Chapitre 24:
Le regard d'Elsa s'aventurait dans la forêt et ses recoins à la recherche de son loup. La reine fulminait intérieurement. Arpentant les chemins poussiéreux, elle ruminait toute seule:
- Je l'ai laissée cinq minutes. Cinq minuscules minutes. Ce n'est pas comme si j'étais tyrannique. Ce n'était tout de même pas comme si ça avait été long…pas comme des années entières. Juste cinq maudites minutes! Mais Mak non! Mak, il faut toujours qu'elle me contredise! Qu'est-ce-qui m'a prit du tomber amoureuse du loup le plus borné que cette terre ai porté!
Elsa soupira en arrêtant son pas, fatiguée d'avoir trop râlé. Elle regarda autour d'elle, pensant déjà aux reproches qui allaient s'abattre sur la jeune louve, quand un énorme rugissement parvint à ses oreilles. La reine fronça les sourcils, un nouveau rugissement retentit, elle ne reconnu pas celui de Mak. Sans réfléchir, elle s'élança vers le bruit. Elle courut et courut encore, le plus vite possible, espérant que rien de grave ne soit arrivé. La peur remplaça l'amertume, et le corps de la reine connut une force nouvelle. Chaque pas la rapprochait du son qui n'en finissait plus de hurler.
Enfin, après quelques minutes, et quelques frayeurs Elsa arriva en respirant difficilement au milieu d'un espace dégagé. La bruit avait cessé, elle ne trouva personne. C'était étrange, elle était pourtant certaine que le rugissement l'avait menée ici.
- Mak?
Appela-t-elle en regardant tout autour d'elle. Pas de réponse. La reine soupira, commençant à s'impatienter et à sérieusement s'inquiéter.
- Mak? Je n'ai aucune envie de te chercher toute la journée.
- Elsa!
Lança une voix. Elsa leva les yeux, et put voir son loup, perché sur la branche d'un arbre. Elle soupira, heureuse malgré tout de la voir seine et sauve.
- Mais qu'est-ce-que tu fais? Tu penses vraiment que c'est le moment de s'amuser?
- Je ne m'amuse pas! J'avais faim, je suis partis chasser, et je…
Elsa la fit taire d'un geste autoritaire de la main et gronda:
- Tu n'as aucune excuse, je t'avais dit de rester dans la caravane. Est-ce-qu'un tu comptes m'écouter?
Mak grimaça, et répondit:
- Je sais mais…
- Il n'y a pas de mais! Si tu avais faim, tu n'avais qu'à me le dire. Tu ne dois pas partir seule dans cette forêt, on ne sait pas ce qui s'y trouve.
- Oui justement à ce propos…
Essaya Mak. Mais Elsa ne désirant toujours pas l'écouter, coupa encore:
- Et on peut savoir ce que tu fais dans cet arbre? Descends s'il-te-plaît.
- Je pense qu'il serait préférable que vous montiez.
Conseilla la louve. Elsa soupira, sa patience avait des limites.
- Jeune fille, tu commences à m'agacer. Je ne montrai pas te chercher.
Trancha-t-elle, les mains sur les hanches.
Mak haussa un sourcil, puis rétorqua:
- C'est comme vous voulez, mais vous ne viendrez pas vous plaindre.
- Me plaindre de quoi?
Mak tendit le bras et montra du doigt quelque chose derrière Elsa. La reine se retourna, et vit à quelques mètres d'elle, un ours immense se dresser devant elle. Elle écarquilla les yeux en levant la tête, mesurant mentalement la taille de l'animal. Elle poussa un cri de surprise en reculant, et par réflexe ingénieux de survie, fit apparaître un épais et haut mur de glace tout autour de la bête. L'ours rugit en cognant une patte rageuse sur le mur. Sa proie était maintenant inaccessible.
Du haut de son perchoir, Mak resta mâchoire tombante. Il fallait tout de même avouer que cette Ficede était sacrément costaud. Elsa souffla en voyant qu'elle était à présent hors d'atteinte. L'animal s'énervait à présent tout seul dans sa cage de glace.
- Désolée, je ne suis pas comestible.
Déclara Elsa, à son attention. Pour seule réponse, l'ours grogna encore. Il ne mangerait pas aujourd'hui.
- Et grogner ne t'avancera à rien.
Précisa la reine d'une voix ferme et sévère. Aussi fou que cela puisse paraître, ou simplement par pur hasard, l'animal sembla comprendre et s'assit sur le sol, faisant une moue boudeuse.
Mak resta sans voix devant ce spectacle. La Ficede venait de neutraliser une bête féroce avec un peu de glace et quelques phrases.
