Chapitre 31:
La louve blanche aux yeux bleus, aux regard faux qui dérange mais qui ébranle, arrêta sa course au milieu d'un plaine enneigée. Elle n'avait jamais parcouru ces lieux, mais l'odeur de Makdellana savait la guider mieux qu'une carte au trésor. Cette odeur, elle la connaissait pas cœur même si elle semblait quelque peu avoir vieillit, mûrit avec le temps.
Liv cherchait, traquait, sans réellement savoir si elle avait envie de trouver son amour d'antan, ou de le laisser fuir ne serait-ce que pour éviter la perforation de ses yeux jaunes. Depuis que Mak avait eu peur d'elle, depuis que la crainte s'était diluée sur son visage, Liv n'était plus sûre de rien. La gosse paraissait si forte et à la fois si fragile. Autrefois, Mak avait eu envie d'elle, et pourtant cet amour n'avait jamais été consumé, un amour avorté par la personne de son père. Autrefois, Mak avait été à elle. Pourquoi avait-il fallut que ça change? Pourquoi est-ce-que cette Ficede devait exister? Pourquoi est-ce-que le destin semblait comploter pour les séparer? Peu importe sa mission, peu importe les Valkyries, elle la voulait elle, et elle le jura, elle l'aurait, quoi qu'il lui en coûte.
L'odeur de la petite louve se faisait plus rare au fil des kilomètres, Liv voyait déjà ses espoirs partir en volutes de déception, quand au loin, elle aperçut un navire abandonné, prisonnier de la glace. Rapidement, elle s'approcha, le flair collé au sol. Elle tomba bien vite sur des traces de pattes. Un autre loup? Pensa-t-elle. D'après l'odeur, un homme était passé par là. Puis une autre odeur. Une femme sans doute. Le loup transportait une femme. Toutes ces odeurs mêlées à celle de Mak. La louve en était sûre, ces traces étaient une bénédiction, elles la mèneraient tout droit à Mak et à la Ficede. Ce n'était plus qu'une question de patience avant qu'elle ne la retrouve.
Elsa sentit un migraine marteler ses tempes. La pauvre reine avait à peine ouvert les yeux qu'elle fronça les sourcils sous la douleur. Son corps paraissait lourd et bien engourdie. Où était-elle? Elle n'en avait aucune idée. L'endroit lui parut sombre et humide. Étrangement pourtant, il ne faisait pas froid, presque lourd en fait, comme si un orage allait bientôt s'abattre sur le monde pour rafraîchir le sol.
Sa vision était trouble, mais elle comprit qu'elle n'était pas à l'extérieur mais plutôt dans une espèce de grotte.
Peu à peu, ses yeux captèrent enfin l'endroit là où son esprit était incapable de le placer sur une carte. L'homme connaissait-il simplement ce lieux? Elle n'en était pas certaine. Cela ressemblait à s'y méprendre à un enfer clandestin, quelque chose à coté de la plaque comme à coté du monde, ou faisant partie d'un monde à l'envers.
La reine se redressa douloureusement en passant une main sur son visage. Du regard, elle chercha automatiquement Mak, mais ne rencontra que du vide. La panique la gagna bien vite. Sa respiration s'accéléra alors qu'elle se levait déjà. Une bruit, un infime éclat de son attira son attention, la reine se retourna. Ses yeux s'écarquillèrent, ses poumons se gonflèrent d'air pour ne laisser aucun souffle en sortir. Son regard monta et monta encore comme s'il désirait percevoir le sommet de la montagne du Nord elle-même. Sa mâchoire tomba quand elle croisa deux saphirs briller au creux de la pénombre. La bête était gigantesque, effrayante de par sa beauté mystique.
Elsa, sans réfléchir plus longtemps se souvint de tout. De son loup piétinant à bout de force dans la poudreuse, de son désespoir qu'elle-même avait pu percevoir. Le monstre les avait embarquées vers leur fin. L'oiseau, comme porte-parole de la mort avec faucille et cape noire, avait sans doute eu raison de l'enfant sans défense qu'était Mak. Comment une gosse aurait pu s'en sortir? Mak était un héro mais n'était pas invincible. Comment aurait-elle pu faire le poids face à cette chose sanguinaire. Cette vérité frappa la reine. Son cœur saigna et sembla vouloir s'arrêter. Ses yeux devinrent soudain rouges et une larme solitaire coula sur sa joue sans qu'elle n'ai fait un geste.
