Résumé du chapitre précédent : Rien n'a changé depuis que Jedusor a présenté ses excuses à Harry. Il aimerait pouvoir lui pardonner, mais Severus et Bellatrix maintiennent que c'est une grosse erreur. Harry est perdu, ne sachant plus qui écouter, et ressent le besoin de se rapprocher de Sirius.
CHAPITRE QUATORZE
Harry, ne fais pas ça
– HARRY –
Je me dirige nerveusement vers Sirius dans le hall d'entrée. Il est là tout seul, mais il ne va probablement pas le rester très longtemps. Les Maraudeurs, s'ils s'appellent déjà comme ça, sont comme les cinq doigts de la main, je m'en souviens. Remus m'avait raconté qu'on ne pouvait jamais en voir juste un tout seul, à moins qu'il ne soit en train de faire le guet.
« Hey, Sirius. »
Je mords ma lèvre. J'avais tellement hâte de lui parler comme je le faisais avant, que j'ai oublié de ne pas le faire, en fait.
« Est-ce que tu m'as appelé par mon prénom ? demande-t-il. »
À son ton, il semble amusé.
« Euh… J'ai l'impression de t'avoir déjà vu quelque part, dans… »
Je suis un désastre.
– SIRIUS –
Un garçon qui ressemble trait pour trait à James se tient devant moi dans le hall. Il tremble légèrement alors qu'il me sort ce qui pourrait être l'une des accroches préférées de James : « J'ai l'impression de t'avoir déjà vu quelque part, dans mes rêves. » Si je ne savais pas déjà où se trouve James, et si je pouvais entendre son rire, je dirais que c'est une farce. Bien que j'aie entendu James l'utiliser suffisamment souvent pour en lever les yeux au ciel, je peux voir qu'il est sincère. Il voit vraiment en moi quelque chose qu'il devrait voir en quelqu'un d'autre. Et il… il devait beaucoup se soucier de lui. L'ai-je déjà rencontré ? Il agit comme s'il me connaît, il se contente de me fixer, avec ses joues rougies, et il fouille mon âme, à la recherche de qui il pense que je suis. En tout cas, c'est un putain de chanceux, le gars qu'il cherche.
Il mord sa lèvre et ses yeux outrageusement verts fixent intensément les miens, avec affection et envie. Je cligne des yeux et détourne le regard. C'est beaucoup demander de rester immobile et calme sous un regard aussi puissant. Je peux sentir sa magie pulser autour de lui et m'encercler doucement. C'est intense.
« Tu me fais penser à…
— Je suis Harry Potter. Nous sommes des parents éloignés, ou quelque chose comme ça. Je ne fais pas vraiment attention à la généalogie. Le plus important, ce sont les personnes selon moi, dit Potter. »
Non, Harry. La manière dont ses yeux me sondent me donne la permission de l'appeler par son prénom. Et ils me sondent. Je suis sûr qu'il n'en a pas conscience, mais c'est comme une caresse en soi. Je me rends compte que j'avance vers lui, vers ces yeux vert émeraude éblouissants qui supplient les miens de leur répondre de la même manière. Il est même magnifique d'une manière étrange puisque je vois James à travers lui. Ses cheveux sont plus foncés, comme ses yeux, mais ses lunettes, son nez, ses traits… Tout est tellement bizarre.
On entend une petite explosion. C'est mon signal.
« Je suis Sirius Black. Tu as besoin de quelque chose ? je demande.
— Non. Je voulais juste… te rencontrer, dit-il. »
Harry fixe ses pieds comme s'il avait attendu ce moment depuis longtemps, mais que ça ne se passait pas aussi bien qu'il le pensait. Apparemment et d'après sa manière d'agir, il est fou de moi. Je pourrai l'envoyer promener, comme James le ferait, ou ne rien remarquer comme Remus, mais au lieu de cela, je l'embrasse rapidement, je souris, et m'enfuis avec mes amis dès qu'ils sortent de la salle en éclatant de rire.
Je pourrais toujours le revoir plus tard.
– HARRY –
Je presse le bout de mes doigts contre mes lèvres. Qu'ai-je fait ? Il a dû penser que j'étais nerveux et bizarre parce que… Oh, j'y suis allé et je l'ai fait ! J'y suis allé et j'ai très certainement tout gâché. On ne peut vraiment jamais me faire confiance, pour rien. Dis bonjour et n'agis pas comme un crétin fini, Harry. Deviens amiavec ton parrain comme tu as toujours souhaité le faire, Harry. Ne… mes joues deviennent cramoisies. Ne l'embrasse pas, et n'apprécie certainement pas ça! Pourquoi est-ce que j'essaye de me fixer des objectifs, en fait ?
« Severus, Sev, j'ai fait quelque chose.
— C'est un euphémisme, répond-il sans me regarder. »
Il prend le sel du côté de Bellatrix, alors même qu'il y en a juste à côté de mon assiette.
« De quoi ? Non ! Je ne l'ai pas pardonné, j'ai embrassé Sirius Black. Ou… Il m'a embrassé, je m'écris. »
C'est encore un peu confus, ça. Severus se retourne pour me faire face avec une expression curieuse. Bella arrête de prétendre qu'elle a une dent contre son sandwich et m'observe à son tour.
« C'est mon cousin, fait-elle presque distraitement, mais on ne parle pas beaucoup de lui parce qu'il est à Gryffondor. On ne lui parle pas beaucoup non plus parce qu'il s'est enfui. »
C'est une raison stupide d'ignorer sa famille.
« C'est un Gryffondor et une brute, dit Sev d'une voix basse. »
Je crois que j'ai un penchant pour les bad boys.
