Bonsoir à tous. J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de vos attentes.
Je vous embrasse,
Tendrement,
Lou De Peyrac.
Chapitre 38 :
Mak bailla entre deux gorgées de café. La tête s'appuyant sur sa main, le coude nonchalamment posé sur la table, le dos voûté, le loup émergeait lentement. Cette matinée… il ne pouvait y repenser sans sentir une armée de papillons survoltés batifoler au creux de son ventre. Elsa l'avait littéralement épuisé, si bien que la jeune fille se retrouvait nébuleuse, plutôt dans les nuages que dans cette auberge.
Ce matin, elle n'avait rien contrôlé et avait laissé sa reine faire d'elle ce qu'elle voulait. Elle en avait fait de même. Mak savait à présent ce que c'était que de s'abandonner à quelqu'un. Briak et Anna l'observaient silencieusement en affichant tous deux un sourire taquin, sachant pertinemment ce qui s'était passé ce matin.
- Bien dormi ?
Demanda Briak, affichant un sourire radieux. Anna lui lança un coup de coude dans les côtes sous la table.
Pour toute réponse, Mak grogna en baillant encore. Elsa, de son coté, s'efforçait de ne pas rougir en cachant son visage dans sa tasse de chocolat chaud. La reine aimait ses amis plus que tout mais l'intimité d'Arendelle lui manquait en cet instant, d'autant plus qu'elle savait pertinemment qu'elles n'avaient pas été discrète et qu'ils les avaient sûrement entendus. Mak, quant à elle, ne semblait pas percevoir ce qui se passait devant elle et tentait simplement de se réveiller en buvant silencieusement litre et litre de café. Briak, moqueur, ne parvenait pas à décrocher ce regard canaille et rieur de son amie. Si bien qu'après quelques minutes, Mak demanda :
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Le grand loup leva les mains en signe d'innocence et secoua la tête sans répondre.
Agacée, Mak leva un sourcil insolent puis porta son attention sur Anna.
- Pourquoi il me regarde comme ça ?
Anna étouffa un rire, parut réfléchir une seconde, puis déclara :
- Pour rien Makdellana, enlève cet air grognon de ton visage !
Surtout qu'elle n'a véritablement aucune raison de l'être…
Ne put s'empêcher de penser Elsa en se remémorant les mots doux que lui glissait son loup à l'oreille quelques heures plus tôt lorsqu'elle l'avait senti vibrer sous ses doigts.
- C'est toi Makdellana ?
Entendit la louve derrière elle.
Elle se retourna en arquant un sourcil, agacée que personne ne la laisse prendre son petit déjeuner en paix. Prenant appui sur le dossier de sa chaise elle tomba face à un homme assis à une table près de la leur, une chope de bière devant lui, empestant l'alcool même de loin. Mak se dit qu'il était tout de même un peu tôt pour céder à l'alcool. La louve avait beau analyser ce visage, elle ne parvenait pas à le reconnaître. L'homme devait avoir une trentaine d'année tout au plus mais son visage paraissait fatigué et cerné. Son teint était terne et ses yeux vitreux, plus rien ne semblait les agiter.
Mak jeta un rapide regard à Elsa. La reine haussa les épaules ne sachant pas plus qu'elle ce qu'il se passait.
- Oui.
Répondit simplement la louve en reportant son attention sur l'inconnu. Celui-ci fronça les sourcils puis demanda encore :
- Makdellana, le loup blanc des forêts du Milieu.
Mak grimaça, ce surnom ne l'enchantait guère.
- Il y en a certains qui m'appellent comme ça.
Avoua-t-elle pourtant.
La louve, comme tout le monde dans l'auberge, n'eut pas le temps de voir le regard de l'homme changer qu'il se jetait déjà sur elle. Bondissant de sa chaise, passant par-dessus la table de bois, il l'attrapa par le col de sa chemise et plaça une main autour de son cou en la plaquant contre leur table, serrant de toute ses forces.
- Lâche la !
S'exclama Elsa en empoignant fermement l'homme par les épaules. L'inconnu lutait, mais il n'était qu'un humain. Briak le repoussa en grognant, le faisant voler à l'autre bout de la pièce. Il s'écrasa douloureusement, brisant une table en deux sous son poids avant de finir sur le sol.
Mak toussa légèrement en se redressant, furieuse. Cet abrutit l'avait eu par surprise.
- Tu vas bien ?
Demanda Anna en aidant le loup à toucher terre.
- Oui, oui ça va ne t'inquiète pas.
- Pas de bagarre dans mon auberge ! Si vous voulez vous expliquer ça sera dehors !
Cria l'aubergiste, énervé des dégâts causés à la pièce.
- Inutile de le répéter patron, c'est exactement ce qu'on avait l'intention de faire.
