Chapitre 9 : Mascarade

Dès son retour à Beauxbatons – et après avoir raconté son séjour chez Harry Potter dans les moindres détails à Chiara – Procya mit son amie dans la confidence de la farce qu'elle préparait à Duncan pour la Fête de fous.

- Mais c'est génial ! S'exclama Chiara alors qu'elles gravissaient l'escalier qui menait à leur salle de Potions. Il va être complètement fou !

- Qui va être complètement fou ? Demanda Duncan, qui venait de les rejoindre.

Les deux filles échangèrent un regard entendu.

- Oh, personne, fit Chiara d'un ton évasif. Comment se sont passées tes vacances, Ducky ?

Tout au long de la semaine, Procya cultiva l'art de la guerre psychologique. Elle renversa par accident son sac sur le sol, et ramassa l'air gênée les trois sachets de poil à gratter qui s'en étaient échappés. Quand Duncan venait dans sa chambre pour lui emprunter sa plume auto-correctrice, toute une pile de produits des Sorciers Facétieux était bien en vue près du lit de Procya. En cours de métamorphose, elle demanda au professeur si il avait une astuce pour « rendre une métamorphose humaine la plus durable possible ».

Au bout de quelques jours, Duncan la regardait avec suspicion et tenait soigneusement ses distances. Quand le lundi, Madame Maxime annonça au petit-déjeuner que la Semaine des Fous commençait officiellement, Procya déclara innocemment qu'ils allaient bien s'amuser cette année.

- Je te préviens, fit Duncan d'un ton détaché. J'ai pris toutes mes précautions. Tu n'arriveras pas à me piéger.

- Si tu le dit, répondit son amie en haussant les épaules. Tu re-veux un pain au chocolat ? Ajoutât-elle en lui tendant un plateau de viennoiseries.

L'anglais se contentât de pointer sa baguette sur les innocentes denrées et les fit exploser, éclaboussant toute leur tablée.

- Mais enfin Ducky, ça va pas ?! S'indigna Chiara. Si tu ne voulais pas de pain au chocolat, il suffisait de le dire, et puis j'avais encore faim, moi !

- Je viens de le dire, fit-il en fixant Procya. J'ai pris TOUTES mes précautions...

Les étudiants s'amusèrent toute la semaine. Des incidents perturbaient régulièrement les cours, quand les élèves ou les professeurs se transformaient soudain en poulet ou prenaient une teinte verte. Certains canulars avaient plus d'envergure que d'autres : une bande de troisième année réussirent à verser plusieurs flacons du Soyeux Shampoing du Docteur Sirène dans la fontaine de l'alchimiste, répandant une abondante mousse dorée dans les jardins.

- Moi je trouve que c'est une blague d'utilité publique, commentât Aurélia. Ça sent bon, et puis c'est plutôt joli.

La plupart des élèves n'étaient pas du même avis puisque plusieurs d'entre eux furent admis à l'infirmerie pour se faire rincer les yeux, irrités par le savon. Mais ce que tous attendaient avec impatience, c'était la Mascarade, un grand bal costumé qui clôturait la Semaine des Fous, après toute une journée dédiée à des compétitions amicales. Le vendredi, Procya débuta la journée en fanfare.

- Debout ! C'est le jour de la mascarade ! Fit-elle en tirant sur le rideau d'un coup sec.

Chiara marmonna une insulte en italien, et s'enfouit sous son édredon.

- Moi aussi j'ai hâte d'y être, mais tu n'es pas obligée de me réveiller comme ça, ronchonna t-elle.

- Aller ! Il faut te préparer, la journée va être chargée et tout le monde va t'attendre !

- Bonjour, bonjour ! Le soleil brille, la journée a déjà commencé, il faut se lever !

Duncan venait d'entrer dans la chambre des deux filles d'un air triomphant, arborant déjà sa tenue pour le concours de castells.

- Oh non, pas toi, soupira Chiara en sortant la tête de sous la couette. C'est trop demandé, un peu de calme le matin ?

- Pas le jour de la mascarade, fit Duncan en s'asseyant sur le lit de Procya. Magne toi un peu, il faut qu'on soit à la répétition dans une demi-heure, et j'aimerais bien manger avant.

- Je pourrais me lever seulement quand tu te seras barré, fit Chiara avec mauvaise humeur. Je porte pas de bas de pyjama, figure toi.

