Bonsoir à tous! J'espère que vous allez bien et que ce chapitre vous plaira. Il n'est pas très long, j'en suis désolée. J'ai fais de mon mieux! À très vite pour un nouveau chapitre. Je vous embrasse, Lou De Peyrac.
Chapitre 29:
Mak fronça les sourcils quand, une oreille pressée contre la porte de la cale, elle n'entendit soudain plus un son. Son coeur s'arrêta. Dehors, quelque chose n'existait plus, ou au contraire, existait plus encore. Un air de rien, un goût de vide, un détour de vertige.
Une ribambelle de pensées futiles et insensées vinrent étreindre l'esprit déjà maudit de la jeune louve. Que ce passait-il dehors? Pourquoi faisait-il si froid tout à coup? Pourquoi est-ce-que toute une immensité semblait s'être agenouillée? Semblait avoir offert une révérence des plus macabre?
Mak ferma les yeux en pressant davantage son oreille contre le bois de la porte. Il fallait qu'elle entende quelque chose. N'importe quoi. Un souffle qu'on perçoit à peine, un gémissement qui perdure, une paupière qui s'incline, des cheveux qui voltigent, une rumeur qui décline. Peu importe, elle ne voulait qu'un son. Un son synonyme d'existence, preuve d'une humanité, d'une humaine qu'elle désirait entendre vivre. Cette même humaine à qui elle n'avait pas voulu dire adieu. Cette étrange demoiselle caressée de magie qui lui faisait oublier qui elle était. Mak? Makdellana?
Toujours ces deux êtres qui semblaient se livrer une guerre sans merci. De toute évidence, de tout ce qu'on lui avait dit, Mak était un héro. Quelqu'un qu'elle ne connaissait pas mais, que parfois, elle rêvait de rencontrer, voir de devenir. Dans l'instant présent, elle ne sut pas véritablement laquelle de ces deux identités fut la plus forte, mais elle était certaine d'une chose, il fallait qu'elle ouvre cette porte.
Un brin de colère distillé à une dose de frustration l'emporta, et la fit rugir. Elle se jeta contre la porte. Celle-ci, pauvre objet inanimé qui, sans doute, ne s'attendait pas à pareil traitement, se brisa en un millions de petits copeaux de haine.
Enfin, la louve était sortie. Sa colère se dissipa immédiatement quand ses yeux se posèrent sur un extérieur qu'elle n'aurait jamais soupçonné. Elle regarda, admira tout autour d'elle. C'était irréel, invraisemblable, inimaginable. Ses yeux lui mentaient, elle en était persuadée. Ou peut-être était-elle simplement tombée dans une folie totale.
Son esprit, comme s'il était maître chanteur, tentait maladroitement de lui souffler que ce qu'elle voyait ne pouvait se peindre dans le monde qu'était le sien. Que celui-ci était bien trop abîmé, bien trop scarifié, elle le croyait, à jamais écorché. Une réalité comme celle-ci ne pouvait s'épingler sur quelque chose de si enlaidit par la crucifixion de tout un sentiment. Et pourtant, ses yeux n'était ni fous ni illusionnés, tout ceci existait.
Et au milieu de ce tableau, la seule note de couleur, aussi infime soit-elle, était encore Elsa, teintée de surprise, n'égalisant que la plus douce des aquarelles. Un portrait parfait, comme dessiné à la craie, sur la fresque de toute une vie. Un pigment qui semblait se perdre, et qui malgré tout, restait l'esquisse d'une émotion.
De longues minutes, Mak resta au milieu du navire, la mâchoire tombante, le cœur indécis de savoir s'il devait sourire ou pleurer devant un spectacle comme celui-ci. À l'intérieur, quelque chose se diluait comme si, cette même chose, trouvait enfin le chemin qu'elle devait emprunter pour ne plus jamais revenir. Son estomac brûlait et elle eut presque envie de vomir, sans doute le mal de mer qui revenait. Pourtant, le bateau ne bougeait plus. Ses jambes désiraient le droit de flancher. Ses mains devinrent moites. Et son esprit resta statique une demi seconde.