Sourit Briak. Il se leva rapidement, laissa quelques pièces sur le comptoir pour se faire pardonner et s'approcha de l'inconnu qui essayait tant bien que mal de se lever.
- Allé viens par ici mon gars, il faut qu'on discute.
Dit-t-il en soulevant l'homme par sa veste sans aucun effort avant de se diriger vers la sortie, suivit de près par ses amis.
Briak plaqua l'homme contre un mur sans lui laisser le temps de respirer.
- Pourquoi t'es-tu jeté sur mon amie ?
L'homme tenta de reprendre son souffle.
- Tu oses l'appeler ton amie ! C'est un monstre !
Hurla-t-il.
Elsa, restée en retrait jusque-là en prenant garde de tenir Mak derrière elle, le plus loin possible de l'inconnu, plissa les yeux sous ses paroles et s'approcha lentement de lui. Mak l'observa sans rien dire, devinant sa colère. Anna voulu esquisser un geste, mais se retint, sachant pertinemment qu'il était inutile de tenter d'arrêter sa sœur.
L'homme posa un regard mauvais sur la reine dont le visage demeurait fermé et glacial.
- Je t'interdit formellement de la traiter de monstre, tu m'entends ?
Déclara-t-elle, menaçante, alors que son visage n'était qu'à quelques centimètres de celui de l'homme qui pouvait sentir une vague de froid le parcourir. Il grogna pour seule réponse.
- Qu'est ce qui tu lui veux ?
Demanda fermement Elsa.
- A titre informatif, si tu me trouves peu commode, je peux t'assurer qu'elle est pire que moi.
Assura Briak avec un sourire suffisant pour appuyer les propos de la reine.
- Elle a détruit tout ce que j'avais !
Cria l'homme, ne parvenant pas à faire taire la colère qui brûlait au fond de ses yeux.
Mak fronça les sourcils en entendant ses dires.
- Tu connais ce type ?
Murmura Anna à son oreille. Mak secoua la tête. Non, elle essayait mais elle devait bien admettre qu'elle ne l'avait jamais vu.
Elsa et Briak se regardèrent. La reine lui fit signe, le loup lâcha sa prise. L'homme tomba à terre en se massant la nuque, respirant difficilement.
- Explique toi. Qui es-tu ?
Ordonna la reine alors que Briak restait sur ses gardes.
L'homme grimaça avant de déclara :
- Je m'appelle Otis, je viens d'un petit village près des forêts du Milieu. Ma femme, mon fils et moi avions toujours vécu sans crainte près de la terre des loups. Nous n'avions jamais eu de problème avec ce peuple.
Otis toussa, Elsa hocha la tête, l'invitant à continuer. Il reprit :
- Il y a deux jours, je suis parti pêcher, comme souvent. Je me suis absenté toute la journée. Je ne suis qu'un paysan, je dois nourrir ma famille comme tout le monde. Je ne suis rentré qu'en fin d'après-midi. Je pensais trouver mon village comme je l'avais laissé. Mais il n'y avait plus rien.
Elsa fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
L'homme étouffa un sanglot en passant une main tremblante sur son visage.
- Toutes les maisons étaient en feu. Des corps gisaient un peu partout. L'odeur de la peau brûlée étaient insupportables. Notre bétail était éventré. Je me suis précipité chez moi. Ma femme était étendue sur le sol, serrant encore le corps mort de mon fils dans ses bras, on leur avait tranché la gorge !
S'écria-t-il, sa voix se brisant sur cette dernière phrase.
Elsa s'accroupit à sa hauteur.
- Écoute, je ne peux imaginer l'horreur de ce que tu as vécu, mais je ne comprends pas quel est le rapport avec Mak…
Tenta la reine, essayant de se montrer aussi douce que possible.
Otis inspira profondément, puis s'expliqua :
- Sur les lieux, il n'y avait plus un seul survivant. Je me suis penché sur ma femme mais c'était trop tard. Pourtant, une femme était là. Une femme blonde qui semblait sortit des enfers. Un sourire s'affichait sur son visage, le sourire du mal incarné. Elle venait de détruire mon village, ma famille, mes amis, mes repères… Je lui ai demandé pourquoi elle avait fait ça…
Otis se tut un instant, puis posa un regard meurtrier sur Mak, restée paralysée face à son discours. Et comme si sa voix venant d'outre-tombe, il déclara :
- Elle m'a répondu. Elle m'a dit : Demande au loup blanc. Demande à Makdellana. Demande à celle qui m'a créé.
Un rire amer lea traversa. Il se releva péniblement. Ni Elsa, ni Briak ne bougèrent, voyant bien qu'il était inoffensif. Désespéré, fou de chagrin, mais inoffensif. Une larme sillonna sa joue quand il demanda en ouvrant les bras :
- A présent je suis devant toi Makdellana ! Alors dis-moi ! Dis-moi pourquoi elle a pris mon fils ! Dis-moi pourquoi elle a pris ma femme !
