Chapitre 23:

Liv se passait de l'eau fraîche sur le visage. Elle ne s'était jamais vu si livide, même pour une morte. Le silence était maître depuis le départ de Mak. Elle n'avait pas cherché à la retenir. Elle savait que c'était inutile. Mak avait toujours été très têtue. Des pensées lui revinrent en mémoire malgré elle. Des souvenirs d'elles, du couple qu'elles formaient, de leur rencontre.

Mak chassait quand elle l'avait vu pour la première fois. De ce qu'elle se souvient, son père l'avait invitée à une partie de chasse, et la gamine en avait été plus que ravie. Elles s'étaient croisées dans la forêt. Liv avait d'abord aperçue une ombre passer entre les arbres. Celle-ci se rapprochait sans pour autant se montrer. Puis, après quelques frissons et sursauts, un immense loup noir lui était sauté dessus. La bête avait grogné. Liv n'avait jamais connu une peur pareille. À l'époque, elle n'était qu'une humaine qui n'avait aucun moyen de se défendre. Le loup l'avait fixée pendant ce qui ressemblait à une éternité de ses yeux jaunes. Dans ses iris, une couleur encore inexistante dans sa réalité fragile l'avait transpercée. Elle était immédiatement tombée amoureuse de ses yeux. Ils paraissaient doux malgré leur colère évidente. Liv avait bien deviné que si l'animal avait voulu la tuer, il l'aurait fait d'emblée. Il l'avait simplement observée un long moment. Prise de courage, Liv avait simplement posé sa main sur son museau. L'animal avait fuit.

La louve blanche sourit tristement à ce souvenir. À ce moment là, elle n'avait même pas encore vu le corps humain de Mak, qu'elle s'était déjà sentit attirée par elle, et par tout ce qu'elle dégageait. Autrement dit, une rage de vivre, un besoin de provoquer dissimulé par un regard à faire dévier une armée entière.

Aujourd'hui, Mak était exactement la même gosse révoltée qu'elle avait connue.

Et Mak était également sa cible, celle qu'elle devait livrer aux walkyries.

Elle avait pourtant pu redécouvrir la joie de l'embrasser. Ses baisers n'avaient pas changé. Elle embrassait toujours aussi bien malgré qu'elle soit toujours aussi maladroite. Une colère l'envahit quand elle se rappela que c'était à présent la Ficede qui avait droit à ses baisers. Elle se demanda si elle ne lui en voulait pas plus d'en avoir embrassé une autre que de lui avoir arraché la vie. Elle ne savait qu'une chose, elle voulait Mak. Et elle ne la voulait que pour elle seule. Cette Ficede était un obstacle de taille. Il fallait qu'elle la supprime. Au diable tout le reste. Elle voulait retrouver son loup. Mais celui-ci avait eu peur d'elle. L'aimait-elle? La détestait-elle? Elle n'en savait rien. Mais elle devait l'avoir, que ce soit dans l'amour ou dans la haine, quelle importance?

Soupirant bruyamment, elle se releva et regarda tout autour d'elle. Le soleil commençait à se lever. Si Mak ne s'était pas arrêtée, elle devait être loin maintenant. Il fallait qu'elle reprenne la route, qu'elle la retrouve.

Elsa ouvrit un oeil paresseux pour le poser sur le plafond de la caravane. À travers la porte, elle pouvait déjà voir le soleil tenter de pénétrer à l'intérieur. Il était sans doute déjà haut. Tous avaient finis par aller se coucher en début de matinée, totalement exténués par la nuit qu'ils avaient partagé. Dehors, pas un son. Tout le monde dormait encore. Certains avaient poursuivit la fête, se racontant des légendes au coin du feu, parlant de tout et de rien comme on le faisait dans n'importe quelle famille.

Mak était littéralement tombée de fatigue après leur retour au camp. Personne n'avait posé de question. La reine avait simplement lancé un sourire rassurant à l'égard de sa soeur. Mak ne lui faisait toujours pas confiance, mais au moins, elles avaient pu partager une discussion sans qu'elle veuille la tuer, ce n'était déjà pas si mal. Elsa savait qu'il faudrait lui laisser du temps. Le pauvre loup, était resté dans sa réflexion et avait seulement décroché quelque sourire fatigué sans pour autant dire un mot. Étrangement, il n'avait posé aucune question. Peut-être n'était il pas prêt à recevoir les réponses qui l'attendaient.

