Chapitre 14:

- Réveille-toi! On est déjà en retard.

Tonna Liv, en arrachant brutalement la couverture du corps de la jeune louve qui frissonna.

- Mais il fait encore nuit!

Grogna Mak en se frottant les yeux, n'appréciant pas d'être réveillée de la sorte.

- Plus tôt on partira, plus tôt on trouvera la Ficede.

Gronda Liv en défaisant le camp. Il lui tardait de trouver Elsa. Dans la nuit, sans qu'elle le sache, Mak avait murmuré son prénom, ce qui avait grandement attisé la colère de la louve blanche.

Mak fronça les sourcils, ne comprenant pas la mauvaise humeur de Liv, et choisit de ne pas l'énerver davantage. Elle se leva, s'étira, et la suivit simplement.

Des images de la nuit dernière lui revinrent en mémoire. Elle secoua la tête en essayant de les oublier. Qu'est s'était-il passé exactement? Elle n'en avait aucune idée, tout ce dont elle était sur, était qu'elle voulait que ça recommence. Elle se souvenait vaguement avoir voulu que ce froid la dévore là où personne ne l'avait encore touchée. Et la Ficede...elle l'avait rejointe dans ce rêve. Ce rêve qu'elle avait tellement voulu voir s'accomplir. Rien n'allait plus. Elle était censée détester cette Ficede. Alors pourquoi hantait-elle toutes ses pensées, toutes ses nuits, à chaque minute? Tout ceci n'avait aucun sens...Elle se maudissait tellement. Cette femme avait tué son père. Et elle, que faisait-elle? Elle fantasmait sur elle comme un pauvre chien en manque d'amour qu'elle était. L'amour...que connaissait-elle de tout ça? Absolument rien. Ça ne pouvait pas être ça. La Ficede lui avait probablement jeté un sort, c'était certain. Il fallait qu'elle la tue. Morte, au moins, elle ne l'embêterait plus. Il fallait qu'elle fasse taire tout ce qu'elle lui faisait ressentir. Elle ne voulait pas de ses sentiments, beaucoup trop grands pour une si petite enfant. Elle ne les comprenait pas, et en avait peur. Cette blonde semblait puissante et dangereuse. Elle ne voulait pas tomber dans son piège. Plus vite elle serait à Arendelle, plus vite elle trouverait la reine, plus vite elle s'en débarrasserait.

Bien vite, les tours du château apparurent à l'horizon. Mak avala difficilement alors que le soleil se levait sur le royaume. Jamais elle n'avait vu un spectacle aussi magnifique. Ici, en voyant la ville, étrangement, un sentiment de bien-être l'envahit, mais l'impression de manque était toujours là.

- La Ficede doit être dans le château.

Déclara Liv en fixant l'horizon, faisant sursauter Mak. Un éclair de lumière vint faire briller les yeux jaunes de la jeune louve, sa mâchoire se serra, son coeur manqua un battement. Pourquoi est-ce-que son coeur semblait mourir à chaque fois qu'il pensait à elle? Peut-être que je suis malade...pensa-t-elle, en remarquant qu'elle avait perdu l'appétit ces derniers temps, ainsi que le sommeil.

Sans qu'elle ai eu le temps de réagir, Liv empoigna sa main pour la tirer vers Arendelle. D'un pas traînant, Mak la suivit. Arrivée devant les portes, deux gardes la fixèrent en écarquillant les yeux. Ils furent surprit de ne pas voir leur reine en compagnie du brave loup qui leur avait manqué malgré tout. L'un deux se pencha à l'oreille de Mak, le même qui l'avait renseignée au sujet du banquet.

- C'est un plaisir de vous revoir, brave loup. Nous nous inquiétions.

Dit-il simplement en souriant. Mak le fixa sans comprendre. Ce type, elle ne l'avait jamais vu. Et sans qu'elle puisse répondre, le garde ordonna d'ouvrir les portes. Sans se faire prier, Liv entraina Mak à l'intérieur en riant.

- C'est presque trop facile.

Déclara-t-elle en se dirigeant droit vers le château.

Mak fronça les sourcils en regardant autour d'elle. Les villageois la saluaient en souriant. D'autre se surprirent de n'obtenir aucune réponse de sa part.

- Pourquoi est-ce-qu'ils me regardent comme ça?

Demanda Mak en dévisageant chaque personne qui passait devant elle.

Liv soupira, et déclara, d'une voix qui trahissait sa colère:

- Tu recommences à te poser trop de questions.

Soudain, Mak stoppa sa marche, et demanda:

- On est obligé de faire ça?

Liv s'arrêta également, serra les poings, se retourna, l'air mauvais, et demanda:

- Tu vas la laisser en vie? Alors qu'elle a assassiné ton père? Il en est de ton devoir de le venger.

- Je ne sais pas quoi penser. Elle a dit qu'elle tenait à moi…

- Evidemment qu'elle tient à toi. Regarde toi, tu dois valoir une fortune. Elle te veut comme esclave, rien de plus.

- Mais je…

- Tais-toi!