- Alors comme ça, tu dors presque nue ? C'est une information intéressante, ça...

- Mais qu'est-ce qui se passe ici ?! Fit une voix indignée.

Un surveillant se tenait sur le pas de la porte – que Duncan n'avait pas daigné refermer – et contemplait les trois adolescents d'un air furieux.

- Un garçon dans une chambre de filles ! Dehors ! Et vous deux, dépêchez vous, Madame Maxime fait son discours à huit heure et demie !

Duncan fila sans demander sans reste et les deux filles s'empressèrent de passer leurs tenues de la journée. Comme Duncan, Chiara avait revêtu une tenue pour participer à la compétition de la mâtinée : une chemise couleur « bleu Beauxbatons » et un pantalon de toile blanche, et elle avait enroulé autour de sa taille une large écharpe noire. Procya avait simplement mis une de ses robes d'école, mais elle arborait de nombreux rubans multicolores dans ses cheveux et sur sa robe, le signe distinctif d'un jour de mascarade. Dans leur salle à manger favorite, Duncan leur avait gardé deux places à une table. Tous les élèves avaient une tenue similaire à celle des deux amies : quelques uns arboraient des tenues de compétition, et les autres des rubans. L'ambiance était joyeuse, et tout le monde attendait le coup d'envoi de cette fabuleuse journée, qui marquait la fin de la Semaine des fous.

Comme à son habitude, Madame Maxime fit son entrée dans la salle à manger à huit et demie très précise. Les élèves se levèrent comme un seul homme, et restèrent debout jusqu'à que leur directrice ai atteint l'estrade et qu'elle leur eu fait signe de se rasseoir.

- Mes très chers élèves, je ne serais pas longue. Avant de commencer cette journée de réjouissances, je tenais simplement à vous rappeler que nous sommes motivés avant tout par un esprit de camaraderie et de fair-play. Je veux une compétition amicale entre castelleres, et j'attends de votre part une attitude exemplaire lors de notre match de Quidditch.

Quelques élèves hochèrent la tête, mais la plupart écoutaient à peine leur directrice, trop impatients qu'elle lance enfin le signal de départ.

- Le concours de Castelleres débutera à 10 heures, et le match à 14 heures. Et bien entendu, nous nous retrouvons tous ici à 18 heures pour le début de la mascarade. Chers élèves, je vous souhaite une excellente journée de mascarade !

La salle éclata en applaudissements et les élèves se plongèrent aussitôt dans des conversations animées. Chiara fourra un croissant dans sa bouche et empoigna Duncan par le bras pour lui faire quitter la salle.

- On se voit après les Castells !

Procya rejoignit Aurélia et Mathilde. Mathilde avait décidé de participer au concours du plus beau costume, et elles ne seraient pas de trop à quatre, pour ensorceler l'ambitieux projet d'ailes de fées qu'avait créé Mathilde. A dix heures, toute la population du château s'était massée sur les pelouses des jardins. Les castelleres étaient regroupés en plusieurs groupes – trois équipes s'affrontaient cette année – et ils étaient entourés d'un cordon de sécurité composé des élèves les plus âgés et quelques professeurs. À l'extérieur de ces cercles, le public attendait impatiemment le début du spectacle. Procya repéra Duncan au milieu de la foule, l'air beaucoup moins confiant qu'au petit-déjeuner. Il faisait nerveusement quelques exercices d'étirement. C'était la première année qu'il participait, contrairement à Chiara qui en était déjà à sa troisième édition. D'apparence frêle, elle avait pourtant beaucoup de force, et se plaçait dans les étages du milieu du castells, tandis que Duncan serait en bas, participant à former la base de la tour.

La compétition de castells avait été instaurée il y a plus de deux siècles par des élèves espagnols. L'épreuve consistait à construire de véritables tours humaines, réparties selon des équipes. Pour des moldus, c'était une pratique plutôt dangereuse : un édifice humain de 10 étages peut facilement vaciller. Les sorciers locaux – quand ils ne participaient pas eux mêmes aux castells – se mêlaient alors à la foule pour lancer discrètement des sortilèges de coussinage quand les tours s'effondraient. Certains sorciers tentaient même de favoriser leurs équipes par magie, mais ils étaient souvent démasqués par les sorciers des équipes rivales. A Beauxbatons, l'usage de la magie était strictement interdit pour les participants, qui ne pouvaient pas garder leur baguette sur eux. L'épreuve reposait donc entièrement sur la force et l'habileté des participants. L'école fournissait les tenues pour éviter les enchantements de triche, mais chaque année, quelques personnes tentaient d'utiliser des potions collantes ou autres décoctions, pourtant toutes ces astuces avaient un effet relativement limité : souvent quand une tour s'effondrait, les élèves qui en avait usé arrachait tout simplement les vêtements de leurs camarades par accident, camarades qui appréciaient fort peu de se retrouver presque nus devant toute leur école.

