Résumé du chapitre précédent : Maintenant que Harry a pardonné à Tom et qu'ils ont à nouveau une relation cordiale, Harry doit aussi satisfaire certains caprices du Serpentard. Celui-ci, cependant, commence à développer un intérêt assez flippant pour les romans d'amour moldus de mauvais goût…


CHAPITRE VINGT DEUX

Tomber ensemble ou en morceaux, partie 2


— HARRY —

Je me réveille avec le visage de Tom à quelques centimètres du miens. Il me sourit innocemment. Et de très près.

« Tom ? Qu'est-ce que tu fais ? »

Il s'assoit rapidement et redresse ses robes. Est-ce qu'il fait ça souvent lorsque je suis endormi ?

« Depuis combien de temps est-ce que tu étais là ?

— Ne me pose pas de question, répond Tom.

— Tu étais tellement près que j'aurais pu compter les poils dans tes sourcils ! Et si quelqu'un était rentré ? je m'exclame.

— Eh bien certains sont rentrés ce midi, et deux autre cet après-midi. Snape est entré et a froncé les sourcils. Balthazar aussi. Il a dit qu'il allait chasser dans la forêt interdite, continue-t-il avec nonchalance. »

Avec trop de nonchalance. Si tous ces Serpentards nous ont vus, alors la moitié de l'école sait ce que nous faisons. Ou… du moins ils le pensent. C'est pire, en vrai. Les pensées sont dangereuses. Je le fixe.

« Je suis bien plus doué que certains pour éviter d'attirer l'attention. »

Bien plus doué que moi, de toute manière. Je rame pour essayer de trouver quelque chose à dire. J'essaye d'avoir l'air outré, mais que puis-je dire ? Nous partageons un lit à l'orphelinat. Mais il ne dormait pas, là. Mais tu n'as pas le choix à l'orphelinat. J'ouvre la bouche plusieurs fois, mais la referme quand je réalise que je n'ai rien à dire.

« Potions ? demande Tom.

— Tu étais supposé me réveiller. Il faut que je trouve Sev et Sirius. Essaye d'être moins bizarre quand je reviens. »

Je sais qu'il a déjà un plan de cours et des schémas de prêts. Il prend ses études très au sérieux, et ça le démange de faire en sorte que j'en fasse de même.

Il ne me faut pas longtemps pour trouver Sev. Il est installé dans une petite alcôve où il aime se cacher pour faire ses potions.

« Hey, Sev, je dis doucement.

— Qu'est-ce qu'il y a, Potter ? Je n'ai pas de temps à perdre avec les imbéciles, lance-t-il. »

Il crache mon nom avec tout le venin qu'il réserve d'habitude à mon père.

« Je pensais que montrer son mécontentement en utilisant les noms de famille était au-dessous de toi, je répond. »

Il me regarde directement dans les yeux, et c'est comme prendre un coup au cœur. Il me regarde comme il regarderait un étranger qu'il sent qu'il n'aimera pas. Comme les Dursley me regardaient.

« Je pensais savoir qui tu étais, fait-il. »

Il n'a rien découvert de ma mission, non ? Je ne garde pas de journal. La seule personne qui sache quelque chose, c'est mon serpent. Et il n'est pas fourchelangue. La seule chose qui est venue avec moi du futur, c'était ma baguette. Peut-être que c'est autre chose, alors.

« De quoi parles-tu ? je demande.

— Je t'ai vu. Tu dormais paisiblement à côté de lui alors qu'il lisait. Dans le même lit, dit-il. »

Combien de temps est-il resté à côté de moi ? Toute cette situation devient de plus en plus étrange.

« Nous partageons le même lit à l'orphelinat. Tu le savais. Pourquoi est-ce que c'est important maintenant ? je demande.

— Je pensais que tu comprendrais, que tu pourrais le haïr autant que je le hais, mais tu dors avec lui comme s'il ne t'avait jamais fait mal. Tu te conduis comme s'il était parfait à tes yeux, crache-t-il.

— Pourquoi donc est-ce que tu le hais ça ce point ? Tom ne me ferais jamais– » Je m'arrête juste avant d'avoir le temps de dire qu'il ne me ferait jamais de mal parce qu'il l'a déjà fait, et qu'il le fera encore, si je ne parviens pas à l'arrêter.

