Bonsoir à tous! Nouveaux personnages, j'espère que ce chapitre vous plaira :) À bientôt. Toute ma tendresse, Lou De Peyrac.
Chapitre 17:
Mak marchait tranquillement, après tout, son corps ne pouvait lui permettre autre chose. Depuis combien de temps marchait-elle ? Une heure, peut être deux. Ses pensées semblaient avoir décidé de la laisser en paix, au moins le temps de cette marche synonyme de liberté. Cette rencontre avec Olaf lui avait fait du bien, c'était une certitude. Olaf, c'est comme ça qu'il s'appelait, n'est-ce-pas ? Elle n'en était pas certaine, mais elle se souvenait vaguement qu'il le lui avait dit.
Elle frissonna, le soleil commençait à décliner. Elle avait peut-être marché plus que ce qu'elle croyait finalement. Le monde se peignait sous un soleil rouge, les tâches de sangs devenaient presque invisibles sous cette lumière, elle aimait ça. Sans but, elle arpentait plaines et forêts, passant par des chemins jusque là inexplorés. Elle apprécia cette solitude. Ici au moins, personne ne jurait savoir qui elle était, là où elle-même n'en avait aucune idée, c'était appréciable. Liv ne lui manquait pas. Alors que lui manquait-il? Elle n'avait toujours pas la réponse à cette question. Elle soupira. Elle était épuisée. Elle ne se rappelait pas de son dernier repas. Son ventre grondait, et lui faisait mal tant il avait faim. Sa main se colorait de bleu à vu d'oeil. Il faudrait sans doute qu'à un moment ou à un autre elle fasse quelque chose, elle ne pouvait pas laisser ça comme ça. Elle repensa un instant aux paroles étranges du petit bonhomme de neige. Croquer Elsa? En quoi ça consistait au juste? Elle avait plutôt l'impression que c'était la Ficede qui avait envie de la croquer, elle, plutôt que le contraire. Et puis, de toutes manières, elle ne voulait pas le savoir. Dans l'absolu, elle voulait juste un toit, et de quoi manger, un endroit où se reposer.
Au loin, des cris attirèrent son attention.Que des emmerdes...Pensa-t-elle en soupirant intérieurement. Sans réfléchir une seconde comme à son habitude, elle s'élança vers le son aussi vite qu'elle le put. Plusieurs voix lui parvinrent à l'oreille, essentiellement de femmes. Elle arriva bien vite en haut d'une falaise branlante. Et prit soin de se cacher dans des herbes hautes. Elle plissa les yeux en regardant la scène qui se déroulait devant ses yeux.
Un groupe de personnes s'entassait en gesticulant, se poussant, gémissant. Ils semblaient être de simples villageois, mais de part leur vêtements, il était évident qu'ils venaient de loin. Pour la plupart, ils portaient des tuniques de couleurs vives et de nombreux bijoux. Ils avaient tous les cheveux profondément noirs et tellement brillants. Leurs yeux, faisant contraste avec leur peau mate, étaient clairs, et jonglaient entre le bleu et le vert, comme s'ils n'avaient jamais su choisir. Ils portaient quelque chose de beau en eux qui éclata au visage de Mak. Elle se sentit proches d'eux. Ils paraissaient différents.
Autour d'eux, une trentaine d'hommes en cuir les encerclaient, les menaçant de plusieurs épées, cherchant à les faire entrer dans ce qui ressemblait à une roulotte. Des marchands d'esclaves...reconnut la louve. Elle en avait déjà vu des comme ça passer par son village. Les femmes suppliaient, les enfants pleuraient, les hommes essayaient désespéramment de se défendre, mais les tyrans étaient trop nombreux. Ils n'y arriveraient jamais seuls.
- Entre là-dedans, gitane!
Criaient les marchands en poussant les femmes à l'intérieur de la roulotte. Mak serra les poings en observant silencieusement. La louve fronça les sourcils, ne sachant quoi faire. Seule contre eux, elle n'avait aucune chance. D'autant plus qu'ils étaient armés, et qu'elle, elle n'avait que de malheureux coup de griffes à leur offrir.