On plaça des papiers portant le noms des équipes dans une boîte, et Madame Maxime en tira un au hasard : « c'est l'équipe des étoiles qui aura l'honneur de débuter », annonça-t-elle. « Suivie de... L'équipe des Ibèresl ! »

- Duncan et Chiara sont chez les étoiles, c'est bien ça ? Interroga Mathilde.

- Oui, fit Aurélia. Regarde, Duncan se met en position !

Les filles se mirent à applaudir et à siffler avec le reste de la foule pour encourager la colla des étoiles qui commençait à se masser. L'équipe commençait à se rassembler en un cercle compact, composé d'une dizaine de rangs serrés. Rapidement, leurs coéquipiers se hissèrent sur leurs épaules, progressant debout et à quatre pattes, pour former un deuxième cercle au dessus du premier, beaucoup plus petit. Les différents membres de l'équipe continuaient à affluer, marchant littéralement sur leurs camarades, pour former le troisième étage.

- Oh regardez, c'est au tour de Chiara ! S'exclama Aurélia en pointant du doigt une tignasse brune parfaitement reconnaissable.

- Va s'y Chiara ! Hurla Mathilde. Lâche pas, ma grande !

Chiara venait d'arriver au centre de son cercle, et agrippa fermement les épaules de l'élève qui lui faisait face, pour bien assurer sa position. Leur étage comportait un nombre de personnes beaucoup plus restreint : cinq élèves se tenaient fermement par les épaules, bien droit et les pieds plantés sur les épaules de ceux en dessous, alors que le deuxième étage comportait une quinzaine de personnes, et celui au sol, une quarantaine. Pour le quatrième étage, les visages étaient déjà beaucoup plus juvéniles. Il fallait des personnes un peu plus légères, souvent c'était des adolescents qui dépassaient pas la troisième année. Procya était fascinée par la facilité avec laquelle les participants se hissaient sur leurs camarades. Chiara lui avait décrit à de nombreuses reprises combien leur entraînement était long et fastidieux, mais ils escaladaient la tour humaine aussi facilement que s'il avait s'agit d'un mur d'escalade niveau débutant.

- E-toiles ! E-toiles ! E-toiles !

La foule scandait le nom de l'équipe, pendant que la tour continuait à s'élever dans les airs. Maintenant haute de huit étages, trois élèves de première année entreprenaient d'escalader l'ouvrage pendant que la foule retenait son souffle. Il fallait absolument que l'enfant désigné pour être au sommet y parvienne, pour valider la première étape. La deuxième partie de l'épreuve consistait à déconstruire la tour sans que personne ne chute. Une frêle fille rousse – mais néanmoins très agile – se hissa jusqu'au sommet en à peine une minute, et se mettant debout sur le dos de deux de ses camarades, elle leva les deux bras une micro-seconde, déclenchant des hourras dans la foule. Aussitôt, elle entreprit de redescendre sur le côté opposé à celui où elle était arrivée, glissant sur le dos des membres de son équipe aussi naturellement que s'il s'agissait d'une rampe d'escalier. La déconstruction de la tour était la partie la plus critique : les muscles souffraient de supporter tout ce poids, et des erreurs d'inattention étaient facilement commises, au moment où chacun pouvait enfin relâcher sa position. Septième, sixième, cinquième... Les différents étages se défaisaient naturellement, en quelques secondes, alors que la jeune fille rousse avait déjà mis pied à terre.

Aurélia se mordait les lèvres avec angoisse, pendant que ses deux amies s'époumonaient. Les visages des participants étaient crispés, la tour vacillait dangereusement, son équilibre déjà précaire mis en péril par les nombreux mouvements amorcés dans la descente. Et puis soudain, les élèves du quatrième étage flanchèrent, tombant brutalement sur leurs camarades du cinquième étage. La tour humaine s'écroula, comme un bâtiment de pierre secoué par le tir d'un canon. Des cris de douleurs et de frayeur retentirent – aussi bien dans la foule que dans le public – mais les membres de la sécurité avaient déjà levé leurs baguettes, et une bonne cinquantaine d'élèves se mirent à flotter dans les airs.