« Black est celui qui s'en prend le plus à moi, est-ce que tu le savais ? Et il n'a pas arrêté, même maintenant. C'est même pire maintenant que tu le contraints à devenir intelligent pour parvenir à ses fins. Lui et ses amis s'appellent des Aventuriers, mais ce ne sont que des petites brutes. »

J'ai une très grosse boule dans la gorge. Je savais, mais seulement parce que j'ai vu ses souvenirs de ces évènements dans le futur. Je n'aurais jamais eu la moindre idée de ce qui se passait si je ne savais pas déjà.

« Tu savais, crache-t-il. »

Je me sens très mal, mais je savais que je ne pouvais pas intervenir. J'ai essayé d'empêcher Sirius de s'en prendre à lui, au moins, mais il est évident que ça n'a pas marché. S'ils ne s'en prennent pas à Severus, jamais il n'insultera ma mère. Elle pourrait épouser quelqu'un d'autre au lieu de James, et je n'arriverais qu'à m'effacer moi-même.

« Je ne savais pas. J'aurais dû deviner, je… je bégaye. »

Je n'arrive même pas à me convaincre moi-même. Je peux voir qu'il ne me croit pas non plus. Je ne peux pas… Je ne peux pas empêcher que ça arrive. Je ne sais pas pourquoi ils l'ont choisi, ni pourquoi Dudley m'a choisi. Tout ce que je sais, c'est que, aussi atroce que ça paraisse, je ne serais pas celui que je suis devenu sans cela, et lui non plus. Il est mon meilleur ami, et je ne peux même pas le protéger. Je déteste ça ! Je raisonne comme Dumbledore le ferait, et maintenant je réalise ce qu'il devait affronter.

« Je suis sûr que tu sais comment Jedusor et ses petits copains me traitent également ? continue-t-il.

— Je ne sais pas, je murmure. »

Ils ne sont pas méchants. Je vais tous les sauver.

Est-ce qu'il a le moindre ami en dehors de Bella et moi ? Je n'arrive pas à en voir un seul.

« Je ne crois pas un mot de ce que tu dis, fait Sev. »

— Que fait-il ? Si Tom est méchant avec toi– je commence.

Si Tom est méchant avec moi ? C'est un euphémisme. Mais tu ne me crois pas, et tu ne le veux pas. "Le beau, le précieux Tom ne ferait jamais ça, Sev. Tu dois avoir mal compris." Hah ! Eh bien non ! Ton ange merveilleux n'est pas aussi bon qu'il ne le laisse paraître.

— Je… Je vais aller le voir. Ton ne pourrais pas… Je… » Je dis tout cela alors même que je sais très bien que Tom ferait tout ce que Severus est en train de décrire, et que peu importe ce que je dis, je ne pourrais pas l'empêcher de le faire.

« Tu vas faire quoi, Harry ? Tu romprais avec Black et arrêterais de traîner avec Jedusor parce que je te l'ai demandé ? Nous savons tous les deux que je suis la dernière personne que tu accepterais de sacrifier pour Black. Nous savons tous les deux que personne, pas même Merlin en personne, ne serait en mesure de se mettre entre toi et Jedusor, et nous savons tous les deux que tu ne le ferais jamais, et que ça ne changerait rien si tu le faisais. Ça pourrait même être pire. Ceux qui ont tout détestent même la plus petite perte, dit-il. »

La plus petite perte ? Est-ce que c'est comme ça qu'il me voit ? Comme une petite babiole dans la grande demeure des Jedusor ? Encore un autre gobelet en cristal ou un de ces cadres en argent au Square Grimmaurd ? Comment peut-il penser qu'ils possèdent tout ? Tom est un orphelin, qui vient de quelque part où il était entouré de personnes qui le haïssaient tellement pour qui il était, qu'il ne pouvait rien faire d'autre que les haïr en retour. Il a souvent été au lit sans pouvoir manger. Il était seul avant que je ne le trouve, et je sais ce que ça peut faire sur quelqu'un.

Sirius est le seul Gryffondor dans une famille où il n'y a toujours eu que des Serpentards. Il est le mage de la Lumière dans une famille de Ténèbres. Il n'a reçu aucun des privilèges de son frère. Sa vie n'est en rien comme le pense Severus.

Je ne lui ai jamais rien dit sur eux. Ils sont tous les deux trop magnifiques pour vouloir les rendre pitoyables. Même le petit démon en devenir. En particulier Tommy. Il est au-dessus de la pitié de tout le monde.