Cria Liv en attrapant Mak par le bras.

- Tu veux savoir comment ton père est mort? J'aurais aimé t'épargner cette vérité, mais tu ne me laisses pas le choix.

Déclara-t-elle en tirant violemment Mak jusqu'à un étale d'un marchand. Sans demander permission, elle empoigna un petit miroir mis en vente, et releva la chemise de Mak, la faisant crier.

- Regarde à quel point elle tient à toi.

Tonna Liv en envoyant sa main claquer derrière la tête de la jeune louve. Mak tourna la tête, cherchant à voir le reflet du miroir derrière elle.

Ses yeux se figèrent d'effroi, elle arrêta de respirer en voyant d'immondes cicatrices tirailler la peau de son dos. Ce dos n'était pas le sien. C'était impossible. La louve tenta de détourner le regard, ne supportant pas cette vision. Mais la main brutale de Liv attrapa son visage en la forçant à regarder. Plaçant sa bouche près de l'oreille de Mak, elle hurla:

- Regarde! Regarde le poids de son mensonge! Foutue bête stupide, à quoi est-ce-que tu t'attendais? Elle est une Ficede. Si tu ne la tue pas maintenant, elle ne te loupera pas! Exactement comme elle n'a pas loupé ton père. Il a tenté de te protéger, il est mort avec honneur. Et tu ne veux pas honorer sa mémoire!

Termina-t-elle en brisant le miroir sur le sol, s'attirant l'attention de tous les villageois autour d'elles.

Des larmes coulèrent sur les joues de Mak. Elle tomba à genoux aux pieds de Liv, accablée par la honte. Son dos la faisait souffrir, son coeur saignait, et son esprit était en miette. Liv soupira en sachant qu'elle avait été convaincante. Tout autour, une foule de villageois s'agglutina, ne comprenant pas pourquoi le loup blanc pleurait au pieds de cette femme inconnue. Certains voulurent intervenir, mais se ravisèrent en voyant le regard de glace que Liv leur lançait. Pourtant, une voix se fit entendre.

- Mak?

Une petite fille s'avança, comme toujours, sans permission.

- Kelys! Reviens ici!

Gronda sa mère. Mais l'enfant rousse n'obéit pas, et s'avança davantage.

- Mak, où est Elsa?

Demanda-t-elle en posant sans crainte une main sur la tête de la jeune louve. Mak ne bougea pas, ses pleurs cessèrent.

- Je m'appelle Makdellana.

Prévint-elle d'une voix profonde.

Kelys retira sa main comme si le corps l'avait brûlé. Sa mère arriva et la prit dans ses bras en fronçant les sourcils, ne reconnaissant pas le loup blanc fière et majestueux qu'elle connaissait. Mak envoya un poing rageur cogner le sol, se brisant les os de la main, faisant sursauter tout le monde dans la foule. Elle hurla sous la douleur qu'elle s'était infligée. Les villageois reculèrent d'un pas en voyant clairement que leur loup n'était pas dans son état normal. Liv sourit et tendit une main en direction de Mak. Celle-ci empoigna la main et se releva, fixant la foule d'un œil meurtrier. Chaque villageois se sentit analysé, déshabillé par ce regard. Les hommes passèrent un bras protecteur devant leur femme. Les gardes posèrent une main sur leurs épées. Les pauvres ne savaient pas s'ils devaient véritablement se défendre face à ce loup qui jamais ne s'était montré d'une quelconque agressivité.

Mak observa encore un instant, puis le visage déformé par la colère, hurla à s'en briser la voix:

- Fille de glace!

Un silence de mort suivit ce cri. Chaque habitant retint sa respiration devant la colère si palpable du loup. Ils virent avec effroi des crocs aiguisés prendre place dans la bouche de Mak. Ses yeux lancèrent un jaune éclatant, son corps se tendit. L'animal était de retour, Liv pouvait être fière d'elle.

- Qu'est ce qui se passe ici?

Tonna une voix par dessus les murmures de la foule. Mak posa son regard au brin de folie sur un homme en costume. Kai frissonna en voyant dans quel état cette inconnue lui ramenait son brave loup. Mak eut un sourire carnassier en le voyant, comprenant bien vite de part ses vêtements qu'il devait être proche de la reine. Il prit son courage à deux mains, et demanda:

- Brave loup, que vous arrive-t-il?

- Où est la reine?

Demanda Mak sans offrir de réponse. Une expression d'incompréhension passa sur le visage de Kai.

- Elle est partit à votre recherche. Elle s'inquiète beaucoup à votre sujet, brave…

- Mensonge!

Coupa Mak. Kai sursauta, pourtant, il déclara calmement:

- Allons, vous ne me reconnaissez pas?

- Assez! Arrêtez de mentir! Je ne supporte plus vos mensonges!

Cria Mak en enveloppant sa tête de ses mains.

- Mais je ne vous mens pas, brave loup. C'est moi, Kai, rappelez vous. La rage de dent pour…

- ...excuser mon retard…

Murmura la louve en écarquillant les yeux. Un retard? Mais de quel retard parlait-elle? La réponse avait été évidente, et pourtant, elle ne savait pas pourquoi elle avait réussit à terminer cette phrase.

