Chapitre 12

Tonks regardait sa chope. Elle sentait le regard de Fleur sur elle. Aucune des deux n'osant engager la conversation. Tonks estimait que c'était à Fleur de le faire. Après tout, c'était elle qui avait comploté avec son meilleur ami pour la faire venir ici. Fleur se jeta à l'eau.

-Je suis désolée, dit-elle simplement. J'avoue m'être laissée dépasser par les événements…

Elle marqua une pause. Tonks but une gorgée de bierraubeurre tout en prenant soin de ne pas regarder Fleur.

-Avec le Tournoi, cette pression, ce nouveau pays, cette école, et puis… Toi. J'ai été submergée d'émotions, et je me suis protégée instinctivement comme j'ai pu, en faisant ce pourquoi je suis douée ; plaire.

Tonks vida sa chope.

-C'est bon, tu as fini ? Dit-elle en se levant.

Fleur se leva également.

-Tonks s'il te plait…

Celle-ci daigna enfin à la regarder. Son regard était larmoyant, désespéré. Tonks se rassit, et invita Fleur à continuer.

-Et après tout ça, quand j'ai vu que je te plaisais, je n'ai pas pu m'empêcher de te provoquer… C'est là que, pour me remettre à ma place, tu as pris le dessus. J'étais chamboulée ce jour là. Puis tu m'as laissé ma deuxième chance… Mais je ne te voyais plus de la même façon. Je ne te voyais plus comme quelqu'un de banal qui se laissait manipuler par mon charme. Même si je le voyais que je continuais à te plaire.

Tonks eut un petit rire nerveux. "Plaire" était un euphémisme. Fleur semblait nerveuse aussi, guettant la moindre réaction de Tonks, elle marchait sur des oeufs.

-Le problème, poursuivit Fleur, était que tu étais mon entraineuse. Et je perdais déjà le contrôle sur mes émotions face aux Tâches, aux attentes qu'on avait de moi, je ne voulais pas perdre le contrôle avec toi. Je ne sais pas… D'une certaine manière, ça me rassurait. Je me sentais en sécurité avec toi.

Tonks sentait une chaleur l'oppresser.

-On peut aller prendre l'air ? Demanda t-elle subitement.

-Je… Bien sûr, répondit Fleur, surprise.

Mais Tonks était déjà debout, indifférente à la réponse de Fleur. Sans savoir si elle la suivait, elle prit la direction de la sortie du pub. Les mains dans les poches, elle marchait dans la neige boueuse, Fleur sur ses traces. Cette dernière était hésitante. Ne sachant quoi faire ou dire.

Elles marchèrent ainsi durant trente bonnes minutes. Silencieuses. Seul le bruit des quelques passants qui se pressaient de trouver une source de chaleur dans les pubs ou magasins et le son des bottes crissants dans la neige faisaient écho. Au fur et à mesure de leur marche funèbre, elles s'éloignaient du centre du village. Les passants se faisaient de plus en plus rares, jusqu'à disparaître totalement. Les maisons étaient de moins en moins nombreuses et plus espacées, et la neige était plus propre et blanche. Tonks entra dans une forêt. Fleur se demandait si elle avait conscience qu'elle la suivait encore. A cet endroit là, il n'y avait plus de maison. Que des arbres, et la blanche neige impeccable témoignait d'aucune trace de passage. Le terrain était inégal, la neige étant tantôt épaisse, tantôt verglacée. Fleur failli tomber plusieurs fois, notamment lorsque qu'elle s'enfonçait sans s'y attendre jusqu'aux genoux.

Fleur voulut demander où Tonks l'emmenait, mais à ce moment, cette dernière s'arrêta. Elles étaient devant un portail menant à une vieille maison en bois qui semblait abandonnée.

-La cabane hurlante, dit Tonks, se doutant de la question de Fleur.

Puis elle s'asseya par terre, dans la neige. Fleur l'imita.

-Qu'est-ce qu'elle a de particulier, cette cabane ?

