Chapitre 1
Harry Potter marchait d'un air absent de la Grande Salle en direction des larges escaliers de marbre qui menaient aux étages supérieurs du Château de Poudlard. Il venait juste de finir son repas de sandwiches au bacon (avec beaucoup de ketchup) et attendait impatiemment une après-midi passée sur le terrain de Quidditch, profitant de l'air vif de mi-novembre dans les airs avec son meilleur ami.
Il avait juste besoin de faire un saut dans la tour Gryffondor pour récupérer son Eclair de Feu (qu'il refusait toujours de laisser dans le placard à balais avec les autres balais oui, c'était pénible de monter huit étages à chaque fois qu'il voulait faire un vol rapide, mais il ne voulait vraiment pas que l'Eclair de Feu soit cassé ou volé), ce qu'il l'empêcherait de jouer. Un après-midi libre de devoirs était un luxe rare quand vous étiez ami avec Hermione Granger et en septième et dernière année à l'école de Sorcellerie Poudlard, et Harry avait bien l'intention d'en apprécier chaque minute.
Il avait déjà monté six marches d'escalier quand quelque chose attira son attention, qui n'aurait pas dû être là. Un élève – un garçon, blond en cinquième ou sixième année, à ce qu'Harry savait – était accroupi contre le mur, les genoux contre sa poitrine, les bras enroulés autour d'eux, la tête penchée en avant.
Sa curiosité (et oui, ok, sa tendance à sauver les gens) prirent le dessus et il tenta de l'appeler.
« Euh, ça va ? »
La personne était visiblement tendue, mais ne donna aucune réponse. Harry redescendit les escaliers et essaya une nouvelle fois.
« Allo ? Est-ce que tout va bien ? Et-ce que – Est-ce que tu veux que j'aille chercher un professeur ou quelque chose ? »
Toujours aucune réponse, bien que qui que ce soit, il semblait qu'il essayait se recroqueviller sur lui-même pour prendre le moins de place possible.
« Je ne vais pas te blesser ou autre… On peut parler ? »
« Pour l'amour de Merlin, tu n'abandonnes jamais, hein, Potter ? », vint la réponse quelque peu étouffée. Harry le fixa.
« Malefoy ? Qu'est-ce – qu'est-ce que tu fais ? »
« Je suis en pleine fête, Potter, on dirait ? Et tu n'es pas invité. Pars. Maintenant. »
Harry réalisa soudainement que sa bouche était ouverte et la referma précipitamment. Il ne savait pas du tout quoi faire. Devait-il essayer de faire parler Malefoy ? L'aider ? Lui jeter un sort pendant qu'il était par terre ?
Finalement, son côté Gryffondor prit le dessus sur son côté Serpentard, et il (quelque peu réticent) enleva sa main de sa manche gauche, où il gardait sa baguette, et marcha vers l'endroit où Malefoy était recroquevillé.
« Ecoute Malefoy. Est-ce que tu – je veux dire, qu'est-ce – qu'est-ce qui se passe ? »
« Dégage, le Balafré ! », lui cracha Malefoy à la figure, s'éloignant de la voix d'Harry. « Ou, attends, non, mène moi à une fille vraiment jolie… En fait, à la réflexion, c'est de toi que nous parlons. Je finirais probablement en face d'une Weasley. Ou de Luna Logevood. Beurk. Non, laisse-moi juste là. Ce serait le mieux. »
Harry le regarda bouche bée. « Ce que tu dis n'a aucun sens, Malefoy. »
Malefoy rit d'une façon quelque peu hystérique dans ses genoux. « Non, je suppose que je ne le serais pas », se murmura-t-il à lui-même. « Et tu es toujours là. Pourquoi, exactement ? »
Harry croisa les bras d'un air têtu et lança un regard furieux à la tête blonde. « Je ne vois pas pourquoi je ne serais pas là. Ce n'est pas ton Hall d'Entrée », dit-il, avant de réaliser tardivement à quel point cela sonnait enfantin.
Malefoy, d'une manière surprenante, ne releva pas sa gaffe puérile. « Crois-moi, Potter, tu ne veux pas être là presque autant que je ne veux pas que tu sois là. Fais-moi juste confiance, ok ? »
Harry le regarda. « Maintenant, je sais qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez toi, » dit-il finalement en secouant la tête.