Kai sourit.

- Oui c'est ça. Je suis heureux de vous revoir. Dites-moi ce qui ne va pas. Je peux vous aider.

Assura-t-il en avançant d'un pas méfiant. Liv grogna en se postant entre eux.

- Ouvre les portes.

Ordonna-t-elle.

Kai regarda Liv avec horreur, puis Mak, qui ne bougeait pas d'un cil.

N'obtenant aucune réponse, Liv sourit, puis déclara, d'une voix légère:

- Alors meurs.

Sur ces mots, elle envoya un coup de griffe sur le torse du majordome qui tomba à genoux devant elle.

Mak trembla en voyant la scène se dérouler devant ses yeux. Sans qu'elle ai eu le temps de réagir, la foule se dispersa dans des cris de panique. Liv la tira à l'intérieur du château, assommant deux gardes au passage qui, malgré eux, hésitaient toujours à attaquer ce loup qui, encore récemment, était leur ami.

Mak regarda tout autour d'elle. Ce château...quelque chose de familier...et dans une vitrine, cette argenterie royale qu'on avait rafistolée. Elle observa cette vitrine, elle lui disait quelque chose. Pourquoi était-elle brisée? Pourquoi n'arrivait-elle pas à se souvenir? Pourquoi est-ce-que tout se mélangeait dans sa tête? La cheminée d'un grand salon attira son attention. Elle s'en approcha lentement. Elle plissa les yeux en avalant difficilement.

- Qu'est-ce-que tu fais, nom de dieu!

Cria Liv en s'approchant.

- Tu crois que le Père-Noël peut passer par une cheminée comme celle-ci?

Demanda simplement Mak. Liv cru mourir de colère.

- On en a rien à foutre! N'oublie pas ton but. Il faut trouver la Ficede!

Mak sembla revenir à elle, et suivit simplement Liv dans les différents couloirs du château. Sans le vouloir, elle arrivèrent dans les cuisines du château. Ici, elle croisèrent une femme.

- Vous vous êtes enfin décidé à rentre à la maison, brave loup.

Dit-elle en souriant. La maison? L'immense château j'imagine...Pensa Mak en grognant.

Voyant le loup agressif, la femme perdit son sourire, puis déclara:

- Je vois que la reine ne vous a pas rendu la mémoire…Je suis Gerda, vous vous souvenez?

- Gerda…

Répéta Mak, essayant de trouver un écho dans le fond de sa mémoire.

- Où est la reine?

Tonna Liv.

Sans décrocher son regard de la servante, Mak murmura:

- Va voir au deuxième étage, je m'occupe d'elle.

Liv opina de la tête, voyant bien qu'Elsa n'était pas dans cette cuisine, et sortit, laissant les deux femmes seules.

Gerda avança d'un pas.

- Ne m'approchez pas.

Ordonna Mak en montrant les dents.

La servante tenta de masquer sa peur, sachant que si Mak avait voulu la tuer, elle serait déjà morte, et dit d'une voix apaisante:

- Allons brave loup, calmez-vous. Vous êtes ici chez vous.

- Pourquoi est-ce-que tout le monde me ment?

Demanda Mak en longeant le mur de la cuisine, regardant tout autour d'elle. Gerda se posta devant la porte ouverte de la cuisine, espérant faire en sorte que le loup de s'envole pas.

- Je ne vous ai jamais mentit. Essayez de vous rappeler. Vous connaissez cette cuisine. Tous les matins, vous avez l'habitude de venir dévorer tout ce qui vous passe sous la main avant de vous enfuir. Et absolument tous les matins, je vous répète de ne…

- ...pas manger n'importe quoi.

Acheva la louve en perdant son regard dans le vide. Gerda sourit en approchant d'un pas.

- Vous voyez. Faite un effort, ça va reve…

La servante n'eut pas le temps de finir sa phrase. Comme Kai un peu plus tôt, elle tomba à genoux sous le regard désemparé de la jeune louve, laissant apparaître Liv, qui venait de lui asséner un coup mortel dans le dos. Mak se laissa glisser contre le mur quand des gouttes du sang de Gerda lui giclèrent au visage, tâchant sa chemise de liquide écarlate. Ses crocs disparurent, ses mains tremblèrent, son teint devint pâle. Elle plaqua une main sur sa bouche, puis se pencha, et vomit sous cette vision de la mort brute.

Liv regarda le corps mort de Gerda, et déclara:

- La Ficede n'est pas ici. On s'en va.

Sans attendre de réponse, elle ouvrit la fenêtre et s'y pencha.

- On peut descendre par là. Dépêche toi.

Mais Mak ne bougeait pas, les yeux rivés sur la servante aux lèvres bleues.

Liv soupira, et d'un geste rapide, souleva la petite louve, et la plaça sans effort sur son épaule. La louve se laissa emmener, incapable de faire quoi que ce soit. Sans perdre plus de temps, Liv sauta par la fenêtre.