Les mots d'Otis transpercèrent le cœur de la louve. Que pouvait-elle dire ? La blonde, Liv avait détruit la vie et les espoirs de cet homme innocent en son nom, sans d'autre but que de la faire souffrir, de détruire ce qu'elle était.
- Je suis tellement désolée…
Murmura la louve alors que des larmes commençaient déjà à mouiller ses joues. Que pouvait-elle dire d'autre ?
Mais cette maigre réponse ne semblant pas convenir pour apaiser la peine d'Otis, celui-ci tenta de courir vers la louve. Briak l'arrêta rapidement en passant ses bras de fer autour de son corps, l'empêchant de bouger. L'homme au cœur craquelé se mit alors à hurler :
- Assassin ! Tu n'as pas le droit de pleurer ! Je ne te donne pas le droit de pleurer ! Monstre ! Abomination ! J'ai tout perdu par ta faute !
- Calme-toi ! Arrête ! Calme-toi !
Tentait Briak en serrant sa prise autour d'Otis. Épuisé d'avoir trop souffert et sachant que son calvaire était loin d'être finit, l'homme finit par tomber à genoux en hurlant sa douleur, ne pouvant s'empêcher de serrer Briak contre lui, ayant tant besoin d'un ami.
Briak fit signe à Elsa. La reine comprit et posa un regard sur son loup.
Mak ne pouvait s'empêcher de fixer l'homme en murmurant encore et encore :
- Je suis désolée… je suis tellement désolée…
Elsa soupira sous cette vision.
Est-ce qu'un jour on te laissera enfin en paix...Pensa-t-elle.
Elle jeta un œil à Briak.
- Je vais m'occuper de lui, sois tranquille.
Assura-t-il en aidant Otis à marcher vers l'auberge, bien décidé à lui offrir un verre.
Elsa s'approcha de son loup. Celui-ci suivit Otis du regard en murmurant ces mêmes paroles redondantes, ne prêtant même pas attention à sa reine.
Elsa posa une main douce sur la joue de son loup. Celui-ci sursauta et capta enfin son regard. La reine ne posa pas de question, ce n'était pas nécessaire. Elle lut dans les yeux de Mak. La culpabilité, encore et toujours de la culpabilité.
Est-ce qu'un jour tu sauras te pardonner …
Le regard de la louve était fuyant, elle semblait vouloir se perdre encore un peu dans les méandres de son âme écorchée. Elsa, refusant de la laisser faire déclara :
- Eh, regarde-moi. Je t'interdis de t'accabler de reproches. Ce n'est pas ta faute.
Un rire amer traversa la gorge de Mak alors qu'elle tentait maladroitement d'essuyer ses larmes d'une main tremblante. Elle n'était pas convaincue, pas du tout. Anna posa une main douce au creux de son dos et soutint :
- Elle a raison. Liv est la seule responsable, tu ne pouvais pas savoir.
Foncièrement, Mak n'y croyait pas beaucoup, mais que pouvait-elle faire de plus ? Liv avait fait un carnage dans ce village et elle ne pouvait réparer les erreurs du passé. Tout ce qu'elle pouvait faire était de continuer à se battre comme elle l'avait toujours fait.
- Nous devons l'arrêter.
Soutenue Anna, en sachant que si on laissait à Mak le temps de réfléchir trop longtemps, elle se flagellerait encore et toujours. Un éclair passa soudain dans le regard de la louve. Elle écarquilla les yeux, fixa Elsa et déclara :
- Les loups... Otis a dit que son village était près de celui des loups. Briak !
Hurla Mak en tournant sur elle-même.
Son ami arriva en courant quelques secondes après avoir entendu son cri. La louve courut vers lui, s'accrocha à ses épaules tandis qu'il analysait une panique incontrôlable passer dans ses yeux.
- Les loups ! Elle veut détruire ce que je suis, les loups sont en danger !
Briak serra les dents, chaque muscle de son visage se tendirent. Comment avait il fait pour ne pas y passer plus tôt.
Les deux loups grognèrent bruyamment en courant vers Elsa et Anna. Mak empoigna sa reine sans ralentir et la positionna sauvagement sur son dos. Briak imita les gestes en soulevant Anna puis tous deux s'élancèrent dans une course folle. Les deux sœurs s'accrochaient tant bien que mal, mesurant la rapidité incroyable dont pouvait faire preuve un loup prit de panique.
- Chilali !
Hurla Mak en jetant un regard vers le ciel. Un cri perçant parvint à son oreille, son ami atterrit près d'eux, Olaf sur le dos.