Il s'avança vers Malefoy et tira le bras de Malefoy pour essayer de l'amener à se relever. Et ça marcha Malefoy se leva à moitié et trébucha, juste devant Harry. Malefoy cligna des yeux et ses mains vinrent devant son visage pour qu'il évite de tomber, mais elles finirent quand même par s'accrocher au devant de la robe d'Harry.
Harry ouvrit la bouche pour soit s'excuser ou s'en prendre à lui – il n'avait pas encore vraiment décidé – mais finit par ne rien dire du tout. Il y eut peut-être une seconde durant laquelle les deux se fixèrent, et Harry était déconcerté par l'expression de Malefoy. Il n'arrivait pas à l'interpréter. C'était le choc, définitivement. Et quelque chose qui ressemblait à de la douleur. Et alors il y avait quelque chose d'autre…
Mais avant qu'il n'ait pu trouver ce que c'était, Malefoy lui grogna dessus, les fit échanger de position et le plaqua contre le mur. Harry émit un son de protestation – de protestation, pas de douleur ou d'autre chose – et essaya de repousser Malefoy, mais Malefoy le tenait en place avec un grondement déterminé.
« Malefoy, qu'est-ce que – mmph ! »
Harry fut brutalement coupé par Malefoy qui le maintint durement contre le mur par les épaules, se pencha sur lui et l'embrassa. L'embrassa ! Un baiser sur la bouche, les lunettes bancales et les nez se cognant !
Harry se débattit, bien sûr. Il se débattit probablement plus fort que si Malefoy était un Mangemort essayant de lui trancher la gorge, mais Malefoy semblait vraiment possédé la prise qu'il avait sur les cheveux et les épaules d'Harry le maintenait très fortement.
Harry essaya de lever le genou pour atteindre Malefoy là où ça faisait vraiment mal – c'était de bonne guerre, après tout. Pourtant, Malefoy sembla le prédire, et frotta son érection contre le pied d'Harry avant qu'il n'ait pu trouver une bonne cible, et continua d'essayer d'introduire sa langue dans la bouche d'Harry.
Là, Harry entendit quelque chose qu'il n'avait jamais été heureux d'entendre jusque là :
« Finnegan, vous serez peut-être surpris d'entendre que je n'arrange pas mes retenues en fonction de la vie sociale de mes élèves. Vous serez dans mon bureau à huit heures pile ce soir, suis-je clair ? Maintenant, asseyez-vous, le garçon magnifiquement inintelligent, ou c'est vingt points en moins pour Gryffondor. »
Harry libéra rapidement sa tête de l'emprise de Malefoy, grimaçant à cause de quelques uns de ses cheveux arrachés par la main crispée de Malefoy. « Monsieur ! Pro – ouch, merde ! Professeur Rogue ! S'il vous plaît, faites qu'il me lâche ! », hurla Harry, grimaçant encore comme, rejeté de la bouche d'Harry, Malefoy le mordit fort dans le cou.
« Cinq points en moins pour Gryffondor à cause de votre langage, Potter, annonça Rogue d'une voix traînante, il sourit d'un air narquois en les voyant. « Toute rencontre amoureuse est interdite dans les couloirs de l'école. Encore cinq points de moins. »
Harry n'avait pas l'esprit assez clair pour réfléchir à quel point c'était phénoménalement injuste la main de Malefoy essayait vaillamment de rentrer dans le pantalon de Harry et, censé être héroïque et chevaleresque ou pas, il cèderait bien volontiers tous les points de la maison Gryffondor pour empêcher ça.
« Professeur ! S'il vous plaît ! »
Rogue fit tourner sa baguette entre ses doigts semblant réfléchir à laisser Harry à la merci de Malefoy – apparemment devenu complètement fou, mais Malefoy choisit heureusement ce moment-là pour agripper le haut de la tête d'Harry et la repousser derrière contre la pierre si fort que la vision d'Harry se troubla momentanément d'étoiles blanches scintillantes.
