son cours de Vol, tandis que Procya prenait une fois de plus le chemin de la bibliothèque. Elle investit une table de travail à proximité de la section Histoire, et entreprit de chercher des livres consacrés aux traités passés avec les êtres de l'eau au 18ème siècle.
Après avoir trouvé les informations nécessaires, elle s'attela à la rédaction de sa dissertation, en notant sur un brouillon les différentes informations contenues dans les grimoires. Recopiant machinalement les mots, son esprit vagabondait. « ...en 1722 fut signé le dernier traité avec les êtres de l'eau. Il concernait les groupements d'êtres de l'eau résidant dans la mer des Hébrides. Plutôt hostile, cette peuplade était connue pour ses attaques sur les embarcations moldues à l'aide calamar géants dressés – aussi appelés « Kraken ». Outre la préservation de la Loi du Secret en faisant cesser les attaques sur les moldus, ce traité permit aussi, des années plus tard, l'installation de la prison d'Azkaban... ».
Procya cilla. Elle poursuivit sa prise de notes, mais elle ne parvenait plus à se concentrer. Abandonnant le grimoire sur la table, elle se dirigea vers le comptoir derrière lequel siégeait le bibliothécaire.
- Où puis-je trouver des informations sur la prison d'Azkaban ?
- Section « histoire des institutions magiques européennes », regardez dans la partie réservée au Royaume-Uni, répondit le bibliothécaire sans lever le nez des livres qu'il était en train de tamponner du sceau de Beauxbatons.
Procya se dirigea vers la section décrite, et entreprit de chercher un ouvrage correspondant. Elle finit par trouver un ouvrage poussiéreux intitulé « Organisation juridique du Royaume-Uni magique », qu'elle feuilleta jusqu'à trouver un passage mentionnant la prison.
« Des différents lieux d'enfermement de la communauté magique, Azkaban est l'une des plus connue, ainsi que la forteresse de Nurmengard, toutes deux réputées pour offrir des conditions de détention particulièrement pénibles.
Localisée dans la mer des Hébrides, la prison d'Azkaban a la particularité d'être surveillée par des détraqueurs. Depuis sa fondation en 1725, de nombreuses voix se sont élevées contre l'utilisation des détraqueurs comme gardiens d'Azkaban – l'opposant le plus notable étant le Ministre de la Magie Eldricht Diggory – mais leur surveillance n'ayant jamais faibli – à ce jour, aucune évasion n'a été recensée à Azkaban – la prison est toujours en activité. »
Intriguée, Procya consulta la page de garde : l'ouvrage datait de 1962. Elle replaça le grimoire sur son étagère en réfléchissant. D'après ce qu'elle savait, sa mère avait rencontré Sirius environ un an après son évasion, il s'était donc échappé d'Azkaban en 1993. Elle se rendit dans la section de la bibliothèque réservée aux journaux.
La bibliothèque de Beauxbatons recevait toutes les semaines des exemplaires des principaux journaux sorciers des pays dont étaient issus la plupart des élèves. Les étudiants pouvaient donc consulter « Mage Matin », « Notizie Magiche » ou « Mago Diaro ». Mais certaines archives journalistiques remontaient au 18e siècle, et les journaux étaient donc stockés dans une salle indépendante. Un grimoire listant les différents titres de presse par année et par titre était à la disposition des élèves, qui pouvaient sélectionner le journal qui les intéressait pour le faire apparaître.
Elle tenta d'abord la date du 1er juillet, sans succès : Mage Matin titrait son édition du jour sur la foire aux chaudrons de Romorantin. Le 15 juillet ne fut pas plus intéressant, mais elle parvint enfin à trouver ce qu'elle voulait en essayant le 30 juillet. Elle sentit son ventre se contracter douloureusement quand le journal jauni se matérialisa sur le lutrin, affichant une large photographie d'un homme au visage creusé et aux cheveux emmêlés, surmontée du titre « UN DANGEREUX CRIMINEL S'ÉVADE D'AZKABAN ». Elle tourna les pages pour trouver les articles consacrés à l'évasion de Sirius, lisant avec effarement les horribles descriptions de l'attaque qui lui avait été attribuée douze ans plus tôt.