Briak et Mak reposèrent les deux sœurs à terre et se précipitèrent pour que tous montent sur l'oiseau.
- Bonjour ! J'espère que…
Commença Olaf.
- Pas le temps. Accroche-toi.
Le coupa la louve en agrippant les plumes de Chilali.
- Envole toi mon grand !
Ordonna-t-elle alors qu'elle se retenait pour ne pas donner de coups de talons dans les flancs de l'oiseau.
Chilali obéit et décolla brutalement.
Au milieu des nuages, la louve ne pouvait s'empêcher de serrer les plumes de son ami aussi fort qu'elle le pouvait. À de nombreuses reprises, Elsa et Anna se jetaient quelques regards entendus, ressentant la peur qui parcourait leurs loups.
- Plus vite Chilali je t'en supplie, plus vite !
Pria Mak d'une voix brisée.
L'oiseau piailla et accéléra encore et toujours.
Chilali n'ayant jamais volé aussi vite, le trajet jusqu'au village des loups se fit rapidement. Et Mak ne prit même pas la peine d'attendre que l'oiseau soit complètement à terre pour sauter de son dos. Elsa voulu la retenir mais n'était pas certaine d'y parvenir. La louve s'écrasa sur le sol, roula avant de se relever immédiatement, se précipitant vers le village, laissant ses amis derrière.
- Briak, suis-la.
Demanda Elsa en sachant qu'en tant que simple Ficede, elle ne parviendrait pas à la rattraper. Le loup s'exécuta et se lança rapidement à la suite de son amie.
Mak arriva à bout de souffle, à bout de force, à bout de tout au centre du village. Ses yeux, sa tête, tout son corps bougeait frénétiquement, tournait sur lui-même, à la recherche d'elle ne savait quoi.
Tout paraissait normal. Les huttes étaient encore debout. Pas de trace de sang, pas de carnage, pas d'incendie, mais également pas de loup.
- Makdellana !
Briak arriva près d'elle en reprenant son souffle.
- Où sont-ils ?
Demanda-t-il en prenant conscience que le village était vide.
La louve se redressa en entendant un son. Elle courut rapidement jusqu'au nord du village.
Elle les trouva enfin.
Tous les loups, agglutinés en cercle les uns près des autres, semblaient regarder quelque chose. Mak souffla en les voyant debout, elle avait eu tellement peur qu'il ne leur soit arrivé quelque chose. Elle était arrivée avant Liv, elle avait réussi. Elle savait que cet oiseau serait utile.
Lorsque les loups captèrent sa présence, ils lui jetèrent tous le même regard. Une infini compassion se perdait dans leurs yeux rougis. Aucun d'eux ne prononçaient un mot. Un silence de mort traversa le village. La louve fronça les sourcils en voyant leurs visages désemparés. Tandis qu'elle s'approchait, les uns après les autres s'écartèrent lentement pour la laisser passer. Quand tous se mirent en retrait, laissant vue sur ce qu'ils regardaient tous, Mak arrêta ses pas en voyant un corps inerte sur le sol. Son souffle se bloqua, l'idée de respirer fut absente. Sa mâchoire tomba, ses yeux s'ouvrirent bien plus qu'il n'était humainement possible.
Ce corps. Elle connaissait ce corps.
Les loups baissèrent tous la tête, les yeux cloués au sol. Certains plaquaient une main sur leur bouche pour étouffer un sanglot, d'autres se recroquevillaient en se balançant frénétiquement, comme si ce moment allait passer une fois qu'ils auraient ouvert les yeux.
Briak, juste derrière Mak, tout comme elle, ne bougeait plus. Les deux amis étaient si semblables dans l'instant, comme ils étaient semblables à toute la tribu. Quelque chose venait de mourir dans le cœur de loup de chacun. Une souffrance partagée mais jamais égalée.
Après quelques secondes déchirantes, Mak s'approcha d'un pas, peut-être deux, refusant de se confronter à ce que le sol portait, ou ne portait plus.
Ses yeux malgré eux reconnurent Malek. Malek dont les yeux étaient fermés, dont la gorge était tranchée, dont le sang avait séché, dont le teint était bleu, dont la peau était froide comme la mort qui l'avait emmené. Sa poitrine ne se soulevait plus. Sa bouche ne râlait plus comme elle avait l'habitude de le faire. Mak pouvait l'entendre, son cœur s'était arrêté.
- Aaaaah !
Hurla la louve à s'en écorcher la gorge en plaquant une main sur son cœur qu'elle sentit se fendre.
Elle se jeta sur le corps, le frappa du poing, le secoua, désirant plus que tout le réanimer en criant toujours plus fort.
Briak dont les yeux s'étaient déjà remplis de larmes l'attrapa et la releva avec force.
- Laisse le, ça ne sert à rien.
- Non !
