Chapitre 10 : Un sacré tas de gallions
Mary Wilson rongeait nerveusement les ongles de sa main droite. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Sa mère lui avait répété que c'était une habitude dégoûtante et qu'elle n'aurait jamais de beaux ongles, en vain. Mary avait essayé tous les onguents destinés à l'empêcher de recommencer mais aucun d'entre eux n'avait eu d'effet, à part celui qu'elle avait acheté dans l'allée des embrumes et qui lui avait coloré les mains en fuchsia pendant deux semaines. Peine perdue, dès qu'elle était stressée, Mary se rongeait les ongles. Et aujourd'hui, elle était particulièrement stressée. Une demi-heure plus tôt, le rédacteur en chef avait fait une apparition dans son bureau pour lui demander de passer le voir à onze heures. D'habitude, être convoquée par le rédacteur en chef ne la stressait pas plus que ça : ils relisaient ensembles son dernier article ou ils discutaient de son prochain reportage.
Mais ce matin-là, Edgar Pittiman avait les cheveux en bataille et sa robe froissée, sans parler des énormes cernes violacés qui ornaient son visage. Quelque chose de particulier s'était donc passé. Cela pouvait être un énorme scoop, mais aussi un sujet épineux que tous les journalistes se refileraient pour éviter d'avoir à le traiter. À ce moment-là, Mary s'était sentie intriguée, mais pas particulièrement inquiète. Mais quand elle était allée à la salle de pause se servir un thé, elle avait entendu certains de ses collègues discuter à mi-voix : hier soir, Rita Skeeter avait débarqué au bureau avec une énorme info et elle avait passé une bonne partie de la nuit à en discuter avec le rédac' chef. Même que monsieur Pittiman n'était pas rentré chez lui cette nuit et qu'il bossait sur le sujet de Skeeter...
Mary avait commencé à avoir des sueurs froides. Un sujet de Skeeter, ça puait. Ça puait même très fort. La redoutable journaliste était connue pour dégoter les infos les plus juteuses, mais c'était le genre de sujet qui pouvait briser une carrière en un rien de temps. Depuis qu'Edgar Pittiman avait pris la tête de la gazette à la suite de Barnabas Cuffe, il avait tenté de calmer la plume rageuse de Rita Skeeter. Il préférait prendre le temps de vérifier les infos de la journaliste, et il la faisait souvent travailler en binôme avec d'autres rédacteurs afin de tempérer son ardeur. La gazette avait gagné en informations fiables, mais les rédacteurs rasaient les murs dès qu'ils croisaient Rita Skeeter dans les couloirs, de peur de devoir travailler avec elle.
Et visiblement aujourd'hui, c'était le tour de Mary. Elle avait beau se rappeler qu'elle était une journaliste fiable et efficace, et qu'elle saurait tenir tête à Skeeter, les cris qui s'échappaient du bureau du rédacteur en chef depuis un quart d'heure ne la rassurait pas vraiment. Les couloirs de la rédaction étaient étrangement vides, tous les journalistes ayant préféré procéder à une retraite prudente dans leurs bureaux. Mary était donc seule pour faire face au dragon. La porte du bureau s'ouvrit violemment, faisant sursauter la journaliste, et la voix épuisée d'Edgar lui demanda d'entrer. Bravement, elle franchit le seuil de la porte et se retrouva face à une Rita Skeeter fulminante. Oh non.
- Asseyez-vous Mary, je vous prie, demanda Edgar d'une voix lasse. Et vous aussi Rita, s'il vous plaît.
Emplie d'une dignité offensée, Rita Skeeter se laissa tomber dans un fauteuil en croisant les bras d'un air furieux. Mary contrôla ses jambes flageolantes du mieux qu'elle pouvait pour s'asseoir sans trébucher, et sortit son carnet de notes pour se donner contenance.
- Mary, Rita m'a fait part hier d'un sujet intéressant...
- Un sujet EX-CEP-TION-NEL, martela Rita. Que je devrais être la seule à traiter !
- Que j'aimerais vous confier...
- C'EST SCANDALEUX ! S'indigna Rita en bondissant de son siège. Je vous dégote le plus gros scoop de ces dix dernières années et vous le confiez à cette ridicule gratte-papier au nez tordu !
La blonde se mit à arpenter le bureau en récriminant contre l'injustice de la situation et en menaçant Pittiman de révéler à la face du monde sa vie privée. Mary se toucha discrètement le bout du nez. Certes, elle avait la narine gauche légèrement plus grande que l'autre, mais enfin, de là à dire qu'elle avait le nez tordu...
- Rita, nous venons de nous mettre d'accord pour que vous traitiez ce sujet ensembles... Il n'est pas question de vous écarter de ce sujet...
- Vous cherchez à me censurer !
- Euhm... Et il s'agit de quel sujet ? Demanda timidement Mary.
Rita fondit sur elle pour la fixer de ses yeux perçants, une lueur de folie au fond du regard.
- Une histoire formidable... Une enfant cachée... Un père célèbre mais controversé... Un vrai drame !
- Rita a découvert que Sirius Black a eu un enfant, une fille, explicita le rédacteur en chef.
- Oh.
- Mais c'est tout ce que ça vous évoque espèce de gourde ? S'indigna Rita. Un scandale familial lié à une personnalité controversée, et tout ce que vous dites c'est « oh » ?!
- J'ai vérifié les informations de Rita cette nuit, continua Edgar, et c'est fiable. J'aimerais que vous creusiez le sujet ensembles, afin qu'on puisse sortir un reportage là-dessus d'ici une ou deux semaines. Ça serait votre première Une, Mary, ajoutât-il pour la convaincre.
- Bon ! On s'y met ? S'impatienta Rita qui s'était visiblement fait une raison.
Un quart d'heure plus tard, Mary avait vu son bureau – SON bureau, son sanctuaire – envahi par une Skeeter déchaînée, qui avait posé ses pieds sur sa table de travail et pérorait sur son génie journalistique en engloutissant des dizaines de souris en sucre. Et en plus, elle mettait des miettes partout.
- J'ai réussi à extorquer cette info à cette imbécile de secrétaire, ricana Rita en enfournant une énième friandise. Il m'a fallut lui payer trois rhum groseille avant qu'elle abandonne ses histoires de secret professionnel, mais elle a fini par cracher le morceau.
