Chapitre 26:

Liv arpentait la forêt d'un pas lent. Beaucoup trop lent. Au fond, son coeur saignait, sa conscience martelait. Quelque part, elle n'avait pas envie de la retrouver.

- On peut savoir à quoi tu joues?

Demanda une voix accusatrice dans sa tête. Elle la reconnu comme étant celle de la walkyrie qui l'avait engagée. Elle tourna un instant sur elle-même, mais ne trouva personne.

- Tu perds du temps. Qu'attends-tu pour trouver le loup blanc?

- J'y travaille.

Grogna Liv en se pinçant l'arrête du nez.

- Tu l'avais! Pourquoi l'as-tu laissé partir?

Cria la voix qui semblait déjà s'enflammer. Liv rugit bruyamment.

- C'est moi qui pose les questions! Pourquoi est-ce-qu'elle ne se souvient même pas de moi? Pourquoi est-ce-qu'elle pense être une enfant? Ça ne faisait pas partie du plan!

Un silence passa. Un éclair bleu tonna, aveuglant Liv. La walkyrie se matérialisa devant elle.

- Nous ne savions pas qu'elle était victime d'un sortilège.

- Vous auriez du savoir!

- Tout ce qu'on te demande, c'est de faire en sorte qu'elle ai confiance en toi.

- Je ne vois pas comment elle pourrait me faire confiance alors que je ne cesse de lui mentir!

Hurla Liv en accompagnant ses paroles de grands gestes brusques. La walkyrie plissa les yeux et se mit à tourner lentement autour de la louve blanche en affichant une concentration visible. Ce jeu n'amusait pas Liv qui grognait pour faire entendre son mécontentement.

Soudain, la walkyrie eut un sourire en coin, puis murmura:

- Tu en pince toujours pour elle…

Liv serra les poings.

- Ce n'est pas la question.

- Evidemment que c'est la question. Ne pense pas une seconde à te défiler. Je t'ai redonné la vie, je pourrais la reprendre. Je veux que le travail soit fait.

- Il le sera.

Tonna Liv en serrant la mâchoire. La walkyrie l'observa un instant.

- Je l'espère. C'est dans ton intérêt.

Précisa-t-elle avant de disparaître de nouveau.

Djalhi serra Mak dans ses immenses bras une dernière fois devant le bateau qui l'emmènerait bientôt au delà des terres qu'il connaissait. Elsa avait seulement déclaré qu'elle n'avait aucune idée de comment ils allaient pouvoir voyager vers l'eau de vie. Les gitans s'étaient immédiatement proposés pour leur fournir un de leurs bateaux. Après quelques encouragements et interminables marques de politesse, Elsa avait finalement cédé, non sans appréhension, d'envisager l'idée terrifiante de faire tout ce voyage sur un navire. Les yeux de Briak s'étaient éclairés à cette annonce. Il avait toujours rêvé de conduire un bateau comme un vrai pirate. Il s'était tout de suite installé à la barre en criant de déplier les voiles de ce géant des mer comme s'il était une légende de l'océan.

- Fais attention à toi.

Dit Djalhi en étouffant presque Mak contre lui, la soulevant du sol. Elle hocha simplement de la tête en souriant. Le gitan jeta un rapide regard à Elsa, fronça les sourcils, et ordonna en la montrant du doigt:

- Et écoute ce qu'elle te dit.

Mak leva les yeux au ciel, mais finit par abdiquer.

Enfin, il rit et offrit une tape amicale dans le dos de la louve.

Ici, au bord de l'océan, ils se faisaient tous des adieux qui n'en étaient pas réellement. Elsa, souriante, s'approcha de l'homme, et lui offrit une étreinte douce qui traduisait toute sa reconnaissance.

- Merci...

Murmura-t-elle à son oreille. Ce simple merci signifiait tellement de choses qu'elle ne disait pas. Merci de l'avoir sauvée. Merci de me l'avoir ramenée. Merci de m'offrir un espoir de retrouver son amour.

Le gitan referma ses bras sur son petit corps en souriant à son tour.

- La mer est calme en cette saison. Ça va aller. Et arrête de trop réfléchir. Vous les nordistes, vous devriez être un peu plus comme les gitans.

Elsa hocha la tête en se dégageant de l'étreinte.

- À notre retour, je t'offrirai un bateau de ma flotte personnelle.

Djalhi balaya l'offre d'un revers de la main.

- C'est n'est rien. Quand tu reviendras, nous ferons une fête immense, et tu me raconteras des légendes sur Chilali.

- C'est qui Chilali?

Demanda Mak en fronçant les sourcils.

Djalhi rit.

- C'est quoi Chilali serait une meilleure question. C'est le gardien du Nord.

Les yeux de Mak s'illuminèrent.

- Comment est-il?

Djalhi sourit devant son impatience.

- Personne ne la jamais vu, mais on raconte qu'il est magnifique et qu'il est le maître du froid.

Mak fronça les sourcils bien plus encore, et enfin, s'écria:

- Chilali, c'est Elsa?

La reine leva les yeux au ciel devant tant de stupidité, mais ne put s'empêcher de penser que Mak l'avait décrite comme étant magnifique.

Djalhi rit de bon coeur.