Cria la louve en se débattant de l'emprise, voulant rester près de lui.
Briak la souleva. La louve, prise de folie, donna des coups de pieds dans le vent, cherchant à frapper son ami qui serrait les dents en la forçant à s'éloigner du corps.
- Lâche-moi ! Lâche-moi !
Ne cessait de hurler l'enfant devenue incontrôlable.
- Il est mort ! Arrête ! Tu ne peux rien faire ! Laisse-le partir.
Cria Briak, perdant prise.
Furieuse, blessée, Mak envoya son poing s'écraser sur la joue de son ami. Briak grogna sous la douleur en la lâchant enfin. La louve tomba à terre, respira une seconde, puis leva un regard assassin vers sa tribu.
Tous les loups crurent mourir d'effroi en voyant que deux crocs s'étaient immiscés entre les lèvres de leur princesse. Ce visage, celui de la bête. Mak, sans le savoir, venait de prendre les traits de la folie de son père. Aucunes larmes ne mouillaient ses yeux. Seulement une haine palpable.
- Ou étiez-vous !
Cria-t-elle en se relevant. Tous reculèrent d'un pas. Tous voyaient ses yeux immensément jaunes, son visage enlaidit par la colère.
- Vous étiez là et vous ne l'avez pas défendu. Il est mort à cause de vous !
La louve rugit en frappant un mur, seulement à quelques centimètres de la tête d'un des membres de sa tribu. Briak dont la lèvre inférieure saignait déjà voulu intervenir mais se rendit rapidement compte que si Mak avait voulu frapper ce loup, elle n'aurait pas raté sa cible. Son amie avait seulement besoin de trouver un coupable et d'extérioriser sa colère.
Elsa et Anna couraient en arpentant le village. Elles avaient entendu un cri et Elsa avait senti une douleur au fond de sa poitrine.
Quand elles arrivèrent sur place, Elsa grimaça en voyant son loup, à demi humain, détruire tout ce qui se présentait devant lui. Mak envoya son poing cogner contre la porte d'une hutte. Sous sa force meurtrière, la porte céda et la louve finit de détruire l'habitation en l'achevant d'un coup de pied rageur bien placé. La reine remarqua la peur dans les yeux de chaque loup et la lèvre fendue de Briak.
Anna attrapa la main de sa sœur en lui montrant le corps gisant sur le sol. Elsa plaça une main sur sa bouche.
- Pas lui…
Murmura-t-elle, comprenant à présent l'état dans lequel elle avait trouvé son loup. Son cœur la faisait souffrir, son dos la brûlait, son âme se vidait de tout essence, et elle savait pertinemment que ce qu'elle ressentait était décuplé dans le corps de Mak.
Elle jeta un regard à Briak. Elle le vit résigné, agenouillé, restant par sécurité loin de la louve.
Dans un dernier effort, Mak se jeta sur le corps.
- Reviens moi ! Pourquoi ne t'es-tu pas enfuie ? Stupide vieux fou !
Hurla-t-elle d'une voix qui n'était pas la sienne. Elsa grimaça en la voyant ainsi. La reine fit signe à la tribu de reculer et s'avança d'un pas.
Personne ne dit mot, seuls les cris de désespoir de la louve comblait le silence. Elsa s'agenouilla sans bruit près de son loup qui secouait le corps, refusant de le laisser en paix.
La blonde posa une main tremblante sur le dos de Mak, celle-ci grogna immédiatement en se retournant, le poing levé, prête à frapper, mais Elsa n'eut aucun mouvement de recul. La louve se figea quand elle réalisa sa reine si proche. Les deux femmes se regardèrent de longues secondes sans bouger. Le cœur d'Elsa se brisa encore de quelques millimètres en voyant son loup rejoindre ainsi l'armée des ombres. Son loup lui parut sauvage et démuni comme si l'humanité était à deux doigts d'être perdue.
Mak fut confrontée à son regard, à ce bleu, ce bleu dans lequel elle s'était fondue déjà tellement de fois. Il lui fallait quelqu'un. Quelqu'un qui réparerait son cœur et tout ce qui ne fonctionnait plus très bien en elle. Quelqu'un comme Elsa. Une Elsa douce et bienveillante. Une Elsa qui n'avait pas renoncé. Juste Elsa. Elsa qui l'aimait quoi qu'elle soit.
Une larme, la première, s'immisça au bord des yeux jaunes.
- Ils n'ont rien fait…
Murmura la louve en jetant un regard furtif à la tribu comme pour excuser son comportement.
Elsa pausa une main sur sa joue, faisant fi de ses crocs, de sa haine, de son envie de tuer. Face à elle, Elsa n'avait jamais eu peur.
- Calme toi mon loup. Ils ont peur de toi.