Mary préféra garder pour elle ses réflexions sur l'intégrité professionnelle et contempla tristement la trace de cirage que Rita avait laissé sur le brouillon de son article sur la réouverture prochaine du musée du Quidditch.
- Tu devrais en prendre de la graine mon chou, ajoutât Rita. C'est comme ça qu'on décroche les meilleurs scoops, en se rapprochant des personnes qui ont accès à des informations croustillantes. Qui sait, si tu suis mon exemple, dans quelques années, tu pourras peut être toi aussi devenir la rédactrice star de la Gazette du Sorcier, gloussa Rita.
-o-
Le temps des réjouissances était terminé pour les élèves de Beauxbatons, et une ambiance morose s'était abattue sur le château. Les professeurs s'étaient mués en de terribles fauves qui menaçaient les étudiants d'échec à leurs examens et les assommaient de programmes de révisions tous plus arides les uns que les autres. Procya résistait à la déprime ambiante en se raccrochant à l'idée de deux distractions à venir : Harry lui avait écrit pour lui proposer de venir un week-end en Angleterre pour rencontrer son notaire, et son anniversaire approchait à grands pas. Mais ce n'était pas n'importe quel anniversaire : elle allait avoir 17 ans, et elle serait majeure, et ça, ce n'était pas rien.
Une fois l'heure de son week-end en Angleterre arrivé, Procya quitta sans scrupule le sol français, tandis que ses camarades restaient cloîtrés à Beauxbatons pour leurs révisions – à cette époque de l'année, ceux qui préparaient leurs BUSE et leurs ASPIC restaient souvent séjourner au château les week-end pour pouvoir profiter de la bibliothèque.
Le samedi matin, Procya se rendit chez le notaire, accompagnée de Harry. Il avait confié ce dossier à son notaire habituel, sans se douter du drame qu'il allait déclencher : il avait reçu une lettre longue comme un jour sans quidditch, émanant d'un obscur individu qui se réclamait être le notaire familial des Black – une tradition qui remontait apparemment à son arrière-grand-père – et qui se désolait de ne pouvoir mériter la confiance du Survivant et de la jeune Miss Black. En revanche, maître Castle - le notaire d'Harry - avait presque pleuré en apprenant la nouvelle. Il allait avoir pour cliente l'héritière des Black ! Il allait être la nouvelle coqueluche de l'Ordre des Notaires Magiques, et cet imbécile de Williams ferait moins le malin à leur prochaine convention... Lui qui se vantait de gérer les intérêts des Malefoys depuis six générations ! La fortune des Black n'avait rien à voir avec celle des Malefoy, surtout après la guerre...
- Miss Black, je suis tout à fait honoré de faire votre rencontre, fit Castle en lui serrant la main pompeusement. Et monsieur Potter, bien sur. Ravi de vous revoir. Entrez, entrez...
Procya retint une grimace : c'était la première fois qu'on l'appelait miss Black. Le notaire s'empressa autour d'eux, leur proposant du thé, désignant le siège le plus confortable à Procya, s'excusant du désordre de son étude, avant de s'asseoir finalement derrière son bureau.
- Je suis tout à fait flatté que vous ayez placé votre confiance en moi pour estimer votre fortune, Miss Black, fit-il en la regardant par dessus ses lunettes. Très flatté, vraiment... Alors voyons, où ai-je mis ce parchemin, ah, le voici...
Il lui tendit un parchemin frappé de l'emblème de son cabinet. Procya lut la somme inscrite, restât bouche bée.
- Ce n'est que le dénombrement des liquidités, bien sur, s'empressa de préciser le notaire qui pensait que Procya était déçue. L'inventaire des objets présents dans le coffre a été réalisé par le personnel de Gringotts, ils vous communiqueront la liste... Bien sur, nous pourrons chiffrer la valeur monétaire de ses objets si vous le désirez...
Harry se pencha vers Procya, un peu inquiet, et découvrit la somme inscrite sur le parchemin. Malgré le fait que son propre coffre de Gringotts soit largement garni, Harry cilla un instant. Le coffre familial des Black contenait plus de deux millions de gallions*. Bill lui avait effectivement confié que Procya allait se retrouver à la tête d'un sacré tas de gallions, mais Harry était loin d'avoir imaginé une telle somme. Harry sourit à la jeune fille pour la rassurer. Elle avait fini par fermer la bouche mais semblait toujours choquée.
- Merci pour ces informations, monsieur Castle, fit Harry. Mais je crois que Procya aimerait avoir la confirmation qu'elle est la seule et unique héritière de la famille Black. Elle voudrait prendre certaines dispositions concernant son héritage, vous comprenez...
- Bien sur, bien sur, fit le notaire en fouillant son bureau à la recherche d'autres parchemins. Alors... Oui, la famille Black obéit à la loi de la primogéniture... Vous descendez en ligne droite de la branche principale de votre famille, Miss Black... Bien sur, vos grands-parents avaient jugé bon de renforcer la famille en alliant la branche principale et la branche cadette... Oui, vous êtes sans aucune contestation possible l'unique légataire de l'héritage de la famille Black, Miss. A l'exception, bien sur, de la propriété familiale de Londres, qui relevait d'une autre forme d'héritage, et a échu à monsieur Potter, suite au testament de votre père... Ajouta le notaire en jetant un coup d'œil à Harry, qui confirma d'un signe de tête.
Le notaire lui avait tendu un tas de parchemins à signer, mais Harry était intervenu en disant que Procya ne pouvait pas signer le moindre document avant son anniversaire, qui aurait lieu quatre jours plus tard. L'homme de loi dupliqua les différents documents, afin que Procya puisse les signer une fois sa majorité passée, et lui renvoyer les deuxièmes exemplaires. Procya sortit du cabinet avec la tête qui tournait, les bras chargés d'une serviette en cuir contenant un tas de parchemins que lui avait confié le notaire : estimation du montant de la fortune, liste partielle des objets contenus dans le coffre, copie des contrats et testaments, notices juridiques... Harry remarqua que la jeune fille était très pâle et que son pas semblait incertain.
- Ça va ? S'inquiétât-il.