« Professeur ! »
« Oh, très bien, Potter. » Rogue pointa paresseusement sa baguette sur son pair. Il y eut un bref rayon de lumière et quand Harry cligna des yeux pour faire disparaître la dernière des étoiles, il vit que Malefoy était affalé sur le sol dans le coin opposé du hall. Il commença à se relever et se dirigea vers Harry une nouvelle fois, mais se trouva bloqué comme par un mur invisible d'un autre mouvement las de la baguette de Rogue. Il gémit de frustration.
« Me – merci, monsieur, » dit Harry, observant Malefoy avec horreur en essuyant fébrilement sa bouche avec le plat de sa main. Rogue leva un sourcil.
« Explication, Potter ? »
Harry leva les yeux. « Monsieur ? ». Rogue tourna directement le regard en direction de Malefoy, qui était pressé contre la barrière invisible, les yeux fixés sur Harry. De la manière dont se tenait Malefoy, Harry ne pouvait ignorer la trop évidente bosse dans le pantalon de Malefoy. Il déglutit et regarda ailleurs.
« Je n'en ai aucune idée, » dit-il honnêtement. « Il était juste accroupi par là – » il montra le mur, «– et je lui ai demandé s'il allait bien, et il est juste devenu fou. Je veux dire, au début, comme j'ai dit, il était tout penché, il ne levait pas les yeux, et quand il l'a fait, il a commence à… euh… eh bien, vous l'avez vu, monsieur. »
« En effet, » dit sèchement Rogue. Il passa la barrière qui retenait Drago comme si elle n'était pas là et lui parla fort, comme s'il était sourd ou stupide. « Mr Malefoy. Quelqu'un vous a-t-il lancé un sort ? »
Draco le regarda comme si parler lui causait une grande douleur. Sans lever les yeux d'Harry, il cracha, « Non. Une potion. Nngh, Potter ! »
Rogue braqua le regard brusquement sur Harry. « Lui avez-vous donné une potion ? »
« Non, je ne l'ai pas fait ! » dit âprement un Harry choqué. « Il était comme ça quand je l'ai trouvé, je vous l'ai dit ! J'étais dans la Grande Salle, vous pouvez demander à n'importe qui, je – »
Rogue ignora son plaidoyer et se tourna une nouvelle fois vers Malefoy.
« Mr Malefoy… Draco, regardez-moi. »
Le regard de Malefoy restait résolument sur Harry.
« Malefoy ! » aboya Rogue. Malefoy semblait essayer il tourna sa tête en direction de Rogue, mais ses yeux restaient fixes. Harry se sentit très gêné. Rogue, apparemment en train de perdre patience, attrapa le menton de Malefoy vers lui. La vision de Malefoy s'est interrompue, et il haleta comme s'il émergeait dans l'air après avoir passé beaucoup de temps sous l'eau.
« Oh, merde ! Professeur ! Oh merde oh merde oh merde. Je… Merlin ! »
« Mr Malefoy » dit calmement Rogue. « Potter – ne le regardez pas – Potter vous a-t-il forcé à boire une potion ? »
On aurait dit que Malefoy utilisait une quantité phénoménale d'énergie pour s'empêcher de se tourner à nouveau vers Harry. Il courba la tête et fixa ses chaussures au lieu de regarder Rogue et s'adressa à elles.
« Non, ce n'est pas lui. C'est… oh, Merlin, j'ai besoin… J'ai besoin… »
Rogue, au lieu de réprimander Malefoy à cause de son langage (ce qu'il aurait fait pour Harry, potion ou pas), semblait ne pas en tenir compte. Ses froids yeux noirs balayaient le sol près du mur. Il s'y rendit et ramassa une petite bouteille – à peu près la taille d'une boîte alimentaire colorée Moldue – qu'Harry n'avait pas remarquée, et l'examina à la lumière.
« Vous n'avez pas administré cette potion à Mr Malefoy, Potter ? » demanda-t-il, regardant Harry d'un air furieux.
« Non, monsieur. »
« Vous n'avez pas vu qui a donné cette potion à Malefoy ? »
« Non, monsieur. »
« Très bien. » Rogue glissa la bouteille dans une poche intérieure de sa robe. « Je vais emmener Mr Malefoy dans mon bureau et essayer de découvrir ce qui s'est vraiment passé cet après-midi. Vous, Potter allez nous accompagner. Je suppose que vous n'aviez rien d'autre de prévu ? »
Harry, son enthousiasme douché, pensa avec nostalgie à la luxuriante herbe verte et aux vents vifs du terrain de Quidditch. Il secoua la tête sombrement.
