Résumé du chapitre précédent : Harry, dans le train pour Poudlard, discute avec Bella et Sev de cette histoire de trêve avec Tom. C'est un projet qui ne semble intéresser personne d'autre que Tom et la part humaniste d'Harry. Cependant, Tom offre un animal de compagnie à Harry ce soir-là, de manière un peu particulière.
CHAPITRE DIX
Une affaire qui serpente
– HARRY –
Une légère commotion plus tard, Balthazar et moi faisons route vers le Hall d'entrée dans le sillage de Bellatrix. Sev, bien qu'il ne l'admettrait jamais, est un peu terrifié par lui. Bella, elle, est plutôt fascinée, comme elle l'est pour tout. Elle n'a même pas cligné des yeux quand je lui ai dit que Tom m'avait lancé un serpent au visage, et que c'est pour cette raison que je n'étais présent ni au banquet, ni au premier jour de cours.
Elle a juste marmonné « C'est bizarre. » avant de baisser la tête pour lui sourire avec admiration.
Enfin, elle n'a pas tout à fait baissé la tête. Balthazar est assez long et Bella… Bella n'est pas vraiment la plus grande de notre promotion. Ils faisaient presque la même taille quand Bal s'est enroulé autour de ma taille pour la saluer.
Bal est une drôle de petite chose. Il a tout le sarcasme et le mordant de Severus dans l'un de ses pires meilleurs jours, en même temps que l'amour maternel de Mrs Weasley. Je ne peux pas m'empêcher de rire en pensant à cette image, le futur Snape me traitant comme si j'étais son propre enfant. Je me sens désolé pour cette petite chose.
« Ce garçon te ressemble beaucoup, Harry, siffle Balthazar. »
Je lève les yeux pour voir mon père juste devant nous. Il n'est pas tourné vers moi, mais je sais que c'est lui. Je savais que ça finirait par arriver. Nous sommes tous les deux des Potter, et tous ceux qui nous ont connus ont dit que j'étais une copie conforme de lui, à l'exception de mes yeux. Je n'ai jamais pensé à la manière d'aborder ce sujet. Pourquoi je n'avais pas prévu le coup ? C'est un putain de voyage dans le temps. J'avais tout le temps qu'il fallait pour me préparer, mais je ne l'ai pas fait. Brillant, Harry, vraiment brillant !
Je savais qu'une fois que nous en serions à l'année où Lily Evans avait finalement dompté James Potter, je voudrais les voir ensemble. Une fois que ce serait le cas et qu'ils seront comme je me souviens les avoir rêvés, les regards échangés aux repas ne seront plus suffisants.
« Nous sommes… Nous sommes parents. Des cousins distants, je bégaye. »
Avant cela, je ne pensais pas qu'il était possible de bégayer en fourchelangue. Balthazar lève sa tête de mon épaule, et je la bouge avec reconnaissance, elle commençait à avoir des fourmis. Il me regarde et je le regarde. Il n'y croit pas non plus.
« Est-ce que tu aimes Tom Jedusor, Balthazar ? je demande. » Et je chuchote en même temps : « C'est un cousin distant. » à Bellatrix alors que nous marchons à côté de lui. Je ne pense pas qu'il nous ait remarqué, il était bien trop occupé à jouer avec un vif d'or. En tout cas, elle l'a remarqué.
« Il m'a jeté sur toi, répond Balthazar.
— Alors… non ? »
Si les serpents pouvaient lever les yeux au ciel, il le ferait à l'instant.
« Tu es à moi et il a essayé de te blesser. Je ne l'aime pas, répondit-il, catégorique. »
Je ne mentionne pas que, même pour un jeune serpent, Balthazar est assez lourd et que Jedusor ne voulait probablement pas me blesser.
« Je suis le fils de ce garçon, je réponds. »
C'est merveilleux d'avoir quelqu'un avec qui partager mes secrets. Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas pu vraiment me confier à quelqu'un. Balthazar est presque tombé du ciel. Presque. La seule chose qui m'empêche de le dire ouvertement, c'est que Tom Jedusor est derrière tout ça : Jedusor est tout sauf un ange.
Balthazar ne cligne même pas des yeux pendant que je lui raconte mon histoire. D'accord, il ne peut pas cligner des yeux, mais il ne semble pas choqué outre mesure par ce que je lui dis.
« Pourquoi quelqu'un comme lui voudrait nous réunir ? demande-t-il quand je termine mon conte sordide.
— Je ne le sais pas encore. Mais je le saurais. »
Je le pose doucement sur le sol et le laisse aller, peu importe ce qu'il veut faire, pendant que Bella et moi allons en cours.
– TOM –
Je regarde Harry dire au revoir à son serpent, le magnifique Morelia Spilota que j'ai choisi pour lui. Il a l'air de bien s'entendre avec lui. Il l'emmène partout où il va, sauf pour les cours. Mais il refuse toujours de me parler. Le serpent ne me parle pas non plus. Qu'est-ce que j'ai bien pu mal faire ? Peut-être que l'assommer avec un serpent n'était pas la meilleure décision qui soit, mais je suis persuadé qu'il ne l'aurait pas accepté sinon. Pas de ma part.
