Chapitre 11 : Le scoop

Teddy bailla à s'en décrocher la mâchoire. Il se frotta les yeux et se resservit un plein verre de jus de citrouille.

- Tu as bossé tard sur ton devoir de soin aux créatures magiques, Ted ? Lui demanda un camarade assit en face de lui.

L'adolescent se contenta de hocher la tête en enfournant d'énormes cuillères de porridge.

- Oh, j'ai passé des heures dessus aussi, indiqua une jeune fille près d'eux. C'était pas facile de se documenter sur les hippogriffes.

Les hiboux firent leur entrée dans la grande salle et les tables commencèrent à être envahies par les oiseaux qui apportaient des courriers et des colis aux élèves. L'ami de Teddy paya la chouette postale et déplia la Gazette du Sorcier pour aller directement à la page des BD. Teddy entreprenait de beurrer la montagne de toasts qu'il avait empilés dans son assiette quand face de lui, le visage imprimé de Sirius Black attira son regard. Il arracha le journal des mains de son ami et le feuilleta pour trouver la bonne page.

- Eh ! J'avais pas fini ma page ! Protesta le Poufsouffle.

- Tiens, grogna Teddy en arrachant la page des BD et lui tendant.

Ses camarades autour de lui échangèrent des regards surpris. Ils se regroupèrent derrière lui pour lire par dessus son épaule l'article qui semblait tant l'intéresser.

- L'HÉRITIÈRE CACHÉE DE LA FAMILLE BLACK REFAIT SURFACE -

Il est de ces Noms qui ont marqué l'histoire – mais malheureusement, pas toujours de manière glorieuse. Sirius Black est de ceux là : connu pour avoir été le seul sorcier à avoir réussi à s'échapper d'Azkaban, il a également été accusé d'avoir été un mangemort. Bien que le directeur du Bureau des Aurors Harry Potter ait vainement tenté de nous faire croire de contraire, le doute subsiste encore, des années après sa mort énigmatique au sein du Département des Mystères (à ce jour, le Ministère de la Magie n'a toujours pas donné suite à nos questions sur ces événements troublants, se retranchant de façon suspecte derrière « la confidentialité nécessaire au fonctionnement de ce Département »).

Mais il apparaît aujourd'hui que Black avait bien plus de secrets que nous le pensions. Effectivement, nous avons appris récemment que le célèbre et séduisant criminel présumé était également le père d'une charmante jeune fille de seize ans, Procya Roisnel.

Mademoiselle Roisnel – ou peut-être devrions nous désormais l'appeler Miss Black ? - réside en France avec sa mère, la très reconnue magicozoologiste Épione Roisnel. Il semble clair que la jeune Procya a vu le jour durant la période où Black était connu pour être un dangereux déséquilibré prétendument recherché par tous les Aurors (aurors qui n'ont jamais réussi à mettre la main sur lui, devons-nous en déduire que le Bureau des Aurors n'est pas en capacité de nous protéger contre les mages noirs ?). Aussi, il est légitime de se demander comment un criminel recherché dans le monde entier et une experte des créatures magiques ont pu faire connaissance.

Le professeur Roisnel a t-elle contribué à l'évasion de Black ? Sa cavale aurait-elle été rendue possible par une alliance secrète entre le Ministère de la Magie et la Haute Chancellerie de la Sorcellerie ? Nous n'en savons pas plus sur la relation nimbée de mystère de Black et Roisnel, mais nul doute que les plus hautes autorités magiques sont impliquées.

Miss Roisnel est donc à ce jour l'unique descendante de la très célèbre famille Black, une lignée que nous pensions pourtant presque éteinte. Sirius Black était bien le dernier descendant de la branche principale de la famille, mais deux de ses cousines subsistent pourtant à ce jour : Andromeda Tonks et Narcissa Malefoy, sœurs de la terrible mangemort Bellatrix Lestrange. Une fonction funeste qui semble être de famille, puisque l'époux de Madame Malefoy - Lucius Malefoy – a été condamné pour avoir exercé des activités de mangemort.

C'est donc un héritage bien lourd à porter dont Miss Roisnel à pris connaissance il y a seulement quelques semaines. Mais outre la réputation douteuse de son père et de sa famille, il semble que la jeune française va hériter d'une sympathique somme de gallions. « C'est suite à des démarches administratives que Monsieur Potter à fait la connaissance de Miss Roisnel » nous confie Mina Parchment, sympathique secrétaire de l'étude de Maître Castle. « C'est une vraie chance pour cette petite, elle va bénéficier d'un énorme héritage ! ».