- Oh non, gémit Mathilde en s'accrochant au bras de Procya. Tu les vois, ils vont bien ?

- Chiara est là-haut, fit Aurélia, elle a l'air d'aller bien. Mais je ne vois pas Duncan !

La foule applaudit et reprit les chants pour réconforter la malheureuse équipe. Ceux qui s'en étaient sortis indemnes rejoignaient déjà leurs camarades dans le public, la mine déconfite, tandis les autres élèves atterrissaient en douceur sur un morceau de pelouse dégagée. Il y avait quelques nez en sang et des foulures de poignets, mais la plupart des élèves étaient rafistolés d'un coup de baguette par leurs professeurs. Les blessés en peu plus sérieux – une fracture nécessitant une potion ou un malaise – étaient emmenés à l'écart pour rejoindre l'infirmerie. Les deux garçons qui avaient accompagnée la fille rousse au sommet de la tour pleuraient, de frayeur ou de dépit.

- Je le vois, il est là ! Fit Procya, apercevant enfin Duncan qui émergeait de la mêlée en claudiquant, le visage grimaçant.

Les filles se précipitèrent pour le soutenir.

- Ca va, ca va, je crois que c'est ma cheville... Putain c'est trop nul, on y était presque...

- Pas la peine d'essayer de jouer les héros, fit Mathilde. Il faut qu'un professeur regarde ta cheville !

Elle fila en quête d'un adulte, tandis que Procya et Aurélia l'aidait à s'asseoir sur un banc. Chiara les rejoignit quelques instants après, indemne mais l'œil sombre.

- Typique du quatrième étage ! Je leur avait dit qu'ils avaient besoin de renforcement musculaire ! Pesta-t-elle en se laissant tomber sur le banc à côté de son ami. Il t'arrive quoi, tu t'es blessé ?

- La cheville. C'est Igor qui est tombé sur moi, et il pèse lourd.

- Monsieur Aubrey, où êtes-vous blessé ? Intervint le professeur Wiggins, ramené par Mathilde.

- C'est ma cheville, professeur. C'est douloureux, mais j'arrive un peu à bouger le pied.

- Hu-hum. Oui, c'est juste gonflé, je pense que c'est une simple foulure. Attention monsieur Aubrey, ça va piquer un peu !

Il tapota la jambe de Duncan avec sa baguette, et le gonflement disparut aussitôt, alors que l'anglais grimaçait. Il bougea son pied, le posa prudemment à terre et se leva avec précaution.

- Je ne sens plus rien ! Merci professeur !

- Je vous en prie. Essayez quand même de prendre un peu de repos dans la journée, si vous voulez pouvoir danser ce soir ! Passez du temps assis !

Le professeur s'évanouit dans la foule, tandis que la voix magiquement amplifiée de Madame Maxime se faisait entendre.

- S'il vous plaît, votre attention ! La compétition va bientôt reprendre ! Merci de reprendre place à l'extérieur du cordon de sécurité ! Et vous pouvez applaudir vos courageux camarades, qui ont livré une belle performance malgré leur petite chute !

La foule applaudit chaleureusement l'équipe perdante, pendant que les Ibères se mettaient en place. À la grande joie de leurs supporters, cette équipe parvint à rester en un seul morceau, sans aucune chute. Le suspens dura jusqu'à la fin de la compétition, puisque la troisième équipe – les Colosses - ne s'effondra pas non plus. Après avoir délibéré avec les juges, Madame Maxime déclara les Colosses vainqueurs : ils avaient réalisé un temps inférieur de 33 secondes par rapport aux Ibères.

- Finalement, tu n'auras pas réussi à me piéger, fanfaronna Duncan alors que leur petit groupe se dirigeait vers l'Annexe pour le déjeuner.

Procya et Chiara éclatèrent de rire.

- Au contraire ! Tu es complètement tombé dedans !

- De quoi tu parles ? S'agaça l'anglais.

- Tu es resté sur le qui-vive toute la semaine... C'était ça la blague !

Duncan s'arrêta, interdit.

- Je n'ai pas prévu de te faire manger un truc bizarre ou de te transformer... La blague, c'était de te faire croire que j'allais le faire !