Elle secoua la tête, avec l'air de quelqu'un qui va rendre son déjeuner. Harry jeta un coup d'œil rapide autour de lui. Ils étaient dans une rue tranquille, à proximité du Chemin de Traverse, mais quelqu'un pouvait très rapidement repérer le Survivant en compagnie de la nouvelle héritière des Black.
- Tu sais comment se passe un transplanage d'escorte ? Ok, accroche toi bien fort à mon bras.
Harry transplana dans la petite ruelle attenante à la tête de sanglier. Les genoux de Procya tremblèrent un peu et Harry la soutena, mais elle réprima ses hauts le cœur. Il l'entraîna doucement vers la taverne, et la fit s'asseoir dans un coin tranquille. Le peu de clients qui traînaient dans le bar à cette heure là les ignorèrent soigneusement, et Harry se dirigea vers le barman pour commander. Alberfoth Dumbledore était décédé des années auparavant, mais l'homme qui avait repris le bar accueillait toujours la même clientèle louche qui tenait à ce qu'on ne se mêle pas de leurs affaires, et qui ne se mêlaient donc pas de celles des autres.
- Deux, euh... Whisky pur feu, commanda Harry.
Le barman leva un sourcil en regardant Procya qui était affalée dans un siège bancal, mais il lui servit les deux verres. Harry se sentait un peu coupable de donner un alcool aussi fort à une adolescente, mais il sentait qu'elle avait besoin d'autre chose qu'une bièraubeurre et après, elle serait bientôt majeure.
- Tient, bois ça, fit Harry en faisant glisser un verre vers elle. Et surtout, n'en parle pas à ta mère, ajoutât-il en grimaçant.
A sa grande surprise, elle se saisit du verre et l'avala d'une traite. L'alcool lui redonna quelques couleurs, mais elle conservait cet air hébété.
- J'en ai déjà bu. Phillipus est écossais, ajoutât-elle comme si ça expliquait tout.
- Tu vas bien ? Je sais que c'est un choc...
- Je ne m'attendais pas à ça, marmonna t-elle.
- Qu'est-ce qui te dérange ? Demanda doucement Harry.
- C'est juste... Trop. Je n'ai même aucune idée de ce que peut représenter une telle somme. Et ce que je vais pouvoir en faire. C'est... Trop.
Procya murmurait à peine, et il sentit son cœur se serrer. Il se souvenait ce que c'était d'être un adolescent qui a des soucis bien plus importants que retrouver des filles dans les placards à balais, ou rédiger un devoir en retard. Il était néanmoins heureux que les soucis de Procya se limitent à un héritage houleux, plutôt qu'à un combat contre les forces du mal.
- Tu n'es pas obligée de décider dès maintenant ce que tu vas faire de cet argent. Après tout, il a bien attendu pendant 16 ans dans une chambre forte, il peut bien attendre encore quelques mois ou années de plus.
Procya restât silencieuse quelques minutes, contemplant le fond de sa verre. Elle finit par jeter un regard circulaire sur la salle, et elle fronça les sourcils, réalisant enfin dans quel genre d'endroit Harry l'avait amené.
- Dis donc, ça ressemble pas trop au Chemin de Traverse ou à un commerce honnête, ici. On est dans l'allée des Embrumes ? Demanda t-elle d'un air intéressé.
- Certainement pas, protesta Harry en s'étranglant avec un peu de son whisky pur feu. On est à la Tête de Sanglier, à Pré-au-lard. C'est pas un endroit où tu devrais venir seule, précisa t-il en tentant de prendre un air sévère. Mais ce n'est pas aussi mal famé que l'allée des embrumes. Et comment tu connais l'allée des embrumes, toi, d'ailleurs ?!
- C'est phillipus qui m'en a parlé, fit elle en haussant les épaules. Pré-au-lard, c'est le village à côté de Poudlard, c'est ça ?
- On a pas vraiment le temps de visiter, il faut qu'on rentre ou les autres vont se demander où on est passés. Mais on peut remonter un peu pour voir Poudlard, si tu veux.
Ils sortirent du pub – il semblait à Harry que Procya titubait encore un peu, mais cette fois cela pouvait être imputé au Whisky – et ils remontèrent tranquillement la grande rue de Pré-au-lard. La rue était calme et ils croisèrent peu de personnes, mais Harry remarqua un ou deux passants qui chuchotèrent sur leur passage. Il n'avait plus qu'à espérer que personne ne les avait vus sortir de la tête de sanglier... Ils admirèrent la silhouette du château qui se découpait sur le fond du paysage, et Harry lui désigna la tour des Gryffondors. Et puis enfin, ils transplanèrent à nouveau, cette fois pour rentrer.
Harry était un peu inquiet de la réaction de la jeune fille, alors qu'ils devaient se rendre à Gringotts l'après-midi même. Mais Procya lui confirma qu'elle se sentait d'attaque. De son point de vue, cela ressemblait un peu à une excursion dans un parc d'attraction : après tout, elle allait bien faire des montagnes russes et découvrir des trésors.
- Procya, je te présente Bill Weasley. C'est lui qui a dirigé les opérations de, euh... De sécurisation de ton coffre. Et c'est mon beau-frère, accessoirement.
Procya sourit et serra la main de l'homme qui se tenait devant elle. Harry avait suffisamment confiance en Bill pour lui confier la jeune fille – et éventuellement la protéger de ce que pouvait bien contenir le coffre des Black – mais il était un peu curieux de voir ce qu'il s'y trouvait. Curiosité toute professionnelle, bien sur, avait-il assuré à Ginny quand elle l'avait regardé de travers alors qu'il lui avait confié combien il était intéressé de voir le contenu de ce coffre.
- C'était un travail extrêmement intéressant, précisa Bill. Ton coffre fait partie des plus anciens de Gringotts, et avec mes collègues, on y a trouvé un certain nombre de choses que je n'avais encore jamais vues, même dans des tombeaux égyptiens.
- Comme quoi, par exemple ? S'intéressa Procya.
Bill lui tendit un court parchemin.