La gosse n'en avait pas conscience, n'arrivait même pas à décrire ce sentiment nouveau. Elle était simplement à des années lumière de comprendre qu'elle venait de tomber amoureuse. Amoureuse, tout d'abord, d'un dos qu'elle avait déjà dévisagé tant de fois. Puis ce dos se retourna, et ce fut un nouveau coup de volupté fatale que l'amour lui envoya en pleine gueule. Elle avala difficilement, se racla la gorge. Elle resta stupide un instant, ne sachant réagir face à l'inconnu que son être voulait approcher.
Sereine, Elsa lui souriait sans prononcer un mot. Enfin, la gamine arrêta de réfléchir une seconde, et cette seconde la libéra. Sans prévenir, elle inspira profondément, et courut se jeter au cou de la reine. Elsa fut surprise, et faillit même tanguer sous son poids, mais accueillit avec plaisir la louve au creux de ses bras, se détendant contre sa peau, embrassant ses cheveux.
Encore une fois, l'estomac de Mak s'envola, elle frissonna. Que lui arrivait-il? Ce n'était qu'un baiser, un simple et chaste baiser qui la chamboula bien plus qu'elle n'osait le croire. Pourquoi est-ce-que son sang la tourmentait à coup de grand huit teinté de looping contre les parois de ses veines? Pourquoi est-ce-que tout ceci lui arrivait? À elle? Était-ce une maladie? Pouvait-on en guérir? Qu'est-ce-que c'était exactement? Quelque chose de cardiaque c'était certain. Comme si le mal de mer ne lui suffisait pas…
Elle tenta de ralentir la course que son cœur semblait vouloir remporter contre le temps lui-même, inspira encore, puis murmura contre la poitrine d'Elsa:
- Qu'est ce qui m'arrive…
Elsa ferma les yeux, analysant ce que son loup ressentait, trouvant un écho à ses propres sentiments sans oser trop y croire, puis sourit en caressant les cheveux courts.
- Rien de grave, rassure toi.
Mak resserra ses bras autour de la taille de la reine. Elle n'était plus sûre de grand-chose, mais savait malgré tout qu'elle n'avait pas envie de la lâcher. C'était tout ce qui comptait. Le reste se dissipait. Briak, Anna, Olaf, le bateau. Il n'y avait rien d'autre que son corps imbriqué au sien. Elle n'était plus un loup, plus une enfant. Elle n'était que Mak. Mak qui aimait Elsa.
Soudain, les yeux de la louve s'écarquillèrent, ses muscles se tendirent. Un souvenir voulait revenir, se battait pour ça, rasant le reste sur son passage.
Mak fronça les sourcils et, sans se dégager de l'étreinte, leva ses yeux jaunes pour les souder à ceux d'Elsa. La reine bloqua sa respiration. Mak la cherchait, quelque part, tentait de se souvenir d'elle, elle pouvait le lire dans ses yeux. Elsa le devinait, les yeux essayaient de comprendre l'ultime langage de survie du cœur, tentaient maladroitement d'entendre ce qu'il hurlait. La mâchoire de la louve tomba, ses yeux semblaient enfin y voir clair.
- Je me souviens de…
Mak n'eut pas le temps de finir sa phrase, qu'un cri perçant se fit entendre, faisant saigner son ouïe aiguisé de métamorphe.
- Mak, attention!
Hurla Briak.
La louve ne put réagir qu'elle se sentit déjà élevée dans les airs.
De peur, elle cria en tendant une main désespérée vers Elsa, restée sur le bateau, le visage déconfit. La reine cru mourir en voyant un oiseau de plusieurs mètres tenir fermement son loup entre ses serres. Son plumage était d'un blanc immaculé et, à son contact, l'air semblait geler de par le froid mordant qui émanait de son corps.