Horrifiée, elle vit une jeune femme tomber à terre, aux pieds d'un des salopards, suppliant de l'épargner. Celui-ci ria à gorge d'éployée, et l'attrapa par la racine de ses cheveux. Sans douceur, de sa lame, il en coupa une mèche et demanda à l'un de ses compagnons en fermant la porte de la roulotte, à présent pleine, à l'aide d'une corde épaisse:
- Des cheveux de bohémienne, tu penses que ça vaut combien au marché noir?
Le compagnon en question n'eut même pas le temps de répondre, que dans un rugissement assourdissant, un immense loup blanc vint lui sauter à la gorge. Il tomba, la gorge en sang, le coeur arrêté. Tous dégainèrent leur épée face à l'animal qui les guettait en grognant, prêt à leur sauter dessus, les fixant, perçant leurs âmes des ses yeux jaunes, aboya encore et encore.
- Tuez ce chien!
Cria l'un d'eux en voyant la bête comme s'il était face à son pire cauchemar.
Mak montrait les dents, sa gueule était recouverte du sang du marchand, son poil brillait et s'hérissait au soleil, son corps tremblait. Elle avait tellement peur, et en même temps elle n'en avait tellement pas le droit. Ces gens avaient besoin d'elle, de sa force, de ses dents, d'être sauvés. À travers les barreaux de la roulotte, ils observaient ce loup qui tentait de les délivrer. Ils ne comprenaient pas tout à fait ce qui se passait, mais ils plaçaient tous leurs espoirs en lui.
Tous les hommes se jetèrent sur la louve. Furieusement, elle se débattit, cherchant à mordre, et certains tombèrent bien rapidement. D'autre, plus tenaces, plus malins, plus vicieux, réussirent à lui arracher quelques grognement de douleurs quand ils touchèrent son flan de leur lames aiguisées comme le meilleur des rasoirs. Mais pour chaque coups portés, Mak rendait le centuple, emportée par une rage folle, un besoin de défendre. Ses griffes tranchaient, ses crocs transperçaient. La louve était furieuse, et bien plus vite qu'elle ne l'aurait cru, les hommes battirent en retraite. Enfin, elle avait gagné sa première bataille, c'était presque trop facile. Dans la roulotte, au bord de la falaise, les esclaves crièrent de joie en sachant qu'ils étaient sauvés.
Mais ce sentiment retomba quand ils virent un marchand pousser la roulotte dans le vide de colère et de frustration. Car s'il ne pouvait pas avoir ces esclaves, personne ne les aurait. C'est tout ce qu'il fut capable de dire avant de s'enfuir en souriant.
Mak ne prit même pas le temps d'écarquiller les yeux, et, dans sa gueule, attrapa de justesse le bout de la corde épaisse qui fermait la porte de la roulotte, maintenant suspendue dans le vide. La louve glissa dans un premier temps, emportée par le poids énorme de l'objet, mais réussit finalement à trouver un équilibre, et bloqua la foule dans sa chute vers une mort certaine, n'arrêtant ses pattes qu'à quelques centimètres à peine du fossé immensément meurtrier, serrant les dents avec toute la détermination dont elle était capable.
À l'intérieur, personne ne bougeait, sachant que leur destin était entre la gueule de ce loup qui grognait toujours plus fort pour ne pas les lâcher. Tous retenaient leur souffle, espérant secrètement pouvoir avoir confiance en cette bête blanche. Mak tenait et tenait encore. Il ne fallait pas qu'elle lâche, elle ne pouvait pas se le permettre. Au bout de cette corde, il y avait des femmes, des enfants, des parents, des gens qui ne méritaient pas de mourir. Il fallait qu'elle les remonte. Il fallait qu'elle trouve la force de reculer sans se laisser entrainer dans le vide avec eux. Elle pouvait sentir avec douleur, le poids l'attirer si fort qu'elle jura que si elle ne réagissait pas très vite, elle allait y laisser une majeure partie de ses crocs. Elle se retrouvait là, seule, à devoir hisser une roulotte remplie d'au moins une vingtaine de personnes. Dans le vide, les hommes essayaient de s'agripper eux-même à la corde en passant leur bras à travers les barreaux, espérant décharger un peu le loup. Mais cela n'y faisait rien, ils étaient bien trop lourds. Malgré tout, ils n'abandonnèrent pas, partageant leur force, s'aidant mutuellement dans une empathie générale, désirant montrer à ce loup à quel point ils étaient reconnaissants de voir qu'il tentait de les sauver.
