Chapitre 20:

Elsa sirotait une tasse de thé brûlante au coin du feu. Rassurée de savoir son loup vivant, elle prit le temps d'observer le campement avec plus d'attention. Partout, entremêlés dans les branches des arbres, des lampions de papier enfermant des bougies avait été suspendus. Environs une dizaine de roulottes aux couleurs flamboyantes entouraient le camp, rendant l'endroit presque fermé et sécurisant. Près du feu, la bonne humeur semblait être synonyme de ce peuple étrange. Des sourires s'affichaient sur les visages pour ne plus jamais les quitter. Les hommes et les femmes, l'un contre l'autre dansaient sur une mélodie endiablée d'instruments à cordes grattés par trois gitans aux mains musiciennes. Les autres, ceux qui ne dansaient pas, se contentaient de rire en frappant dans leurs mains. Ils étaient unis. Quelques part, ils ressemblaient un peu aux Loups. Elsa aimait ça, et se sentait un peu comme à la maison. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de jeter quelques regards vers la caravane dans laquelle Mak avait vu sa colère. La louve n'était toujours pas sortit. Peut-être que j'y suis allé un peu trop fort...pensa la reine en sentant une pointe de culpabilité. Et comme si Anna avait lu dans ses pensées, elle vint s'asseoir près de sa sœur, et déclara:

- Ne t'inquiète pas. Elle finira pas sortir. Elle ne pourra bouder éternellement.

Elsa soupira:

- Elle va me détester…

Anna sourit.

- De toute façon, elle te détestait déjà. Alors foutu pour foutu…

Elsa devait se rendre à l'évidence, sa sœur n'avait pas tout à fait tord.

Bien malgré elle, les oreilles de la reine s'égarèrent pour surprendre une discussion derrière elle entre un groupe de gitans, l'un deux s'enflammait en disant:

- Je te jure je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. La roulotte tombait, on était soulevé du sol et d'un coup bam! Tout s'est arrêté. On a levé les yeux, et on a vu cet immense loup blanc! Il avait attrapé la corde avec ses dents et laisse moi te dire que rien ne l'aurait fait lâché. Il grognait à faire trembler des montagnes.

- Un loup ne peut pas soutenir un poids pareil à lui tout seul!

Contredit un autre. Le premier s'énerva:

- Mais puisque je te le dis! De toute façon tu n'y étais pas alors je ne veux même pas t'entendre! On a sentit la roulotte remonter. Il nous a tiré jusqu'en haut. On avait tellement peur qu'on ne bougeait même plus!

- Et après?

Demanda un gamin sans se rendre compte qu'à présent, tout le monde écoutait l'histoire.

- Après il y a eut un grand bruit, et on a comprit qu'on était posé sur la terre ferme. Djalhi a forcé la porte. Moi je pensais trouver un géant, un truc énorme, mais on est tombé face à une gosse. Quand je pense qu'elle a assommé une trentaine de gars, j'en reviens toujours pas. Elle est toute petite! Elle doit pas avoir plus de vingt ans!

- Quatorze.

Rectifia une voix enrouée. Tous se retournèrent, ainsi qu'Elsa qui se retint de sourire en voyant son loup sortir maladroitement de la caravane. Un silence traversa le camp. Mak esquissa un sourire gêné, se sentant observée, puis déclara:

- Je ne voulais pas t'interrompre. Mais pour l'info, j'ai quatorze ans.

- Tu vois, je t'avais dis qu'elle était pas plus âgée que mon fils. Tu me dois dix couronnes!

Murmura un gitan à l'attention d'un autre, qui leva les yeux au ciel, déçu d'avoir perdu son pari. Elsa sourit en pensant que le pari était faussé, qu'en réalité, Mak avait plus de vingt ans.

Le grand gitan sourit et s'approcha de Mak, il lui tendit une main et déclara:

- Je m'appelle Djalhi. C'est moi le patron ici.

Mak leva les yeux pour voir ceux de Djalhi, attrapa sa main, et répondit simplement:

- Makdellana.