La sonnerie marquant la fin des cours la tira de sa pénible lecture. Elle s'aperçut qu'elle avait froissé les pages du journal et elle le reposa précipitamment sur le lutrin pour le faire disparaître. Elle rejoignit sa table de travail pour tenter d'avancer sur son devoir, mais elle n'avait pas écrit un seul mot supplémentaire quand Chiara la rejoignit quelques minutes plus tard.
- Eh bien, tu n'as pas été très efficace, constata celle-ci en regardant le brouillon de son amie. Moi j'ai déjà fini mon plan, tu veux que je te le passe ?
Procya accepta d'un hochement de tête et tentât de se concentrer en recopiant les mots de sa compagne. Elle fut sombre toute la soirée et la journée du lendemain. Quand Duncan lui demanda en ricanant si elle avait ses règles, elle se contenta de lui lancer un maléfice Cuisant, ce qui lui valu les récriminations de son professeur d'Arithmancie et une heure de retenue. Quand elle rentra chez elle ce soir là, elle adressa à peine un bonjour à sa mère qui lisait dans le salon, et elle monta directement dans sa chambre. Au dîner, les deux adultes eurent grand peine à lui soutirer des commentaires sur comment c'était passée sa semaine, Procya tripotant ses haricots verts du bout de la fourchette sans les manger.
Le week-end fut très long pour Épione et Phillipus, qui supportèrent la mauvaise humeur de l'adolescente avec stoïcisme. Elle se plaignait pour un rien – il pleuvait trop, les carottes étaient molles, le nouveau savon sentait la lavande et pas la camomille – allant même jusqu'à crier sur Vivian qui ronronnait trop à son goût. Elle errait dans les pièces de la maison en traînant des pieds, ressemblant de façon saisissante au croisement d'un détraqueur et d'une vieille tante acariâtre.
- Et moi qui croyait qu'on commençait enfin à être débarrassés de la crise d'adolescence, murmura Phillipus à son épouse alors que la jeune fille claquait la porte du salon avec rage, offensée que sa mère ai perdu sa paire de chaussettes préférées.
Ils furent secrètement soulagés que Procya retourne à l'école le lundi, mais ce furent les résidents de Beauxbatons qui subirent à leur tour sa mauvaise humeur. Rapidement, Duncan écopa d'un chauve-furie pour avoir fait observer que la « période rouge » ne semblait pas être passée – mais Chiara fit taire ses protestations en lui disant qu'il l'avait bien mérité et qu'il n'avait qu'à être moins crétin. Procya récolta deux retenues supplémentaires pour avoir été insolente avec ses professeurs, et les vitres de la Salle à Manger « Parmentier » ne furent jamais aussi propres, la mauvaise humeur de la jeune fille se transformant progressivement en une sorte de rage qu'elle mit à profit pour astiquer furieusement les fenêtres.
Chiara tenta de la questionner à ce sujet, mais Procya lui répondit sèchement de se mêler de ses affaire, et son amie ne lui adressa pas la parole jusqu'au lendemain. Quasiment tous les jours après les cours, Procya restait à la bibliothèque de nombreuses heures. Elle refusait de s'installer à la même table de travail que ses amis et disparaissait dans les rayonnages. Le week-end, elle passait le plus clair de son temps dans sa chambre. Son humeur s'était un peu calmée, mais elle demeurait distante. Phillipus s'en inquiéta, il pensait qu'il serait mieux d'évoquer le sujet avec Procya, mais Épione l'en dissuada.
Elle savait que sa fille avait besoin de passer par un processus de questionnement et de réflexion, et que toute discussion la braquerait. Elle se comportait comme à son habitude avec Procya, refusant de prendre des pincettes comme le faisait son mari. Procya était encore plus agacée que d'habitude par les étrangetés de sa mère qui débarquait dans sa chambre à n'importe quelle heure pour lui demander si elle était au courant que la saison des amours des Bandimons allait bientôt commencer ou si elle avait lu le journal du jour, mais aussi reconnaissante qu'elle ne la traite pas différemment, telle une bombe sur le point d'exploser, comme le faisait Phillipus ou ses amis.
Lors de ses recherches à la bibliothèque, elle trouva deux articles évoquant la campagne de réhabilitation de Sirius, menée par Harry Potter. Cela ne la réconforta pas : elle avait le sentiment que même après sa mort, cet homme était poursuivi par un destin funeste. Il avait été accusé à tort de crimes affreux, enfermé dans un endroit horrible, et il avait dû se cacher pour le reste de sa vie. Procya avait la sensation qu'il n'avait jamais connu le bonheur, et ça lui serrait le ventre quand elle y pensait.