Le serpent tourne la tête dans ma direction et m'envoie ce qui est indubitablement un regard de haine. Même son serpent me hait. Ses meilleurs amis restent en petit groupe autour de lui dès que j'approche, depuis cet accident où je l'ai accidentellement presque assommé avec un serpent. Bellatrix me sourit de temps à autre mais ce sont des sourires narquois avec un message clair : je le protège, celui-là, et je me moque du reste. Harry a dit à Mrs. Cole, l'été dernier, qu'elle était "férocement loyale et une très bonne amie". Ma conclusion, c'est que Harry n'est qu'une petite peste, qui trouve le moyen d'être ami avec chaque personne – ou organisme doué de conscience – qu'il peut trouver. Tout le monde sauf moi, c'est tout.
« Je ne comprends pas pourquoi, je murmure pour moi-même.
— Comprends pas quoi ? me demande Lucius. »
J'avais oublié qu'il était là. Mais il est tout le temps-là, maintenant, non ?
« Rien, Lucius. Rien qui ne te concerne. »
J'en viendrais vraiment à souhaiter qu'Harry ne m'ait pas réduit à une épave confuse et soumise. Les excuses avec le serpent ne se sont pas passées comme je l'avais prévu, vu que cette chose infernale a apparemment refusé de transmettre mon message. Peut-être qu'avec un autre serpent ? Non, je lui donnerais juste une armée de serpents en colère si je m'obstine dans cette voie. Je pourrais en former une aussi, mais je ne suis pas totalement sûr de pouvoir les forcer à haïr Harry. Je ne peux même pas me forcer moi-même à le haïr.
D'un autre côté, l'obsession qu'a Harry pour mon excuse ratée semble m'avoir débarrassé de la présence constante de Snape, donc au moins il y a une opportunité de lui parler sans que ça finisse trop mal.
Pas plus mal qu'en l'assommant avec un serpent, du moins.
« Je voulais te demander, dit doucement Lucius. Où Potter a eu ce serpent ? Il ne l'avait pas dans le train, ni au banquet. »
Je dois empêcher Lucius de voir mes énormes échecs si je veux garder l'apparence d'un leader parfait.
« Je n'en ai pas la moindre idée, je mens. »
– HARRY –
« Il ne fait vraiment pas peur, Sev… »
Severus a finalement consenti à s'asseoir à côté de moi et Balthazar dans la salle commune.
« Il attend juste qu'il n'y ait plus de témoins pour me mordre, lâche Sev. Il est grand et vert et incroyablement dangereux.
— C'est plutôt olive, je réponds. »
Il me fixe.
« Olive, c'est vert.
— Il ne te ferait jamais de mal. N'est-ce pas, Bal ? je demande.
— Pourquoi je voudrais faire du mal à celui qui a fait tant pour toi ? C'est celui qui est obséquieux, avec un vide là où il devrait avoir un cœur, que je hais, répond Balthazar. »
Je grimace.
« Il dit que non, je traduis pour Severus.
— Qu'a-t-il dit d'autre ?
— Maintenant, tu comprends mon serpent mieux que moi ? je ris.
— Ton visage a changé. Et je te connais.
— Il a dit qu'il hait Tom Jedusor, je soupire. »
Maintenant ils vont comploter ensemble pour se débarrasser de lui : allez-y, vous gênez pas pour faire mon boulot à ma place…
« Vraiment ? Quel est son nom déjà ? demande soudainement Severus, excité.
— Balthazar.
— Je l'aime bien celui-là, fait justement Bal.
— Bien sûr que tu l'aimes, il déteste Tom lui aussi.
— Tu l'as appelé Tom.
— Ça m'arrive, je réponds, sur la défensive. »
Je ris malgré tout. Je pourrais honnêtement vivre dans un taudis avec Bal, Sev, et Bella pour le reste de ma vie et être heureux.
« Il t'aime bien.
— Bellatrix est ma préférée. Elle me raconte des histoires, répond Balthazar.
— Je te raconte des histoires, je me défends encore. »
Je lui ai parlé d'Hermione. Chaque nuit, je lui en chuchote une autre avant de m'endormir. Hier soir, je lui ai raconté la fois où nous avons vaincu un troll ensemble. Je lui ai parlé de Ron et des autres Weasley, et aussi du Dumbledore que je connais. Je lui ai parlé de Luna et de Neville, et de la vie à Privet Drive. Je ne lui ai encore jamais parlé du futur Severus Snape parce que je veux qu'il l'aime. Pardonner n'est pas aussi simple pour Balthazar que ça l'est pour moi.
« Je pense que je vais monter, dit Sev.
— Pourquoi ? je demande. »
Il s'en va en hâte, sans répondre.
Je me retourne et vois ce qui l'a effrayé.
« Démon, siffle Balthazar.
— Honnêtement, Bal, je dis en anglais tout en me concentrant sur Jedusor.
— Salut, Harry, commence-t-il.
— Jedusor, je réponds, tout en essayant de remettre mes barrières.
— Je pense que tu n'as pas transmis mon message, dit-il à Bal.
— J'aurais– commence Balthazar. »
Je l'interromps rapidement. Je peux m'occuper que d'un serpent, et je n'ai pas vraiment envie d'une autre commotion.
« Ne commence pas à te battre, Bal. Je ne te laisserai pas le mordre. Montons à l'étage. Je te parlerai de Fred et George, je dis d'un ton désespéré et puis sans attendre de réponse je l'attrape et suis l'exemple de Severus. »
L'atmosphère dans la salle commune devient soudainement toxique.