Il ouvrit la bouche et la referma, comme un poisson hors de l'eau. Procya lui tapota le bras gentiment et elles laissèrent là leur ami. Après le déjeuner, les élèves de Beauxbatons affluèrent vers le stade de Quidditch. D'abord pensé comme une farce à destination des étudiants en 1908, le match de Quidditch inter-professeurs était devenu une tradition à part entière de la Semaine des Fous, principalement en raison de la rivalité permanente des professeurs. En effet, toujours prompts à se chamailler pour déterminer quelle matière la plus intéressante, la plus difficile ou la plus appréciée des élèves, les enseignants profitaient toujours d'être sur le terrain pour pouvoir régler discrètement leurs comptes.

La professeure Atlan – qui jouait comme batteuse dans l'une des équipes – attendait donc impatiemment d'être dans les airs pour envoyer un cognard vers sa collègue d'Arithmancie qui avait déclaré lors de la dernière réunion pédagogique que les « potions c'était rien que de la cuisine avec des trucs gluants ». Quand aux deux professeurs de Sortilèges, le hasard de la sélection les avaient tous deux placés comme attrapeurs cette année, et ils comptaient bien départager qui était le meilleur enseignant en raflant le vif d'or.

- Vous soutenez qui ? Demanda Aurélia quand les deux amies les rejoignirent dans les gradins.

- J'ai pas regardé la répartition des équipes, fit Procya. Le professeur Jarvet joue dans laquelle ?

- Les bleus, l'informa Mathilde. Mais le professeur Ulric aussi, précisa t-elle en évoquant le professeur d'herbologie honni.

- Bon, je vais soutenir les blancs alors... Fit Procya en tapotant son écharpe avec sa baguette pour en changer la couleur.

- Tu as raison, approuva Mathilde. Ils ont aussi Titus comme gardien, et il est imparable ! J'ai parié 3 gallions qu'ils allaient gagner avec Mathieu !

- Tu sais qu'il est capable de saboter le match juste pour qu'il n'ai pas à te payer ? Fit Chiara, qui appliquait du fard bleu sur ses joues.

- Dans ce cas, est-ce que quelqu'un connaît le nombre de parieurs auprès de Mathieu ? Si la cote d'une équipe est meilleure que l'autre, tu peux être sure qu'il va assassiner un ou deux profs pour faire perdre cette équipe...

- Procya, ça me blesse énormément que tu penses ça de moi, déclara le concerné, qui passait près d'elles en répandant un bruit de ferraille qui venait de ses poches.

Elle ne répondit pas, se contenant de changer la couleur de son chapeau en blanc alors qu'il s'éloignait.

- Tu l'as fait exprès parce qu'il va prendre les paris du côté des bleus, hein ?

- Oh regardez, c'est le professeur Latrempe qui va commenter le match ! S'exclama Aurélia.

Le drame de ce match fut que le professeur Dutilleul ne put jamais prouver qu'il était le meilleur enseignant en Sortilèges car il avait remporté le vif d'or, puisque l'attention de chacun était concentrée sur comment le personnel technique tentait de déloger le professeur Wiggins du poteau de but dans lequel il s'était encastré suite à une manœuvre ratée d'attaque en faucon.

Une fois le match terminé – ils avaient finalement réussi à décoller le professeur Wiggins – les élèves se précipitèrent dans leurs chambres pour revêtir leurs costumes et se maquiller. Procya et Chiara récupérèrent leurs costumes dans leur chambre avant de filer dans celle de Mathilde, afin d'accorder leurs coiffures et maquillages. Après que Mathilde leur ai confié son projet de déguisement quelques mois auparavant, ses amies s'étaient décidées à arborer des costumes coordonnés pour interpréter les suivantes de la Reine des Fées. Duncan avait été enrôlé pour interpréter un faune, et il avait entraîné dans son sillage ses deux camarades de chambrée, et Mathilde allait pouvoir exhiber une cour royale complète.

Les filles revêtirent des robes longues et fluides aux tons vert tendre, chacune avec une coupe différente pour rendre l'ensemble plus naturel. Elles se coiffèrent avec des couronnes de tresses agrémentées de rubans lilas – Chiara se contenta d'agrémenter ses cheveux courts d'une barrette en forme de feuille – et Aurélia réalisa d'époustouflants maquillages inspirés de la nature. Une fois prêtes, elles aidèrent Mathilde à enfiler la paire d'ailes enchantées qu'elle avait conçue avec Procya. L'ouvrage était lourd et fragile, malgré les sortilèges dont il était bardé : il avait fallut faire un choix entre le confort et la féerie, car une fois portées, les ailes avaient deux mètres d'envergure.