« Non, monsieur. »
« Bien. » Rogue hocha la tête une fois et donna un léger coup de baguette vers Malefoy, faisant s'évanouir la barrière invisible. Les yeux de Malefoy passèrent immédiatement du sol à Harry et il vola vers lui, un air de prédateur évident sur le visage, et Harry glapit. Il vit Rogue s'éloigner rapidement dans un de ces couloirs qui menaient aux cachots, et, s'échappant de la prise de Malefoy, il se rua dans le passage après son professeur de Potions.
La pièce était froide et humide et les souvenirs de son esprit, il y avait volé à plusieurs reprises l'assaillirent dès qu'il franchit la porte. Il frissonna et regarda les quelques choses mortes dans des bocaux qui étaient apparues depuis sa dernière visite ici. Ce n'était pas la façon dont il comptait passer son après-midi libre.
Sur le chemin du Hall d'Entrée, il s'était caché dans une alcôve et avait retenu sa respiration jusqu'à ce que Malefoy ait couru devant lui, l'air fou. Maintenant qu'il se trouvait dans le bureau de Rogue, il semblait qu'il se soit un peu calmé il était assis le dos bien droit sur une des chaises en bois qui étaient devant le bureau, résolu à ne pas regarder Harry. Harry vint prendre la chaise à côté de lui mais Rogue l'arrêta.
« Pensez-vous vraiment que s'asseoir à trois pieds de Malefoy est la chose la plus sage à faire maintenant, Potter ? dit-il de façon désagréable. « Je suggérerais que vous utilisiez n'importe quelle forme de la matière qui réside dans votre crâne et passe pour un cerveau, mais je suis de plus en plus convaincu que votre crâne est entièrement creux. »
Harry cligna des yeux.
Rogue roula des yeux. « Asseyez-vous sur la chaise près de la porte, idiot. »
Harry s'assit sur la chaise près de la porte, en pensant qu'il serait au moins capable de sortir rapidement si Malefoy devenait fou une nouvelle fois, bien qu'il ne semblât pas troublé du tout depuis qu'Harry était entré. Harry le regarda, curieux, en se demandant si Rogue lui avait lancé un sort de Saucissonnage, mais il remarqua alors que les mains de Malefoy étaient agrippées avec force au siège de sa chaise. Ses articulations étaient blanches.
Harry se tourna vers Rogue, et le regarda en silence pendant ce qu'il lui sembla une éternité alors qu'il hachait, remuait et versait méthodiquement au-dessus d'un assez petit (Harry supposa une fois et demie la taille standard) chaudron. Les évènements de l'après-midi lui revenaient en tête encore et encore, à tel point qu'il aurait payé pour les oublier. Malefoy avait l'air – bien qu'Harry détesta l'admettre – inhabituellement vulnérable, replié sur lui-même, refusant de lever les yeux. Et s'il le faisait…
Attendez une minute. Il ne voulait pas ouvrir les yeux, parce que s'il le faisait…
Une horrible pensée vint à l'esprit d'Harry.
« Ce n'est pas un philtre d'amour, n'est-ce-pas ? » lâcha-t-il.
Rogue ne répondit pas il jeta une poudre de couleur jaune dans le chaudron, ce qui immédiatement jaillir des jets de vapeur violette. Il se pencha dans la vapeur et renifla, et en ressortit avec un sourire satisfait. "Non, ce n'en est pas", dit-il. Harry laissa échapper un soupir de soulagement pur.
« Oh, bien, » dit-il. « Parce que ça aurait été horr – »
« C'est une potion de désir »
Harry avala presque sa propre langue. « C'est une… quoi ? » suffoqua-t-il.
« Une potion de désir, Potter, vous êtes sourd ? »
Harry jeta un œil à Malefoy, qui ne semblait pas si surpris. Pour l'énième fois, Harry se demanda qui avait donné à Malefoy la potion.
« Pouvez-vous le guérir ? » demanda Harry.
