Chapitre 10:
Mak observa encore longuement cette fille. Cette fille qu'elle ne connaissait pas mais, qui l'intriguait déjà. Ce qu'elle aimait en elle? Elle n'aurait su le dire exactement. Peut-être était-ce ses cheveux blonds, ou encore ses yeux bleus. La louve voulu sentir son parfum une deuxième, mais celui-ci avait disparu. Étrangement elle ne rencontra que du vide. Cette fille ne sentait rien, même pas l'effluve d'une fleur. Sa peau était douce, son regard charmeur, mais aucune odeur n'émanait de son corps. Pourtant, son flair aiguisé de loup savait percevoir même le plus infime des parfums, et là, rien.
- Qui êtes-vous?
Demanda la gosse dans un faible murmure. Après tout, même si l'inconnue l'avait embrassée, elle restait sur elle, et maître de la situation. La fille fronça alors les sourcils en analysant le visage de l'enfant, puis répondu, sans bouger d'un cil:
- Allons, tu ne me reconnais pas?
Mak leva les yeux au ciel. Cette fille tenait le même discours que la Ficede. J'ai oublié combien de jolies blondes au juste? Pensa la jeune louve, agacée par cette question qu'on lui posait sans arrêt.
- Si c'est une blague, ce n'est pas drôle. Si je vous connaissais, je m'en rappellerai.
L'inconnue fronça davantage les sourcils, se disant que ce manque de mémoire était sans doute l'œuvre des Walkyrie pour lui faciliter le travail, puis déclara:
- Tu as raison, j'ai du confondre. Mais tu m'as embrassée. Ça t'arrive souvent? D'embrasser des inconnue dans la forêt?
- Généralement, je préfère les montagnes aux forêts.
Répondit Mak d'un air totalement détaché, comme si cette phrase lui avait été subitement imposée, telle une réplique d'une pièce de théâtre qu'elle aurait répétée toute sa vie.
La louve eu un rictus. Foutue bête stupide! Pourquoi tu lui racontes de pareilles conneries? Elle n'avait jamais embrassé personne, c'était clair pourtant. Soit elle devenait mythomane, soit complètement dingue. Soit les deux. Et puis alors, vive le mensonge en carton! Toi, un loup des bois, qui va aller embrasser une nana dans une montagne, c'est d'une crédibilité à toute épreuve!
- Et bien je suis heureuse d'avoir été au bon endroit, au bon moment alors. Je m'appelle Liv.
Sourit l'inconnue qui n'en était plus une.
- Makdellana. Qu'est ce que vous me voulez? Pourquoi êtes-vous un loup blanc?
Souffla la louve comme si elle était resté dans une trans dont elle ne pouvait plus sortir.
Le visage de Liv s'assombrit soudainement. Il fallait qu'elle trouve un mensonge, et qu'elle le trouve vite. Il ne semblait rester qu'une coquille vide de la Mak qu'elle avait connue anciennement. Celle-ci était une enfant, une enfant bien malléable. Et en plus de cela, elle n'oubliait pas que le souvenir de la reine d'Arendelle planait au dessus de leur tête. Mak ne devait jamais se rappeler d'elle.
- Je viens d'une tribu lointaine du Nord. Je te cherchais.
- Pourquoi? Pour m'embrasser?
Demanda Mak en haussant un sourcil moqueur. Liv plissa les yeux, malgré l'étrangeté de la situation, ce regard, signature de la louve, lui avait manqué. La blonde secoua vivement la tête, choisissant de ne pas se laisser distraire. Elle n'oubliait pas, qu'aussi mignonne soit elle, Mak l'avait tuée, même si elle n'en avait dans l'instant aucun souvenir.
- Disons que j'ai eu de la chance...Plus sérieusement, je suis là pour te prévenir.
Mak fronça les sourcils.
- Me prévenir? De quoi?
- De la mort de ton père.
Le coeur de Mak s'arrêta. Quelque chose frappa à l'intérieur de sa poitrine. Soudain, elle manqua d'air, et ne put qu'ouvrir la bouche à la recherche d'un vide ultime. Son teint devint pâle, et ses lèvres se distillèrent dans un bleu macabre. Aucune larme ne perla au coin de ses yeux. Pour seule réaction, un souffle caressa ses dents tremblantes, avant de s'échapper de sa gorge comme s'il n'en avait pas eu le droit. Au creux de ses reins, Liv put sentir la poigne de Mak se serrer contre sa peau.