- Je te remercierai jamais assez de nous avoir sauvé. Laisse moi t'héberger toi et tes amis, pour que vous puissiez faire une pause.

Le regard de Mak dévia sur Elsa. Elle eut envie de répliquer qu'elle n'était pas son amie, mais se ravisa en se souvenant de sa colère, et hocha simplement de la tête. Sans savoir pourquoi, Mak vint comme par réflexe, s'asseoir près de la reine. Ce geste la surprit, mais elle choisit de ne pas poser de question, préférant éviter une réplique cinglante de la part de son loup.

Briak avança et posa une main sur la tête de Mak. Celle-ci sursauta, puis leva les yeux et croisa le regard rieur de son ami. Elle écarquilla les yeux avant de se jeter à son cou. L'homme l'accueillit à bras ouverts, la serrant aussi fort qu'il le put. Mak trouvait enfin un visage connu, et c'était appréciable. Comme souvent, ils ne partagèrent aucun mot. Ils avaient toujours fonctionné ainsi. Ils n'avaient pas besoin de se parler. Dans cette étreinte, Briak savait qu'il lui avait manqué et qu'elle était heureuse de le revoir. Anna sourit à son homme. Le loup se racla la gorge, mit fin à l'étreinte, retourna Mak pour qu'elle voit la rouquine, et déclara:

- Je te présente…

- Salut Anna.

Coupa la louve. Tous froncèrent les sourcils.

- Tu te rappelles de moi?

Demanda Anna complètement hébétée. Mak haussa les épaules en fronçant les sourcils.

- Pourquoi je ne me rappellerais pas de toi? Tu es quand même la copine de mon meilleur ami, je ne pensais pas que ça arriverait un jour, alors aucune chance pour que je l'oublie.

Peut-être parce que tu as perdu la mémoire et que tu ne te rappelles de rien! Voulu hurler Elsa, totalement détruite de voir que son loup semblait n'avoir finalement, oublié qu'elle.

Anna fixa sa sœur, un expression d'incompréhension sur le visage, la reine secoua la tête, signe qu'elle était tout aussi surprise. Pour seule réaction, Elsa se leva en déclarant:

- Je reviens.

Mak ne répliqua pas, ignorant totalement la reine, se lançant dans une discussion futile avec Anna qui ne savait comment réagir. Mak ne voyait pas ce qu'il y avait de mal, après tout, cette Ficede agaçante avait voulu qu'elle soit agréable et respectueuse, c'est ce qu'elle faisait.

Elsa s'isola un moment, cherchant à faire taire sa peine.

- Elle ne se souvient toujours pas de toi?

Entendit-elle. Elle baissa les yeux sur Olaf.

- Non…

Avoua-t-elle.

- Ne t'inquiète pas. Peut-être qu'elle se rappelle d'Anna parce que c'est elle qui lui a fait boire cette potion. Et puis la potion disait qu'elle devait oublier ce qui était le plus important pour elle. Ça veut dire que le plus important, c'est toi.

Elsa sourit malgré elle devant le petit être. Après tout, il avait raison. Elle s'inquiétait pour rien.

- Merci Olaf…

- À ton service! Merci pour quoi?

Elsa rit.

- Pour rien.

Encore un fois, il n'avait pas comprit mais s'en fichait, il retourna s'amuser avec les enfants de la tribu. Ce n'était pas tous les jours que ceux-là voyaient un bonhomme de neige si amusant.

Elsa revint vers ses amis avec trois tasses de chocolat chaud. Elle en offrit une à Briak, une à sa sœur, et trempa ses lèvres dans la troisième. Mak haussa un sourcil, puis déclara:

- Et moi? Je suis sage. Pourquoi je n'y ai pas droit?

Elsa soupira.

- Tu n'aimes pas ça…

Mak fronça les sourcils.

- Qu'est ce que vous en savez?

- Je le sais.

Répondit simplement la reine en essayant toujours de garder son calme face à cette gamine insupportable en manque furieux d'éducation.