- Voici la liste des objets considérés comme trop maléfiques et confisqués par ordre du Ministère, lui indiqua t-il alors que la jeune fille levait les sourcils en lisant la mention « poignard voleur d'âme ». Il y a aussi quelques artefacts qui étaient un peu moins dangereux et qui ont été laissés dans le coffre, mais il faudrait quand même éviter de s'en approcher, ajoutât-il précipitamment en voyant Harry froncer les sourcils.
Comme pour sa visite chez le notaire, Procya avait été accueillie comme une reine. À peine avait-elle annoncé son nom au comptoir, que le gobelin avait émis un glapissement de joie et avait tenu à lui serrer la main. Il l'avait ensuite escortée avec force courbettes jusqu'au bureau du directeur lui même, ignorant complètement Harry, qui s'en réjouissait grandement, évitant pour une fois de subir les contrôles de sécurité.
Le directeur de la Banque, un gobelin nommé Warlock avec d'intenses yeux verts et une incroyable touffe de cheveux blancs comme neige, les avait accueillis dans son vaste bureau. Harry avait d'ailleurs noté que ce bureau était extrêmement grand pour un gobelin, voir même pour un sorcier. Le directeur avait proposé un siège à Procya, de taille normale et visiblement apporté spécialement pour elle, contrairement à Harry qui dut se contenter d'un tabouret à la taille d'un gobelin. Il tint à lui faire goûter un breuvage qu'il décrivit comme une excellente liqueur à la cerise, et Procya avait accepté gracieusement, avant de masquer tout aussi gracieusement la grimace de dégoût qu'elle manqua d'afficher en sentant l'horrible goût du liquide.
Warlock parla un moment de la fidélité des Black envers Gringotts, et combien la famille était une cliente historique de la banque. Il glissa de nombreuses allusions aux placements financiers extrêmement intéressants et réservés à leurs clients privilégiés, et Procya répondit qu'elle ne manquerait pas d'y songer, et vraiment, quelle banque incroyable vous avez là, tout à fait impressionnant, non non non, même en France, ils n'avaient pas quelque chose d'aussi bien ! Le tout agrémenté de sourires si radieux qu'Harry la soupçonna quelques instants d'avoir du sang de vélane. Finalement, le directeur mit fin à l'entretien en remerciant une fois de plus Miss Black pour la confiance dont elle l'honorait en lui laissant le soin de veiller sur sa fortune, et en l'invitant à le contacter directement pour la moindre question. Un autre gobelin les escorta jusqu'au bureau des briseurs de sorts, et Harry fut heureux de retrouver cette pièce encombrée, mais qui avait tout de même l'excellente qualité d'être dotée de sièges à taille humaine.
- On peut descendre quand vous voulez, leur indiqua Bill. Par contre, les nouvelles mesures de sécurité imposent que vous soyez ensorcelés avant de descendre dans les souterrains, précisa t-il en lançant un regard appuyé à Harry.
Devant les portes menant aux souterrains, ils furent rejoints par une demi-douzaine de gobelins qui s'excusèrent auprès de Procya de devoir lui imposer de telles mesures, mais « comprenez bien Miss Black qu'il s'agit là de la sécurité de vos biens ». Un gobelin lui expliqua qu'ils allaient être ensorcelés pour ne rien voir ni entendre, jusqu'à qu'ils se trouvent devant le coffre. C'était la première fois que Procya assistait à une démonstration de magie gobeline. Fascinée, elle les observa l'encercler et lever leurs mains noueuses avant de psalmodier des paroles en gobelbabil. Bientôt, sa vision s'obscurcit et un bourdonnement retentit dans ses oreilles, masquant tous les autres sons. Perturbée, elle tenta timidement d'avancer d'un pas et elle se sentit chanceler légèrement.
Une petite main saisit doucement la sienne, et la guida lentement pour avancer. Après quelques pas, on lui fit poser la main sur une barre de fer et elle comprit qu'il devait s'agir de l'un des wagonnets destinés à accéder aux coffres. Tâtonnant et aidée des gobelins, elle prit place sur une banquette dure, et après quelques instants, elle sentit une présence à ses côtés qu'elle devina être celle d'Harry. Voyager dans un wagonnet lancé à pleine vitesse en étant privée de son ouïe et de sa vue n'était pas une expérience très agréable, et Procya fut soulagée d'être arrivée. Son guide lui reprit la main pour la faire marcher sur ce qui semblait être un sol rocailleux et elle fut désenchantée. Elle resta étourdie quelques instants après avoir retrouvé ses sens, et les gobelins attendirent patiemment qu'elle se reprenne.
Remise, elle regarda autour d'elle pour observer les amas rocheux qui l'entourait et les grandes portes en bois brut.
- Permettez, Miss Black, marmonna un gobelin en passant devant elle.
Procya nota avec amusement que les autres gobelins entouraient désormais Harry en arborant un air menaçant. Celui-ci avait en effet reconnu qu'il se trouvait dans la partie des souterrains qui abritait le coffre des Black, mais à son grand soulagement, le dragon n'avait pas été remplacé. Le gobelin posa sa main sur le panneau de bois et celui-ci s'évanouit, révélant le contenu du coffre. Procya resta sans voix en contemplant la vaste pièce. C'était une haute grotte de pierre – il lui semblait distinguer un petit balcon taillé dans la pierre en surplomb – remplie d'immenses piles de pièces, mais également de ce qui était visiblement des lingots de métaux précieux, de larges malles en cuir et d'une multitude d'objets qui étincelaient à la lueur des flambeaux qui s'étaient allumés dès l'ouverture du coffre.
- Nous vous laissons prendre connaissance de votre coffre, lui indiqua le gobelin qui avait ouvert la porte. Pour vous assister si vous avez des questions, Hadgrod et Vull resteront avec vous, expliqua t-il en désignant deux gobelins qui avaient l'air particulièrement patibulaires. Je vous informe également que nous procédons parfois à des fouilles de nos clients, à leur sortie de la salle des coffres, ajoutât-il en lançant un regard venimeux à Harry.
Les gobelins – à l'exception des deux vigiles – sortirent du coffre et Procya se tourna vers Bill qui déroulait déjà un long parchemin détaillant les objets présents dans le coffre.
- Je pense qu'il est préférable que je reste dans un coin, soupira Harry alors que la jeune fille effleurait du bout des doigts une vieille malle ouvragée.