Rogue poussa un soupir irrité. « Les Potions, Mr Potter, ne peuvent pas guérir. Elles peuvent avoir des remèdes, ou des antidotes, mais elles ne guériront jamais complètement. »
Harry ne voyait pas la différence, vraiment, et était sur le point de le dire, mais Rogue continua.
« Il y a, pourtant, une antidote possible à cette potion particulière – qui est vendue sous le nom d'Oxeris Votum, si vous éprouvez pour une fois de l'intérêt pour quelque chose d'autre que vous-même – bien que dû à la complexité de la recette, il ne faille pas beaucoup de temps pour la préparer. »
Harry avait plusieurs choses à répondre à ça, la première était qu'il s'intéressait à autre chose que lui-même – il planifiait de sauver le monde, non ? – mais il fut une fois encore coupé avant qu'il n'ait pu parler.
« Combien de temps ? » C'était la première fois que Malefoy parlait depuis qu'Harry était entré dans la pièce, et Harry fut choqué d'à quel point sa voix semblait terne. La façon dont Rogue le regarda était quelque chose qu'Harry n'avait jamais vu avant – c'était presque… doux.
« Environ un mois. » Malefoy ne dit rien, baissa seulement la tête. Harry pouvait presque sentir la tristesse venir à lui en vagues.
« Je suis désolé, Drago. L'Orexis Votum a été interdit par le Ministère il y a presque trente ans. Ils ne vendent plus l'antidote chez les apothicaires, même pas dans l'Allée des Embrumes. Franchement, je suis étonné que quelqu'un ait réussi à se procurer la potion de lui-même. Si tout se passe comme prévu, elle devrait être prête juste avant Noël. »
« Meilleur cadeau à jamais, » dit sèchement Malefoy. « Joyeux Noël, Drago ! Tu ne veux plus baiser Harry Potter. Profite ! »
Harry se figea. Il avait réalisé qu'il était en quelque sorte impliqué dans toute cette histoire de potion de désir, évidemment, mais l'entendre en des termes si directs de la bouche de Drago Malefoy était juste étrange. Et définitivement pas du bon étrange. Plus comme à la limite de la pire bizarrerie qui pourrait être, avec une énorme pile de vraiment pas bon entassé sur le dessus.
« Je doute que ça va être le soleil et les pâquerettes pour moi non plus, Malefoy, » dit-il.
« Toi, Potter, tu n'as aucun droit de te plaindre de ton implication là-dedans. Tout est de ta faute, » cracha Malefoy, toujours regardant droit devant.
« Ma faute ? » hurla Harry.
« Oui, » dit Malefoy, comme si c'était la chose la plus évidente du monde. « Si ça te dérangerait de te mêler de tes affaires parfois on n'en serait pas là maintenant. »
Harry renifla. « Ouais, tu serais toujours recroquevillé sur le sol du Hall d'Entrée, » dit-il. « Pourquoi est-ce que tu étais assis sur le sol d'ailleurs ? Tu pensais rester là pour le reste de ta vie ? »
Il y eut une légère pause durant laquelle Harry savait que Malefoy se renfrognait. « Ta gueule, Potter. Je… rassemblais mes pensées. »
« Tes pensées, ouais d'accord. Peut- être que si tu pensais parfois, tu ne serais pas dans cette situation, » râla Harry, en observant le derrière de la tête de Malefoy.
« Et peut-être que si tu n'étais pas si déterminé à ce que tout le monde t'adore, tu ne serais pas dans cette situation, » dit Malefoy, moqueur. « C'est probablement parce que tu n'as jamais eu de mère. Bien que je doute que même ta mère aurait pu t'aimer. »
Harry se releva brusquement. Sa chaise fit un bruit fort en grattant contre les dalles de pierre du sol du bureau. « Malefoy, tu la fermes maintenant ou je te jure que je –»
« Quand est-ce que vous finirez vos chamailleries puériles ! » interrompit Rogue, les fixant tous les deux.
Harry se tut, fumant.
« Merci. Maintenant, bien sûr pendant ce mois, vous deux allez être affectés par cette misérable affaire d'Etat. Je peux garantir que pas un seul de vous deux ne survivra à cette épreuve à moins que vous ne cessiez d'agir comme des enfants et ne commenciez à vous comporter de manière responsable. Vous êtes assez grands je ne devrais pas à avoir à vous dire ça ! »
Harry jeta un regard à Malefoy, qui avait à nouveau la tête baissée, et s'assit lentement. Il supposait qu'il était un peu stupide de se chamailler avec Malefoy à un moment comme celui-là. Peut-être qu'il devrait essayer d'agir de manière responsable. Rogue lui donna un de ses rares regards d'approbation.