À combien de gallions se chiffre cet héritage ? Malgré nos recherches, nous ne sommes pas en mesure de transmettre une somme à nos lecteurs, le directeur de la Banque Gringotts n'ayant pas donné suite à nos lettres. Ne faut-il pas s'interroger sur les prétendues « démarches administratives » entreprises par Monsieur Potter ? N'est-il pas suspect que près de quinze ans après avoir cambriolé la célèbre banque, le Survivant s'intéresse au colossal héritage des Black ? Une fois de plus, les liens entre Monsieur Potter et la famille Black semblent troubles. L'Élu semble s'être fait le protecteur de la jeune fille (voir la photo en page 8), mais cette amitié pourrait-elle intéressée ?

Étudiante au sein de l'académie de magie de Beauxbatons – dirigée par Olympe Maxime, sorcière connue pour sa liaison controversée avec le demi-géant Rubeus Hagrid – Miss Roisnel excelle dans de nombreuses matières, et est décrite comme étant « une jeune fille intelligente et sympathique, quoique un peu autoritaire ». Nous pouvons donc affirmer que la fille de Sirius Black est dotée de nombreuses qualités typiquement françaises (ce qui inclut malheureusement un goût douteux pour les serre-têtes en satin).

- Eh mais Tonks, c'est pas le nom de ta grand-mère ?! S'exclama un des Poufsouffle de la petite troupe rassemblée derrière Teddy.

Le propriétaire du journal lui donna un coup de coude en le fusillant du regard. Teddy ramassa son sac et sortit de la salle en trombe.

L'agitation chez les Poufsouffles n'était pas passée inaperçue à la table des professeurs. Le professeur Chourave buvait son thé à petites gorgées en surveillant attentivement ses étudiants qui débattaient maintenant furieusement en s'échangeant des regards surpris.

- Minerva, je crois que vous devriez lire ça... Fit le professeur Flitwick en tendant son exemplaire de la Gazette des Sorciers à la directrice.

Elle laissa son regard glisser sur la scandaleuse Une et soupira, avant de se lever.

- Je monte dans mon bureau, indiqua le professeur McGonagall en glissant le journal sous son bras. Pomona, vous voudrez bien garder un œil sur le jeune Lupin, aujourd'hui ?

Sa collègue acquiesça et la directrice traversa la Grande Salle. À son passage, les Poufsouffles se turent de peur d'être réprimandés pour être trop bruyants, mais reprirent leurs conversations aussitôt après.

Teddy s'était précipité jusqu'à la volière. Il farfouilla dans son sac et exhuma un brouillon de devoir, au dos duquel il rédigea un message à l'attention de son parrain. Il confia le parchemin à une chouette, en lui indiquant de se rendre au Ministère. En regardant l'oiseau s'éloigner, il sentit son agitation se calmer, puis il commença à se sentir bête : Harry avait probablement lu la Gazette, il n'avait pas besoin qu'on l'informe...

L'adolescent repensa à la remarque de son camarade sur sa grand-mère, et il fut soudainement pris de culpabilité : grand-mère allait sûrement très mal le vivre... Il lui écrivit un mot réconfortant – sur un parchemin neuf cette fois-ci – ainsi qu'à Procya. Une fois ses deux lettres parties par la voie des airs, il restât un moment à la fenêtre de la volière, répugnant à se rendre en cours et à supporter les probables remarques de ses camarades.

Il poussa un profond soupir et balança son sac sur son épaule avant de descendre les escaliers. Il risquait une retenue s'il loupait entièrement son cours, mieux valait être en retard et simplement se faire remonter les bretelles... Alors qu'il traversait le couloirs des enchantements, il croisa le professeur Chourave.

- Lupin ! Je vous cherchais, mon garçon.

- Je sais que je devais être en cours, professeur, mais je devais absolument aller à la volière... Fit-il d'un ton contrit.

- Auriez-vous un morceau de parchemin ?

Surpris, l'adolescent fouilla dans son sac pour lui trouver un morceau.

- Bien sur que vous deviez aller à la volière, Lupin, soupira sa directrice de maison. Je vais être directe : les prochains jours risquent d'être compliqués pour vous.

Sans répondre, Teddy lui tendit un morceau de parchemin. Sa professeur sortit une plume ébouriffée de sa manche et écrivit quelques lignes de son écriture brouillonne.

- Voici un mot de retard pour votre cours, précisa t-elle. Si vos camarades vous chahutent à propos de l'incident de ce matin, je vous invite à venir me voir.

- Merci, professeur, bredouilla Teddy.