Le survivant s'installa sur un affleurement de roche qui avait l'air pas trop inconfortable – il n'osait pas sortir sa baguette pour un sortilège de Coussinage – et observa Procya qui découvrait son héritage. Elle allait d'un côté à l'autre de la pièce en s'émerveillant de la beauté des objets et des curiosités suspendues au mur. Il y avait entre autre une grande armoire vitrée contenant des fioles de potions poussiéreuses à l'air peu engageantes – Bill assura qu'elles n'étaient « pas trop dangereuses » - une collection assez conséquente d'armes tranchantes, ce qui était probablement le squelette d'un dragon – Procya évoqua l'idée de l'offrir en cadeau de noël à sa mère – plusieurs coffres contenant de la vaisselle précieuse aux armes des Black, et toute une étagère de coffrets contenant des bijoux anciens.
- Je te déconseille de porter ce collier, jugea Bill en observant les pièces ouvragées avec la jeune fille. Je l'ai vu porté par la mère de Sirius dans un portrait, et crois moi, tu ne veux pas porter quelque chose que cette femme a déjà touché.
- Ce n'est pas tout à fait mon style, indiqua Procya qui examinait une bague ornée d'une immense solitaire. Oh, mais ça, un peu plus ! Fit-elle en faisant glisser entre ses doigts un long rang de perles fines.
Un peu hésitante, elle le fit glisser autour de son cou, et Bill dégota un miroir terni pour qu'elle puisse s'admirer.
- Ce n'est pas un bijou fait pour être porté au quotidien, mais ça a beaucoup d'élégance, jugea t-il et Procya lui souria.
Elle appréciait le briseur de sorts. Elle avait appris la veille qu'elle était millionnaire et visiter ce coffre lui faisait l'effet d'être une intruse. Elle commençait à intégrer l'idée qu'elle faisait partie de la famille Black, mais elle ne s'associait pas à ce passé glorieux mais trouble, qu'elle retrouvait dans ce coffre luxueux. Bill rendait les choses plus faciles, car il ne voyait que l'intérêt historique ou le potentiel magique des objets, comme s'il s'agissait d'une sympathique chasse au trésor. Procya se prit au jeu et s'imposait de considérer tous ces biens comme les siens. Elle décida de choisir des objets pour sa mère et Philippus. Elle dégota une vieille ceinture en cuir de dragon pour Epione, ainsi qu'une chevalière pour son père de cœur. À sa grande surprise, elle avait distingué un lion sur la chevalière, et Bill lui avait confirmé qu'il ressemblait au lion représenté sur le blason des Gryffondor.
- Ce n'est pas tout à fait illogique, intervint Harry. La plupart des Black ont été répartis à Serpentard, mais les autres maisons de Poudlard représentent également des valeurs intéressantes pour une grande famille. L'idéal du courage des Gryffondor n'est pas dénué de sens pour une famille conservatrice.
- Beaucoup de familles sorcières – sangs-purs ou non – ont développé leurs devises ou valeurs actuelles pendant le 19e siècle, ajoutât Bill. Avant, le passé de ces familles pouvait être différent de ce qu'on imagine.
Procya se promit mentalement de prendre plus de temps pour éplucher les livres qu'elle avait trouvés sur le sujet. Elle emporta également avec elle le rang de perles qui lui avait plu et un délicat bracelet en argent, ainsi qu'une bourse largement garnie de galions. Après tout, il était temps de commencer à en profiter un peu ! Les gobelins les ensorcelèrent à nouveau pour rejoindre la surface et alors qu'elle traversait le hall avec Harry, elle vit un gobelin à l'air déterminé se diriger vers eux en brandissant une sonde de sincérité. Harry grimaça : il n'en aurait jamais fini avec cette histoire...
- J'irais bien faire quelques courses, annonça Procya alors qu'ils déambulaient sur le Chemin de Traverse.
- L'argent te brûle les doigts ? Demanda Harry avec un sourire.
Procya rougit, mais ne répondit pas.
- Ça ira, si je te laisse ? Demanda Harry. J'aimerais rentrer. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à aller à la boutique des Weasley, ils sauront comment me contacter !
La jeune fille l'enlaça affectueusement et Harry transplana après quelques instants. Procya se dirigea d'un pas léger vers cette librairie qu'elle avait repérée lors de sa visite avec Teddy. Son cousin avait été ravi de son cadeau d'anniversaire – une encyclopédie assez complète sur les créatures magiques – et il lui avait écrit une lettre de remerciement dithyrambique. Elle examina les rayonnages quand une voix l'interpella.
- Je peux vous aider, miss ?
Procya se retourna et fit d'abord face à une haute pile de grimoires avant de s'apercevoir que ce n'était pas les livres qui avaient parlés, mais l'individu qui les portait.
- Auriez-vous des traductions anglaises des ouvrages du professeur Roisnel ?
- Vous recherchez un ouvrage en particulier ? Fit le libraire en déposant son fardeau sur un tabouret et en lui faisant signe de le suivre. Nous avons son étude sur les focyfères et son dernier ouvrage sur les billywigs, mais je crains que nous soyons en rupture de stock de « Les goules : des créatures pas si inintéressantes »...
Elle acheta deux livres pour Teddy, et également des ouvrages pour enfants pour les trois petits Potter. Alors qu'elle sortait de la boutique en rangeant sa bourse et ses achats dans sa besace, elle bouscula par inadvertance une grande sorcière blonde.
- Oh, pardon ! S'excusa t-elle.
- Ce n'est rien, trésor, la rassura la sorcière avec un large sourire, qui parut un peu carnassier à Procya.
Elle poursuivit ses emplettes, avisant une boutique de prêt-à-porter, et elle décida qu'elle pouvait bien s'offrir une nouvelle robe. La sorcière qui l'accueillit lui présenta plusieurs modèles de robes, et elle se décida pour une robe cintrée à la taille. La sorcière – qui souriait beaucoup trop au goût de Procya – l'entraîna vers le salon d'essayage pour l'adapter à ses mesures. Procya demanda à ce que l'ourlet soit relevé aux genoux et que les manches soient un peu plus amples.