Elle n'arrivait pas à associer cet homme à la vie si troublée, à sa propre existence. Sa vie était composée de sa famille, de la magnifique école de Beauxbatons, de sa passion pour la métamorphose et les sortilèges, de chevaux ailés ; et cela n'avait rien à voir avec des mangemorts, la guerre ou la prison. Elle n'arrivait même pas à associer Sirius à sa mère : Épione était tellement loufoque, tellement étrange et joyeuse, il était impossible d'imaginer qu'elle ai pu fréquenter cet homme, même sans connaître sa véritable identité.
Elle avait aussi fait des recherches sur les Black. Dans un grimoire intitulé « Traité des grandes familles sorcières en Europe du Nord », elle avait trouvé une page consacrée à la famille Black. Sous un le dessin d'un petit blason orné d'une épée et de deux étoiles, le texte racontait les origines de cette famille depuis le Moyen-âge. Elle avait ainsi apprit que les premières traces des Black remontaient au roi moldu Henri II d'Angleterre, qui avait fait don de plusieurs propriétés à la « tres nosble famylle Black ». Le reste de la page poursuivait en mentionnant les membres les plus éminents de cette lignée, qui avaient siégé parmi les plus hautes institutions sorcières du Royaume-Uni, mais toujours en ayant une position conservatrice, voir franchement réactionnaire.
Le dernier paragraphe affola Procya. Il parlait des activités de mangemort de Bellatrix Lestrange – anciennement Black - et du rôle de second lieutenant qu'elle avait joué auprès de Voldemort. Elle aussi avait été emprisonnée à Azkaban, et peu de temps après Sirius. Ces informations firent douter la jeune fille. Sirius Black était-il vraiment innocent ? Le Survivant avait-il raison ? Après tout, cet homme était issu d'une famille de sang-pur conservateurs, pourquoi aurait-il pris parti contre Voldemort ? Le soir quand elle se couchait, Procya se retournait longuement dans son lit, des mots s'imposant à son esprit. Un criminel recherché. Un mangemort. Un innocent condamné à tort. Un héros de guerre méconnu.
La première semaine du mois de mars, la professeure Atlan la retint à la fin de son cours.
- On m'a demandé de vous remettre ce document, l'informa t-elle en lui tendant un parchemin roulé.
Elle la remercia et sortit de la classe de Potions, et déroula le parchemin en prenant le chemin de son prochain cours.
- Une convocation chez Madame Maxime ? S'étonna Chiara qui avait lu par dessus son épaule. Tu crois que c'est grave ?
- Je ne sais pas, fit Procya d'un ton soucieux. C'est vrai que j'ai eu pas mal de retenues ces derniers temps, mais quand même...
Procya était convoquée le soir même chez la directrice. Après ses cours de la journée, elle se rendit à l'étage réservé à l'administration. Elle se présenta à Madame Othello, qui hocha la tête et l'invita à patienter en lui désignant la banquette en velours cramoisi installée contre le mur. Procya attendit quelques minutes – le temps d'angoisser sur la raison de sa convocation – puis les doubles portes ouvragées s'ouvrirent toutes seules, et Madame Othello lui fit signe d'entrer. C'était la première fois que Procya se rendait dans le bureau de la directrice, et elle fut troublée par la taille des meubles et la hauteur du plafond. Madame Maxime était assise à son bureau et elle sourit en la voyant entrer.
- Tu peux t'asseoir, Procya.
La jeune fille prit timidement place dans l'un des grands fauteuils, et attendit nerveusement que la directrice prenne la parole.
- Sais-tu pourquoi je t'ai fait venir ? Demanda Madame Maxime, qui l'observait avec un regard pénétrant.
- Je l'ignore, madame, répondit respectueusement Procya.
- Eh bien, il semble que tu sois très occupée en ce moment, Procya. Trois retenues, de nombreuses heures à la bibliothèque...
Procya se sentit rougir.
- Je m'excuse pour mon comportement ces dernières semaines, fit-elle. J'ai mal agi, et je suis désolée, ça ne se reproduira plus.