Enfin, il s'était assoupie près du feu, la tête posée sur l'épaule d'Anna. Elsa aurait aimé qu'il s'endorme sur son épaule à elle, mais il ne fallait pas trop en demander. Briak avait fini par la porter pour la mener dans une caravane, afin qu'elle entame sa nuit. Elsa l'avait observée de longues minutes, veillant ses cauchemars, passant une main froide dans son dos que ceux là devenaient trop fous. À plusieurs reprises, Mak avait murmuré son prénom. Il semblait à Elsa que son inconscient voulait se rappeler d'elle. Cette Mak là, attendrissait la reine bien plus que ce qu'elle ne voulait avouer. Elle paraissait si jeune et soudain si fragile alors que d'ordinaire, Mak, dans toute sa splendeur, n'avait jamais autorisé une quelconque fragilité devant ses yeux. Elsa s'était alors sentit responsable, et avait voulu la protéger par tout les moyen qu'elle le veuille ou non.

Elle avait ressentit le besoin irrépressible de la préserver, et d'épargner son enfance. Car même si elle ressemblait tant à la Mak qu'elle connaissait, celle-ci était une enfant bien inconsciente du monde qui l'entourait. Il suffisait de voir à quel point elle riait avec mille fois plus d'entrain et de facilité. De voir comme elle adoptait souvent un air boudeur quand on lui refusait quelque chose et la difficulté qu'elle avait à tenir en place. La Mak avec laquelle elle vivait depuis un an ne se serait jamais comportée de la sorte, préférant les silences aux paroles, cachant souvent ce qu'elle ressentait, s'exprimant par de simples regards d'un air stoïque à toute épreuve.

C'est ainsi qu'Elsa l'avait perçu du départ, une force tranquille avec un brin de folie. Mais la tranquillité n'existait plus, comme la force d'ailleurs, il ne restait qu'une folie sur un corpus de gamine. Elsa aimait ça aussi. C'était différent et même tragique, mais quelque part, elle tombait davantage sous un nouveau charme, inconnu jusque là mais délicieux. Et cette insolence...cette sauvagerie qui, quoi qu'il arrive, ne la quittait jamais. Mak ressemblait à un louveteaux bien intrépide et maladroit. Elsa l'imaginait, courir dans la forêt, en recherche de liberté, s'entremêlant les pattes, chutant dans la boue, grognant face à sa stupidité et son manque d'agilité. Cette pensée l'avait fait sourire. Le plus beau, le plus touchant pour la reine, était que son loup ne semblait pas décidée à abandonner une quelconque bataille malgré sa bêtise juvénile. Même enfant, Mak restait un loup, un brave loup. Un loup qui ne cesserait jamais de grogner pour crier sa survie. C'est ce qu'elle aimait chez elle. Et c'est ce qu'elle voulait préserver.

Elsa passa une main sur son visage, frotta ses yeux, s'éveillant lentement. Cette nuit, elle avait mieux dormi, même si ce n'était toujours pas dans les bras de la louve. Au moins, elle avait pu garder un œil protecteur sur Mak, cela l'avait rassurée. Son loup dormait encore paisiblement. Sa respiration était lente, sa poitrine se soulevait sereinement, et ses sourcils n'étaient pas froncés, elle ne faisait pas de cauchemars. Quelque part, Elsa souhaitait que Mak dorme encore longtemps. Au moins, quand elle dormait, elle semblait vouloir la reconnaître et l'aimer à nouveau.

La reine se redressa sur un coude, et observa son loup. Son visage paisible, ses petits tics de sommeil, comme cette agaçante manie de couiner en bougeant une main comme si il chassait une mouche. Cela l'avait empêché de dormir au début, à présent, elle ne pouvait plus se passer de ce petit bruit.

Elsa sursauta légèrement quand Mak grogna en se pressant les tempes. La reine, amusée, sourit silencieusement. Mak fronça les sourcils en se redressant.

