Résumé du chapitre précédent : Harry a été réparti à Serpentard alors que lui et Tom commencent tout juste leur scolarité à Poudlard. Harry subit le comportement manipulateur et toxique de Tom.


CHAPITRE TROIS

Deux mois plus tard


-HARRY-

« Salut, Tom. » Il se glisse dans la pièce quelques instants avant le couvre-feu.

« Harry. »

Tom s'allonge ensuite en travers de son lit et regarde délibérément dans n'importe quelle autre direction que la mienne. Je prends une profonde respiration. Il ne m'a pas parlé de toute la journée. Je sais que je devrais faire mieux, mais je suis inquiet qu'il essaie juste de me tuer ou quelque chose comme ça si j'essaie de m'occuper de lui. J'ai besoin d'une approche différente.

« Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? je lui demande.

— Pourquoi poses-tu des questions aussi stupides ? » Il me répond sans même tourner la tête.

Je prends de grandes respirations pour ne pas m'énerver. M'énerver ? Je ne peux pas m'empêcher de rire de moi-même. Est-ce que trois mois sont tout ce qu'il me faut pour oublier que le destin de ce garçon et celui de mes parents sont liés ? Est-ce que c'est tout ce qu'il me faut pour m'accrocher désespérément à son approbation ?

« C'est juste que, euh, tu n'as pas, regardé dans ma direction, du moins pas directement vers moi, ou parlé beaucoup de toute la journée, je dis d'un ton calme. »

Même moi, je ne suis pas sûr de l'impression que ça donne. Pathétique. Dépendant. Attaché.

Merlin, est-ce que je ressemble à un petit esclave intimidé ? Pourquoi est-ce que je m'en préoccupe ? Il est –ou il sera– un assassin.

Tom se renfrogne avant de m'honorer d'une réponse. Oui, plus tôt aujourd'hui il m'avait informé qu'il honorait mes questions sans importance et mes déclarations hors de propos de réponses.

« Dois-je te regarder chaque seconde et te parler chaque minute ? Est-ce que tu te prétends aussi important ? Est-ce que tu souhaites que je soupire ton nom toute la nuit ? Est-ce que tu penses vraiment que tu le mérites ? demande-t-il, sa voix pleine de venin. »

Je regarde mes pieds. Il a raison, j'ai perdu de vue ce que je suis censé faire. Malgré la manière dont il me traite et ce que je sais de lui, j'ai commencé à le voir comme un vrai ami. Cette alternative ne va pas être la plus simple pour moi.

« Non, Tom.

— Alors pourquoi t'acharnes-tu à ce que je me fatigue de ta présence ? répond-il cruellement. »

Je m'interromps. Est-ce que j'ai réussi à le perdre si vite ? Enfin, je veux dire, échouer ma mission ? C'est Lord Voldemort, pas Tom Jedusor. J'ai besoin de– Je devrais me sentir désespéré à ce point de ma mission, et non pas ressentir de la douleur lorsqu'il me trahit. Mon cœur semble se briser lentement.

« Tu ne voudrais pas, mais ça te dérange quand même, dit Tom d'une voix sarcastique. » Il semble plus fort qu'avant, il y a quelque chose derrière.

Je ne dis rien.

« Est-ce que tu voulais être à mes côtés pour toujours ? demande-t-il. Est-ce que– »

Je le coupe.

« J'avais pensé que nous étions amis, oui. Peut-être plus que ça. Ça me dérange que tu sois fatigué de moi. Je n'ai pas d'autres amis. »

J'écarquille les yeux, choqué de ma propre honnêteté. Je ne voulais pas révéler mes pensées intérieures. C'est vraiment insensé, mais je considérais Tom comme mon meilleur ami ici. Jusqu'à maintenant.

« Ne m'interromps jamais ! hurle Tom. »

Mon regard embrasse rapidement l'ensemble du dortoir. Tous sauf Severus sont endormis.

« Je– je commence à bégayer.

— Sois calme maintenant ou bien les autres seront témoins de ton humiliation ! Plus que ça ? Est-ce que tu as pensé que je pouvais t'aimer ? » Il rit de moi.

Je regarde encore une fois autour de nous.

« J'ai lancé un sort de silence. Réponds-moi quand je te parle ! C'est la véritable raison pour laquelle nous en avons fini. Je n'ai pas besoin de toi. Tu as outrepassé ton utilité, Potter.

— Non, Tom. »

Même aveuglé par lui je ne serais jamais assez bête pour penser qu'il soit capable d'aimer.

« Tu n'as aucun ami parce que tu n'en avais besoin d'aucun. Utilise ton petit cerveau. Tu n'avais besoin de personne d'autre tant que tu avais ma faveur, mais maintenant tu l'as perdue.

— Je ne le permettrais pas, je réponds.

— Ça n'a jamais été en ton pouvoir de permettre quoi que ce soit. Je. N'ai. Pas. Besoin. De. Toi. Fais tout ce pour quoi tu es fait, et va dormir. »

Ça me stupéfie qu'il arrive à la fois à crier et à chuchoter.