Madame Maxime sourit en entendant son élève dire qu'elle n'agirait plus ainsi. Elle savait déjà qu'avant même la fin de l'année scolaire, Procya écoperait probablement d'une autre retenue en perdant son calme.
- Je suis au courant des informations dont tu as eu connaissance récemment, poursuivit calmement Madame Maxime, et je me disais que cela t'avais peut être troublée.
Procya restât interdite, ne sachant comment réagir face à sa directrice. Bien sur que ça l'avait troublée ! Mais qu'est-ce qu'on pouvait dire de plus sur le sujet ?
- Procya, reprit doucement la demie-géante, tu es en train de te faire du mal. Tu te replie sur toi-même et tu cherches des réponses, mais tu ne les trouveras pas seule.
- Mais comment je pourrais les trouver alors ? Demanda Procya, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
- Eh bien, tu peux nous en parler. À Arry, ou à moi-même.
- Ça me paraît étrange de poser des questions là-dessus à un inconnu, marmonna Procya.
- Je comprends, approuva Madame Maxime. Mais tu serais surprise, car à travers sa propre histoire, Harry peut comprendre ce que tu ressens. Il n'a connu aucun de ses parents.
- C'est vrai, admit Procya après quelques instants de réflexion. Et vous, vous avez connu Sirius Black ?
- Je l'ai peu connu, lui confia Madame Maxime. Nous avons fait partie du même groupe de résistance, mais il est vrai que nous nous sommes pas beaucoup rencontrés. Mais je connais de nombreuses personnes qui l'ont fréquenté, et tous s'accordaient à dire qu'il était un homme bien et un grand sorcier.
Elle se tut pour laisser son élève réfléchir à ses propos.
- Je ne sais pas trop... Fit Procya, le visage troublé. Vous dites, comme Harry Potter, qu'il était innocent, que c'était quelqu'un de bien. Mais comment y croire, vu sa famille ? Et même s'il était innocent, je ne crois pas avoir envie d'en savoir plus sur cette famille...
- Tes interrogations sont légitimes, abonda la directrice. Mais nous ne sommes pas définis par notre famille. C'est d'ailleurs ce que Sirius a refusé : il s'est élevé contre sa famille, car il ne partageait pas leurs valeurs. Pourquoi toi tu devrais te laisser définir par cette famille ?
La jeune fille restât songeuse face à la question de sa directrice. Elle se sentait mieux maintenant qu'elle s'était confiée sur le sujet.
- Je vous remercie d'avoir pris le temps de me parler, madame, finit-elle par dire. Je vais réfléchir à tout ça. Et je m'excuse encore de mon comportement en cours.
Madame Maxime lui sourit.
- Je suis contente de savoir que tu vas prendre le temps de penser à ce que nous nous sommes dit. Et aussi que tes professeurs vont retrouver un peu de paix en classe, ajoutât-elle.
Quand elle rejoignit Chiara dans leur chambre plus tard, Procya arborait un large sourire. Son amie leva les sourcils en la voyant entrer.
- Tout va bien ?
- Oui oui, fit Procya en rangeant ses affaires d'un air guilleret.
- Tu me fais peur, fit observer sa camarade de chambrée. Tu te comportais comme un croup enragé et après une convocation chez la directrice, tu es tout sourire. Elle t'a fait boire un truc à ton insu ?
Procya se retourna vers son amie.
- Je suis désolée. Tu as raison, je me suis comportée comme... Comme un croup enragé, admit-elle en soupirant. Et tu n'avais pas à subir ça.
- Mais tu ne m'en diras pas plus, affirma Chiara.
- Non, effectivement. Du moins, pas tout de suite. Tu veux qu'on bosse sur notre devoir d'astronomie ?
Chiara leva les yeux au ciel, mais rassurée par la promesse de confessions à venir, elle accepta de travailler sur ce devoir.
-o-
Harry ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter à propos de Procya. Il savait qu'il avait fait son maximum pour le moment et qu'Épione lui avait conseillé de patienter, mais il se sentait coupable. Il venait de bouleverser la vie d'une adolescente qui n'avait rien demandé, en avait-il le droit ? Avait-il fait le bon choix en choisissant de faire le jour sur toute cette affaire ? Il s'en était ouvert à son épouse, qui lui avait conseillé la patience. Et sur le fait qu'il avait probablement bouleversé sa vie ? Ginny avait convenu que ça devait être difficile à vivre pour la jeune fille. Mais elle lui avait aussi affirmé qu'avec le temps, Procya serait probablement soulagée d'avoir appris la vérité.