-o-

Harry était arrivé au Ministère de très mauvaise humeur. Il avait appris la nouvelle dans la Gazette ce matin, et il devinait que sa journée allait être agitée. Sur son passage dans les couloirs, les gens chuchotaient et quand il était monté dans l'ascenseur, toutes les conversations s'étaient brusquement tues. Cela lui rappelait tous ces fois où les gens avaient discuté des rumeurs à son sujet, quand il était adolescent.

Heureusement, dans le quartier des Aurors, les choses suivaient leur cours habituel. C'était Bakshi qui avait fait le café, aussi une forte odeur de brûlé se répandait dans les locaux, et quelques Aurors étaient réunis autour d'un collègue qui leur racontait sa dernière arrestation avec force détails croustillants, si l'on en jugeait par les éclats de rire.

Harry ouvrit la porte de son bureau à la volée, suivit de près par son adjoint imperturbable.

- Tu as déjà reçu pas mal de courrier à la volière du Ministère, l'informa t-il en désignant les différentes notes volantes dépliées et empilées sur son bureau. J'ai demandé aux gars de la volière de séparer ton courrier habituel des sollicitations des journalistes.

- Après toutes ces années, soupira Harry en se laissant tomber dans son fauteuil. Les journalistes n'ont toujours pas compris que je refuse de leur parler, tant qu'il ne s'agit pas du Bureau des Aurors ?

- Tu sais ce qu'on dit, l'espoir fait vivre, répondit Stan en se grattant distraitement le nez avec sa plume.

Harry grogna pour toute réponse et se plongea dans un rapport d'enquête.

-o-

Narcissa Malefoy avait fait de nombreux choix qui s'étaient révélés désastreux, au cours de sa vie. Mais elle les avait toujours fait en respectant ses valeurs personnelles, aussi douteuses soit-elles. Même si cela avait mené à des situations catastrophiques - comme par exemple, être prise en otage dans sa propre maison par un mage noir - elle avait toujours été particulièrement fière de son sens de la famille.

La famille avant tout. C'était à la fois une devise destinée à préserver l'honneur et la dignité de son Nom, et un sentiment qui avait dicté sa conduite tout au long de sa vie. Oh, elle en avait voulu à Lucius, de s'être laissé emporter trop loin dans son fanatisme, et de les avoir entraînés dans sa chute. Pas seulement en raison de leur déchéance sociale, non, avant tout parce qu'il avait mis en danger leur fils, et leur famille. Elle lui en avait voulu, de ne pas avoir vu que Drago n'était pas fait pour ça, pour être mangemort. Et que lui aussi, Lucius, avait fait son temps comme Mangemort, et qu'il devait être plus prudent.

Mais Narcissa n'était pas une victime. Elle avait choisi son mari en connaissance de cause, et avait toujours soutenu les activités de Voldemort. Quand le vent avait tourné pour les Malefoy, elle et Lucius n'avait plus pensé qu'à leur fils et à leur couple.

Refuser d'envoyer Drago à Durmstrang, par exemple, avait été un mauvais choix. Elle pensait éviter à son fils de devenir un mangemort, et par là, qu'il ne compromette pas sa position sociale, en fréquentant une école réputée pour son éducation à la magie noire. Mais finalement, c'est en restant à Poudlard que Drago était tombé sous l'emprise de Voldemort.

Narcissa Malefoy n'était plus grand chose aujourd'hui. Une grande bourgeoise rejetée de la haute société sorcière, en exil sur le continent pour fuir sa situation de paria en Angleterre. Lucius et elle avaient trouvés refuge en France, s'installant dans l'une des petites propriétés de charme que détenaient les Malefoy depuis des siècles. Bien sur, le tumulte scandaleux de la guerre était moins bruyant dans ce pays. Ils entretenaient des relations avec quelques unes des familles de sang-pur les plus conservatrices du pays, et après quelques verres de Cognac à la fin de ces interminables dîners, certains d'entre eux se laissaient aller à leur confier à mi-voix, qu'au moins en Angleterre, ils avaient osé se soulever pour tenter de freiner l'emprise des né-moldus sur la société sorcière.

Mais les Malefoy étaient tout de même très loin du niveau de pouvoir qu'ils avaient su maintenir au cours des derniers siècles, et ils avaient dû se débarrasser d'un certain nombre de liquidités et biens immobiliers pour pouvoir payer les énormes amendes infligées par le Ministère de la Magie suite à la guerre, et financer leur train de vie. Oui, Narcissa avait fait un tas de mauvais choix désastreux. Mais malgré l'enfer qu'elle avait vécu ses dernières années, les doutes qui l'assaillaient concernant son idéologie sang-pur, elle avait toujours été convaincue qu'elle faisait partie d'une famille soudée et aimante.