Satisfaite, Elsa hocha de la tête, et leva les yeux vers le loup.
- Tu descends maintenant? Nous devons repartir. J'ai trouvé un moyen de te rendre la mémoire.
Sans contredire, ne voulant pas s'attirer les foudres de la Ficede, Mak hocha la tête et se laissa tomber de l'arbre, atterrissant près d'Elsa. La louve s'approcha de la cage de glace, la touchant du bout d'un doigt, la trouva incassable, n'arrivant pas à comprendre comment une magie pouvait être aussi puissante. Son père lui avait bien dit que les Ficedes pouvaient être coriaces, mais elle ne l'avait encore jamais vu en vrai, et son esprit de gamine en fut presque émerveillé. Après tout, là où la louve n'avait rien trouvé de mieux à faire que de se planquer dans un arbre, Elsa avait su tenir tête à l'animal, et faisait à présent, comme si tout ceci était tout à fait normal. Elle terrasse des ours énormes tous les jours ou quoi?
Dans sa cage, en voyant Mak s'approcher, la bête grogna. Mak recula en sursautant, gardant sa main bien loin de la gueule de l'ours.
- Je ne l'énerverais pas si j'étais toi.
Conseilla Elsa en souriant. Son loup ne s'était jamais montré peureux. C'était une première. Ça changeait tellement de ce qu'était Mak en temps normal, mais c'était attendrissant. Son loup était courageux, mais pas téméraire.
- Rentrons, que je puisse le libérer.
Déclara Elsa en se dirigeant d'un pas tranquille vers le campement. Mak resta hébétée un court instant, puis se précipita pour rattraper son aînée.
La louve se trouva un instant bien bête, et ne put qu'être admirative face à ce qu'Elsa venait de lui montrer comme si c'était une scène banale de sa vie. La reine n'en avait pas l'air avec son corps frêle et son visage angélique, mais Mak prit conscience qu'elle était bien plus puissante qu'elle ne voulait l'admettre.
La gosse ne put s'empêcher de dévorer Elsa du coin de l'oeil en marchant silencieusement à coté d'elle.
La reine sentit son regard sur elle, étouffa un rire, puis demanda:
- Pourquoi est-ce-que tu me regardes comme ça?
Mak cligna des yeux, semblant revenir à elle. La louve haussa un sourcil méprisant.
- Elle vient d'enfermer un ours assoiffé de sang qui était à deux doigts de me bouffer dans une prison de glace, et elle me demande pourquoi je la regarde comme ça?
Cette fois, Elsa ne put retenir son rire. Elle n'avait pas la sensation d'avoir fait quelque chose de bien formidable.
- Un ours assoiffé de sang? Tu ne crois pas que tu abuses un peu?
Mak parut contrarié.
- Non je n'abuse pas! Il était énorme! Et vous, vous l'avez arrêtez comme ça!
S'exclama-t-elle en claquant des doigts.
- Ce n'était pas grand-chose.
Répondit la reine en baissant les yeux, mal à l'aise devant l'admiration démesurée que son loup semblait soudainement lui vouer. Après tout, elle n'avait fait qu'une petite boîte de glace. Mak en avait vu d'autre.
- Qu'est-ce-que vous savez faire d'autre?
Demanda la louve en affichant un sourire espiègle.
Elsa se retrouva bien démunie face à cette question, et ne sut pas exactement quoi répondre à tant d'enthousiasme.
- Allons, ce n'est pas un jeu.
Déclara-t-elle.
Mak fronça les sourcils.
- Ce que vous pouvez être rabat-joie. Montrez-moi! S'il vous plaît!
Demanda encore la louve en faisant un mine de petit loup battu.
Elsa détourna le regard en soupirant, sachant pertinemment que si la gosse continuait à la regarder comme ça, elle n'allait pas faire long feu. Elle? Rabat-joie? D'ordinaire son loup l'était beaucoup plus qu'elle. Les rôles étaient inversés, c'était amusant.
- Tu es pénible, tu sais ça?
Mak accentua sa moue en précisant d'une voix criminellement adorable:
- Je suis en train de vous faire le regard le plus mignon dont je suis capable là.
Elsa rit en posant des yeux brillants sur son loup. Et tu y arrives à merveille...
- S'il vous plaît. Je suis sûre que vous êtes trop modeste…Faîte-moi rêver un peu.
Elsa leva les yeux au ciel en souriant malgré elle. Et maintenant, la flatterie. Décidément, tu es prête à tout...
Evidemment, la reine craqua devant le regard si ravageur de la louve, qui, il fallait l'avouer, savait y faire. Elsa soupira, puis plongea son regard dans celui de Mak en souriant:
- Donne-moi tes mains. Ça va t'amuser.
