Résumé du chapitre précédent : Harry s'est énormément rapproché de Tom, ils passent quasiment tout leur temps ensemble entre les cours, l'aide au devoir de Tom et la nécessité de lier des contacts pour leur futur. La relation entre Harry et Sirius, mais aussi celle avec Severus se dégrade énormément à cause de ça. Mais Tom se revendique comme l'ami de Harry, et passe de plus en plus de temps à lire des romans d'amour moldus, à la recherche de quelque chose...
CHAPITRE VINGT-QUATRE
La Beuglante
— HARRY —
Je suis calmement assis à la table du petit-déjeuner, niché entre Bellatrix et Tom. Severus ne s'est pas assis avec nous depuis un long moment, maintenant. Je n'espère même plus qu'il reviendra un jour. Quand j'ai décidé de faire comme si le futur n'existait pas, parce que la guerre a changé les gens, j'ai oublié que certaines choses restent toujours les mêmes.
Severus Snape est rancunier. Il tient très sérieusement ses comptes au moindre petit affront, et il ne laissera jamais tomber tant qu'il n'y aura personne pour l'y obliger. Mais ça me va, pour l'instant. Tom a besoin que quelqu'un reste à côté de lui, une personne qui ne s'attendrait pas à ce qu'il devienne quelqu'un de bien. Je sais maintenant que Dumbledore n'a jamais été un vieil homme sentimental. Le pouvoir qu'il ne connaissait pas, c'était celui de l'amour, et de la véritable amitié, et des relations humaines sans intentions sous-jacentes. Il me l'a dit lui-même, il n'a pas d'amis.
« Tu crois qu'on pourrait descendre faire un tour au lac, samedi ? demande Bella.
— Bien sûr, on pourra s'amuser, je réponds. »
Tom mange ses œufs silencieusement. Je sais qu'il ne s'attend pas à être invité. Il rate trop d'opportunités parce qu'il a grandi entouré de personnes qui ne savaient que haïr lorsqu'ils étaient effrayés.
« Est-ce que tu voudrais nous suivre ? je demande.
— Je voulais te montrer ma nouvelle technique. Seul, boude Bella. Je la maîtrise presque assez bien pour pouvoir l'essayer avec de la magie. »
Je commence à lui dire que j'aimerais que Tom vienne avec nous quand les chouettes se mettent à voler dans la pièce. Je suis toujours distrait quand le courrier arrive. Ces oiseaux sont tellement majestueux. Les regarder suffit pour qu'Hedwige me manque. Un grand-duc fond au-dessus de ma tête, et relâche une petite enveloppe rouge à côté de mon assiette. Et puis tout s'arrête.
« Qu'est-ce que c'est ? demande Tom. »
Je fixe l'enveloppe avec horreur. Elle a l'air tellement innocente. Comment quelque chose d'aussi malfaisant peut paraître aussi innocent ? Mes yeux se posent brièvement sur Tom.
« Qui aurait pu t'envoyer une beuglante ? demande Bella. »
Je n'ai pas beaucoup de temps avant qu'elle ne s'ouvre d'elle-même, je le sais. Une seule personne peut avoir fait ça. Je parcours la salle du regard, fronçant le nez pour retenir mes larmes. Je ne dois pas leur laisser voir.
Personne ne semble avoir remarqué, pour l'instant. Personnes à part quelques personnes à la table de Gryffondor. Sirius est assis, l'air sombre, entre Remus et mon père. Ils me font tous face, à attendre l'explosion. Je lève un regard désespéré sur Bella, une larme coulant le long de ma joue. Elle comprend immédiatement.
« Jedusor, tu restes avec lui. Si tu pars, je promets que je t'écorcherais vif et que je porterais des gants en peau de Jedusor au prochain cours de Botanique, lance-t-elle.
— Quoi– ?
— Je vais le tuer, s'écrie-t-elle férocement. »
Elle se lève en cognant si fort contre la table que cette maudite lettre tombe au sol. Elle fait un signe de tête à Tom, avant de marcher vers Severus, et de l'attraper par une poignée de cheveux et de le tirer hors de la salle. Il reste moins d'une minute, sans doute. J'essuie mes joues.