C'était un matin comme les autres. Elle s'était réveillée avant Lucius, avait passé une bonne demi-heure dans la salle de bain, avant d'hésiter sur la tenue qu'elle allait porter. Avec mélancolie, elle avait finalement revêtu une robe simple - pas de broderies au fil d'or, seulement une exquise soie couleur vert d'eau - se souvenant qu'elle n'avait rien de prévu dans sa journée qui justifiait le port d'une tenue d'apparat.

Elle était descendue dans la salle à manger prendre son petit-déjeuner, et s'était servie une tasse de thé. Elle avait contemplé d'un oeil morne la pile des journaux du jour, déposés sur la table par la gouvernante, et s'était mis en quête de la Gazette du Sorcier. Les français avaient des règles de conjugaison et de grammaire trop stupides pour qu'elle puisse comprendre leurs articles, et son numéro de Sorcière-Hebdo arrivait seulement le jeudi.

A peine avait-elle étalé le journal devant elle que le titre lui sauta au visage :

L'HÉRITIÈRE CACHÉE DE LA FAMILLE BLACK REFAIT SURFACE

Elle resta interdite un instant, contemplant la Une où son défunt cousin l'observait d'un air dédaigneux, depuis une photographie qui datait de l'époque où il avait été incarcéré. L'autre partie de la Une était occupée par un de ses portraits scolaires pris dans les écoles, représentant une adolescente à l'air prétentieux.

Fébrile, elle ouvrit le journal à la recherche de l'article, qui s'étalait sur une double page, à grand renfort de photographies floues et et titres racoleurs.

-o-

Comme tous les jours où elle n'enseignait pas ou n'était pas sur le terrain pour faire des recherches, Épione s'était levée tardivement. Elle s'était enveloppée dans sa robe de chambre et s'était traînée jusqu'à la cuisine pour se préparer un thé.

Une fois qu'elle eut sa tasse fumante en main, elle traversa le lumineux salon pour ouvrir la baie vitrée, et respirer à plein poumon l'air frais du jardin. Elle posa sa tasse de thé sur la table de jardin vermoulue, et s'étira longuement en baillant à s'en décrocher la mâchoire.

- Épione Roisnel ? Madame Roisnel ?

Avant qu'elle n'ait eu le temps de se tourner en direction de la voix qui l'avait interpellée, un flash d'appareil photo l'aveugla. Quand les taches noires devant ses yeux se dissipèrent, elle contempla, abasourdie, un homme qui prenait frénétiquement des notes sur un carnet, un appareil photo autour du cou.

- Mais que…

- Vous êtes bien Épione Roisnel ? Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Sirius Black? Était-ce difficile d'élever votre fille seule? Comment votre fille a t-elle réagit quand elle apprit qu'elle était l'héritière de la puissante famille Black?

- Mais, que faites-vous dans mon jardin? Bredouilla Épione. Et puis qui êtes-vous ! Ajoutât elle en se reprenant.

- Baptiste Dufort, reporter pour l'hebdo des sorciers, se présenta rapidement l'intrus, avant de débiter une autre série de questions. Saviez-vous que Sirius Black était un criminel recherché ? A t-il profité de votre notoriété pour se protéger ? Peut-être l'avez-vous caché alors qu'il était poursuivi par la moitié des Aurors de l'europe ?

Outrée, Épione voulut se saisir de sa baguette pour jeter un sort au maudit reporter, mais elle était restée dans la cuisine. Elle se précipita dans le salon et referma la baie vitrée brutalement, faisant trembler les vitres. Dufort tentait de prendre des photos à travers la fenêtre et elle allait fermer les rideaux, quand elle entendit des insultes en gaéliques.

Vociférant et rouge de colère, Phillipus apparut au fond du jardin, brandissant sa baguette devant lui. Il lança plusieurs maléfices en direction du journaliste, qui glapit et prit ses jambes à son cou. Un des sorts atteint la vitre et y laissa un trace noirâtre, à l'endroit précis où le reporter se tenait un instant auparavant.

Un maléfice urticant finit par atteindre sa cible, et Baptiste Dufort se mit à hurler à propos de poursuites judiciaires et de liberté de la presse. Phillipus répliqua par un crache-limace, qui fit définitivement fuir l'intrus, qui s'étouffait à moitié avec les immondes créatures gluantes qui jaillissaient de sa bouche.

Épione était restée plantée dans son salon, sa main crispée sur le col de sa robe de chambre, muette d'indignation. Phillipus la rejoignit, et incapable de se calmer, il se mit à faire les cent pas.