Le visage de Mak s'illumina du plus beau des sourires. Un sourire qu'Elsa ne lui connaissait pas. Un sourire emplie d'innocence, faisant résonner son enfance. Le loup s'exécuta. Elsa serra ses mains dans les siennes, sourit malicieusement, et tapa du pieds. Un couche de glace éclatante recouvrit le sol de la clairière. Le soleil s'y reflétait, illuminant l'endroit.
Mak lâcha un rire mêlé d'un cri de surprise en sentant ses pieds glisser. Par réflexe, elle s'accrocha aux épaules de la reine qui vint la tenir fermement par la taille en riant elle-même, heureuse de voir son loup si éblouit par quelque chose d'aussi simple qu'une patinoire improvisée. Pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée à Arendelle, Mak semblait apaisée, enfantine, inconsciente de son passé, mais apaisée, et cela suffisait à Elsa. D'autant plus, qu'elle était la raison de cet apaisement. Cela lui réchauffa le coeur. Elle avait un tant soit peu charmé son loup de nouveau.
D'un geste de la main, Elsa fit apparaitre des patins sous les semelles de l'enfant. Dans les yeux de Mak, un ciel étoilé brillait, même si loup peinait à tenir sur ses jambes, et manqua de tomber à plusieurs reprises, ne parvenant pas à maîtriser cette sensation nouvelle. Elsa rit de plus belle.
- Reste avec moi.
Dit-elle en aidant Mak à retrouver un certain équilibre.
La louve tenta maladroitement de se concentrer en regardant ses pieds, leur ordonnant de rester tranquille. La reine sourit et releva le visage de son loup d'une pression d'un doigt sous son menton.
- Ne regarde pas tes pieds. Regarde moi.
Conseilla-t-elle en relâchant la pression qu'elle avait autour de sa taille.
- Ne me lâchez pas!
Déclara immédiatement Mak.
- N'ai pas peur. Je ne te laisserai pas tomber.
Assura Elsa en prenant les mains de la louve dans les siennes. Cette phrase était simple, anodine, et pourtant signifiait tellement de chose pour la souveraine. Elle résonnait comme une promesse. Mak, dans l'instant n'en avait pas conscience, mais par cette phrase, Elsa voulait dire que quoi qu'il arrive, même si elle devait donner sa vie, même si elle devait se damner, jamais elle ne la laisserait tomber. Que ce soit sur la glace ou sur n'importe quoi d'autre, dans n'importe quel monde, à n'importe quel moment. Elle ferait tout pour que cela n'arrive jamais.
Mak obéit en soudant son regard à celui d'Elsa. La reine offrit un sourire rassurant, et se laissa lentement reculer, tirant la louve vers elle. Mak lâcha un rire nerveux en serrant davantage les mains d'Elsa. Voyant que son loup ne protestait pas et prenait même plaisir à la suivre, Elsa accentua sa course et augmenta de vitesse.
Mak, étrangement dégourdie, comprit vite comme garder un équilibre, et se laissa porter par les désires de la reine. Elsa, prenant garde à respecter le rythme de l'enfant, s'essaya à la faire tourner en rond, provoquant un rire cristallin de sa part. La jeune louve, ne cessant jamais de s'émerveiller, et prenant une certaine confiance, lâcha d'elle-même l'une des mains d'Elsa sans décrocher son regard du sien. Voyant clairement que Mak se débrouillait très bien sans elle, Elsa prit l'initiative de lâcher la seconde main. La louve parut désorientée un court instant, mais retrouva bien vite ses réflexes et se surprit à pouvoir patiner seule sans l'aide de personne sous les encouragement joyeux de la reine.
Mak fit plusieurs tours de piste en riant sous le regard toujours vigilent d'Elsa qui ne pouvait s'empêcher de sursauter à chaque fois que son loup prenait trop de vitesse. La jeune louve, maintenant à l'aise, s'essaya même à patiner en arrière. Elsa, désirant remplir ses yeux d'encore plus d'étoiles, leva les bras vers le ciel, et une pluie de millions de petits diamants de neige parcouru le vent, retombant en flocon sur les cheveux courts du loup, lui faisant ouvrir la bouche d'émerveillement.
Mak, la tête penchée en arrière, regardait tant le spectacle de giboulée d'étoiles qu'offrait le ciel, qu'elle en perdit l'équilibre, et fut rattrapée de justesse par les bras d'Elsa. La louve se pendit à son cou, et accrocha de nouveau son regard au sien. Elsa sourit en passant un bras rassurant autour de la taille de son loup.