- Tu me l'as enlevée…
Murmura-t-elle si douloureusement, si faiblement que même le silence parut devoir se taire pour l'entendre.
Son monde parut soudain trop petit, trop laid, trop ridé. Sa vie se décomposa lentement comme écorchée au scalpel. Ses mains se crispèrent, suivies de tout son être qui n'était plus, ou alors presque rien. Intérieurement, Elsa ne vivait plus, survivait simplement, ne ressentait que pour souffrir, ne respirait que pour étouffer, ne s'inclinait que pour subir. La mort, toujours vicieuse, se faisait désirer. Une vie sans Mak? Comment? Pourquoi? C'était impensable, impossible, insurmontable. Elle n'était pas faîte pour ça. Elle n'était qu'Elsa. Elsa qui voulait Mak.
Soudain, comme venue d'un sortilège de magie noire, une massive couche de glace sombre s'échappa des pieds de la reine, et se propagea tout autour d'elle, dévorant chaque brin de chaleur sur son passage meurtrier.
- Après tout ce que nous avons vécu, tu me l'a enlevée… Je l'aimais, et tu me l'as enlevée… Elle ne se souvenait pas de moi, et tu me l'as enlevée...
Répéta-t-elle tout aussi imperceptiblement, comme si elle n'était à présent formatée pour ne connaître que ces mots et l'horrible vérité qu'ils chuchotaient.
Lentement mais dangereusement, la glace arriva jusqu'aux patte de l'oiseau qui n'avait pas bougé jusque là. L'immense tristesse d'Elsa enveloppa une première patte alors que celle-ci ne semblait même pas s'en rendre compte. La reine, figée dans son désespoir, sentit son cœur refroidir et ne réalisa pas que, pour la première fois depuis Mak, le contrôle de son pouvoir lui échappait.
L'oiseau piailla sans comprendre ce qui se passait, totalement coincé au sol de par la trop grande puissance de cette magie qu'il ne connaissait pas mais qui l'effrayait déjà. La glace assassine se propagea rapidement sur le haut de sa patte, le faisant souffrir. Il gouttait malgré lui à la vengeance d'Elsa d'Arendelle.
Dans la grotte, la température chuta, la glace recouvrit les murs et le plafond. L'endroit venait seulement de prendre la forme de ce à quoi ressemblait le cœur d'Elsa qui, elle le jura, ne battait plus à cet instant.
- Arrêtez!
Cria soudain une voix qui semblait provenir de derrière l'oiseau. Pour la première fois depuis qu'elle s'était retournée et avait croisé le regard de l'animal, Elsa cligna des yeux et respira. Cette voix, elle connaissait cette voix. Ce son éraillé qui l'aidait à s'endormir. Était-ce possible? Elle n'osait trop y croire de peur que son cœur ne se brise en éclat de givre pour de bon.
Pourtant, ses yeux virent bien Mak, son loup, courir vers elle, l'air furieux.
- Libérez-le! Vous voyez bien qu'il ne vous attaque pas!
Elsa resta muette en voyant Mak, bien vivante, s'animer devant elle en lui faisant clairement savoir qu'elle n'était pas contente. Pourquoi semblait-elle lui en vouloir?
Elsa resta muette devant la rafale de mots qui sortirent de la bouche d'une Mak en colère. Ses lèvres s'agitaient mais la reine n'entendait pas, contemplait simplement les particules de vie qui virevoltaient dans les yeux de son loup. Ses yeux, cet éternel jaune tirant sur l'ocre qu'elle avait pensé devoir oublier. Mais ceci, bien heureusement, n'avait été qu'une peur sans fondements. Mak était là, bien vivante. La plaie du cœur de la fille de glace se cautérisa instantanément, peu à peu la glace s'évapora. Malgré le froid, malgré leur situation plus que précaire, malgré l'oiseau, tout allait mieux.
L'oiseau ? Elsa revint à elle, cligna des yeux et, en un geste d'un temps record, força la louve à se tenir derrière elle, faisant face au volatile qui regardait étrangement ses pattes, heureux de ne pas les avoir perdu.