- J'ai vu ce fils de cognard passer par dessus le portail ! Le temps que je traverse le jardin, il était déjà là, à te tourner autour avec son maudit appareil !

- Mais, enfin… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Comment était-il au courant pour Procya ? Et pour Sirius ? Fit Épione en se laissant tomber dans le canapé.

Le couple échangea un regard inquiet.

-o-

Harry avait presque réussi à oublier cette histoire, quand Stan frappa à la porte de son bureau et entra sans atteindre la réponse, l'air renfrogné.

- On m'a demandé de te prévenir. Il y a eu une intrusion chez madame Tonks : deux journalistes sont entrés sur la propriété sans autorisation et ils ont déclenché ses protections magiques.

Harry jura entre ses dents et emporta sa cape en se levant.

- Je m'absente un moment, tu peux tenir la permanence en attendant ?

Stan acquiesça, l'air toujours renfrogné. Harry savait qu'il était contrarié : comme nombre des aurors les plus âgés de la brigade, il avait connu Nymphadora Tonks alors qu'elle était encore aspirante auror, et il n'aimait pas l'idée que sa mère soit importunée.

Quand Harry transplana à proximité de la maison d'Andromeda, ses collègues de la Police Magique étaient déjà sur place. Ils prenaient la déposition d'un homme à l'air furieux, recouvert de pustules écarlates. Andromeda observait la scène depuis le seuil de sa porte, blême, et raide de rage. Un autre homme se tenait à l'écart, arborant lui aussi de splendides pustules, mais également une énorme bosse sur le front.

- Ah voilà les aurors, à présent ! S'exclama l'homme en colère en voyant Harry s'approcher. Vous n'allez quand même pas me dire que vous avez fait venir les aurors rien que pour une simple querelle !

- Monsieur Potter, le salua d'un air las l'un des agents.

- Bonjour Waters, Madley, fit Harry en adressant un signe de tête aux deux agents. Que s'est-il passé ?

- Nous faisions simplement notre travail – il est de notre devoir d'informer la population – quand nous avons été sauvagement attaqué par cette folle-furieuse ! Reprit l'homme, tandis qu'Harry lui jetait un regard glacial.

- Monsieur Ketteridge ici présent, et son collègue monsieur Davis ont tenté de pénétrer dans la propriété de Madame Tonks, résuma laconiquement l'agent Waters. Les protections de madame Tonks se sont déclenchées, et elle leur a lancé un maléfique urticant, ainsi qu'un maléfice de chauve-furie qui a manqué sa cible, mais a fait trébucher monsieur Davis, qui s'est blessé à la tête.

- Je vois, fit Harry d'un ton froid, avant de tourner les talons pour rejoindre Andromeda.

Il l'incita à rentrer dans son salon, lui assurant que ses collègues de la Police Magique étaient très compétents. Il préparait du thé dans la cuisine, quand on frappa à la porte. Il ouvrit à l'agent Waters.

- Désolé que vous ayez subi ça madame, soupira t-il à l'adresse d'Andromeda qui se tenait derrière Harry. Ils ne sont pas méchants, mais un peu susceptibles. Très bon réflexes, à votre âge, si vous me permettez. Ketteridge voulait déposer une plainte pour blessure involontaire, mais nous l'avons découragé en raison du fait qu'il était dans l'illégalité en pénétrant sur votre terrain sans autorisation.

Andromeda remercia l'agent d'une voix contenue, et celui-ci sortit après un signe de tête à l'adresse d'Harry.

- Allons Andromeda, il ne faut pas vous mettre dans des états pareils, fit doucement Harry en posant un plateau de thé sur la table basse. Ils n'en valent pas la peine.

- Tu as raison, soupira t-elle en prenant une tasse. Et je sais que tu as vécu bien pire quand tu étais adolescent. Mais qu'on essaye de fouiller dans ma vie privée ainsi, ça me révolte !

-o-

- Procya! Eh, Procya!

La jeune fille fit une grimace en entendant Chiara l'interpeller dans le couloir, se frayant un chemin à travers la foule des élèves qui se rendaient en cours. A coup sur, elle s'était aperçue qu'elle avait terminé les patacitrouilles en douce la veille…

- Écoute, j'étais affamée après le cours d'herbologie, et tu sais combien j'ai besoin d'un remontant après ce cours !

Chiara s'arrêta devant son amie, essoufflée. Elle avait un air sombre, et tenait un journal froissé à la main.

- C'est pas la peine de faire cette tête ! J'en rachèterais ! Fit Procya d'un ton exaspéré.

Sans répondre, Chiara l'entraîna dans un coin un peu plus calme du couloir et lui brandit le journal sous les yeux.