- Comment?
Murmura la gosse en bougeant à peine les lèvres.
- La Ficede.
Quelques chose d'encore plus grands frappa Mak de plein fouet.
- Alors, elle m'a mentit…
Réalisa-t-elle en baissant les yeux.
- Qu'est-ce-qu'elle a dit?
Demanda Liv, curieuse d'en savoir davantage sur cette fameuse Elsa d'Arendelle.
Mak serra les dents, et répondit simplement:
- Que des conneries.
En disant cela, elle s'attendit étrangement à ce que Liv la reprenne sur son langage. Pourquoi? Elle n'en savait rien. Alors ce fut seule qu'elle se réprimanda. Et puis non après tout, elle avait toujours été vulgaire, et ça n'avait jamais dérangé personne.
Sans attendre de réponses, Mak se dégagea de l'emprise de Liv, et se leva en inspirant profondément. Les mains appuyées sur les genoux, son corps se voûta. Les yeux fermés, le coeur déchiré, sans prévenir, elle hurla, faisant sursauter Liv. Les oiseaux s'envolèrent, cherchant à fuir sa colère. Sa colère qu'elle n'arrivait pas à comprendre. Contre son père de n'être jamais revenue, contre cette Ficede de l'avoir tué...non, de lui avoir mentit, d'avoir essayé de la rassurer, de lui avoir proposé de reprendre tout à zéro. Le zéro de quoi? Le zéro de rien… Le zéro d'un tout qui n'existe pas.
Liv s'assit sur le sol en observant les différentes réactions de Mak.
Enfin, la jeune louve se redressa, se retourna pour flinguer Liv du regard, avant de déclarer:
- Je me casse à Arendelle. Tu viens avec moi ou pas?
Elsa arrêta son cheval près du village des loups. Il lui semblait bien plus accueillant que la dernière fois, mais malgré tout quelque chose, manquait à sa sérénité habituelle. Elle descendit de sa monture et se dirigea vers les rues que seuls quelques loups solitaires arpentaient.
Du regard, elle chercha Mak mais ne la trouva nulle part. Elle était pourtant persuadée qu'elle la trouverait ici. En dehors d'Arendelle, ils étaient la seule famille de Mak. Elle ne pouvait être ailleurs.
- Elle n'est pas ici.
Murmura Elsa.
- Non, je ne la sens pas.
Renchérit Briak.
- Mais ils sont tout ce qu'elle connaît à part nous. Si j'avais perdu tous mes repères j'aurais cherché à retrouver ma famille.
- C'est ce qu'elle fait.
Déclara une voix.
Elsa se retourna, et croisa Malek, l'air déconfit, marchant difficilement vers eux. La reine s'approcha, prit l'homme dans ses bras.
- Elsa d'Arendelle, je suis heureux de te voir.
Affirma-t-il en posant une main caleuse sur le visage d'Elsa.
- Malek, où est Mak?
S'empressa-t-elle de demander. L'homme soupira.
- Elle est arrivée hier. Et ce matin, elle n'était plus là. La pauvre gamine cherchait son père.
Elsa fronça les sourcils.
- Mais son père est mort.
- Elle m'a dit comme une évidence qu'elle avait 14 ans. À cet âge là, elle idolâtrait Mordok comme s'il était un homme parfait. Elle ne se souvient pas de ce qu'il lui a fait subir. Elle ne sait pas qu'elle est le loup blanc. Je ne lui ai rien dit, elle ne m'aurait pas cru.
Elsa soupira bruyamment en passant une main sur son visage. Comment je vais faire pour lui annoncer ça...Se-dit-elle en pensant déjà à la peine qu'elle allait devoir causer à son loup.
Soudain, une épine transperça la gorge d'Elsa comme si elle avait hurlé toute une nuit. Elle posa une main tremblante sur sa poitrine sous le regard inquiet de sa sœur.
- Elsa, qu'est ce qui se passe?
Le regard dans le vague, la reine ne répondit pas immédiatement, puis, reprenant son souffle, assura:
- Elle sait…
Elsa manqua de tomber. Anna passa son bras autour de ses épaules en la soutenant de mieux qu'elle le pouvait. La princesse sentit la peau de sa sœur totalement gelée.
- Elle sait que son père est mort…
Souffla la reine en se tenant à Anna.
- Mais comment?
Demanda la princesse.