De fines particules argentées tombaient encore sur elles. Le lieu était magique, tout comme le moment qu'Elsa avait su rendre unique. Aucunes d'elles ne prononça une parole, désirant que cet instant de bonheur intense dure encore. Mak resta stupide, la bouche entrouverte sans parvenir à décrocher ses yeux du bleu qui s'imposait devant elle. Ce bleu...celui qu'elle avait tant cherché dans ses rêves. Celui qui l'avait touchée, qui l'avait caressée, qui l'avait embrassée. À cet instant, elle ne pensait plus. Elle n'était même plus elle-même. Elle n'était que Mak. Mak qui aimait ce bleu. Mak qui aimait les yeux d'Elsa.
La reine, lentement, très lentement perdit son sourire. Dans l'action, son visage ne s'était retrouvé qu'à quelques centimètres de celui de son loup. Il serait si simple de t'embrasser… Arrête de me regarder comme ça. Tu n'es qu'une enfant. Tu ne sais rien de l'amour. Il faut que ce moment cesse. Tu n'as pas conscience de l'effet que tu as sur moi.
Étrangement, Mak en avait une idée très précise au contraire, même si elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi est-ce-qu'elle se sentait si bien. Elsa, la chaleur de ses bras, ce moment...La louve savait qu'elle devait faire quelque chose mais ne savait pas quoi exactement. Que désirait-elle? En avait-elle simplement conscience? Pourquoi est-ce-que ces yeux semblaient l'hypnotiser? Pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher de se mordre la lèvre inférieure?
Elsa inspira, priant intérieurement pour que son loup cesse ce geste qui, elle le savait, lui faisait souvent perdre tous ces moyens. Elsa, reprends-toi. Reprends-toi maintenant. Met fin à ce moment. Sois raisonnable. Elsa, elle a quatorze-ans! Non, elle pense avoir quatorze-ans. Faîtes que ça s'arrête!
Poussée par elle ne savait qu'elle force divine, Mak se rapprocha doucement du visage de la reine qui restait figée, incapable de bouger. Ne pouvant résister, Elsa resserra sa prise sur la taille de son loup, rapprochant le corps du sien.
Arrête ça mon amour. Je sais que tu ne sais pas ce que tu es en train de faire. Arrête ça.
Une chaleur commençait déjà à brûler dans la ventre de la reine. Ses mains tremblèrent, ses pupilles se dilatèrent, son coeur s'accéléra. Elle avait tellement envie de l'embrasser. Une voix lui hurlait d'effacer la distance si infime qui les séparait. Son loup semblait le vouloir. En était-elle certaine? Était-elle en train de profiter de son innocence? Était-elle une perverse? Mak semblait lui accorder un brin de confiance. Était-elle réellement en train de faire ça? Son loup se rapprochait encore en la fixant de ses yeux jaunes dans lesquels elle était en train de dangereusement se perdre. Arrête ça...
- Nous devrions rentrer.
Déclara Elsa en faisant disparaître la patinoire et tout ce qu'il y avait de magique dans ce moment envoûtant.
Mak cligna des yeux en plusieurs reprises comme si elle se réveillait d'un rêve immensément profond.
Je suis désolée. Je ne peux pas. J'aurais tellement voulu, mais je ne peux pas…Pensa Elsa en affichant pourtant un sourire convaincant.
Mak baissa les yeux en affichant un déception qu'elle essaya de cacher malgré tout, cela n'échappa pas aux yeux d'Elsa, qui fut surprise de voir cette réaction. Tu voulais ce baiser...
- J'imagine que oui…
Murmura la louve en se dégageant de l'étreinte, attristée que ce moment prenne fin. Elsa lui avait offert un brin de magie, de la poudre aux yeux, et venait de tout reprendre. Elle ne savait véritablement pas pourquoi elle était déçue, mais le vide à l'intérieur était revenu.
Ne supportant de voir cette moue sur le visage de Mak, Elsa cacha à la perfection son mal-être et ébouriffa malicieusement ses cheveux. La louve retrouva un semblant de sourire. Elsa sut s'en contenter. Au moins, elle n'avait pas franchit la limite, elle était parvenue à trouver la voix de la raison. Mak était une enfant qui ne pouvait pas tomber amoureuse d'elle, elle en était certaine.
Ce dont elle ne se doutait pas, c'est qu'à cet instant, Mak aurait tout donné pour retrouver la mémoire.
J'ose espérer que ce chapitre vous a plu. Je suis désolée de ne pas poster aussi souvent que je le voudrais. Je vous embrasse, Lou De Peyrac.