-Elle est hantée.

Fleur ne savait pas si Tonks plaisantait ou non. Elle se contenta de hocher la tête.

-On entend des cris, parfois, provenant de cette maison.

Il eut un silence durant quelques longues minutes.

-Tu sais… Commença Tonks, je pensais vraiment qu'il y avait quelque chose de sincère entre nous. Ca me fait juste mal de savoir que je me suis faite des films à l'idée d'un potentiel "nous". Je me rends compte que nous n'étions simplement pas sur la même longueur d'onde.

-Mais c'était sincère !

Fleur se mit accroupie devant Tonks. Celle-ci regardait la cabane hurlante.

-Hey, Tonks… Continua Fleur, en essayant de capter son regard. J'ai été sincère. Juste un peu… Maladroite.

Tonks la regarda dans les yeux. Elle eut un léger sourire. Mais pas son sourire habituel, pensa Fleur. Ce n'était pas son sourire chaleureux. Celui-ci était étonnement distant.

-Ne t'en fais pas Fleur, Je continuerai à t'entraîner pour la troisième Tâche. Je m'y suis engagée. Ne t'inquiète pas pour ça.

-Ce n'est pas pour ça que je m'inquiète.

-Je ne veux pas de ta pitié, Fleur.

Fleur prit cette dernière phrase comme un coup de poing au ventre.

-De la pitié ? Tu crois que j'ai de la pitié ?!

Tonks soupira.

-Peu importe ce que c'est, reprenons juste une relation platonique, non malsaine, d'entraîneuse à élève. Point.

-C'est ce que tu veux ? Risqua Fleur.

Un corbeau noir vint se poser sur le portail. Tonks le regardait sans vraiment le voir. Fleur, elle, attendait une réponse. Puis, Tonks la regarda de nouveau droit dans les yeux, le visage plus dur et plus froid que jamais.

-Oui, c'est ce que je veux, dit-elle d'une voix glaciale.

Fleur en eut le souffle coupé.

-Si c'est tout ce que tu avais à me dire, reprit Tonks, indifférente, pars. Laisse moi seule. On se voit lundi prochain, neuf heures dans le Hall pour l'entraînement.

Fleur restait plantée là. Accroupie devant Tonks qui avait le regard lointain. Jamais elle ne l'avait connue aussi distante, aussi glaciale. Elle finit par se redresser, avec difficulté, et se dirigea vers le village. Elle s'arrêta quelques mètres plus loin pour se retourner. A ce moment précis, une vague de culpabilité et de détresse monta en elle. Un noeud bloqua son estomac et une boule lui resta bloquée en travers la gorge. Elle regarda le dos de la métamorphomage, ses courts cheveux roses… Elle due concentrer une bonne énergie et une grande force afin de mobiliser ses jambes à avancer de nouveau en direction de Pré-Au Lard.

Tonks entendit les bruits de pas de la vélane s'évanouir. La nuit commençait à tomber. Le corbeau croissa. Et elle le regarda reprendre son envol. Les larmes lui montèrent, et Tonks craqua. Les genoux repliés contre elle, la tête entre ses bras, elle pleura, les mains agrippant ses cheveux à présent bleus pâle. Elle frappa à plusieurs reprises dans la neige.

Soudain, elle entendit des pas et une silhouette vint l'enlacer par derrière.

-Non non non… Murmura Fleur. Il est hors de question que je te perde. Pas comme ça. Pas à cause de ma bêtise. Je refuse de tout détruire à nouveau, et m'en aller sans même essayer de recoller les morceaux. Je ne m'enfuirai plus.

-Fleur… Dit Tonks en tentant de reprendre un air froid. Ecoute...

-Non, toi écoute moi.

Elle se mit devant Tonks, accroupie, en lui attrapant les genoux.