- Je ne sais pas...Je ne sais pas…
Ne cessait de répéter Elsa.
Briak fronça les sourcils, attrapa brutalement la reine par les épaules, la faisant sursauter, plongea son regard dans le sien et ordonna, tout à fait sérieux:
- Blondinette, calme toi.
Elsa bloqua totalement sa respiration et fixa son regard dans celui de l'homme. Ses pupilles s'affolaient ainsi que les battements de son coeur, Briak pouvait les entendre, il affirma:
- Ces sentiments ne sont pas les tiens. Ce sont ceux de Mak.
- J'ai mal…
Murmura Elsa sans reprendre son souffle, sentant un étau de ronces se resserrer autour de sa poitrine.
- Plus te cherches à fuir le lien, plus il se serre.
Expliqua-t-il. Ce lien...il avait entendu des légendes là-dessus. Un truc invraisemblable qu'on ne rencontrait plus aujourd'hui, quelque chose d'anormalement puissant. Il reprit:
- Accepte ce qu'elle ressent. Décris le moi.
- Il y a trop de chose. Je n'arrive pas à savoir ce qu'elle pense...
Souffla Elsa, le regard fuyant, Briak attrapa son menton, et redirigea ses yeux face à lui.
- Concentre toi. Ne cherche pas à savoir ce qu'elle pense. Regarde plus loin. Ressens.
Elsa fronça les sourcils, visiblement concentrée.
- La colère.
Briak leva les yeux au ciel.
- Ça, c'est pas nouveau. Elle est toujours en colère. Encore plus loin. Apprivoise la bête. Elle n'est pas la Mak que tu connais. Oublie tout ce que tu sais. Quoi d'autre?
- La déception. La haine. Le mépris… Le désir…
Articula difficilement la reine.
Briak plissa les yeux.
- C'est bien ma belle. Parle moi du désir.
Elsa ferma les yeux, une larme coula sur sa joue.
- Elle désire cette femme.
Briak fronça les sourcils en secouant légèrement Elsa.
- Ça, on en a rien à foutre! Tu dois te souvenir qu'elle t'aime pour vous deux!
Cria-t-il.
- Briak!
S'exclama Anna en posant un main sur le bras tendu de son homme, ne comprenant pas sa colère.
- Dis moi ce qu'elle désire!
Cria-t-il encore, sans s'intéresser aux protestations de la rouquine.
La respiration d'Elsa s'accéléra, mais enfin, après un dernier effort, elle s'écria:
- Arendelle! Elle désire se rendre à Arendelle…
Enfin, Briak sourit et attira simplement Elsa contre lui.
La reine pressa sa joue contre son torse et le serra aussi fort qu'elle le put. Par dessus les épaules de cette femme soudain si petite, Briak croisa le regard admirateur d'Anna. Celle-ci souriait, s'émerveillant toujours plus devant son imbécile de loup si peu habile avec tout ce qui touchait à la douceur. Aujourd'hui pourtant, grâce à lui, Elsa venait d'accomplir un miracle. Anna fit un clin d'oeil à son loup, celui-ci répondit d'un sourire sans pour autant lâcher Elsa, qui tentait maladroitement de se calmer dans ses bras.
- On rentre à la maison alors?
Demanda Olaf, en tirant sur la robe d'Anna. La princesse sourit, puis déclara:
- Non, on se repose. Nous rentrerons demain.
- Non, il faut qu'on parte immédiatement.
Déclara Elsa, en se dégageant de l'étreinte de Briak. Anna posa une main sur la joue de sa sœur.
- Non Elsa. Tu connais Mak. Vu l'état dans lequel elle semble être, elle n'écoutera personne.
Elsa soupira en sachant pertinemment que sa sœur avait raison, que si elle en venait à provoquer la colère de son loup, il ferait sans doute quelque chose d'inconscient, comme à son habitude.
La reine soupira en passant une main sur son visage qui en disait long sur son état de fatigue.
Il allait falloir qu'elle attende demain, qu'elle passe encore une nuit seule sans la chaleur des bras de Mak. Cette simple idée ne l'enchantait guère, mais son loup avait besoin de rester loin d'elle, il fallait qu'elle lui laisse le temps de digérer tout ça, et sa présence ne ferait qu'aggraver les choses. La journée allait être longue. Elle décida de battre en retraite pour cette fois et d'attendre demain. Même si demain n'avait jamais été un bon jour pour elles.