Il avait écrit à Épione pour prendre des nouvelles. Dans sa réponse rédigée au dos d'un parchemin raturé qui semblait être l'ébauche d'un plan de cours – Épione précisait dans un post-scriptum qu'elle recyclait toujours ses vieux parchemins – elle expliquait que sa fille n'avait pas posé de questions sur le sujet, mais qu'elle semblait « en pleine introspection ».
Finalement, il avait reçu un autre courrier en provenance de France. La lettre lui fut amenée par un Augurey, que Ginny faillit attaquer avec un sort quand l'oiseau se posa sur le rebord de la fenêtre du bureau en émettant une longue plainte lugubre. Ginny remit le courrier à son mari qui jouait avec les enfants et pâle comme la mort, elle alla se servir un Whisky pur feu bien tassé pour se remettre de sa frayeur.
« Monsieur Potter,
Lorsque nous nous sommes rencontrés, vous avez proposé de répondre à mes questions.
Je vivais très bien sans questions, mais puisque j'ai désormais plein d'interrogations, et que vous êtes responsable des dites interrogations, vous êtes aussi le plus à même d'y répondre.
Pourrions-nous nous rencontrer afin d'en discuter ? J'ignore si vous pourrez vous rendre à nouveau en France, mais je pense pouvoir venir en Angleterre lors d'un week-end.
Très sincèrement,
Procya Roisnel
P.S : L'oiseau que je vous envoie est un augurey. Il s'appelle Robert et c'est l'un des oiseaux de compagnie de ma mère. Son apparence et son chant sont un peu inhabituels, mais il est très affectueux. Il aura sûrement besoin de se reposer un peu avant de repartir, aussi sachez que les augureys aiment loger dans les buissons épineux et qu'ils se nourrissent essentiellement d'insectes. »
Harry leva les yeux vers l'augurey qui était toujours installé derrière la fenêtre. L'oiseau était maigre, presque squelettique, et il évoquait vaguement un vautour à Harry. Il avait cependant un plumage magnifique, sombre mais avec de légers reflets verts. Harry remarqua que Robert le fixait sans ciller, et il se retint de frissonner. Après réflexion, il trouvait que l'augurey avec des similitudes avec les sombrals, qui ressemblaient à des chevaux décharnés : une version lugubre d'un oiseau. Tout en songeant distraitement qu'il lui faudrait faire un tour sur le Chemin de Traverse pour acheter quelques onces de cafards séchés, il alla retrouver Ginny dans le salon. Son épouse avait retrouvé des couleurs, mais elle contemplait le vide d'un œil morne.
- C'était une lettre de Procya, annonça-t-il. Elle m'informe – dans un style assez... particulier – qu'elle aimerait me poser un certain nombre de questions.
- C'est plutôt une bonne nouvelle, positiva Ginny en se ressaisissant. Tu veux dire quoi par « style particulier » ?
Il tendit le parchemin à Ginny, qui le parcourut rapidement avant de pouffer.
- On dirait Fleur il y a quelques années, commentât-elle. Tu crois que c'est typiquement français ?
- J'ai plutôt l'impression que c'est une question de caractère, et elle ne semble pas en manquer, comme Fleur. J'ai pensé qu'on pourrait l'inviter à la maison ? Se serait plus simple pour prendre le temps de discuter de tout ça...
- J'ai quand même l'impression qu'elle est un peu farouche, fit remarquer Ginny. Tu crois qu'un week-end suffirait pour briser la glace ?
- Tu veux l'inviter pour une plus longue période ? Comprit Harry.
- Je ne sais pas si Beauxbatons a les mêmes vacances que Poudlard, mais celles de Pâques arrivent, explicita Ginny. Si elle vient plusieurs jours, les choses se feront peut être plus naturellement, fit-elle observer.
- Ce n'est pas une mauvaise idée, approuva Harry. Par contre je ne sais pas si tu as lu le post-scriptum, mais on va devoir garder l'augurey quelques jours...