- Moi je pense que ça vous faisait trop mal de penser à moi.

Renchérit la louve en croisant les bras.

Je pense tout le temps à toi stupide loup…

Elsa soupira encore, puis tendit sa tasse au loup.

- Très bien. Goûte.

Mak hésita un instant, puis enfin, saisit la tasse et avala une gorgée du liquide qu'elle recracha aussitôt sur la robe de la reine, qui se figea pour ne pas la tuer, là tout de suite. Briak cru mourir tant il luttait pour ne pas laisser échapper un fou rire. Ce n'était pas drôle, c'était dramatique, il fallait qu'il s'en souvienne. Pauvre Elsa.

- C'est immonde! Comment est-ce-que vous faite pour boire ça!

S'exclama Mak sans s'excuser pour l'énorme tâche sur le vêtement d'Elsa.

La reine écarquilla les yeux, serra les dents. Si elle s'écoutait, elle gèlerait cette louve de la tête au pieds. Anna, sentant la colère de sa sœur, la prit par le bras, sourit maladroitement et déclara:

- Viens, on va nettoyer ça.

Elsa ne répondit pas, se contentant de tuer Mak du regard, de l'assassiner mentalement, puis finalement se laissa entrainer par sa sœur.

Une fois seule, Elsa se dégagea de l'emprise de sa sœur et cria:

- Anna je ne vais pas supporter ça! Elle est détestable!

- Elsa calme toi. Je suis sur qu'elle ne la pas fait exprès.

- Je me fiche de savoir si elle la fait exprès! Je n'ai jamais rencontré une gamine si mal élevée.

Tonna la reine en faisant de grands gestes. Anna peina à retenir un rire devant cette vision de sa sœur, tâchée et furieuse. C'était tout de même comique.

- Elle a seulement quatorze ans. Elle se révolte et c'est normal à cet âge là.

- Elle n'a pas quatorze ans bordel! Et je ne veux rien entendre sur mon langage!

- Elsa…

- Elle est incontrôlable!

- Elsa…

- Je n'ai jamais été comme ça! Jamais je ne me serais permise de…

- Elsa!

Cria Anna. Sa sœur se tut. Elle reprit:

- Tu n'as pas eu une enfance normale. Mais moi, j'étais exactement comme elle. N'essaye pas d'être sa mère. Sois...son amie?

- Son amie?

Répéta la reine peu convaincue.

- Dans un premier temps. Je ne sais pas, fais toi respecter. Elle ne te détestera pas pour autant. Et puis cette couleur te va très bien au teint.

Essaya Anna, malicieuse.

Elsa voulu rester sérieuse, mais finit pas rire malgré tout en regardant sa robe. Après tout, ce n'était qu'une robe, il était inutile d'en faire un drame. Enfin, elle inspira profondément, leva un sourcil, parut réfléchir, et demanda:

- Peux-tu me donner ta tasse s'il te plaît?

Anna s'exécuta, pensant que sa sœur avait besoin d'un chocolat chaud pour se calmer, mais fut surprise de la voir se diriger vers Mak d'un pas décidé. Sans crier garde, la reine se posta près de la louve, leva la main qui saisissait la tasse, et la renversa simplement sur la tête de la louve.

Mak cria de surprise quand le liquide se déversa sur sa tête. Briak cette fois, éclata de rire, ne pouvant se retenir davantage. Anna écarquilla les yeux et plaqua une main sur sa bouche. Mak essuya son visage et leva un regard noir vers celui d'Elsa qui haussa un sourcil moqueur avant de déclarer:

- La prochaine fois que je te dis quelque chose, tu me feras confiance.

Sur ces mots, elle partit laver sa robe, laissant là une Mak qui affichait un air totalement stupide sous les rires de la tribu entière.

Maintenant, nous sommes quittes. Pensa la reine en riant intérieurement, heureuse de sa petite vengeance.

En espèrant que ce chapitre vous ai plu, et vous ai fait rire :)

À très vite, je vous embrasse, Lou De Peyrac.