« Tom, viens avec moi, je demande. » Je supplie.
Je ramasse la lettre et puis l'attrape par le coude, et le traîne à moitié hors de la Grande Salle. Je cours jusqu'à notre dortoir, tout en fixant anxieusement la lettre fumante. Le sang bat à mes oreilles. Il fait très chaud. Je ferme la porte d'un grand coup, et relâche Tom.
« Ne me tire pas ! crie-t-il. »
Je sais qu'il va continuer à crier, alors je mords ma lèvre et ouvre la lettre. Entre le marteau et l'enclume, je choisis d'affronter le métal.
— SEVERUS —
« Severus Snape, est-ce que tu as perdu l'esprit ? me hurle Bellatrix.
— Mais de quoi est-ce que tu parles, je lui réponds tranquillement. »
Elle va probablement se mettre à crier à propos de Potter, encore. Il faut que je m'éloigne de toute cette folie. Si mon bonheur n'est pas important pour lui, alors le sien ne l'est pas pour moi.
« Non ! Ne dis rien, n'ouvre pas ta sale gueule tant que je n'aurais pas fini ! Je ne veux pas entendre ce que tu as à dire. Rien ne serait assez bien. Rien ! Comment peux-tu faire ça à Harry ? À Harry ? Est-ce que tu sais ce que tu as fait ? N'essaye même pas de nier, je sais que c'est toi qui es la cause de tout ça ! »
Elle fait les quatre cents pas, essayant de trouver quoi faire, je présume. Elle me gifle violemment, et son regard semble fou.
« Est-ce que tu sais ce que cette lettre va lui faire ? Est-ce que tu sais ? Est-ce tu y fais seulement attention ? Parce que moi, oui. Parce que je l'ai déjà vu. Tu as eu besoin de tout raconter de manière si blessante que Sirius s'est senti obligé d'envoyer une Beuglante à Harry, dit-elle. »
Je ne dis rien. Elle me pousse contre le mur, et me donne un coup de poing.
« Une Beuglante, sale connard ! Ça va être encore pire qu'après Tom Jedusor, Severus ! Je pensais que je savais qui tu étais, je pensais que je t'aidais. Je pourrais te tuer ! hurle-t-elle. Pourquoi est-ce que serait important, si le charmant, l'adorable Harry ne faisait plus attention à ce qu'il ressent ?
— Tu me connais. J'ai fait ce qu'il y avait à faire. C'est mieux comme ça, je proteste. »
Elle me donne un coup de pied.
« La ferme ! Tu n'as pas le droit de te défendre. S'il pleure, juste une fois, à cause de ça, je ne te pardonnerais jamais. »
Et la force de sa haine creuse un abîme dans mon âme.
— HARRY —
COMMENT AS-TU PU ? J'ALLAIS TE DONNER UNE SECONDE CHANCE ! JE CROYAIS EN TES PROMESSES ET TOI –
Je grimace et me recule, loin de la Beuglante. Elle me suit de près, sans me laisser de l'espace pour respirer, ni pour m'enfuir. J'ai l'impression que Tom est à l'autre bout de la pièce, alors qu'en réalité je peux le sentir à mes côtés, touchant mon bras, et fixant la lettre qui crie avec une détermination féroce.
LUI PARDONNER C'ÉTAIT DÉJÀ TROP. ET LA LUTTE, CET "ENTRAÎNEMENT", PEU IMPORTE COMMENT TU L'APPELLES ? TU N'ES PAS SUPPOSÉ –
Je considère l'idée d'abandonner face aux larmes, juste pour noyer le bruit. Des flashs de pourquoi exactement j'aurais dû écouter Sirius abondent dans mon esprit. J'entends un rire, fort et cruel. Des flashs de vert. Et Cédric, Cédric, Cédric. La Marque des Ténèbres dans les airs. La chute de Dumbledore. La mort de Cédric. Bellatrix, assassinant Sirius. Et le cri. J'entends cet horrible cri désespéré. Il me faut un moment pour me rendre compte que cette dernière partie, au moins, vient de moi. Je suis en train de crier.