« Bien, les potions de désir développent les sentiments de désir chez le preneur sans l'affection qu'un philtre d'amour donne, donc Malefoy, vous continuerez à voir Potter comme l'insupportable idiot qu'il est. Rogue sourit et Malefoy laissa échapper un grognement, tandis qu'Harry testait sa nouvelle responsabilité en ne réagissant pas à la provocation, bien qu'il voulait jeter un sort à Rogue et Malefoy, quelque chose de méchant et avec espoir, irréversible.
« Cependant, » continua Rogue. « Vous aurez besoin de contact avec Potter sur une base presque quotidienne. Les recherches sur l'Orexis Votum sont très inexactes dû à la nature illégale de la potion, donc nous ne pouvons pas prévoir comment vous allez réagir à son influence. »
« Attendez, » dit Malefoy. « J'aurai besoin de contact avec lui ? Ce n'est pas juste un truc mental ? »
« Techniquement, oui, les effets sont seulement mentaux, » dit Rogue lentement. « Cependant, l'influence est tellement forte sur l'esprit qu'il sera convaincu que sans Potter, vous ne pourrez pas survivre. C'est une des raisons pour laquelle la potion a été interdite par le Ministère les potions de désir puissantes ont le pouvoir de rendre fou le buveur, ou même le tuer. »
Malefoy murmura quelque chose dans son souffle. Harry perçut les mots « vais tuer » et « bâtard ». Puis quelque chose le frappa.
« Qu'est-ce que vous voulez dire exactement par « contact » ? » demanda-t-il prudemment. « Je ne vais pas devoir, enfin… le faire avec lui, si ? »
« Aussi charmant que je trouve votre langage enfantin, Potter, je ne peux pas vous donner une réponse concrète, » ricana Rogue. « Même si des recherches proprement dites devaient être effectuées, le niveau de désir induit par la potion serait spécifique à chaque individu. Seul Draco lui-même peut dire à quel point l'influence de la potion est forte. Je suppose, toutefois, que la copulation ne sera pas nécessaire. »
« Vous supposez ? » dit Drago faiblement. « Comment pouvez-vous être sûr ? »
« Je ne peux pas. Mais, si vous apprenez à vous contrôlez de manière adéquate, je suis presque certain que vos interactions ne nécessiteront pas d'arriver à ce stade. »
« Attendez, vous ne m'avez pas encore dit ce que « contact » voulait dire, » fit remarquer Harry. « Est-ce que je peux juste lui tenir la main ou autre chose ? »
Rogue sourit d'un air narquois et Harry sentit comme un sentiment de naufrage dans son estomac. « J'ai bien peur que seul Mr Malefoy puisse répondre à cette question. En tant que tel, Potter, vous devez vous efforcer d'écouter ce qu'il dit qu'il ressent et coopérer au mieux de vos capacités. »
Oh super. Donc maintenant la vertu d'Harry dépendait de Malefoy – à qui on n'avait jamais refusé quoi que ce soit qu'il voulait – en quelque sorte l'apprentissage du contrôle de soi sous l'influence d'une potion-tellement-puissante-qu'elle-était-illégale qui lui donnait envie d'Harry dans son lit plus que quoi que ce soit d'autre dans le monde entier.
Parfois, Harry détestait vraiment sa vie.
« Professeur, » dit-il, debout. « A moins qu'il n'y ait autre chose, je pense vraiment que je devrais y aller. » Avant que je ne décide que tuer Malefoy serait le meilleur plan d'action, pensa-t-il.
« Bien sûr, Potter, » ricana Rogue. « Je suis sûr que vos caniches se demandent où vous êtes. »
Drago sourit d'un air narquois et regarda Harry pour la première fois depuis le Hall d'Entrée. Son sourire disparut immédiatement et il laissa échapper un gémissement. Il se dirigea vers Harry mais le charme du bouclier rapidement érigé par Rogue le retint.