- Il faut que tu lise ça.

Procya loucha sur le titre du quotidien - The daily prophet - et mis quelques secondes à déchiffrer le titre en anglais qui s'étalait sous ses yeux : "L'héritière cachée de la famille Black refait surface".

- Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire?!

Elle arracha le journal des mains de son amie, et chercha l'article, les mains tremblantes. Sur une double page, s'étalait le titre provocateur, et juste en dessous, des photos prises de loin représentait Procya sur le Chemin de Traverse, l'une où elle enlaçait Harry et l'autre où elle était attablée en terrasse. Elle était trop fébrile pour comprendre entièrement le texte en anglais, mais l'essentiel était limpide : l'article clamait qu'elle était la fille cachée de Sirius Black, héritière de la grande fortune de l'ancienne famille, et qu'elle avait visiblement des liens très étroits avec la famille Potter. Diverses spéculations - plus nauséabondes les unes que les autres - portaient sur ses origines, mentionnant les activités de sa mère et développant des théories abracadabrantes sur sa relation avec Sirius.

Elle releva la tête vers Chiara, qui l'observait d'un air inquiet. Procya pinçait les lèvres et était livide de colère.

- Mais d'où tu sors ce canard ? !

- C'est Duncan, il est abonné… Il le reçoit le midi par hibou long-courrier…

Elles furent interrompues par l'un des surveillants, qui informa Procya qu'elle était attendue dans le bureau de la directrice. Chiara regarda son amie partir avec un air soucieux, Procya emportant avec elle le journal.

Madame Maxime aussi arborait une expression préoccupée quand Procya entra dans son bureau.

- Je vois que tu es déjà au courant, soupira Madame Maxime en voyant le journal qu'elle tenait à la main. Ta mère m'a demandé de t'autoriser à rentrer chez toi pour une durée indéterminée. Va vite rassembler tes affaires, je te retrouve dans vingt minutes dans la galerie des âtres pour te débloquer une connexion exceptionnelle.

Un peu étourdie, Procya reprit le chemin de son dortoir. Il y avait peu d'élèves dans les couloirs à cette heure, mais elle avait l'impression que des regards la suivait, que des élèves chuchotaient sur son passage. La nouvelle pouvait-elle avoir déjà fait le tour de l'école ? Elle n'avait rien lu à ce sujet dans la presse ce matin...

Arrivée dans sa chambre, elle agitât sa baguette d'un geste gracieux pour empiler ses affaires dans sa besace. Elle jeta un coup d'œil pour vérifier qu'elle n'avait oublié d'important, et pressa le pas en direction de la galerie des âtres. Madame Maxime l'attendait en compagnie de Sieur Horace, qui lui débloqua le passage de mauvaise grâce, en lui jetant une œillade menaçante.

Épione l'attendait assise sur le canapé. Procya remarqua que les rideaux étaient fermés.

- Oh chérie, gémit Épione en la serra contre elle. Je ne sais pas ce qui c'est passé, mais la nouvelle a filtré dans la presse...

- Je sais, fit Procya en lui tendant le Daily Prophet. C'est sorti que en Angleterre ? Je n'ai rien vu dans l'hebdo des sorciers, ce matin.

- Ça devrait sortir demain, grogna Phillipus qui faisait les cent pas comme un lion en cage. Ta mère a retrouvé un de ces horribles gratte-papier dans le jardin ce matin.

- Des journalistes sont entrés dans le jardin ? ! S'indigna Procya.

Épione hocha la tête en silence, caressant les cheveux de sa fille en un geste de réconfort.

- Qu'est-ce qu'on fait ? Demanda Procya. Je suppose qu'ils ne vont pas s'arrêter là...

- J'ai prévenu Harry. Enfin bien sur, il était déjà au courant, il a lu la presse aussi. Je ne sais pas trop ce qu'on peut faire.

Ils restèrent tous les trois silencieux, les deux femmes sur le canapé, Phillipus qui continuait à faire les cents pas. Soudainement, il se retourna.

- Cicy, je pense qu'il faut que tu partes. Enfin, que tu ailles passer quelques jours dans un coin tranquille, explicita t-il. Sinon, ça va être insupportable à Beauxbatons, tout le monde va vouloir te parler. Les adolescents sont des pipelettes.

- Mais où ? Demanda Épione.

- Je pourrais aller chez Papi, proposa Procya.

- Ça me paraît bien, approuva Phillipus.

- Je ne suis pas sure, fit Épione en se mordant les lèvres. Et puis tu as tes BUSES à préparer, il faut que tu assistes à tes cours...