- Reste derrière moi !
Ordonna-t-elle en plaçant un bras protecteur devant la gosse. Mak souffla d'un air nonchalant en levant les yeux au ciel, et s'exclama :
- Non mais vous écoutez un peu quand je vous parle ? Il n'est pas dangereux !
Elsa fronça les sourcils en reculant d'un pas qui entraîna le loup avec elle.
- Non effectivement il a l'air très aimable...
Ironisa la reine sans détacher son regard de la bête, une méfiance lisible dans le regard. Mak grogna en se dégageant de la prise, se posta entre Elsa, et l'oiseau et cria :
- C'est mon ami !
Elsa se figea devant l'air si déterminé de la louve, et soupira en restant tout de même sur ses gardes. La reine n'était pas stupide, elle remarqua effectivement, que si l'oiseau avait voulu les dévorer, il l'aurait fait depuis longtemps.
Mak reprit, de toute évidence contrariée :
- Alors maintenant vous vous calmé! Personne n'est en danger de mort, tout va bien. Ce n'est pas un monstre, il n'est pas habitué à la vie en communauté c'est tout. Il est inutile de...
La gosse fut stoppée dans son discours sans crier garde. Son visage fut plaqué contre la poitrine de la reine dans une étreinte qu'elle n'avait pas prévue. Enfin, Mak cessa de parler, enveloppée par la surprise de ce geste.
Sans demander permission mais parce qu'elle en avait tant besoin, Elsa serra la louve contre elle, et passa une main dans ses cheveux courts en fermant les yeux de soulagement. Mak se figea un instant, mais su apprécier et se détendit doucement pour enfin, lentement, très lentement, enlacer la reine à son tour en posant des mains timides sur ses hanches comme si elle n'en avait pas le droit.
Un ange porteur de silence passa dans la grotte. L'oiseau les regardait en baissant les yeux par moment, se sentant voyeur devant le spectacle qu'elles lui offraient. Celui désirait disparaître et les laisser en paix, se cacher dans un trou de sourit, le pauvre volatile savait pourtant qu'il mesurait plusieurs mètres de haut.
- J'ai cru que je t'avais perdu.
Murmura Elsa comme si elle avouait le secret de toute une génération.
Mak inspira, sentit son parfum. Elle l'aima sans se douter qu'elle l'avait déjà aimé. Ce petit quelque chose de décembre. Cette effluve dont elle voulait se souvenir. L'instant dura quelques secondes. Toujours lentement, comme si elle craignait de la faire fuir, Mak releva la tête et observa les yeux de la reine. Elle désira s'y perdre et s'y perdu. Une chaleur enveloppa son corps, répara son cœur. La petite louve ne se sentit même pas se mettre sur la pointe des pieds. Ne sentit même pas que ses lèvres ne voulaient qu'une chose : celles d'Elsa.
Qu'est-ce-que tu fais mon loup... pensa la reine sans vouloir s'écouter elle-même, seuls les yeux du loup comptaient. Leurs visages se rapprochaient. Exactement comme à bord de ce navire, au milieu de ce raz de marée, la peur de la mort les liait, comme un appel de détresse à l'amour. Elsa sentait le souffle chaud de Mak venir mourir sur sa joue. Le baiser était imminent, ce n'était qu'une question de secondes et de millimètres.
Toutes deux fermèrent les yeux, l'oiseau piailla, elles les ouvrirent et se séparèrent, Elsa maudit ce volatile de malheur.
Comme si elles venaient de commettre un crime, elles évitèrent le regard de l'autre, gênée par l'instant précédent.
Elsa sourit timidement, puis demanda en jetant un rapide regard à l'oiseau :
- C'est ton ami ?
Mak se racla la gorge, sourit à son tour.
- C'est Chilali.
- Le maître du froid ?
- Oui, tout le monde a peur de lui parce qu'il est gros mais en réalité, il n'a fait de mal à personne, il est juste un peu aigris c'est tout. Il ne mange que le poisson qui nage encore sous la banquise. Tous ceux qui viennent le chercher finissent par mourir de froid. Il essaye de les abriter dans sa grotte, mais ils pensent qu'il veut les manger.
Elsa sourit, amusée:
- C'est lui qui t'a dit tout ça?