- C'est absolument ravissant, jugea la couturière alors que Procya admirait le résultat dans un miroir. Et puis cela va tellement bien avec votre collier ! Ajoutât-elle en désignant le rang de perles que Procya portait toujours.
Après avoir payé sa robe, Procya passa dans l'institut de beauté « Divine Enchanteresse » pour faire le plein de cire Aphrodite (« épilation garantie sans douleur »), s'offrit un splendide carnet à la couverture ornée de volutes colorées, et s'attabla finalement chez un glacier. Après une après-midi aussi remplie, elle avait besoin de reprendre des forces. Elle dégustait sa coupe glacée de sorbet melon, quand il y eut un grand flash et une petite colonne de fumée violette se répandit de l'autre côté de la rue, entre deux tonneaux remplis d'yeux de grenouilles.
- Vous avez vu ça ? S'étonna Procya auprès du serveur, qui débarrassait les tables vides.
- Ça doit encore être l'apothicaire, grogna celui-ci. Je vous déconseille d'acheter ses produits, miss ! Ses produits ne sont pas très frais et quand ça fermente trop longtemps, ce n'est jamais beau à voir, fit-il en secouant la tête d'un air désabusé.
Une fois sa glace terminée, elle prit le chemin de la boutique des Weasley. Comme on était samedi après-midi, celle-ci était plutôt bondée, mais elle parvient à dénicher Ron dans un coin, en train de réapprovisionner l'étagère des philtres d'amour.
- Bonjour, le salua t-elle, c'est Harry qui m'a dit de venir vous voir, euh... Il faudrait que je rentre chez lui, tenta d'elle d'expliquer.
- Mais il nous prends pour un hall de gare, ma parole ! S'exclama t-il. Pas de soucis, on va vous acheminer à bon port, la rassura t-elle avec un clin d'oeil. Par ici ! Fit-il en soulevant un rideau, et ils se retrouvèrent dans ce qui était visiblement la réserve de la boutique.
L'autre rouquin – Georges, si elle se souvenait bien – était en train de contrôler des produits.
- Tiens, revoilà notre amie française ! Se réjouit-il en l'apercevant. Alors, qu'est-ce que ça a donné, cette blague ?
- C'était parfait, fit Procya en éclatant de rire. Il était constamment sur le qui-vive, il pensait vraiment avoir déjoué tous mes plans... Par contre, je ne sais pas si j'arriverais un jour à écouler tout ce stock de produits de farces et attrapes...
- Crois moi, ça te servira forcément un jour, affirma Ron.
- Quel est ce produit ? Demanda Procya, en avisant une espèce de gros cache-oreilles fushia, abandonné sur un carton.
- Le changoreilles. Ça change la forme de tes oreilles quand tu le portes, lui expliqua Ron en faisant une démonstration.
- Oh... Je pensais que se serait de vraies oreilles, fit Procya, en constatant que les oreilles de Ron s'étaient allongées et couvertes de poils pour devenir celles d'un lapin.
- Ça pourrait être utile pour certaines personnes, commentât négligemment Georges qui arborait une énorme oreille de troll en plastique vert.
- Pourquoi pas un truc où les gens échangent leurs oreilles entre eux ! Les deux personnes portent le produit, et leurs oreilles se métamorphosent.
- Pas mal, fit Georges d'un ton songeur. Mais comment tu enchante ton produit ?
- Simple sortilège de transfert, fit Procya en haussant les épaules.
- « Simple sortilège de transfert » ? S'indigna Ron. Tu sais combien c'est difficile à faire ?
- Tu vis avec Hermione, ironisa Georges, on devrait réussir à trouver une solution facilement.
- Vous permettez ? Demanda Procya en sortant sa baguette.
Elle se plaça face à Ron, et fronça les sourcils pour se concentrer en pointant sa baguette sur l'oreille droite de Ron, qui n'avait pas l'air très à l'aise. Elle marmonna quelques mots et l'instant d'après, l'oreille de Ron rétrécit légèrement, tandis que celle de Procya s'allongeait et se constellait de quelques tâches de rousseurs. Georges applaudit et Procya sortit un petit miroir de poche de sa besace pour le tendre à Ron.
- Je n'avais jamais pensé à porter des boucles d'oreilles, mais ça me va plutôt bien, commentât celui-ci en s'admirant.
Procya lui sourit et annula la transformation en tapotant son oreille de sa baguette, récupérant ainsi son appendice auditif et sa boucle d'oreille.
- Procya, il faudrait nous rendre visite plus souvent, commentât Georges. On va plancher là dessus.
Ron l'emmena jusque dans un bureau encombré d'objets étranges qui émettaient des bruits d'explosion et lui désigna leur cheminée. Une poignée de poudre de cheminette et une gerbe de flammes vertes plus tard, Procya émergeait dans le salon des Potter.
-o-
Procya avait décidé de consulter Andromeda sur ce qu'elle allait faire du contenu du coffre de Black. Harry l'avait mise en garde à ce sujet : c'était un sujet difficile à évoquer avec Andromeda, et elle pouvait se montrer assez sèche si on insistait un peu trop, mais la jeune fille n'en avait pas démordu. Elle avait demandé à sa cousine si elle pouvait la rencontrer à nouveau, et celle-ci lui avait proposé de passer chez elle le lendemain pour le thé. À l'heure dite, Procya entra dans la cheminée des Potter sous l'œil légèrement soucieux de Harry, et cria le nom de la demeure d'Andromeda. Sa cousine l'accueillit en souriant et lui proposa une tasse de thé.
- Je suis allée visiter le coffre des Black, annonça Procya, qui avait compris qu'Andromeda préférait être directe.
Celle-ci se contenta de lui proposer du sucre, ce que la jeune fille interpréta comme une invitation à continuer.
- C'est plein d'or, mais aussi de pleins d'objets, et je me suis dit que vous aimeriez peut être en récupérer quelques uns...
Andromeda réprima un soupir. Après toutes ses années, son héritage la poursuivait toujours...
- Pourquoi voudrais-tu que je récupère de vieilles reliques ? Demanda t-elle gentiment. Tout ça t'appartient désormais, tu devrais en profiter.