« Contrôlez-vous, Drago, » dit-il d'urgence, toute trace de moquerie partie. « Vous allez le voir énormément pendant le mois prochain et vous ne pouvez pas l'attaquer tout le temps. Autant que j'ai essayé de les convaincre du contraire, le personnel de Poudlard persiste à désapprouver les endommagements de leur Golden Boy. Vous devez apprendre à vous contrôler. »
Les mains de Malefoy étaient crispées en poings fermés et Harry ne pensait pas qu'il était en train d'imaginer qu'elles tremblent. Malefoy avait toujours les yeux fixés sur lui.
« Prenez une grande respiration, » dit Rogue, en regardant intensément Malefoy. « Concentrez-vous sur votre animosité envers lui. Loin de moi l'encouragement de l'inimité entre mes élèves, mais si vous vous concentrez sur cette hostilité, vous trouverez plus facile de surmonter les exhortations de la potion. Concentrez-vous, maintenant… »
Les yeux de Malefoy demeurèrent fixés sur Harry pendant de longs moments, durant lesquels Rogue et Harry retenaient leurs respirations. Alors, avec une grimace et une grande inspiration, Malefoy détacha les yeux d'Harry. Il frissonna.
« Parfois, Professeur, » se plaignit-il, « je déteste vraiment ma vie. »
Harry émergea des cachots avec la tête encore bourdonnante. Quel pétrin. Un de ces jours, il allait juste laisser le monde régler ses problèmes seul essayer d'aider n'a jamais semblé bien marcher pour lui.
« Harry ! Où étais-tu passé ? J'ai attendu sur le terrain pendant des heures ! » La voix de Ron Weasley s'éleva du premier étage. Harry leva les yeux. Ron et Hermione étaient à mi-chemin dans l'escalier en marbre et marchaient vers lui. Hermione semblait inquiète Ron, agacé.
« J'ai vérifié dans le dortoir mais ton balai était toujours là… Qu'est-ce que tu as fait ? »
Harry hésita. Il ne voulait pas vraiment dire à Ron et Hermione à propos de sa nouvelle… situation. Au moins pas maintenant, sous le regard curieux d'une bonne part de la population étudiante de Poudlard.
« Je, euh, j'ai dû ranger des trucs en Potions. Pour Rogue. » Il ne mentait pas, se dit-il à lui-même. Il les rencontra au bas des escaliers. « On peut encore aller voler maintenant, pourtant, non ? » demanda-t-il à Ron.
Ron le regarda incrédule. « Mec, il est six heures et demie. Et c'est tout noir à l'extérieur. Nous étions juste descendus pour dîner. Si tu n'étais pas arrivé avant le pudding, Hermione aurait fait envoyer une équipe de recherche. »
Harry jeta un coup d'œil. L'heure du dîner. Cela expliquerait le Hall bondé. Il était resté dans les cachots bien plus longtemps qu'il n'avait réalisé.
« Sûr, » dit-il faiblement. « Le dîner. Euh, désolé de t'avoir inquiétée, Hermione. »
Hermione lui fit son meilleur regard toi-et-moi-parlerons-de-tout-ça-plus-tard. « Ce n'est pas grave, Harry. Je suis juste contente que Voldemort ne soit pas entré furtivement et se soit débarrassé de toi. »
« Ouais, » dit Harry un peu mollement, désireux d'arrêter de parler de sa disparition inexpliquée. « Eh bien, euh, allons-y. Je meurs de faim. »
Harry réussit à éviter de répondre aux questions sifflantes d'Hermione toute la nuit en prétendant qu'il n'avait pas fini son devoir de Métamorphose (Hermione ne s'interposerait jamais entre quelqu'un et ses devoirs, peu importe à quel point elle était curieuse) et en disparaissant en haut des escaliers du dortoir des garçons. Une fois là, cependant, il se retrouva seul avec ses pensées, et la connaissance de ce que le reste de l'année entraînerait, accrochait au-dessus de lui comme un épais brouillard alors qu'il était couché sur son lit.
Il ne savait pas comment il allait gérer, mais si tout suivait son plan, Malefoy avait raison cette année, Harry allait recevoir le meilleur cadeau de Noël qu'il ait jamais reçu.