- Ma tête...pourquoi est-ce que j'ai mal comme ça ?

Elsa leva les yeux au ciel.

- Bonjour. Ça s'appelle avoir la gueule de bois. C'est ce qui arrive quand nous buvons avec excès. Sans offrir de réponse, Mak grogna davantage. Elle avait l'impression que mille loups hurlaient dans sa tête, et la lumière, pourtant faible, lui faisait plisser les yeux. Qu'est-ce-qui lui avait prit de boire de la sorte ? Foutue bête stupide ! Et la Ficede qui souriait bêtement en la regardant. C'était rageant.

- Vous vous moquez de moi.

Râla la louve en se frottant les yeux. Elsa sourit davantage en essayant de rester discrète malgré le comique de la situation.

- Non pas du tout.

Répondit-elle simplement d'une voix calme.

- Si vous vous moquez. Et arrêtez de crier.

Elsa haussa un sourcil moqueur.

- Mais je ne cris pas.

- Et en plus vous mentez comme vous respirez.

Elsa soupira en branlant de la tête, ne perdant jamais son sourire. Déjà qu'une Mak adolescente était insupportable, alors avec une gueule de bois, ça n'arrangeait rien. Je ne pensais pas que tu pourrais être plus têtue que tu ne l'étais déjà…

Elle n'offrit pas de réponses, sachant pertinemment que son loup trouverait toujours quelque chose à redire. Un silence passa dans la caravane. Mak l'observait, les sourcils froncés, une évidente mauvaise humeur sur le visage. Elsa, elle, ne se lassait pas de sourire face à cette petite moue qui n'impressionnait personne naturellement. Puis on frappa violemment à la porte. Mak grogna en ce tenant la tête.

- Moins de bruit bordel !

Cria-t-elle, s'attirant un regard réprobateur de la part de son aînée.

- Mak, ton langage…

- Makdellana !

Rectifia immédiatement la gosse.

La reine ne se formalisa pas de cette réponse.

- Entrez.

Autorisa Elsa. La porte s'ouvrit, laissant place à Djalhi.

- Elsa, je peux te voir une minute?

L'homme paraissait préoccupé. La reine hocha de la tête, et se leva.

- Je viens avec vous.

Déclara Mak.

Djalhi lança un regard entendu à Elsa.

- Non, tu restes ici.

Ordonna la reine.

- Non, j'exige de venir avec vous.

Répéta la louve en se levant.

La reine inspira profondément, choisissant de ne pas s'énerver. Puis d'une voix qui se voulait maîtrisée, prévint:

- Quand on sort à peine d'une mauvaise cuite, on n'est pas en position d'exiger quoi que ce soit. Tu deviens pénible. Je t'ai dis de rester ici.

Un vent glacial passa dans la caravane. Mak frissonna. La Ficede ne rigolait pas, et son ton ne laissait aucune place à la négociation. Même Djalhi, pourtant imposant, avait tressaillit. Mak opta pour un air renfrogné, enfouit ses mains dans ses poches, souffla, montrant son agacement, puis capitula enfin:

- Très bien, je vais donc m'ennuyer toute seule dans cette caravane, puisque c'est ce que sa Majesté semble vouloir.

Elsa plissa les yeux devant l'insolence, eu envie de la défendre de ne pas l'appeler par son titre, mais choisit de ne pas lui donner le plaisir d'entrer dans son jeu. La reine sourit simplement, et répondit en sortant:

- Brave loup.

Elle ferma la porte derrière elle, et entendit crier:

- Et je ne suis pas un brave loup !

Elsa leva les yeux au ciel, priant le dieu de la patience de lui accorder encore un peu de son pouvoir.

Djalhi rit de bon coeur en se grattant l'arrière de la tête, amenant Elsa au centre du campement.

- Elle a un sacré caractère.

- Un caractère de chien.

Assura la reine en se pinçant l'arrête du nez.

- Ne t'inquiète pas, ça s'arrangera en grandissant.

Déclara le gitan.

- Non, elle a toujours été comme ça. Même quand elle était grande.

Répondit la reine sans prendre conscience de l'absurdité de ses paroles.