Mak jeta un deuxième regard, plus attentif cette fois. Elsa avait raison, les loups restaient loin d'elle, exactement comme lorsque son père était encore leur roi.
Le cœur ralentit. Les crocs disparurent. Le visage humain revint quand des effluves du parfum de décembre lui parvint. Le loup respirait enfin.
- Viens…
Murmura Elsa en attirant le corps contre le sien. Le serrant, désirant lui montrer à quel point elle ne la lâcherait jamais. A quel point elle était là. Là pour elle. Là pour la relever même si elle tombait, autant de fois qu'il le faudrait pour amortir sa chute. Là pour sécher ses larmes. Là pour l'empêcher de se détester. Là pour la préserver de tout un monde. Celui qui, depuis qu'elle existait, voulait l'abattre.
- J'ai mal…
Murmura la louve au creux de son oreille. Elsa ferma les yeux en caressant ses cheveux.
- Je comprends. Je sais ce que ça fait.
Assura-t-elle, ne se rappelant que trop bien de décès de ses parents. Elle se souvenait avoir senti son cœur se glacer entièrement, appuyée contre cette porte éternellement close, dans cette chambre éternellement vide de chaleur. Alors qu'Anna lui réclamait un bonhomme de neige à travers cette porte, elle se souvenait avoir eu tellement besoin d'un ami, d'un autre. Aujourd'hui elle serait cet autre pour Mak.
La louve avait tant besoin de quelqu'un qui comprenait ce qu'elle ressentait. Ressentir était si douloureux là tout de suite.
- Je te promet que ça va aller.
Murmura la reine.
Mak inspira fortement, bloqua, et pleura, enfin. Un sanglot déchirant s'échappa de sa gorge, pareil au sanglot de quelqu'un qui commence tout juste à vivre et ne sait pas trop comment faire. Elle crut se noyer sous ses larmes maintenant nombreuses. Des larmes contagieuses qui coulèrent aussi sur les joues de la reine sans même qu'elle ne s'en aperçoive.
- Ça va aller, mon cœur, ça va aller...
Répétait Elsa encore et encore en berçant son loup au-dessus du corps mort de Malek.
J'avais promis de vous la ramener. Je suis arrivée trop tard. Pardonnez-moi…
Ne pouvait-elle s'empêcher de penser.
- Serre moi je t'en prie.
Réclamait la louve entre deux sanglots. Elsa resserra sa prise.
- N'ai crainte, je ne te lâcherai pas.
Assura-t-elle en embrassant son front, essayant de sécher ses propres larmes du revers de la main.
Et c'est une rafale de chagrin qui traversa l'ensemble de la tribu. Tous les loups se souvenaient que Malek avait été le seul à se dresser contre Mordok quand il avait fouetté sa fille. Tous l'avaient connu. Tous l'avaient aimé. Tous l'avaient perdu. Malek avait certainement emmené une partie de chacun avec lui.
Après de longues minutes, les pleurs du loup se calmèrent enfin. Sur son visage, des larmes tenaces restaient présentes, mais la colère l'avait épargné.
Mak se redressa de l'épaule de sa reine. Son regard parcouru ce qui se passait autour d'elle. Briak serrait Anna dans ses bras. La louve remarqua son visage meurtri. C'est moi qui ai fait ça ?
Se demanda-t-elle sans oser trop y croire.
Tous les loups étaient silencieux et la fixaient simplement, attendant patiemment que l'orage de son âme passe. Même s'ils avaient été témoins de ses heures les plus sombres, ils n'oubliaient jamais que leur princesse était un brave loup. Elsa, qui voyait l'air quelque peu perdu de son loup, passa une main dans ses cheveux. Mak lui offrit un regard mélancolique, puis posa une main douce sur la poitrine figée de Malek.
- Je... Je ne sais pas ce qu'il faut faire dans ces moments-là je...
Elsa embrassa sa joue, la faisant taire. La louve ferma les yeux sous ce contact, c'était si doux, si bon, exactement ce dont elle avait besoin.
- Je m'occuperai d'organiser ses funérailles avec Briak. Ne pense pas à ça. Tu devrais aller te reposer.
Assura-t-elle, voulant lui épargner tous ces détails. Tout ce qu'elle voulait, était que Mak puisse pleurer celui qui avait été le remplaçant de son père en paix.
- Et si Liv décide d'attaquer Arendelle ?
Demanda Mak en passant une main sur son visage, essuyant ses larmes, essayant par tous les moyens de se montrer forte devant Elsa. Elle ne se sentait pas du tout comme un brave loup dans l'instant.
- Arendelle est à trois jours d'ici, elle n'est pas prête d'y être, nous avons Chilali. On a le temps mon loup ne t'inquiète pas pour ça.
Mak se perdit dans ses pensées un instant. Elsa la trouvait lointaine, se doutant que toutes ses pensées étaient pour Malek.