Procya s'approcha prudemment de l'ouvrage, et prit une grande respiration pour se concentrer. Elle tapota doucement sa baguette sur le délicat cadre en bois et au bout de quelques secondes, les ailes se mirent à bouger doucement. Elles poussèrent des cris de joie, sous les protestations de Mathilde qui craignait que dans leur enthousiasme, elles n'abîment son précieux travail de confection. Les ailes battaient doucement dans le dos de Mathilde, se pliant légèrement à chaque impulsion pour rendre le mouvement plus naturel, et le tissu chatoyait sous la lumière.

- Bon, il est temps de descendre ! Annonça Chiara en lançant un dernier sort de défroissage sur sa robe.

Mais dans leurs plans de costumes, les quatre amies n'avaient pas songé au moment où il faudrait franchir la porte du dortoir. Après quelques instants de perplexité en constatant la largeur de l'encadrement de la porte, l'option retenue fut de faire sortir Mathilde en la faisant marcher en crabe pour faire passer ses ailes.

- Appuie un peu sur mes jupes, Aurélia... Non de l'autre côté !

- Rentre le ventre !

- Mais je rentre le ventre ! S'indigna Mathilde. Je suis obligée de me coller à ce côté, sinon les ailes ne passent pas !

Après bien des cris et des protestations, elles réussirent à extraire Mathilde du piège quasi-mortel où elle s'était engagée, et elles remontèrent le couloir pour atteindre enfin les escaliers, au pied duquel trois faunes s'ennuyaient ferme.

- Enfin ! S'exclama Duncan. Ça fait un bon quart d'heure quand vous attends !

- C'est les femmes, ça, fit doctement Mathieu. Elles mettent toujours des heures à...

- Pour ta propre sécurité, je te conseille de ne pas terminer ta phrase, le coupa Duncan alors que Procya sortait sa baguette avec un air menaçant sur le visage. Aller aller, tout le monde dans la salle de réception !

La petite troupe attira tous les regards en traversant les jardins. Leurs costumes étaient splendides, et ils improvisaient des danses en riant pour jouer leurs rôles de nymphes et de faunes. Le cadre verdoyant était idéal pour leur mise en scène, mais ils eurent également beaucoup de succès dans les couloirs et les salles où la foule joyeuse s'amassait en attendant le lancement officiel de la fête.

Madame Maxime fit bientôt son apparition, costumée en la plus grande Reine Elizabeth qu'on ai jamais vue. Elle invita les participants au concours du plus beau costume à la rejoindre sur l'estrade, afin que chacun puisse les admirer et choisir son préféré. C'est accompagnée de sa cour royale que Mathilde se fraya un chemin jusqu'à l'estrade, avant de défiler rapidement à la suite des autres participants. Le jury était composé des différents professeurs de l'académie, et ils observaient le défilé depuis une longue table où ils s'étaient tous alignés. Ils échangèrent leurs impressions à voix basse pendant quelques instants, puis Madame Othello écrit un nom sur un parchemin, avant de le remettre à Madame Maxime. La directrice leva gracieusement une main pour réclamer le silence, qu'elle obtint quasi-instantanément malgré l'excitation qui régnait dans la salle. Aurélia et Chiara se mordaient les lèvre, tandis que Procya s'agrippait avec angoisse au bras de Duncan.

- Et la gagnante du plus beau costume de la Mascarade est... Mathilde Lebailly !

Procya poussa un hurlement perçant en se jetant dans les bras de Duncan, tandis que la salle éclatait en applaudissements. Madame Maxime remit un petit trophée en forme de masque à Mathilde qui n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles, sous les vivats et les applaudissements chaleureux de ses amis.

- Et maintenant, ajoutât Madame Maxime tandis que Mathilde descendait prudemment de l'estrade avec l'aide du professeur Buôlet, je vous invite officiellement à profiter de la mascarade !

