Résumé du chapitre précédent : Tom correspond avec Lucius alors qu'il est resté à Poudlard pour les vacances, Lucius lui conseille de garder Harry auprès de lui, suggérant qu'il pourrait être utile, mais Tom refuse cette option, trouvant toujours Harry trop faible.


CHAPITRE SIX

Bella, Sev et Le Garçon Impossible


« Vas-tu un jour arrêter de broyer du noir et m'aider avec cette potion ? demande Severus.

— Je suis nul en potion, Sev. Tu le sais, je soupire. »

Après un accident désastreux avec une potion de sommeil, tout le monde le savait. J'avais été forcé de passer un nombre incalculable d'heures à couper des choses proprement et lire avec attention les instructions pour que ça ne se reproduise jamais. La classe entière en était reconnaissante.

« Tu es devenu meilleur, Harry. Coupe ça, s'il te plaît ? dit-il. »

Je prends un couteau et coupe instinctivement les racines d'aconit en morceaux réguliers.

« Je ne broie pas du noir, dis-je.

— Si. Passe-moi la balance, dit-il. »

Je lève les yeux au ciel et tend brusquement la main. J'ai été moins joyeux que d'habitude, mais seulement parce que ma mission est en danger. Mon plan alternatif de former une armée a immédiatement échoué. Je n'ai jamais été bon pour commander les gens. À mon époque, ils m'avaient suivi sans le moindre effort de ma part, tout d'abord grâce à ma cicatrice, et puis grâce à mon amitié.

« Tu penses que je deviens vraiment meilleur pour ça ? je demande.

— Tu as un des meilleurs tuteurs de toute l'école, rit Severus.

— Tom Jedusor a les meilleures notes dans toutes les matières, dis-je.

— Tu vois ? Tu broies du noir ! »

Mais non. Ce serait seulement faire une erreur que de ne pas le respecter. De croire qu'on peut vaincre un ennemi au corps à corps tant qu'on ignore obstinément sa baguette. Quand je dis cela à Severus, cependant, il se moque et donne un dernier mouvement au chaudron.

« Parfait, dit-il. »

Je suis soudainement submergé par une vague de nostalgie. Ron et Hermione me manquent, mais principalement parce que je ne leur manque plus. Le sourire fourbe de Sev est une des meilleures choses que je n'ai jamais vues. Et d'une certaine manière, cette distraction ne semble plus être le signe de mon échec.

« Severus, tu es mon meilleur ami, dis-je.

— Salut ! »

Je me retourne rapidement.

Une petite fille avec de grands yeux sombres, qui attrapent la lumière d'une manière très inhabituelle, et des cheveux frisés, sauvages, marche vers nous. J'ai dû rater la sonnerie. Je peux dire par le sourire sur son visage que si elle n'est pas déjà à Serpentard, alors c'est qu'elle vient juste de changer de maison. Malgré sa taille et sa joie, un sens de la supériorité persiste dans ses manières. Je me tourne vers Severus.

« Je le pense, dis-je. »

Il se mit à bégayer, ce qui ne lui ressemble pas du tout, et rougit légèrement.

« Salut, Bella, dit-il rapidement. »

Bella ?

« Tu es Harry, n'est-ce pas ? me dit-elle d'une manière qui trahit qu'elle connaît déjà la réponse. » Je touche distraitement ma cicatrice, avant de me souvenir que ce n'est pas comme cela qu'elle m'a reconnu. Plus personne ne me reconnaît comme ça. Plus maintenant. Je hoche la tête. Quelque chose à propos d'elle me fait penser à Colin Creevey. Et puis je la reconnais. Bellatrix Lestrange ? Comment une femme aussi tordue et brisée avait pu être cette fille qui me fait face ? Peut-être que tous les partisans de Voldemort avaient été, en fait, des personnes avant de le rencontrer.

« Je suis Bellatrix Black. Severus m'a beaucoup parlé de toi, dit-elle. Il–

— Bella ! siffle Sev. »

Je ris.

« Il t'a dit que j'étais mauvais en potions, non ? je demande.

— Non, commence-t-elle. Il–

— Bella ! interrompt à nouveau Sev.

— Dis-moi. » Elle nous mène en dehors de la salle. « Es-tu vraiment amoureux de Tom Jedusor ? »

Je pince le bras de Sev tout en niant avec ferveur que je puisse aimer Tom. Il essaye d'exposer toutes les raisons qui prouvent que je mens malgré mes efforts, et Bellatrix rit de bon cœur pendant que je m'épuise.