- Qu'est-ce qu'aurait fait Mak à ma place à ton avis ?
Demanda la louve en reniflant.
Elsa plissa les yeux en comprenant que son loup parlait probablement de ce qu'elle était avant sa perte de mémoire.
- J'imagine qu'elle aurait été furieuse dans un premier temps, puis elle aurait sans doute été très triste. Vous n'êtes pas si différentes tu sais.
Expliqua calmement Elsa face à une Mak qui buvait ses paroles pour s'y pendre comme on s'accroche à une étoile.
- Et qu'est-ce que tu lui aurais conseillé ?
Un sourire triste étira les lèvres de la reine, puis elle répondit sans hésiter :
- De ne rien faire d'inconscient. Et de me faire confiance.
Mak n'était sûre de rien, mais encore une fois, Elsa était son seul point de repère dans cette vie tragique qu'était la sienne.
Lentement, elle déposa un baiser sur le front de Malek, et elle se leva pour marcher d'un pas chancelant avant de venir se poster face à Briak. Elle grimaça en voyant sa blessure et posa une main douce sur sa joue.
- J'espère que vous pourrez me pardonner…
Dit-elle à l'attention de toute la tribu. Une larme vint mourir entre les lèvres de l'homme quand il l'attira à lui, pressant sa tête d'une grande main contre son torse.
- Il n'y a rien à pardonner.
Assura-t-il.
- Il y a tellement de choses que j'aurais aimé lui dire, et tout ce que j'ai fait c'est de le traiter d'alcoolique.
Avoua la louve en se souvenant des derniers moments qu'elle avait passé avec Malek.
- Et qu'est-ce que tu lui aurais dit ?
Demanda Briak en relâchant sa prise autour de son amie.
Mak réfléchit une seconde et déclara :
- Qu'il a été un meilleur père pour moi que Mordok. Qu'il m'a appris tout ce que je sais. Qu'il me plait de penser qu'il était fier de moi comme je suis fière de lui...et que je l'aimais.
Briak sourit, colla son front contre celui de son amie en prenant son visage entre ses mains.
- Tu vois, tu viens de le lui dire.
Un infime sourire effleura les yeux de la louve alors qu'elle sentait que les larmes menaçaient déjà de revenir. Elle inspira profondément et déclara :
- Je vais aller me reposer un moment.
Briak acquiesça.
- Je vais m'occuper de lui, prends ton temps.
- Merci.
Répondit sincèrement la louve.
Elsa jeta un regard entendu à sa sœur. Anna comprit, la reine n'était pas prête à laisser son loup sans surveillance.
- Allé viens p'tit loup je vais m'occuper de toi.
Assura la princesse en passant un bras autour des épaules de Mak qui la suivit sans sourciller.
Briak la regarda s'éloigner puis se tourna vers Elsa, restée près du corps de Malek. Le loup inspira un peu de courage.
- Je peux le faire à ta place si tu veux.
Entendit-il.
Il baissa les yeux et trouva Olaf, une brindille de bras poser sur sa jambe. Le petit bonhomme de neige lui arracha un sourire. Le loup posa une main sur la tête blanche.
- Merci petite chose, mais ça va aller.
Olaf se souvint soudainement que les loups avaient l'habitude de vouloir manger tous ceux qui les agaçaient.
- Si j'étais un loup, je mangerais la mort pour qu'elle ne puisse plus faire du mal à mes amis.
Expliqua-t-il, faisant cette fois rire Briak.
- Parfois, j'aimerais tellement voir le monde à travers tes yeux. Si j'étais un fils de glace, je t'aurais sans doute créé.
Déclara-t-il alors qu'un nouveau sanglot menaçait de lui briser la voix.
Il se ressaisit rapidement et se dirigea vers Elsa qui l'attendait patiemment en lui laissant tout le temps dont il aurait besoin.
Elsa savait qu'il faudrait au moins une vie entière pour que les loups puissent faire semblant de ne pas souffrir de cet immense vide que Malek venait de laisser derrière lui.
La reine analysa le visage du grand loup, lisant en lui comme elle l'avait fait dès leur première rencontre. Briak se montrait fort. Cette mission qu'il avait toujours accomplie sans tâche pour Mak.
Mais pour l'heure, Mak n'était pas là et Elsa savait qu'au fond, le loup cachait tout ce qu'il ne se permettait pas devant elle.
Elle se releva et posa une main froide sur son torse. Elle sentit son cœur battre beaucoup trop fort, beaucoup trop vite.
Parce que c'était quelque chose entre eux, faisant référence à la première fois qu'il lui avait fait confiance, et parce qu'elle savait qu'il n'avait jamais oublié, elle murmura :
- J'existe pour que tu puisses te pardonner.