« Je n'ai pas la moindre idée de ce qui s'est passé. Je lui ai dit bonjour, il m'a demandé ce que je voulais. Je lui ai répondu que je voulais juste le voir, et puis il m'a embrassé. La fin, j'ajoute, ne faisait pas partie du plan. »
Peut-être que je peux empêcher une partie de tout ça de se reproduire.
« Ooh ! dit Bella »
Elle ne peut pas manquer l'opportunité de cette romance, surtout si ça me tient éloigné de Tom. Il s'est presque écoulé trois mois depuis les excuses qu'il m'a présentées à l'orphelinat. Cela me perturbe qu'il ait supporté que je prenne si longtemps à me décider. Il n'aurait jamais fait cela avant. Il veut quelque chose. Mais quoi ?
L'espace à côté de moi est soudainement occupé. Je tourne la tête, m'attendant à y voir Bella, mais à la place, je vois Sirius, un sourire moqueur sur les lèvres.
« Alors comme ça, Harry Potter est un serpent ?
— En effet, je réponds. »
Il n'a pas l'air trop contrarié, s'il est venu s'asseoir à côté de moi. Je devine qu'il n'a pas encore dû commencer à détester tout ce qui est vert. Il me regarde, et je le regarde, et je réalise soudainement que tout ce que je ressens, qu'il m'a manqué désespérément, que je l'aime, et que je suis heureux qu'il soit en vie, tout ce que j'essaye de cacher, est en train de transpirer dans mon regard. Ce doit être pour cela qu'il m'a embrassé. Qui que ce soit faisant face à ce genre de sentiments doit réagir d'une manière ou d'une autre. Mais qu'est-ce que je peux y faire ?
« Est-ce que tu sais pourquoi les serpents sont cool, Harry ? me demande-t-il en se penchant contre mon oreille. Ils sentent avec leur langue. »
Je m'étouffe immédiatement avec ma nourriture. Bella n'a pas entendu ce qu'il a dit, je sais qu'elle ne peut pas, mais elle a tout de même l'air amusé. Un Sirius de treize ans… séducteur ? Je sais comment lui et les Maraudeurs étaient – sont – seront ? hautement estimés par les autres élèves, mais je n'aurais jamais pensé qu'il flirterait. Est-ce que tous ceux que je prenais pour des adultes responsables, avec une maîtrise d'eux-mêmes, et le respect qui leur était dû, ne sont que des garçons tourmentés par leurs hormones ? Merlin, qu'est-ce que je peux faire si c'est vraiment le cas ?
Nous sommes deux à pouvoir jouer à ce jeu. Sirius, quoi qu'il arrive, je peux l'avoir. Ce n'est pas mon parrain, puisque je ne suis même pas encore né. Nous n'avons aucun lien de parenté. Et une… distraction garderait Tom à l'écart jusqu'à ce que je comprenne quoi faire, parce que je ne l'ai pas encore pardonné comme il le souhaite. Nous nous parlons à peine.
Le souffle de Sirius est chaud contre mon oreille.
Nous sommes de simples amis, si quelqu'un peut l'être avec Voldemort, mais je peux dire qu'il veut ce que nous avons été. Il veut le Harry que j'étais en première année.
Je passe ma langue sur mes lèvres et lui fais un clin d'œil. Severus me fixe, mais je l'ignore.
« Mais je n'ai encore jamais vu de serpent d'assez près, ajoute Sirius à quelques centimètres de mon visage, donc ce n'est probablement qu'un mythe. »
Je mords ma lèvre, et commence à paniquer.
« Est-ce qu'une chose qui n'est plus observée cesse par la même occasion d'exister ? je demande. »
Je n'ai pas le temps de penser à quoi que ce soit, ni le temps de décider si je veux aller aussi loin, mais ses lèvres sont déjà sur les miennes. Il caresse mes lèvres de sa langue et je les entrouvre. Ce n'est pas ce que j'avais prévu de faire. Comment peut-il savoir faire ça ? Merlin, où est-ce que j'ai dérapé ? Ce n'était pas mon but… Je m'éloigne à bout de souffle en entendant les oups émis par mon père et Remus. Je rougis. Ils nous regardaient depuis l'autre côté de la pièce, et maintenant tout le monde est probablement en train de me fixer. De nous fixer. Mes lunettes sont tombées. Je regarde le monde autour de moi et ma vision est floue, je vois une forme qui fuit la Grande Salle. Je commence à me demander de qui il s'agit, quand mes lunettes sont remises en place sur mon nez. Ma vision redevient nette, et je vois Sirius qui arbore un large sourire et Bella qui a l'air réjouie par-dessus son épaule, et j'oublie l'incident.
– TOM –
Quelle démonstration d'affection dégoûtante. J'étais juste là, à manger mon dîner calmement et à débattre de si les sang-de-bourbe devaient ou non être inclus dans notre régime, quand du coin de l'œil, j'ai été assailli par la vue d'Harry embrassant ce garçon. Et ce n'est pas juste n'importe quel garçon, mais un Gryffondor, en face de tout le monde et sans prêter la moindre attention à qui que ce soit. Mon sang bout dans mes veines. Il n'a pas le temps de me donner une réponse claire, et presque pas le temps non plus de m'adresser la parole en classe, mais il peut en trouver pour fraterniser avec l'ennemi ?
Je laisse tomber ma fourchette et je marmonne « Macnair. Avec moi. », avant de sortir à grands pas de la pièce, et loin d'Harry et de son stupide sourire ravi.
Je ne le laisserai pas m'écarter comme une espèce de laquais.
« C'est le moment pour le Plan B. »