Mak observa l'oiseau, sembla réfléchir, puis haussa les épaules:
- Il ne parle pas, mais il suffit de la regarder pour savoir tout ça.
Elsa plissa les yeux, étonnée par l'air si assuré de son loup.
- Tu ne devrais pas trop t'attacher à lui, nous n'allons pas rester ici. Il faut qu'on trouve un moyen de partir quand la tempête sera passée.
Mak fronça les sourcils et assura:
- Mais il est hors de question qu'il reste seul ici. Il est bien trop malheureux.
Elsa écarquilla les yeux.
- Mais où veux-tu qu'il aille?
- On l'emmène avec nous.
Déclara la louve en montrant volontairement que sa décision était déjà prise. La mâchoire de la reine tomba.
- Mais enfin qu'est-ce-que tu veux qu'on en fasse? Est-ce-que tu as vu la taille de cette chose! Ce n'est pas un animal de compagnie!
Mak croisa les bras, haussa un sourcil insolent, et déclara:
- Dit-elle alors qu'elle a un bonhomme de neige pour meilleur ami…
Elsa, agacée, s'indigna:
- Mais ce n'est pas la même chose, il…
- Il est seul dans cette montagne, et tout le monde l'oublie exactement comme on vous a oubliée quand vous étiez enfant uniquement parce qu'on avait peur de vous!
Coupa la louve en criant bien plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elsa voulu répliquer mais se ravisa. Mak avait raison, évidemment qu'elle avait raison. La vérité de ses mots était effroyable.
Malgré tout, Elsa ne pouvait se résoudre à lui donner raison. Mak, son insolence, le fait qu'elle parle de son passé, tout cela la rendait furieuse. Elle s'exclama:
- Il a tenté de nous tuer, comment pourrions-nous lui faire confiance!
Le visage de Mak se ferma, elle répondit froidement:
- Exactement comme j'ai pu vous faire confiance alors que vous m'avez caché qu'avant tout ce bordel, j'étais amoureuse de vous.
Elsa arrêta de respirer, la réplique eu l'effet d'une gifle. Mak se souvenait. Comment? Avait-elle été si transparente? L'avait-elle poussée dans cette voix sans le savoir? Pourquoi avait-elle l'air de lui en vouloir? Regrettait-elle de ressentir ces choses là à son égard?
Devant le silence d'Elsa qui en disait long sur elle, Mak leva les yeux au ciel, puis déclara d'un air glacial:
- Je ne sais pas ce que vous omettez encore de me dire et, très franchement, j'en ai rien à foutre. On garde l'oiseau, point final.
Sur cette phrase douloureuse, la louve tourna les talons, et partit s'isoler dans un coin de la grotte, laissant libre cours à ses démons.
Chilali l'observa un instant, puis son regard passa sur Elsa.
Tu es content? Maudite bête stupide...Pensa la reine qui ne savait ou diriger sa colère. Il fallait qu'elle parle à son loup, mais comment? Mak n'avait jamais été très bavarde en tant qu'adulte, et cette adolescente au sale caractère ne paraissait pas plus enclin au dialogue. Elsa soupira, ne sachant quoi faire. Il fallait qu'elle lui laisse un peu de temps, elle le savait, lui parler maintenant ne servirait qu'à la braquer. Elle se lança alors dans la confection d'un feu. Mak continuerait sans doute à lui en vouloir, mais au moins, elle n'aurait pas froid.
Les minutes passaient, Mak ruminait. Comment cette Ficede avait pu lui cacher quelque chose d'aussi essentiel? Elle lui en voulait tant.
Un léger coup de bec dans son épaule la tira de ses pensées. Elle tourna la tête et croisa les yeux de Chilali qui semblait vouloir lui dire quelque chose.
- Qu'est-ce-que tu veux? Laisse moi tranquille.
Râla la louve à voix basse.
L'oiseau répéta son geste en montrant Elsa, assise silencieusement près du feu, de la pointe de son bec.
- Non je n'ai pas envie de lui parler.
N'étant pas du tout d'accord avec cette réponse, Chilali poussa encore et encore Mak.
- Arrête!
Ordonna la louve.
Mais l'oiseau n'en ayant pas décider ainsi, continua.
- Très bien! Arrête maintenant!