- Elsa!
Hurla Mak en tentant de se débattre, voyant le fossé qui la séparait du sol s'agrandir en quelques battements d'ailes.
La reine serra les dents. Que pouvait-elle faire? D'où venait cette maudite créature? Elle ne pouvait pas perdre Mak, pas maintenant. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, puis se posta devant Briak, l'attrapa par les épaules, et ordonna:
- Lance moi!
Briak grimaça:
- Quoi? Mais c'est du suicide!
Elsa fronça les sourcils, cogna contre le torse du loup, puis tonna:
- Si il l'emmène, je ne la reverrai jamais. Lance moi. C'est un ordre!
Briak, sachant qu'il n'aurait pas le dernier mot, grogna, appela la bête, saisit Elsa par la taille, et la lança aussi fort que ses bras le permirent.
Elsa retint un cri en se sentant projetée. L'oiseau émit un cri en tentant de s'éloigner, mais hurla de douleur quand les crocs de Mak vinrent se planter dans une de ses pattes. Il lâcha prise, la louve tomba en hurlant à son tour, se sentant plonger. Deux bras l'entourèrent. Au milieu des souffles de vent, les corps se rencontrèrent.
- Je te tiens!
Assura la reine en cachant le visage de son loup au creux de son cou, attendant la chute, espérant que Briak les rattrape.
Mais le pauvre homme n'en eut pas l'occasion, l'oiseau lâcha un cri perçant et les empêcha de toucher le sol de justesse en les emprisonnant toutes deux entre ses griffes.
- Elsa!
Cria Anna en suivant l'animal du regard.
- Anna! On se rejoint au point indiqué sur la carte!
L'esprit à vif, Anna comprit bien vite qu'il était inutile de poursuivre l'oiseau, qu'il était bien trop rapide, et que ses ailes étaient bien trop longues. Elle ne pouvait que le regarder s'éloigner en priant tous les dieux qu'elle connaissait pour qu'il n'arrive rien à sa sœur. Briak, de son coté, tournait en rond sur le bateau comme un lion en cage en marmonnant:
- Elle l'a pas vu ce piaf? Pourtant, il était du genre énorme! Comme un truc qu'on remarque, qu'on ne peut pas louper! Tout le monde l'a vu. Mais Elsa, non! Elsa était trop occupée à baver devant la belle gueule de loup de Mademoiselle-je-rugis-plus-fort-que-tout-le-monde! Bande d'emmerdeuses! Et comment on va faire pour avancer en sachant que ta frangine a juste gelé tout un océan? Tu savais qu'elle pouvait faire ça toi? Je sais pas, ça aurait pu être sympa de nous tenir au courant. Bordel!
Anna s'approcha de Briak, posa une main sur sa joue.
- Hé, arrête de t'énerver comme ça. Je sais que tu t'inquiète et que tu regrettes ce que tu as dit à Mak, mais tu ne m'aides pas là. On va les retrouver. Alors arrête de grogner comme ça et repose toi. Nous prendrons la route demain matin, et je vais avoir besoin d'un loup en pleine forme pour courir dans la neige.
Briak souffla en tentant de se calmer. Anna avait raison. S'énerver ne servait à rien.
- Vous pensez que Mak va dévorer ce gros poulet?
Demanda Olaf en observant l'oiseau s'éloigner à l'horizon.
Briak grogna en levant les yeux au ciel.
- En tout cas si il leur fait du mal, je jure que c'est moi qui vais le bouffer.
Olaf fronça les sourcils.
- C'est un truc de loup ce genre de menace? Dès que quelque chose vous dérange, vous le mangez? J'aimerais pouvoir faire ça. Qu'est-ce-que ça doit être pratique!
Pour seule réponse, Briak et Anna soupirèrent en jetant un dernier regard sur la bête qui, déjà loin, disparut à la limite du monde d'Elsa