Phillipus tiqua. Si son épouse se souciait que sa fille assiste à ses cours, c'est qu'elle était vraiment bouleversée... Procya semblait penser la même chose, puisqu'elle contemplait sa mère, bouche-bée.

- On pourrait partir nous aussi quelques jours, proposa Phillipus. Ou juste toi, ma chérie. Va avec Procya chez ton père, ou prends quelques jours de vacances pour être au calme. Moi je peux rester à la maison, personne ne s'intéressera trop à moi.

Épione céda, et elles montèrent préparer leurs bagages, pendant que Phillipus tentait de joindre André.

-o-

- Hermione, j'ai besoin de ton aide !

Hermione leva les yeux du parchemin qu'elle était en train de lire, et adressa un sourire à Harry qui venait d'entrer son bureau, le front barré d'un pli soucieux.

- J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ça, fit-elle en lui faisant signe de s'asseoir. Je suppose qu'il s'agit de Procya Black, ajoutât-elle.

- Comment tu fais pour toujours tout savoir ? Soupira t-il.

- Je lis la presse, répondit avec amusement son amie en désignant la Gazette du Sorcier, posée sur un coin de son bureau.

Harry se passa une main sur le visage en soupirant.

- J'ai besoin de tes compétences en gestion de crise.

- C'est toi le Survivant, et le directeur du Bureau des Aurors, pouffa t-elle. D'accord, j'arrête de t'embêter, fit-elle en voyant son regard blasé. Comment puis-je t'aider ?

- C'est pas la première fois qu'on fait face à une campagne de presse douteuse, mais je me souviens de ce que c'est d'être un ado affiché dans la presse. Est-ce qu'on pourrait faire quelque chose pour étouffer ça, ou calmer l'intérêt des journalistes ?

- Ton but est qu'on laisse Procya tranquille, c'est bien ça ?

- Ainsi que sa famille, et Andromeda.

- Il y a deux possibilités, fit Hermione. Soit, ne rien dire et attendre que l'affaire s'étouffe par elle-même ou par une autre information, soit donner des informations à la presse afin de s'assurer que les faits corrects soient diffusés.

- Quelle est la meilleure stratégie ?

- Impossible de le dire, fit Hermione. Ça dépend des situations, et des personnes. Si on laisse les choses en l'état, les gens vont se lasser au bout d'un moment. Mais on ne sait pas au bout de combien de temps, et tu sais comme moi combien lire des inepties sur soi dans la presse peut être destructeur. Donner des informations à la presse peut être intéressant, mais cela risque aussi d'alimenter la machine : de nouveaux éléments sur lesquels les gens pourront spéculer...

- Autrement dit, la meilleure solution est encore de supprimer la liberté de la presse, grogna Harry.

- Quand ça arrive, la population arrive à développer des médias alternatifs et clandestins, répondit Hermione avec un petit sourire. Je crois que la meilleure solution, c'est de demander son avis à la principale concernée.

- Bon. Serais-tu tentée par un voyage express en France ?

-o-

La sonnerie tinta et André se dirigea prudemment vers la porte d'entrée, en tentant d'étouffer le chuintement de ses pantoufles sur le carrelage. À travers le carreau qui ornait la porte, il distinguait un grand type à lunettes et une femme à l'ample chevelure châtain. Méfiant, il saisit un parapluie parmi l'assortiment défraîchi qu'offrait le porte-parapluie, et ouvrit la porte brutalement.

- C'est pour quoi ?! Aboya t-il en brandissant le parapluie devant lui.

Le regard des deux intrus se porta sur son arme – à motifs canards, vraisemblablement une ancienne possession d'Épione – puis remontèrent sur le visage contrarié du vieil homme.

- Bonjour monsieur, fit l'homme à lunettes. Nous souhaiterions parler à Procya Roisnel, ou à sa mère, on nous a informés qu'elles étaient chez vous.

- Certainement pas ! S'indigna André en agissant son parapluie dans tous les sens. Dégagez de mon perron espèce de journalistes fouineurs ! Laissez les tranquilles ! Partez avant que je vous botte les fesses !

- Papi, arrête !

Procya remonta le couloir et s'interposa entre son grand-père et le Survivant.

- Tout va bien papi, je le connais, fit-elle en jetant un regard interrogateur à la femme qui accompagnait Harry. Entrez, ajoutât-elle.

André les laissa passer en les regardant d'un air suspicieux et les suivit dans le salon, son parapluie toujours à la main.

- C'est Phillipus qui m'a dit que vous étiez ici, expliqua Harry. Bonjour monsieur Roisnel, fit-il en tendant la main au vieil homme. Je suis Harry Potter.