Djalhi plissa les yeux sans comprendre, mais choisit de ne pas poser de question. Il avait bien vite comprit que cette petite louve intrépide et ses amis étaient étranges.

- De quoi voulais-tu me parler?

- Briak m'a vaguement expliqué ce qui lui était arrivé. J'ai quelque chose qui pourrait t'intéresser.

Elsa fronça les sourcils.

- Montre-moi.

Djalhi écarta les replis de sa veste, et en sortit un parchemin abîmé qu'il tendit à Elsa. La reine l'empoigna et le déroula. Sur le papier, il était dessiné ce qui ressemblait à une carte. L'objet était craquelé et usé par endroit, mais il restait lisible malgré tout. Elsa l'étudia silencieusement quelques secondes, reconnaissant immédiatement un dessin représentant la forêt du milieu, puis un autre, un château, qui devait sans doute placer Arendelle. Enfin, bien éloignée de tout ceci, plus au Nord, après l'océan, une croix avait été tracée à l'encre noire.

- Qu'est-ce-que c'est?

Demanda la reine en levant les yeux.

- Une légende gitane. On raconte depuis des générations que cette carte mène à une eau de vie.

Expliqua Djalhi.

- Une eau de vie? Tu ne crois pas qu'elle assez bu comme ça hier soir?

Répliqua la reine.

- Une eau de vie qui offre pardon et innocence.

Commença-t-il. Il reprit sérieusement:

- Depuis sa naissance, le gitan a toujours été vu comme un voleur, un escroc, quelqu'un en qui on ne peut pas avoir confiance. De ce que j'ai entendu, notre dieu a tant pleurer la persécution incessante de son peuple, qu'il a enfermé ses larmes dans une bouteille. Et que celui qui boit cette bouteille, devient le plus innocent des hommes. Le pardon lui est accordé, et il peut être en paix avec le monde, et avec lui-même.

- En paix avec lui-même…

Répéta Elsa, le coeur battant.

- Oui, et d'après ce que j'ai compris, ton petit loup à grand besoin d'être pardonné.

La reine resta muette un instant.

Enfin, on lui offrait une solution, une échappatoire. Elles allaient pouvoir s'en sortir. Bientôt, Mak l'aimerait à nouveau…

Elle regarda à nouveau la carte, fixa ses yeux sur la croix.

- Mais c'est à l'autre bout du monde…

- Raison de plus de ne pas traîner!

Entendit-elle derrière elle. Elle se retourna et croisa le regard brillant de sa sœur, le bras le Briak entourant ses épaules, le sourire d'Olaf.

Elsa inspira fortement, pesant le pour et le contre. Il est vrai que l'idée était bonne et que c'était exactement ce qu'elle recherchait, mais c'était un si long voyage. Et Mak qui lui faisait à peine confiance. Ce projet lui paraissait quelque peu ambitieux.

- C'est la seule solution, blondinette. Et puis, les voyages, ça rapproche, si tu vois ce que je veux dire…

Affirma Briak en lançant un clin d'oeil à la reine. Il n'avait pas tout à fait tord. Elle qui voulait laisser du temps à son loup, au moins, elles allaient en avoir.

- J'imagine que nous n'avons pas vraiment le choix…

La souveraine prit Djalhi dans ses bras, murmurant un remerciement à son oreille. Celui-ci sourit en assurant que c'était à lui de les remercier.

- Je vais chercher Mak.

Déclara Elsa.

- Pas la peine. Elle s'est faufilée en dehors de la caravane depuis environs cinq minutes. Elle doit être en train de s'amuser dans la forêt.

Ria Briak.

Elsa écarquilla les yeux.

- Quoi? Mais pourquoi tu ne l'as pas rattrapée?

Briak haussa les épaules.

- Je ne vois pas de mal i ce qu'elle s'amuse.

Elle est inconsciente et je n'ai jamais vu un loup aussi malchanceux de toute ma vie! Voulu crier la reine, mais se ravisa, et se contenta de se diriger d'un pas rageur vers la forêt. Je jure que s'il t'est arrivé quoi que ce soit, je me ferais une joie de te tuer moi-même!