- Justement, fit Procya en rougissant légèrement. Je n'ai pas vraiment l'impression que ça m'appartienne vraiment... Je ne connaissais rien de cette famille il y a encore quelques semaines, alors que c'est un héritage de plusieurs siècles... Vous, vous avez grandi avec eux...
- Et ma jeunesse est terminée depuis bien longtemps, la coupa Andromeda, en souriant pour atténuer la brusquerie de sa remarque. Je ne fais plus partie de cette famille depuis presque quarante ans. À part Sirius, ils étaient tous devenus des étrangers pour moi. Pourquoi je serais plus légitime que toi à hériter de cette famille ? Et puis quel est cet héritage, à part un gros tas d'or ?
- J'ai lu des livres à ce sujet... Je sais que c'est une famille qui a toujours été conservatrice, mais il y a plusieurs siècles, ils ont accompli de grandes choses... Quelle légitimité aurais-je à me réclamer de cette famille ?
Procya était troublée, et elle ne savait plus comment exprimer ce qu'elle ressentait. Andromeda posa sa tasse sur la table basse et prit les mains de la jeune fille dans les siennes.
- Si les Black ont un jour accompli de grandes choses, c'était bien avant ma naissance, et même celle de mes parents. Ce n'est qu'un nom. Pourquoi ce nom serait-il plus prestigieux que celui de ta mère ? C'est justement toute l'idéologie des sangs-purs : parce qu'ils ont un nom ancien, ils se pensent meilleurs que tout le monde et réclament des privilèges. Mais ont-ils été les seuls à construire notre société ? Certes, l'argent fait bien des choses, mais les né-moldus ont aussi apporté leur contribution à travers les siècles. Ne tombe pas dans ce piège, Procya. Le prestige des Black est mort depuis bien longtemps, et ce qui reste de cette famille à de la chance de t'avoir, tu vaux bien mieux que tous ces prétendus ancêtres.
Andromeda relâcha les mains de la jeune fille estomaquée, et but une gorgée de thé avant de se laisser aller contre le dossier de son fauteuil.
- Et puis, il y a toujours eu des rebelles dans la famille. Sirius, bien sûr, mais aussi notre oncle Alphard qui l'a soutenu quand il s'est dressé contre ses parents. Et moi également, finalement. Et sûrement bien d'autres avant nous. Oncle Alphard s'est servi de l'argent qu'il avait hérité de ses parents pour soutenir Sirius, qui lui même l'a utilisé pour se rebeller contre ses parents. Ne laisse pas des livres d'histoire poussiéreux te dicter ce que tu devrais être. Tu étais quelqu'un avant d'en savoir plus sur tes ancêtres, pourquoi cela serait-il différent aujourd'hui ?
- Vous avez raison, murmura Procya. Merci de m'avoir dit tout ça.
- C'est moi qui devrait te remercier, fit Andromeda d'un ton songeur. Toutes ces années, j'ai été en colère contre ma famille. Et aujourd'hui, je réalise qu'il y avait aussi des personnes formidables parmi eux. Bien sur, j'ai toujours beaucoup aimé Oncle Alphard et Sirius, mais je n'y avais jamais pensé de cette façon. Tu me donne enfin une raison d'être fière de cette partie de ma famille.
- Eh bien tant mieux. Vous savez, je suis toujours prête à rendre service.
Andromeda resta interdite quelques instants, avant d'éclater de rire. Procya lui adressa un sourire complice.
- C'est typiquement le genre de trait d'humour qu'aurait pu faire Sirius, lui confia Andromeda sur un ton affectueux, amenant un sourire éclatant sur le visage de sa cousine.
-o-
Après ce week-end déjà bien rempli en émotions, une dernière épreuve attendait Procya : annoncer à ses parents qu'elle était désormais millionnaire. Ce n'est pas non plus un moment désagréable d'expliquer aux gens qu'on est plein aux as, mais elle s'attendait à ce qu'ils la sermonne sur le fait de ne pas faire de folies – surtout Phillipus – et elle n'avait pas la patience pour ce type de discussion.
À peine avait-elle émergé de la cheminée – Harry avait demandé un raccord temporaire et l'avait obtenu, rare avantage dû à son statut de Survivant – qu'elle plaqua le document recensant sa fortune sur la table du salon. D'un même ensemble, Épione et Phillipus – qui attendaient son retour assis dans le canapé du salon – se penchèrent dessus pour le lire, tandis que Vivian bondissait joyeusement autour de l'adolescente pour l'accueillir.
Phillipus pâlit, Épione plaqua une main contre sa bouche, et Vivian lécha affectueusement le nez de son amie.
- Mais... Fit Épione.
- Je sais, approuva Procya en se laissant tomber dans un fauteuil. Pareil que toi.
- Et tu... Ajoutât Phillipus.
- Aucune idée de ce que je vais en faire, lui indiqua Procya. Ah si, je me suis acheté une robe. T'inquiète, elle n'a pas coûté cher, précisa t-elle en voyant l'écossais pâlir un peu plus.
Le silence régna quelques instants dans la pièce, seulement troublé par le ronronnement de Vivian, blotti dans les bras de Procya.
- Eh bien, c'est, euh... Inattendu. Finit finalement par dire Épione.
- Dingue, la corrigea Phillipus.
- Et donc ma chérie, tu ne sais pas ce que tu vas faire de tout ça ?
- Que voudrais tu que j'en fasse ? Fit la jeune fille en haussant les épaules. Je compte passer mes BUSE, préparer mes ASPIC, et je verrais après pour le reste.
- Eh bien je suppose que tu n'auras plus besoin d'argent de poche, fit Phillipus avec un rire nerveux.
- J'accepte de renoncer à cette source de revenus, répondit Procya en souriant. Mais vous n'allez pas me demander de payer un loyer, j'espère ? Fit elle semblant de s'inquiéter.
Brusquement, Épione éclata en sanglots. Phillipus et Procya, se regardèrent, interloqués, et ils l'entourèrent de leurs bras pour l'enlacer.
- Mais enfin maman qu'est-ce qui se passe ? Demanda sa fille, désarçonnée.
- Oh, trésor, fit Épione en sanglotant dans son cou. C'est juste que tu as grandit tellement vite !
Elle se mit à sangloter de plus belle et Phillipus lui tapota gentiment le dos.