- Non. Il est immense. C'est tout ce qu'on sait. Tout ceux qui ont tenté de le trouver ne sont jamais revenu.

Elsa jeta un regard entendu au gitan. Comme si elle ne prenait pas assez de risque inutile comme ça, il faut que tu lui raconte ce genre d'histoire.

Le gitan se racla la gorge et précisa:

- Mais ce n'est qu'une légende.

- Moi je suis sûre qu'il existe !

Déclara la jeune louve en serrant les poings.

Et voilà maintenant elle y croit dur comme fer...pensa Elsa en soupirant intérieurement.

Djalhi rit encore.

- Et bien si tu le vois, passe lui le bonjour de ma part.

Mak hocha la tête, déterminée, sous le regard exaspérée de la reine.

- Blondinette !

Elsa se tourna vers l'immense navire sur lequel Briak lui faisait de grands signes.

- La mer est bonne, il faut qu'on embarque.

Elsa hocha la tête, offrit un dernier sourire aux gitans, et se dirigea vers le bateau. La reine s'arrêta un instant avant d'embarquer. Elle n'avait jamais voyagé sur un bateau. Véritablement, elle détestait les bateaux depuis que l'un d'eux avait fait disparaître ses parents. Ces engins de malheur la terrifiaient, et même si elle tentait de garder une apparence calme, à l'intérieur, un chaos grondait.

Mak, elle, semblait parfaitement s'adapter à la situation, et commençait déjà à batifoler dans les haubans sans se soucier des vagues qui faisaient tanguer le navire, s'attirant déjà un regard réprobateur de la reine.

Elsa fixait le bateau sans parvenir à mettre un pied dessus, totalement paralysée par la peur. Elle sursauta quand elle sentit une main se glisser dans la sienne. Son regard s'accrocha à celui de sa sœur. Anna souriait tout près d'elle, devinant son malaise, partageant la même appréhension.

- Tu viens? Je n'y arriverais pas toute seule.

Murmura la princesse. Elsa serra sa prise sur sa main, sourit à son tour, inspira profondément, puis, décidée, hocha de la tête. Les deux jeunes femmes profitèrent encore une seconde de sentir la terre ferme sous leur pieds, puis d'un pas unis, s'avancèrent, et montèrent à bord.

Elsa tenait fermement la rambarde en essayant de se détendre, pendant que Mak, semblait trouver judicieux de se balancer de cordes en cordes.

- Elle va finir par me donner le mal de mer si elle continue. Mak, descends de là!

Ordonna la reine. Mais la louve ne semblait même pas l'entendre, bien trop amusée par son activité.

- Laisse la. Elle s'amuse. Briak la surveille, elle ne risque rien.

Rétorqua Anna en essayant de calmer sa sœur. Elsa soupira en se disant qu'elle n'avait pas envie de vivre une énième bataille contre la louve.

- Très bien, amuse toi. Mais si tu tombes, je ne plongerais pas pour te repêcher!

Tonna la reine en rageant toujours plus du fait que son loup ne lui accordait aucune attention.

Anna ria.

- Menteuse. Tu plongerais tête baissée.

Pour seule réponse, Elsa lança à regard noir à sa sœur.

- Essaye de te détendre un peu. Profite du voyage.

Supplia la princesse en faisant signe à son homme que tout était prêt. Briak ria et cria:

- Hissez la grand voile!

Mak ria à son tour et sauta de son perchoir. Le corps d'Elsa se tendit entièrement et elle oublia un instant de respirer. La louve poussa un cri de joie en se rattrapant de justesse à une corde qui défit l'attache de la grand voile, lui permettant de se déployer pour pouvoir accueillir le vent au coeur de son être, sous les éclats de rire de Briak qui tenait fermement la barre.

- Je jure qu'elle va finir par me tuer.

Gronda Elsa en voyant son loup suspendue au dessus du vide. Mais Mak, ne semblant pas être décidée à préserver sa santé cardiaque, s'attela à monter toujours plus haut alors que le bateau commençait déjà à s'éloigner lentement de la berge.

Après quelques minutes d'effort, Mak arriva sur la vigie et se pencha au-dessus de la rambarde. Elle sourit en voyant Elsa et Anna sur le pont.

- Vous êtes toutes petites!

Cria-t-elle alors qu'Elsa jura qu'elle ne lèverait pas les yeux vers elle, complètement irritée par son comportement.

Djalhi rit en voyant la scène. Cette pauvre fille de glace allait devoir s'armer de patience pour supporter cette petite boule d'énergie sans souvenirs au caractère bien trempé.

Il leur fit un geste de la main quand le bateau fut déjà bien loin.

- Je vais trouver Chilali!

Entendit-il comme un écho. Il ne put s'empêcher un rire.

- Je n'en attendais pas moins de toi. Reviens me voir, j'aimerais te rencontrer quand tu seras grande!

Le coeur du gitan s'emplie de joie quand il entendit que la louve reviendrait sans faute, qu'elle le jurait sur l'honneur. Et ce même coeur sourit quand il entendit Elsa lui ordonner de descendre, de toute évidence, en perdant déjà patience. Le trajet promettait d'être long, mais il promit qu'il se souviendrait à jamais de ce héro aux allures de gamine, et de cette reine froide comme la mort, mais d'une chaleur envoûtante.