D'un mouvement de sa baguette, elle ouvrit les rideaux de velours qui masquaient le balcon qui surplombait la salle, et un groupe de musicien vêtus d'élégantes robes pourpres se mirent à jouer un morceau entraînant. Accueillant leur reine du soir, Procya et ses amis improvisèrent une sarabande endiablée pour célébrer sa victoire. Ils dansèrent un moment, avant de décider d'aller se ravitailler au buffet. Mathilde était approchée par plein d'élèves qui la félicitait de sa victoire et s'intéressaient à son costume. Procya répondait aux questions sur l'enchantement des ailes et bientôt, leurs amis les abandonnèrent lâchement, n'écoutant que les grondements de leurs estomacs.

Mais la foule des admirateurs finit par s'éclaircir, et les deux amies purent enfin accéder au buffet. Les équipes de la cuisine s'étaient encore surpassées : d'immenses saladiers de cristal reflétaient les couleurs des cocktails et punchs aux fruits, côtoyant des pyramides de viennoiseries et de macarons. Les canapés et petits-fours étaient artistiquement disposés sur de larges plateaux en argent, et des sculptures d'animaux en pâte d'amande ou en pralin étaient ensorcelées pour se mouvoir. Procya arracha un bout d'oreille à un éléphant en pâte d'amande qui, fâché, fit mine de la charger du haut de ses trente centimètres. Un peu plus loin, des chopes enchantées déversaient des litres de bièraubeurre dans les timbales frappées aux armes de Beauxbatons que leur tendait les élèves.

Le petit orchestre enchaînait les morceaux et les élèves se lançaient sur la piste en riant. Certains dansaient en groupe ou entre amis mais régulièrement des groupes de danse en ligne se mettaient en place. La fête avait lieu partout : les élèves s'étaient répandus dans les couloirs et les jardins, et tout le château résonnait des rires et de la musique. La petite bande décidé de profiter de la douceur de la soirée pour se balader dans le parc et poursuivre leur comédie de nymphes et de faunes. Les jardins avaient l'air féeriques : des lanternes en papier flottaient paresseusement dans les airs, éclairant les allées de buissons ornés de rubans multicolores. Le soleil était maintenant couché et les jets de la fontaine scintillaient à la lueur de la lune. On entendait des couples chuchoter derrière des bosquets et des Première Année se poursuivaient à colin-maillard.

L'un d'eux ne prêta pas attention aux cris d'avertissement de ses camarades et se heurta à la margelle de la fontaine, basculant dans l'eau dans un magnifique plongeon. Chiara et Procya se précipitèrent à sa rescousse alors que Duncan était plié en deux par ses rires. Elles tirèrent hors de la fontaine le malheureux qui crachotait de l'eau en tentant d'ôter son bandeau, et Procya le sécha d'un coup de baguette. Le jeune garçon bredouilla un merci avant de s'enfuir pour retrouver ses amis ravis par son exploit. Mathieu et Aurélia avaient mystérieusement disparu au détour d'une allée et ne semblaient pas vouloir refaire leur apparition. Duncan proposa d'escorter ces dames jusqu'à la salle de réception, et Procya et Chiara enroulèrent leurs bras autour des siens pour marcher en l'encadrant.

Dans la salle de réception, l'ambiance était de plus en plus électrique, chaque élève étant surexcité à l'approche de ce qui était l'apogée de la fête. Progressivement, les lumières baissèrent pour laisser place à une lumière tamisée, alors que le rythme de la musique ralentissait. Bientôt, les grands lustres de cristal s'éteignirent complètement, les pièces restant éclairées seulement par les flambeaux aux murs. Les instruments comme la foule s'étaient tus, et chacun attendait silencieusement la suite dans la semi-obscurité. On entendait seulement le léger bruit des respirations et des étoffes qui bougeaient.

Enfin, un grand coup résonna dans la pièce, et Procya sentit un frisson d'excitation lui parcourir le corps. Un second coup retentit quelques secondes plus tard, et la foule commença à s'agiter. Des chuchotements légers se firent entendre, à peine perceptibles, puis ils furent repris progressivement par la foule. Les coups s'enchaînaient de façon rythmique, à mesure que la rumeur grandissait. Bientôt, le rythme fut accompagné par le claquement des mains et celui des pieds sur le parquet. On distinguait enfin le fameux mot que tout le monde reprenait. La foule se mouvait, dansant sur le rythme et bientôt, chacun scanda en chœur « Mascarade ! ».