Il se couche sur le côté et je sens que la conversation est terminée. Ça ne fait que renforcer ma conviction que Tom n'est pas différent maintenant de ce qu'il sera à l'avenir, et qu'il n'y a jamais eu d'homme à sauver. Peu importe, je ne permettrais pas ça. J'ai un devoir et ses caprices n'interféreront pas avec. C'est juste un petit contretemps.

Et pourtant quand je ferme les yeux pour dormir, quelques rêves brisés viennent se glisser sous mes paupières, et mouillent mon oreiller.

.oOo.

« Je peux m'asseoir avec toi, Severus ? »

Je décide de braver la Grande Salle pour le déjeuner après avoir réalisé que je ne peux pas rester affamé pour toujours.

« Qu'est-ce qui est arrivé à ce Jedusor ? demande-t-il prudemment. »

Tom était plutôt désagréable avec lui depuis le matin où il avait osé me parler. Comment Severus pouvait oser me distraire des désirs de Tom Elvis Jedusor ? Comment si je n'avais rien de mieux à faire que de me prosterner à ses pieds.

« J'ai la mauvaise réponse, je suppose, dis-je avec un petit sourire. »

Je m'assieds quand même. Severus va être mon premier ami qui ne soit pas Tom.

« Tu as l'air bouleversé, dit-il. »

Mon masque de contrôle vacille, et je ressens la peine que je refuse de reconnaître.

« Je vais bien, je mens.

— Non, c'est faux. »

Je soupire.

« Je suis un peu bouleversé, j'admets. Je ne m'y attendais pas, mais je le suis. »

Plus atteint que je ne le pensais est un euphémisme. J'étais resté dans mon lit jusqu'à maintenant et avais séché tous mes cours du matin. J'avais passé le temps alternativement à pleurer et à me maudire. Je devais avoir l'air horrible.

« Je peux comprendre, dit-il.

— Tu peux ? »

La faiblesse. Encore une autre faiblesse pour m'empêcher d'accomplir ma tâche.

« Tu es la seule personne qui a été gentille avec moi depuis que je suis ici. Je vais faire de mon mieux pour t'aider, dit-il.

— La seule personne ? je demande.

— Le seul garçon en tout cas. Il y a cette fille, Lily. Elle a été répartie à Gryffondor et on a été séparés. Mais il y a toujours Bella, répond-il. »

Je ne savais pas qu'il avait été ami avec ma mère. Je ne peux pas m'empêcher de penser que la querelle entre lui et mon père a dû être causée par une histoire de filles –sera causée par une fille.

« Qu'est-ce qui s'est passé avec Jedusor ?

— Il est fatigué de ma présence, je réponds. J'ai toujours su qu'il déciderait qu'il est mieux que moi–

— Tu l'aimes.

— Non c'est faux ! je m'exclame. Qu'est-ce qui te fais penser ça ?

— Tu lui es assez dévoué pour ne pas réaliser que c'est un connard et que tu es chanceux qu'il ne veuille plus de toi. Tu es mélancolique. Tu as passé la matinée à pleurer à cause de lui. Ton regard se perd quand je prononce son nom. Dois-je continuer ?

— Je le hais, Severus. » Ma voix est plus calme que je ne m'en pensais capable.

Il renâcle. Je frappe légèrement son épaule. Il me rappelle Ron. Je suis frappé par une vague de manque si forte que les larmes me viennent aux yeux. Severus a l'air triomphant. Bien sûr il pense que je pleure à cause de Tom. Il ne sait pas que je viens du futur, et je ne peux pas le lui dire. Je ne peux le dire à personne.

« J'ai remarqué qu'il déteste quand tu parles à d'autres garçons. Il te regarde toujours en cours, continue d'énumérer Severus d'un ton laconique. »

Je secoue la tête. Tout cela, c'était seulement parce qu'il s'assurait que je n'avais personne d'autre que lui. L'isolement pour garantir la loyauté.

« Non... On se connaissait avant Poudlard. C'est juste comme ça qu'est Tom. »

— La dame fait trop de protestations, ce me semble*, rit-il.

— Severus, où est-ce que tu as appris ça ? »

Je jette un coup d'œil vers Tom. Il est assis avec Lucius Malfoy. Je les regarde parler et rire ensemble comme si tout le reste n'avais pas d'importance. Je peux presque le sentir m'oublier sans accroc. Ce n'est pas bien. C'est presque Noël et je ne peux pas penser à un autre moment, je vais devoir lui parler avant l'été si lui ne veut plus me parler.

« Tu es en train de le fixer, Harry.

— Je ne faisais que regarder.

— Mais oui, bien sûr.

— C'est de la haine, je marmonne.

— Bien sûr, Harry » Severus lève les yeux au ciel.

Je ris sans savoir pourquoi. Il y a un silence parfait et nous cessons de parler pour terminer notre repas.

« Je serais ton ami, dit-il finalement. »

Je lui souris en retour.

« Pareil, je lui réponds. »


Note


* "The lady doth protest too much, methinks" est un extrait d'Hamlet. wiki/The_lady_doth_protest_too_much,_methinks

Une bêta-lecture de ce chapitre a été faite le 5 Juin 2019, avec l'aide de Lili76.