« Que veux-tu que je dise ? je demande sans espoir. »

C'est bien pire que la pire des disputes que j'ai pu avoir avec Ron. C'est pire que lorsque Tom m'a quitté pendant notre première année. La seule chose au monde qui aurait pu être pire, c'est ce qui va se passer avec Sirius.

« Il est trop tard pour que tu dises quoi que ce soit. Mon ami aurait remarqué ma douleur, et m'aurait posé des questions. Il n'aurait jamais parlé à un gamin arrogant et vulgaire comme Black. Et le garçon que je pensais connaître l'année dernière n'aurait jamais pensé parler à Jedusor après tout ce qui s'est passé.

— Sev, s'il te plaît. J'y ai longuement pensé. Je sais ce que je fais.

— Je ne te reconnais pas, Potter, et je ne suis pas sur le marché pour me faire de nouveaux amis, termine Severus. »

Il se lève et part rapidement. Soudainement, je ne me sens plus si confiant à propose d'arranger les choses avec Sirius, et de rapprocher tous ceux que j'aime ensemble. Je n'aurais plus jamais de famille. Je me retrouve à m'appuyer contre le mur, souhaitant pouvoir m'enfoncer dans le sol.

— O —

« Les Fondamentaux des Potions. C'est un sujet merveilleux, qui permet aux potionnistes accomplis de créer la gloire, la fortune, la beauté, l'amour, la mort et beaucoup d'autres choses. Il faut une main sûre, et avoir l'œil, dit Tom. »

Je l'observe alors qu'il enchaîne avec enthousiasme. Ses yeux sont vivants, et il sourit à nouveau, sourit vraiment. J'aime– je veux dire, euh, sourire, c'est génial pour tous les humains. J'aime les sourires. Euh… ouais.

« Est-ce que tu as des questions ? demande-t-il. »

Je secoue la tête pour m'éclaircir les idées.

« Est-ce que tu veux devenir professeur, Tom ? »

Il fait tourner sa baguette dans ses mains. S'il avait été quelqu'un d'autre, j'aurais dit qu'il le faisait nerveusement.

« Je veux faire la différence. Est-ce que tu as des questions sur ce que je viens juste de dire ?

— Tu serais un professeur merveilleux, Tom. Tu devrais l'envisager, je réponds avec un sourire. »

Il tourne la tête.

Très bien, j'ai compris. Je ne reparlerais plus de ce sujet, du point auquel il peut être bon pour enseigner et être productif. Mais maintenant que j'y pense, il veut devenir professeur, non ? Il a postulé pour le poste de Professeur de DCFM, mais a été refusé. Je décide de lui montrer à quel point il peut être bon enseignant, en apprenant.

« Pourquoi les philtres d'amours sont les plus dangereuses des potions ? je demande. »

Je peux deviner la réponse. Je me souviens de l'expérience que j'en ai faite, Ron proclamant son amour pour Romilda Vane, Hermione en parlant en cours. Je me souviens des filles essayant constamment de m'en faire prendre, et après Cédric, des garçons aussi. Je me souviens que la mère de Tom en a utilisé sur son père.

« Il est impossible de créer un véritable amour à partir d'une potion. La passion violente est le mieux que tu pourras obtenir, et ça peut être motel. Tu perds tout sens commun, dit-il. »

Ce n'est pas la description complète que j'espérais, mais je peux dire que les philtres d'amour le rendent inconfortable. Son visage est légèrement rosi, une faiblesse qu'il ne se permet qu'en ma présence. Je me demande pourquoi. Mais au moins j'ai prouvé que je l'écoutais.

« Est-ce qu'on devrait essayer d'en brasser une ?

— Un philtre d'amour ? je réponds, incrédule. »

Il soupire, exaspéré.

« Non. Quelque chose qui est au programme. Tu essayes de t'améliorer en Potions, Harry, pas de séduire quelqu'un.

— Peut-être que si. »

Il semble vaguement crispé.

Je ris.

« Je n'aurais pas besoin d'un philtre d'amour.

— Ce Gryffondor commence à déteindre sur toi. »

Je souris quand je pense à ce qu'il vient de dire. Je suis fier qu'il pense ça. Je serais toujours comme les deux faces d'une même pièce, mais je suis vraiment content que Serpentard-Harry et Gryffondor-Harry puissent aller si bien ensemble.

« Je pense que oui. Alors, qu'y a-t-il de si important avec cette potion ? »