- Tu... Tu étais un bébé adorable, et maintenant tu es une jeune fille, et tu es si intelligente, et maintenant tu es riche, et tu vas partiiiiiiiiiiiiir...
Par dessus la tête de sa femme qui sanglotait, Phillipus articula silencieusement « Dis quelque chose ! ».
- Mais maman je vais pas partir, qu'est-ce qui te fait penser ça ?
Épione se redressa et s'essuya les yeux.
- Tu pourrais utiliser tout cet argent et faire le tour du monde...
- Maman, j'ai déjà fait le tour du monde avec toi, fit Procya en roulant des yeux, et sa mère eu un petit rire mouillé.
- Désolée... Je crois que j'ai un peu paniqué. C'est juste que les derniers mois ont été un peu difficiles... Toute cette histoire, et maintenant tu vas être majeure...
- Si je t'offre un cadeau, tu arrête de pleurer ?
Sa mère sourit et hocha la tête. Procya se pencha pour fouiller dans son sac de voyage, tandis qu'Épione se mouchait bruyamment dans le mouchoir que lui avait tendu Phillipus. Elle remit à sa mère la ceinture et à Phillipus la chevalière qu'elle avait pris dans le coffre des Black.
- C'est du cuir de dragon, fit elle à l'adresse de sa mère. Et ça, Harry m'a expliqué que c'était probablement en rapport avec les Gryffondors, ajoutât-elle à l'adresse de Phillipus.
- C'est magnifique Cicy, mais je ne peux pas accepter, murmura Phillipus.
- Si ça peut te rassurer, je les ai pas achetés, je les ai pris dans mon coffre, précisa Procya.
- Je ne sais pas si c'est mieux...
- J'en fais ce que j'en veux, c'est mon coffre, fit l'adolescente en haussant les épaules.
Phillipus glissa la chevalière à son doigt en souriant et l'attira contre lui pour la serrer dans ses bras.
Finalement, retourner à Beauxbatons permit à la jeune fille de retrouver un peu de calme. Après tout, tout ce qui l'attendait, c'était ses révisions. Pour son anniversaire, ses amis se contentèrent de lui offrir quelques présents lors du petit-déjeuner. Ils étaient tous préoccupés par leurs examens à venir, et Procya avait déjà annoncé qu'elle ferait une fête chez elle après les BUSES, pour fêter à la fois son anniversaire et la fin des examens.
Elle reçut également du courrier. Ses parents lui avaient envoyé une montre bracelet, avec de délicats dessins de planètes pour figurer les heures. La lettre qui l'accompagnait comportait quelques traces humides d'encre qui avait coulé, et Procya devina que sa mère avait encore pleuré. Une chouette un peu fatiguée lui avait apporté tout un colis en provenance d'Angleterre. Il contenait des cartes d'anniversaire de la part des Potter – elle était recouverte de dessins d'enfants et dans un coin, Harry et Ginny avaient réussi à griffonner un « joyeux anniversaire » - d'Andromeda et de Teddy, mais aussi un album de vieilles photos confectionné par Andromeda et une figurine en forme de Kelpy offerte par Teddy, qui avait adoré ses nouveaux livres.
Duncan la questionna bien sur ce mystérieux colis, mais Chiara lui intima de la fermer et de continuer à l'interroger sur la classification des plantes carnivores. Ce à quoi Duncan répondit qu'il ne pouvait la fermer ET lui poser des questions sur ses fiches de révisions, il faudrait savoir ce qu'elle voulait. Assise auprès d'eux dans la bibliothèque, Procya dissimula son fou rire pour ne pas se faire expulser. Tout était revenu à la normale.
* 2 millions de Gallions c'est l'équivalent de 14 500 000 euros... (14,5 millions d'euros). Procya n'est pas riche, elle est richissime, elle peut remplir une piscine de pièce et nager dedans.
J'ai estimé la fortune de Procya en euros avec un convertisseur gallions / argent moldu, qui tient compte du fait que JKR avait dit qu'un gallion correspondait environ à 5 livres, soit 7,25€. J'ai hésité à faire de Procya une millionaire... On sait que les Black sont à l'aise, mais on ignore à combien de chiffre leur fortune. J'ai principalement tenu compte de deux éléments :
- l'oncle Alphard a laissé suffisamment d'argent à Sirius pour qu'il s'achète une maison et puisse vivre par "ses propres moyens" (on ignore si Sirius travaillait avant d'être enfermé à Azkaban)
- le grand-père de Sirius a donné suffisamment d'argent au Ministère pour pouvoir obtenir un Ordre de Merlin Première Classe (récompense normalement accordée pour "des actes de bravoure ou des aptitudes magiques exceptionnelles"), donc en terme de corruption, ça doit coûter très cher d'en obtenir un...
De plus, il me semble que le mariage des parents de Sirius (ils sont cousins au 2e degré) était destiné à "rapprocher" la famille Black, dans tous les sens du terme : en rendant leur sang encore plus pur (beurk) et peut être aussi en permettant à la branche principale des Black (le père de Sirius) de récupérer la thune de la branche cadette (la mère de Sirius) ? Egalement, la fortune des Black n'a pas été dépensée pendant près de 30 ans : la mère de Sirius est décédée en 1985 selon l'arbre des Black, et Sirius n'a pas touché à ce coffre puisqu'il était à Azkaban. Donc de l'argent qui dort et de plus, je pense que les Black avaient quelques placements financiers qui ont continué d'alimenter le coffre pendant ce laps de temps...
J'ai hésité à faire de Procya une personne aussi riche : on sait que Sang-pur ne rime pas forcément avec fortune (les Gaunt...) mais on sait que les Black étaient à l'aise. Mais avec ces différents éléments de réflexion, j'estime que Procya est désormais dans les trois premières fortunes sorcières du Royaume-Uni.
J'espère que ce chapitre vous aura plus ! Et vous, si vous étiez soudainement millionnaires (pas besoin d'être l'héritier d'une famille sang-pur, vous pouvez toujours jouer au loto ;) ), que feriez-vous de cet argent ? Le dépenseriez-vous en : a) Glaces, b) Livres, c) Cire dépilatoire "Aphrodite" (je vous la recommande ;) ) ?
À bientôt !