Mak grogna fortement une dernière fois, inspira fortement, bloqua son coeur, et tira de toutes les forces qu'on voulu bien lui offrir. La roulotte, peu à peu, commença à remonter lentement. Les gitans restèrent un instant mâchoire tombante devant ce spectacle. Ce loup, ce simple animal était véritablement en train de soulever le poids de tout un groupe qui devait peser plusieurs tonne en comptant l'habitacle, ils n'en croyaient pas leurs yeux.
- On est en train de remonter…
Murmura l'un deux, ne parvenant pas à y croire, comme si le dire à haute voix allait faire disparaître le miracle.
- Continue! Tu y es presque.
Cria un autre, à l'attention de Mak.
- Tu vas y arriver! Encore! On est avec toi! Encore!
Hurla un troisième.
Puis ce fut la foule entière qui tonna courage et persévérance au loup. Mak grogna encore, toujours plus fort en reculant d'un pas difficile, serrant les dents, jurant qu'elle ne lâcherait pas, quoi qu'il arrive.
Enfin, après un effort héroïque, le loup put voir la roulotte apparaître et s'immiscer sur la terre ferme. Elle tira une dernière fois avec une endurance désarmante, et la foule fut enfin hors de danger. La bête lâcha la corde. Sa mâchoire fut douloureuse, atrocement douloureuse, une dent tomba sur le sol, un goût métallique embauma sa gueule. Mak s'évanouit instantanément, totalement dépourvue d'énergie. Le loup s'envola. Elle redevint une enfant, étendue là, nue, sur le sol, inconsciente. Un silence suivit l'exploit.
La porte de la roulotte fut forcée par l'un des gitans, puis tous sortirent, heureux d'être vivants et de pouvoir poser un pieds sur la terre. Un instant, ils se serrèrent dans leurs bras, cherchant réconfort après cette épreuve, puis s'avancèrent d'un pas hésitant, et enfin entourèrent le corps de Mak. Ils froncèrent les sourcils en silence. C'était donc elle, le majestueux loup blanc qui venait de leur sauver la vie? Cette petite chose qui venait d'accomplir cet exploit. C'était incroyable, surréaliste. Elle était un héro. Un héro qui n'en avait pourtant pas l'air.
L'un d'eux s'accroupit près d'elle, l'observa, puis s'écria doucement, comme s'il ne voulait pas la réveiller:
- Mais...c'est qu'une gamine…
- Elle est pas plus âgée que mon fils…
Remarqua un autre en la regardant de plus près.
Celui qui s'était accroupit enleva ce qui lui servait de manteau, et couvrit la nudité de Mak. Puis il passa un bras sous ses épaules, un autre sous la commissure de ses genoux, et la souleva sans effort. Il fut heureux de constater qu'elle respirait encore et qu'elle avait seulement perdue connaissance. Il sourit tristement en analysant son visage. La pauvre était bien mal en point. Sa bouche était contusionnée et il semblait qu'une de ses mains était cassée, sans parler de la plaie béante laissée sur son flan par la lame des marchands.
- Qu'est ce qu'il a bien pu t'arriver?
Chuchota-t-il en l'observant. Elle paraissait si jeune, et si tourmentée. Il posa un baiser sur son front et murmura:
- Tu nous a sauvé. On va s'occuper de toi.
Cela sonnait comme la plus honorable des promesses. Il lança un regard autour de lui. Tous hochèrent vivement de la tête. Il la serra doucement contre lui, et enfin, accompagné de tous, il entama un pas doux vers un endroit plus propice à la guérison de ce brave loup, qu'il jura de protéger, même au péril de sa vie. Il promit de lui donner un toit, de quoi manger, et un endroit où se reposer.