Céda Mak en grognant de mécontentement.
L'oiseau gonfla ses plumes en frottant sa tête contre l'épaule de la louve, réclamant tendresse et pardon, conscient qu'il avait gagné. Mak soupira en lui offrant une rapide caresse sur la crâne avant de se lever, et de venir s'asseoir sans un mot près d'Elsa.
Ce geste étonna la reine au point qu'elle fixa son regard dans le feu pour éviter celui de son loup. Un silence s'installa. Toutes deux mal à l'aise, aucunes n'osaient bouger. Ce fut finalement Elsa qui inspira profondément avant de lancer:
- Je suis désolée, je ne pouvais pas te le dire.
Mak fronça les sourcils sans décrocher son regard du feu.
- Pourquoi?
Murmura-t-elle, une certaine colère encore présente dans la voix.
- C'était compliqué pour moi...de te dire ces choses là.
- Et vous croyez que ça ne l'était pas pour moi de les ressentir?
Contre-attaqua la louve en jetant un cailloux dans le feu.
Elsa tourna la tête en se demandant si elle avait bien entendu.
- Qu'est-ce-que tu veux dire?
Demanda-t-elle, intriguée.
- Laissez tomber.
Se referma la louve qui en avait déjà trop dit.
Elsa soupira intérieurement, se rappelant qu'il n'allait pas être facile de faire parler son loup. Alors, la reine joua sa dernière carte, et osa prendre la main de Mak dans la sienne en suppliant:
- S'il te plaît mon loup, il faut qu'on en parle.
Mak eu un rire amer.
- Qu'est-ce-que vous voulez que je vous dise?
Elsa pu lire sa colère, se jurant qu'il fallait qu'elle la fasse taire.
- Ce que tu ressens, tout simplement.
- Ce que je ressens pour vous?
Ricana la louve, toujours plus mal à l'aise de minutes en minutes. Elsa le savait, son loup gagnait du temps. La reine tenta de se montrer rassurante.
- Oui, tu peux commencer par là. Qu'est-ce-que tu penses ressentir pour moi?
Mak fronça les sourcils, essayant tant bien que mal de mettre des mots sur ces émotions nouvelles.
- Je me sens proche de vous. Et en même temps...je sens que vous ne voulez pas être proche de moi. Il y a ce sentiment à votre égard, qui ne demande qu'à sortir, mais je ne sais pas quoi en faire. Je sais que c'est grand, mais c'est tellement nouveau. Je pensais être tombée amoureuse de Liv, mais ce n'est rien comparé à ce que je ressens pour vous. Je ne sais pas comment exprimer ces choses là, et pourtant, je les ressens. Je sais que vous préfériez la personne que j'étais, mais je ne suis pas cette personne, cessez de la chercher en moi. D'un coté, je vous déteste parce que vous ne voulez pas de moi.
Mak avait dit tout cela sans respirer une seule fois. Cette dernière phrase brisa le cœur d'Elsa. Puis celui-ci se remit à battre. Elle avait bien entendu. Son loup était tombé amoureux d'elle, une nouvelle fois. Ses sentiments étaient toujours là, quelque part, avaient toujours été là. Intérieurement, Elsa sourit même si seule la surprise se lisait sur son visage.
- Tu es amoureuse de moi?
Demanda-t-elle, ne parvenant pas à y croire.
Mak, honteuse, baissa la tête.
- Ne me forcez pas à le répéter.
Murmura-t-elle.
Elsa resta immobile un instant, pesant une ultime fois le pour et le contre. Une certaine culpabilité l'accabla. Mak était jeune. Mak avait quatorze ans. Elle ne devait pas se méprendre, elle n'était pas la Mak qu'elle avait connu. Mais la gosse paraissait si sincère. Et elle en avait tellement envie. Alors, faisant taire sa raison, la reine passa une main douce sous le menton de son loup, et releva son visage afin qu'elle la regarde.
- Mon loup, je n'ai jamais cesser de vouloir de toi. Alors à moins que tu ne me l'interdises, dans environs dix seconde, je vais t'embrasser.