- C'est qui ? Demanda André à sa fille.

- C'est... Un ami de mon père, intervint Procya.

- Il est anglais ?

Procya et sa mère soupirèrent de concert.

- Oui, papi, il est anglais ! Est-ce que tu peux aller nous préparer du thé ? S'il te plaît ?

Le vieil homme quitta la pièce en bougonnant et Harry entreprit de leur présenter la femme qui l'accompagnait, et qui avait l'air de bien s'amuser.

- Voici Hermione Granger-Weasley, ma belle-sœur. Elle est l'assistante du directeur du département de la justice magique au sein de notre ministère. Je lui ai demandé de m'accompagner parce qu'elle peut probablement vous conseiller sur la situation actuelle.

- Je constate que vous avez décidé de vous isoler un peu, fit Hermione. C'est une bonne idée. Avez-vous réfléchi à la suite que vous souhaitez donner à cette affaire ?

- Est-ce qu'on est censées donner une suite à tout ça ? Demanda Épione.

- Dans votre situation, une stratégie pertinente dans peut être le silence, exposa Hermione. Vous pouvez être tentées de parler pour rétablir la vérité sur certains éléments, mais vous nourrirez aussi en même temps la machine médiatique : une nouvelle information suscite de nouveaux articles, que vous allez tenter de corriger eux aussi, et c'est l'engrenage, expliqua t-elle à Procya, qui approuva d'un signe de tête.

- Et pour les journalistes qui tentent de nous parler ? Interrogea Épione.

- C'est une bonne idée de s'isoler quelques temps, le temps que l'attrait de la nouveauté qu'à cette nouvelle retombe un peu. Mais dans tous les cas, il y aura un nouveau un pic d'attention de la part de la population quand vous réapparaîtrez en public. Quand tu retourneras à l'école par exemple, Procya. Ce n'est pas très agréable, mais les gens se lassent vite et s'intéresseront bientôt à de nouvelles histoires.

- Et si je veux organiser une conférence de presse, je peux ? Demanda Procya d'un ton songeur.

- Tu penses à quoi ? Intervint Harry.

- Rien de spécial pour le moment, mais c'est au cas où.

- Il te suffit d'envoyer des invitations à des journalistes, en leur disant de quoi tu veux parler, et où et quand elle aura lieu. Ils ne viennent pas toujours, mais dans ton cas, je pense qu'ils seront très intéressés. J'ai une liste de journalistes anglais au bureau, si tu veux.

- Tu penses à quelque chose, fit remarquer Harry à Procya.

- Je ne suis pas encore sure, mais... Vous avez dit que les gens aiment les histoires... Et il y a quelques semaines, Andromeda m'a dit que la famille Black n'avait plus de réelle existence...

- Bien sur, fit André qui venait d'entrer dans la pièce avec un plateau chargé de tasses et d'une théière. C'est une bonne idée.

Tout les yeux se braquèrent sur lui. Il avait vraisemblablement compris ce que comptait faire Procya, et il ménagea son petit effet en servant le thé en sifflotant.

- Cicy veut écrire sa propre histoire, explicita t-il finalement, en buvant une gorgée de thé. Elle veut servir une bonne idée à la presse, pour être tranquille.

- Mais même si Procya invente une histoire pour la presse, les gens vont continuer à s'intéresser à elle : c'est un cycle, comme l'a fait remarquer Hermione, fit Harry.

- Oui mais ainsi, elle pourra orienter l'intérêt de la presse sur un sujet en particulier, approuva Hermione. Mais te sens-tu de taille à affronter des articles supplémentaires ? Interrogea t-elle Procya, qui acquiesça d'un signe de la tête.

- Et tu as une histoire en tête ? Demanda Harry.

- Je pensais... Changer la devise des Black. Et le blason, peut être, aussi.

La pièce devint silencieuse, chacun considérant cette idée.

- J'y pensais déjà, en fait, précisa t-elle. Je veux pas être associée à une famille qui revendique la devise « toujours pur ». Est-ce que tu penses que ça va déranger Andromeda ? S'inquiétât-elle.

- On lui posera la question, affirma Harry.

- Est-ce que c'est possible d'organiser une conférence de presse d'ici... Deux jours ?

- Bien sur, répondit Hermione. Mais as-tu déjà préparé les éléments d'informations que tu souhaites soumettre à la presse ? Où souhaites-tu organiser ta conférence : en France ou en Angleterre ?

- Mes éléments d'informations seront prêts dans deux jours, confirma Procya.


Et voilà pour ce chapitre ! Dans le prochain (et dernier) chapitre, vous découvrirez quelle devise elle a choisi... À bientôt !