Ce fut Robert qui apporta la réponse de Harry à Procya. L'augurey avait dédaigné les cafards séchés, mais avait semblé très friand de mouches. Après quelques jours de repos dans l'arbre qu'il s'était choisi comme refuge, il accepta le courrier qu'on lui confia, et s'envola sous une pluie battante. Harry avait choisi d'écrire à Procya, mais également à Épione, afin de l'informer qu'il invitait sa fille à séjourner chez lui, et que l'invitation s'étendait également à elle et son époux. Procya apprit la nouvelle le vendredi suivant, en rentrant de Beauxbatons.
- Tu aurais pu me prévenir que tu avais envoyé Robert expédier une lettre, lui reprocha sa mère. Je ne l'ai pas vu pendant plusieurs jours, je commençais à être inquiète.
- C'est vrai, j'ai oublié de te le dire, admit Procya. Mais il avait tellement envie de se rendre utile, n'est-ce pas bertie chou ? Roucoula t-elle en caressant le bec de l'augurey, qui gonfla ses plumes pour se donner l'air avantageux.
- Je n'aime pas trop que ce piaf soit dans la maison, bougonna Phillipus, qui en bon écossais, avait une sainte horreur des augureys.
- Mais enfin nous avons un grand soleil depuis une semaine, s'horrifia Épione. Pauvre chéri, il ne peut pas rester dehors, hein Bertie ?
Robert frotta affectueusement sa tête décharnée contre le cou de sa protectrice, et Phillipus soupira : parfois, il se sentait un peu incompris dans cette maison.
- C'est très généreux à Monsieur Potter de nous proposer de séjourner chez lui, continua Épione. Mais je pense que je me sentirais un peu gênée, nous ne le connaissons pas très bien...
- On pourrait aller au haras de ma famille, proposa Phillipus, qui pensait justement à sa patrie natale. Ça fait longtemps que nous n'y sommes pas allés, et tu pourras rencontrer Potter à ta guise, Procya.
- Je crois que je préfère aller chez lui, le contredit Procya. Ce sera plus simple pour... Échanger.
- Je vais écrire à Monsieur Potter pour lui expliquer tout ça, annonça Épione.
Ce week-end là, Procya prit la décision de tout raconter à sa meilleure amie. Elle y songeait depuis son entretien avec Madame Maxime. Sa directrice d'école lui avait permis de comprendre qu'elle avait besoin de s'ouvrir aux autres sur le sujet pour avancer. Dans un premier temps, cela impliquait d'accepter de dialoguer avec le Survivant. Mais il était aussi important pour Procya de partager ça avec son amie. Bien qu'elle ne l'admette qu'à contrecœur – et uniquement en son for intérieur – Chiara avait le don pour la recadrer et lui remettre la tête sur les épaules quand elle en avait besoin.
Leur relation s'était apaisée depuis que Procya s'était excusée pour son comportement, mais elle sentait que Chiara était encore sur la réserve. Sans surprise, l'italienne avait senti que son amie lui cachait quelque chose, et elle attendait qu'elle se confie à elle. Il leur suffit d'un regard pour se comprendre dès qu'elles se retrouvèrent le lundi. Elles avaient été rejointes dans la Galerie des Âtres par Mathilde, et à sa question sur comment s'était passé leur week-end, Procya fixa longuement son amie. Mais elle préférait être au calme pour se confier, et elle attendit le soir.
Après la fin des cours de l'après-midi, elles rejoignirent aussitôt leur chambre. Procya installa tous leurs coussins à terre, Chiara sortit des patacitrouilles, et elles s'installèrent confortablement pour parler. Procya lui racontât tout. Comment elle avait brutalement appris l'identité de son père, et sa mort par la même occasion. Comment elle avait rencontré le Survivant, et comment elle l'avait envoyé paître. Ses douloureuses découvertes sur Azkaban. La vie sombre de ce père fantôme. Cette famille louche, et leurs liens avec les mangemorts. Ses doutes, ses interrogations. Puis son entretien avec Madame Maxime, ses conseils, et sa résolution d'écrire à Harry Potter. Sa réponse, et sa proposition de venir en Angleterre. À la fin de son récit, ses yeux brillaient d'une émotion contenue, et ne pouvant plus supporter le regard de Chiara qui l'avait fixée durant toute sa confession, elle fixa le sol.
- Tu sais quoi ? Fit son amie au bout d'un moment. Je crois que ça ne m'étonne même pas.
Surprise, Procya releva la tête. Chiara n'avait pas l'air surprise ou choquée comme elle l'avait imaginé, mais juste songeuse. Son amie se renversa en arrière pour s'adosser à son lit.