« Je ne pourrais jamais ! C'est même impossible ! je m'écrie. »

Ça fait longtemps que les choses ne sont plus aussi simples, pourtant.

Je souris à ma propre petite « armée » et soudainement, je me rappelle ce que ce mot signifie pour moi. Pas des serviteurs, pas de choses à utiliser comme des boucliers, mais des personnes pour qui je vivrai et je mourrai. L'armée de Dumbledore était basée sur la connaissance et la camaraderie, et la mienne le sera aussi.

.oOo.

« Bella, tu marches trop vite, je crie en trottinant. Serdaigle n'a aucune chance de nous battre. »

Je regarde les poursuiveurs avec enthousiasme. Severus ne s'intéresse pas vraiment au Quidditch, mais il m'a laissé le traîner pour aller voir le match. Principalement parce que Bellatrix était d'accord avec moi et a décidé de venir.

« Parle-moi du Quidditch, Harry, dit Severus. »

Je pense qu'il est fatigué de regarder les robes voler et a décidé de comprendre le jeu. Sev déteste ne pas comprendre les choses.

« Oh ! Eh bien, ce joueur là est le gardien, dit Bella avant même que je puisse ouvrir la bouche. »

Elle semble ravie d'avoir une tâche à accomplir. Derrière nous et à droite se trouve Tom. Il est assis avec Lucius Malfoy et un autre garçon que je ne reconnais pas. Le garçon est légèrement tourné d'une manière qui suggère qu'il est celui qui parle et qu'il chuchote à peine. Je souhaiterai pouvoir entendre ce qu'ils se disent, mais je sais que Tom a jeté des sorts de protection.

« J'aimerai jouer l'année prochaine, dis-je.

— Quelle position, Harry ? demande Bellatrix. »

J'ai remarqué qu'elle a soif de savoirs. Pas le genre de choses que Severus prise, pas le genre de choses qu'on trouve dans les livres, mais le genre de savoirs qui signifient que vous connaissez mieux une personne. Ce sens d'être à sa place est très certainement ce qui l'a attirée vers les Mangemorts.

« Poursuiveur, je pense. »

Je sais. La seule personne qui peut m'en empêcher est le capitaine et je doute qu'il dise non après m'avoir vu voler. Il reste quand même le problème de ne plus avoir de balai, ni même d'argent. La seule raison pour laquelle j'ai des livres et des robes, c'est le fond pour les orphelins. Mais ce n'est pas un problème. Je ne devrais pas me laisser espérer pour ça en tout cas. J'ai abandonné le Quidditch et tout le luxe pour la paix et la sécurité. J'irai à Azkaban et j'y mourrais si je tuais Tom. Si je ne le fais pas, je devrais passer tout le reste de ma vie à le garder humain.

.oOo.

Je m'assieds sur le quai du lac noir. J'ai une idée.

« Bella, dis-je, as-tu déjà fait des ricochets ? »

Elle me regarde avec confusion. Ses sourcils faisant quelque chose de très amusant.

« Faire… des ricochets ? demande-t-elle.

— Laisse-moi te montrer, je réponds. »

Je saisis une pierre plate et lisse de la couleur des yeux de Bella. Je glisse la pierre dans la paume de ma main et la jette sur la surface du lac. Je regarde la pierre rebondir une, deux, cinq fois. Bellatrix fronce les yeux, j'ai réveillé son esprit de compétition : elle saisit la première pierre qu'elle trouve et la jette sauvagement sur l'eau. Son visage s'assombrit lorsqu'elle coule.

« Tu dois prendre une pierre lisse, dis-je. »

Je lui en tends une. Elle répète son mouvement sauvage et la pierre sombre à nouveau. Elle se tourne vers moi, les mains sur les hanches, en fronçant les sourcils.

« Est-ce que tu as utilisé la magie ?

— Non, mais je peux, dis-je. »

Je fais léviter une autre pierre et l'envoie rebondir deux fois sur l'eau.

« Montre-moi comment faire, dit-elle.

— Non.

— Tu as juste utilisé Wingardium Leviosa, pas vrai ? Je peux le faire, dit-elle. »

Bellatrix fait un petit mouvement de baguette et envoie une autre pierre tomber dans les eaux sombres.

« Bellatrix, n'utilise pas la magie ! Tu dois le faire avec tes mains, dis-je. »

Elle siffle vers moi et essaye encore.

« Je vais faire cette rédaction pour l'histoire de la magie, j'annonce. »

Elle prend encore une autre pierre.

« Tu ne viens pas ?

— Non, je vais réussir à faire ça correctement. »

Je ris.

« Tout est dans le poignet, dis-je. »