Je cours dans la salle de bain, suivi pendant tout ce temps par cette stupide Beuglante. J'entre dans la douche, encore tout habillé, et ouvre l'eau chaude. C'est presque brûlant, mais ça en vaut la peine si cette foutue lettre se désagrège. Une bulle d'air semble la protéger, et l'eau passe dessus, la laissant complément sèche. Je me laisse tomber sur le sol. Bien sûr.
TU M'AS DIT QUE TU TENAIS À MOI, HARRY. QUE TU PENSAIS QUE TU NE ME MÉRITAIS PAS. TU AS DIT LA VÉRITÉ UNE FOIS, AU MOINS.
Je me revois, mourant, à côté de Sirius, alors que les Détraqueurs encerclent nos corps. Aucun de mes souvenirs ne sont suffisamment heureux.
COMMENT AS-TU PU NE PAS ME DIRE QUE TU VIS AVEC LUI ? QUE TU DORS AVEC LUI DANS LE MÊME LIT ? POURQUOI DOIS-JE COMPTER SUR SEVERUS SNAPE POUR OBTENIR TOUTES CES INFORMATIONS ?
Un rire triste, détrempé, s'échappe de ma gorge. Ce stupide lit. Ce n'est pas de ma faute si personne ne veut partager une chambre avec Tom. Il n'y avait pas de place quand je suis arrivé là, et maintenant, je l'équilibre tellement bien qu'ils ne voudront jamais que je change.
« Expecto, j'essaye. Expecto Patronum ! »
Une fine volute de brouillard blanc sort doucement de ma baguette.
EST-CE QUE TU AS FAIT EXPRÈS DE ME LE CACHER ? EST-CE QUE TU ME TROMPES AVEC LUI ? TU NE ME TOUCHES JAMAIS –
Je pense à être débarrassé des Dursley.
J'EN AI FINI DE TOUT ÇA, HARRY. C'EST TROP.
« Expecto Patronum ! je crie. »
Je me sens faible, et vide. Je ne sais même pas pourquoi j'essaye de me débarrasser de cette lettre comme ça, à part que j'ai l'impression que c'est mon Détraqueur personnel. Je ne me rends plus compte de rien du tout. Ce n'est que lorsque la lettre disparaît dans un tourbillon de flammes que je réalise que je pleure.
« Expecto Patronum, je chuchote tout en repensant à la première fois où j'ai fait sourire Severus. »
Le rideau de douche est tiré soudainement, et je m'effondre dans les bras de Tom, à l'instant même où un énorme serpent bleuté sort de ma baguette. Attend– un serpent ? Je fixe l'endroit où devrait se tenir le cerf, et vois… Merlin, est-ce que c'est Nagini ? Je ris hystériquement entre mes sanglots alors que je réalise jusqu'où je me suis perdu.
« Il le paiera, Harrison. Oh, Harry, il va le payer cher, chuchote Tom dans mon cou, dont s'échappent des volutes de lumière.
— Comment pourrait-il ? je chuchote pour moi-même quand je me suis calmé un peu.
— Harry, regarde-moi. Ta peau est bleutée. Qu'est-ce que c'est ? demande Tom. »
Si c'était n'importe qui d'autre, je dirais qu'il a l'air presque hors de lui.
« Ça s'appelle un Patronus. C'est fait de souvenirs heureux, et ça mange la dépression, je renifle. »
Et puis je réalise que je suis brûlant, complètement trempé, et sur les genoux de Tom. L'eau coule toujours. Je mets de l'eau chaude et de la morve partout sur lui. Je m'éloigne de ses robes.
« Je suis désolé.
— Moi non. Tu as besoin d'aller voir l'infirmière avant d'aller en cours. Ne sois pas en retard, d'accord ? C'est dur de rester au sommet.
— D'accord, je réponds.
— Et Harry ? »
Je lève les yeux sur lui. Il sèche une larme, sur ma joue.
« Je vais le tuer pour ça, dit-il. »
Il ouvre la porte en grand, et s'en va rapidement.