Et comme un seul homme, le mouvement prit forme. Procya attrapa la main de Chiara, qui entraîna à sa suite Duncan, et elle s'accrocha à un élève devant elle qui avait déjà rejoint la danse. Une longue file d'élèves s'était formée, serpentant à travers toute la salle en dansant sur le rythme scandé par la foule. À chaque mesure, des élèves venaient rejoindre la file. Procya avait la tête qui tournait et elle riait à gorge déployée. La lumière revenait lentement et c'était un tourbillon de couleurs autour d'elle, alors qu'elle était entraînée dans la danse par le garçon qui lui tenait la main.

Une flûte se mit à accompagner le rythme, puis un violon, et un joyeux brouhaha s'élevait à mesure que la ligne de danse parcourait la salle. Bientôt, presque tout le monde eu rejoint la file et soudainement, elle franchit les grandes portes pour s'égayer dans les couloirs. Ceux qui ne rejoignaient pas la danse accompagnaient la musique par des claquements de mains, et des vivats. Alors qu'ils traversaient les salles et les couloirs, le regard de Procya s'arrêtait sur des scènes burlesques ou romantiques : un élève s'était endormi sur une chaise, ronflant bruyamment, Madame Othello et le professeur Bruôlet qui incarnaient Antoine et Cléopâtre en échangeant un baiser passionné entre deux statues, une étudiante grimée en momie trébuchait, entraînant ses camarades dans sa chute.

Procya entendait le grand rire de Duncan derrière elle, et la voix mélodieuse de Chiara qui scandait toujours « Mascarade ! ». Elle riait sans même sans rendre compte et adressait des sourires à tout ceux qu'elle croisait. L'orchestre jouait à nouveau au complet et la file finit par se déliter progressivement, et Procya tomba dans les bras de ses amis en riant. Duncan se précipita sur la piste alors qu'une compétition de danse s'improvisait. Il défia une jeune fille qui dansait le flamenco, et il se mit à interpréter le plus sérieusement du monde une gigue irlandaise. La jeune fille répliqua à coup de talons sur le sol et une partie de la foule assista, éberluée, au concours de celui-qui-fait-le-plus-de-bruit-avec-ses-pieds. Procya n'en pouvait plus de pleurer de rire en voyant son ami bondir et virevolter sur un rythme improvisé par les violons de l'orchestre.

Duncan fut rejoint sur la piste par d'autres adeptes de la gigue et Procya s'élança à leur suite, reproduisant maladroitement les pas interprétés par les autres danseurs. Puis elle valsa avec Chiara, et partagea un sorbet avec Aurélia qui avait dut reparaître au moment de la mascarade. Elle dansa encore une bonne partie de la nuit, éclatant de rire à chaque instant et faisant tournoyer sa robe sur la musique. Les lueurs des lustres et les couleurs des costumes se mélangeaient, comme les rires, les cris et la musique, et tout ça formait un tourbillon dans la tête de Procya, qui souriait toujours au moment où elle posa la tête sur son oreiller, bien après l'aube, encore vêtue de son costume de Nymphe.


Bonjour à tous ! Voici un chapitre uniquement consacré à Procya... C'est probablement mon chapitre préféré, j'avais très envie de créer des traditions à Beauxbatons. Et puis la manière dont Fleur nous décrit Beauxbatons dans les livres m'évoque un château dédiée aux arts et aux sciences, dans une éducation inspirée de l'humanisme.

La mascarade m'a été inspirée par plusieurs choses : le carnaval de Venise, bien sur (bien qu'à Beauxbatons, les élèves ne soient pas masqués) mais aussi les bals royaux à la cour de france, de la Renaissance à l'époque classique. Les Castells sont une véritable tradition espagnole (et aussi basque, en france), et je vous invite à taper "castells" dans la barre de recherche de Youtube... Attention, ça peut faire peur quand une tour s'effondre ! J'ai un peu culpabilisé de mettre ces traditions à Beauxbatons parce que je trouve ça dangereux, mais les sorciers jouent bien à s'envoyer des balles à des dizaines de mètres de hauteur sur des balais, alors...

Il ne reste plus que 3 chapitres :( Mardi prochain, Procya retournera en angleterre pour en apprendre plus sur son héritage et vous découvrirez de nouveaux personnages...

Merci pour vos reviews sympathiques, j'aime beaucoup avoir votre avis sur les scènes que j'écris. Merci particulièrement à ceux qui laissent un review à chaque lecture, c'est cool d'avoir votre avis sur l'évolution de l'histoire !

À très vite !