- Franchement, à qui d'autre ce genre de chose pouvait arriver, à part toi ? Exposa t-elle d'un ton mi-agacé, mi-amusé. Tu as traîné dans tous les coins paumés de la planète avant même de savoir marcher, tu as rencontré tout un tas de bestioles flippantes que tu traite comme de gentils agneaux innocents, tu voles tranquillement à dos de Gronian en pleine tempête, tu fais des expérimentations cheloues sur des appareils moldus... Ta mère déjà à moitié dingue y est pour beaucoup, mais un père mystérieux au passé trouble ? Très bien, j'achète ! Un nouveau pan de la légende Procya Roisnel !
Procya était un peu troublée par la réaction de son amie, mais en voyant son grand sourire, elle éclata de rire. Chiara avait le don de dédramatiser les choses.
- Ne le dis pas à Duncan, fit la jeune fille entre deux hoquets de rire. Il va encore dire que je le fais exprès pour me rendre intéressante.
- Moi je dis qu'il serait surtout jaloux de savoir que tu as rencontré le Survivant ! Il est comment ?
- Étonnamment banal, confia Procya. Mais c'est vrai que je ne l'ai pas vu longtemps.
- Tu vas pourtant aller en vacances chez lui. Non mais vraiment, c'est tellement toi, ça... Tu t'invites une semaine chez un tueur de mage noir !
Elles pouffèrent de concert devant l'incongruité de la situation.
- Et il t'as dit qu'il connaissait bien ton père. Sirius, c'est ça ? Demanda Chiara quand leurs rires se calmèrent un peu.
- Sirius Black, confirma Procya. C'est pour ça que je vais en Angleterre, pour en savoir plus.
- Tu crois qu'il a des artefacts contre la magie noire, chez lui... ?
Elles discutèrent toute la soirée du voyage à venir de Procya. Celle-ci était ravie d'avoir retrouvé la complicité qui caractérisait leur relation. Elles évoquèrent peu Sirius Black, son passé et sa famille, mais Procya avait le cœur plus léger de s'être confiée à son amie. Chiara voyait ça comme une aventure amusante, qui serait autant une quête initiatique qu'une bonne plaisanterie, et sa dérision aidait Procya à voir ces faits sous un jour nouveau. Il serait intéressant d'en savoir plus sur ce qui liait son père à un héros de guerre et ce qu'il avait fait avant d'être emprisonné.
Procya et sa famille devaient partir en Angleterre deux semaines plus tard et à l'approche de leurs vacances, Phillipus devenait nerveux. Bien que ce soit lui qui ai proposé à son épouse de séjourner dans sa famille, il redoutait ce voyage.
- Cicy ? Fit-il en passant la tête par la porte de sa chambre. Tu as fait quoi de ton tartan, je ne l'ai pas trouvé dans ton armoire, cette semaine ?
- Oui, il est resté à Beauxbatons, répondit Procya sans lever les yeux du livre qu'elle était en train de lire. Je l'utilise comme plaid le soir.
- Ce n'est pas une foutue couverture, c'est le tartan traditionnel du clan McThorn, grogna Phillipus.
La jeune fille leva les yeux au ciel. Et c'était reparti...
- Oh non chéri, tu ne compte quand même pas emmener ton kilt ? Soupira Épione, qui avait entendu leur conversation.
- Bien sur que si ! Ignotus a dit qu'il inviterait tous les clans pour un repas !
- J'espère juste qu'ils ne nous serviront pas cet espèce de plat à base de vessie de mouton...
- Le haggis c'est délicieux, voyons. Et puis tu mange bien des morceaux de foie malade.
- Le foie gras n'a rien à voir avec le haggis, s'indigna Épione. C'est un met très raffiné !
- Ben voyons... Réponse typique d'une française...
- Vous m'excuserez, mais j'aimerais lire tranquillement, fit Procya en se levant pour fermer sa porte, laissant les deux adultes débattre du patrimoine gastronomique de leurs deux patries.
Bonjour à tous ! On en apprends un peu plus sur comment Procya réagit face à ces révélations... Que pensez-vous de ses réactions, de ses inquiétudes ?
Dans les chapitres suivants, vous pourrez découvrir le séjour de Procya en Angleterre... Je vous dis à vendredi prochain !