Mak n'eut pas le temps de répliquer, et finalement, allait-elle répliquer? Quand elle sentit les lèvres d'Elsa sur les siennes, aucun mot ne pénétra son esprit. Elle put seulement ressentir avec joie, que le vide qui la hantait depuis son réveil à Arendelle, était enfin comblé. Son cœur s'emballa, un million de papillons batifolèrent dans son ventre, ses jambes devinrent aussi molles que de la guimauve, enfin, tout prenait sens.
Elsa l'embrassa comme elle ne l'avait jamais embrassée. Elle avait tant peur de la faire fuir. Le baiser était tendre, chaste, pareil au baiser d'un minuscule colibri. Leur lèvres se touchaient à peine et pourtant, c'était si bon, si doux. Elsa avait la sensation de vivre à nouveau. Les lèvres de son loup lui avaient tellement manqué.
La reine s'autorisa à caresser doucement la joue de son loup du bout des doigts, puis mit fin au baiser, s'éloignant lentement. Elle observa silencieusement le visage de Mak qui n'avait pas bougé jusque là.
- Tout va bien mon loup?
Demanda-t-elle, inquiète de sa réaction.
Mak ouvrit les yeux comme si elle se réveillait d'un sommeil de cent ans, puis, reprenant lentement conscience, murmura:
- C'était vous. Dans cette forêt, cette nuit là, contre cet arbre. C'était vous…
Elsa sourit tristement en haussant les épaules.
- Ça a toujours été moi.
- Vous le saviez. Pourquoi vous ne m'avez rien dit?
- Tu me détestais, moi, et tous les Ficedes. Comment aurais-je pu te dire que nous étions liées depuis un an?
- Nous sommes liées? Je pensais que vous me trouviez...trop jeune, trop stupide, ou je ne sais pour quelle raison, je pensais que je vous insupportais.
Elsa, enfin, sourit sincèrement devant la bêtise des paroles de son loup.
- Je ne voulais pas t'orienter. Il fallait que cela vienne de toi. Pardonne-moi, j'avais besoin d'être sûre. Je t'aimais trop pour te forcer à faire quoi que ce soit.
Soudain, le visage de Mak s'assombrit.
- Vous m'aimiez? Vous m'aimiez et, à cause de moi, Liv à fait un véritable carnage dans votre palais. Je ne savais rien de tout ça. Ces gens, sans doute proches de vous, sont morts à cause de moi, ils…
Elsa posa un doigt sur les lèvres de Mak qui s'affolait déjà, accablée par la culpabilité.
- Ne pense pas à ça. Je sais que tu n'es pas fautive et que tu n'as tué personne. Je n'ai jamais douté de toi. Kai et Gerda non plus d'ailleurs. Ils savaient que tu étais un brave loup.
Mak baissa la tête.
- Je ne suis pas convaincue.
Elsa sourit:
- Si tu étais convaincue, tu ne serais pas toi.
Elsa comprenait, elle savait que son loup ne se pardonnerait pas de si tôt. Après tout, son loup ne se pardonne jamais rien. Pour seule réponse, la reine se laissa doucement tomber en arrière, s'allongeant sur le sol, entraînant d'un geste tendre, Mak avec elle. La jeune louve se laissa faire, et posa simplement sa tête contre l'épaule de la blonde comme si elle n'avait jamais oublié ce geste.
La battement de cœur d'Elsa la calmèrent quelque peu. Tant de choses avaient changé en si peu de temps. Mak peinait à ordonner tout cela mais au moins, ici, elle n'avait plus peur. Elle n'était à présent que Mak. Mak qui aimait Elsa.
La reine caressa ses cheveux courts comme elle l'avait fait si souvent. Essayant de faire taire ses tourments.
- Il est tard mon loup. Nous parlerons de tout ça demain si tu en as besoin. Essaye de dormir un peu.
Mak releva la tête, cherchant dans les yeux bleus une preuve qu'Elsa n'allait pas s'envoler. Puis enfin, le loup déposa un baiser à la commissure de ses lèvres, et enfouit son visage dans la nuque de la blonde en s'imprégnant de ce parfum de décembre. Elsa sourit en fermant les yeux, soulagée de ne pas avoir perdu son brave loup.
Chilali se coucha en rabattant une de ses ailes sur ses yeux, heureux d'avoir accomplie sa mission.
J'espère que ce chapitre vous a plu. Merci de suivre cette histoire. Affectueusement, Lou De Peyrac.