Briak leva les yeux au ciel, se refusant à montrer la moindre faiblesse, mais fut bien vite rattrapé de plein fouet par ses sentiments, et fondit en larmes en s'abandonnant sur l'épaule d'Elsa.
La reine l'écouta pleurer sans rien dire. Elle savait que le loup ne voulait rien entendre, qu'il réglait seulement quelques comptes avec lui-même, se maudissant probablement de ne pas avoir été là pour sauver Malek. Elsa savait aussi qu'il était inutile d'essayer de lui faire entendre le contraire. Que comme Mak, cette blessure demeurerait à jamais ouverte. Olaf s'accrochait à la grande jambe du loup, voulant lui apporter tout le soutient dont il était capable.
Briak tenta de se calmer en prenant de grandes inspirations. Décidément, cette foutue blonde allait finir par avoir raison de lui.
- Finissons-en.
Déclara-t-il en se raclant la gorge.
Il ordonna aux loups d'entasser du bois au centre du villages et se chargea avec Elsa d'envelopper religieusement le corps dans des linges immaculés. Chacun donna de sa personne, rendant un dernier hommage à l'être perdu, cela occupa toute leur journée.
Le corps fut ensuite déposé sur le bûcher qu'on enflamma alors que la nuit commençait à tomber.
Une multitude d'étincelle s'envolaient, se suicidant entre les souffles de vents. Une chaleur envahit le village et se propagea au font des cœurs. Bien vite, trop vite au goût de certains, le corps se consuma pour s'élever on ne savait où.
Certains loups chantaient quelques ballades ancestrales qu'ils se souvenaient douces à l'oreille de Malek. Lui qui savait apprécier les histoires d'antan qu'on comptait lors de soirée où tout le village se réunissait autour d'un immense feu, se réchauffant près des braises jusqu'à ce que celle-ci meurent sous la cendre. Lui qui ne voyait plus mais voyait pourtant mieux. Lui qu'ils regretteraient tous.
Mak sortie de sa hutte, portant entre ses mains le loup de bois que Malek lui avait offert lors de ce jour tragique. La louve s'avança près du bûcher silencieusement.
Anna vint se poster près de sa sœur qui prenait garde à ne pas perdre son loup des yeux.
- Comment va-t-elle ?
Demanda Elsa.
Anna haussa les épaules en perdant son regard dans le feu.
- A-t-elle mangé ?
- Non. Elle a beaucoup pleuré et s'est endormi. Elle vient de se réveiller. J'imagine qu'elle ne parviendra pas à manger avant demain. Il lui faut juste un peu de temps pour se relever mais je ne m'inquiète pas pour elle. Je suis sûre qu'elle était déjà forte à quatorze ans.
Elsa sourit en voyant Mak jeter le loup de bois dans le feu. Sa sœur avait raison, Mak se relèverait.
- Je suis désolée.
Déclara-t-elle soudainement. Anna tourna la tête vers elle et demanda :
- Pourquoi ?
- Quand nous avons perdu nos parents, je n'étais même pas présente à leur enterrement. Je t'ai laissé affronter cela seule. J'aurais dû être là pour toi comme je le suis aujourd'hui pour Mak. Si ce jour-là j'avais été capable de te faire un bonhomme de neige, sois sûre que je l'aurais fait.
Termina-t-elle en baissant la tête.
Elle sentit la main d'Anna se glisser dans la sienne. Elle tourna la tête vers sa sœur et la vit sourire sereinement en fixant le feu et la chaleur qu'il lui apportait.
- Sois sûre que je n'en ai jamais douté.
Elsa lui rendit son sourire parce que même avant l'incident, il n'avait toujours suffi que d'un sourire pour qu'elles se comprennent.
Mak revint près des deux sœurs et perdit à son tour ses yeux dans le feu en déclarant :
- Il aurait adoré ce que vous avez fait. Merci. Je ne m'en sentais pas capable.
- Tu n'as pas à me remercier pour ça.
Répondit la reine en souriant tristement.
- Je veux la faire payer Elsa.
Elsa remarqua un brin de colère passer sur son visage. Son loup se battait, luttait pour se relever.
- Comme toujours, je suis avec toi mon loup.
Répondit-elle en glissant sa main dans celle de la louve qui semblait avoir grandi d'un seul coup.
Mak hocha simplement la tête. Elle avait eu la réponse qu'elle attendait. Aujourd'hui, son âme s'était brisée comme une bouteille disparaissant en éclat de verre contre le mur dur et brutal de la vie qui avait payé de ce qu'elle devait à la mort. Demain, cette blessure se cautériserait, et se transformerait en message qu'elle enverrait à Liv pour lui dire qu'il n'y aurait aucun endroit sur terre où elle pourrait se cacher. Qu'elle la retrouverait.
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