-J'ai fait n'importe quoi. Ok, je t'en ai fait baver au début parce que tu n'étais qu'une fille parmi tant d'autres qui me donnait des ordres. Tu n'étais pour moi qu'un symbole d'autorité bidon à détruire. Mais lorsque tu as changé ce symbole en humaine, de part ta colère, j'ai changé d'opinion sur toi. Tu m'as montré ta colère, j'en voulais plus. je voulais plus d'émotions. Mais tu contenais tout. Excepté lorsque je te provoquais. Je parvenais à desceller une étincelle de joie, de colère, d'amour… J'ai été égoïste. A vouloir forcer cette barrière, à vouloir aller plus vite que notre relation qui commençait tout juste à naître, j'ai tout détruit. J'aurais dû attendre que tu t'ouvres naturellement à moi, mais j'étais trop gourmande. Et évidemment, ça a explosé. Tout a volé en éclat par ma faute. Je ne peux pas te forcer à me pardonner, ou me donner une autre chance, mais je m'en voudrai de ne pas te le demander. S'il te plait, Tonks. Je ferai les choses bien cette fois-ci.

Il faisait nuit noire à présent, et Fleur attendait avec appréhension la réponse de Tonks. Mais elle se sentait mieux, malgré tout. Durant ce court instant où elle avait dit tout ce qu'elle avait sur le coeur, sans prendre de pincettes, durant cet instant où l'on se jette dans le vide, avant de savoir si le parachute va s'ouvrir ou non. Dans l'obscurité, Fleur arrivait à peine à distinguer le visage de Tonks. Elle attendit, mais rien. Pas un mot, pas une émotion perceptible, rien. Fleur soupira. Son parachute ne s'ouvrait pas. Elle se leva donc, appréhendant la chute. Elle voyait le sol se rapprocher de plus en plus rapidement d'elle et elle se demandait si elle survivrait à cet impact. Soudain, Tonks l'attrapa par le col pour la retenir et l'embrassa. Le parachute venait de s'ouvrir.

Une voix retentit dans la forêt.

-Qui va là ?! C'est une propriété privée !

Tonks et Fleur se retournèrent, la voix se rapprochait. Tonks prit Fleur par la main et l'attira en courant vers la cabane hurlante. Elle passèrent le portail et atteignirent l'entrée de la maison hantée. Elles se regardèrent, hésitèrent mais la voix qu'elles avaient entendu précédemment était à présent devant le portail, là où elles se trouvaient quelques minutes plus tôt. Tonks poussa la porte et entra, Fleur sur ses talons. Elles montèrent à l'étage, sans lumière, de peur d'attirer l'attention de l'homme les poursuivant. A taton, elles rentrèrent dans une pièce. Tonks regarda par la fenêtre, et vit la lumière que l'homme tenait du bout de sa baguette s'éloigner et retourner dans le bois. Une fois hors de vue, Tonks sortit sa baguette.

-Lumos !

Et une boule de lumière jaillit de la baguette et vint éclairer la pièce. Elles se trouvaient dans une vieille chambre, avec un lit deux places défoncé, un piano cassé, une table de chevet branlante, le parquet était recouvert de griffures violentes, de traces de boue, de chaussures et de pattes de chien.

-Whoah… Tu m'expliques où on a atterri là ? S'écria Fleur.

Mais elle n'obtint jamais de réponse à sa question, car les bras de Tonks entourèrent Fleur, son corps plaqué contre son dos. Une de ses mains monta jusqu'à la gorge de Fleur, la griffant légèrement pendant que ses doigts serraient tout doucement. Elle lui mordit sensuellement le cou pendant que son autre main glissait entre ses jambes. Fleur poussa un petit gémissement de plaisir et se retourna face à Tonks.

-Tu veux jouer ? Murmura Fleur dans le creux de son oreille. Alors jouons.

Fleur poussa Tonks sur le lit. Celle-ci tomba sur le matelas et regarda Fleur enlever ses hauts avant de venir la rejoindre.

-Des cris proviennent parfois de la cabane, c'est ça ? Murmura Fleur, avec un sourire en coin, tout en déshabillant Tonks.