Résumé du chapitre précédent : Maintenant que Tom et Harry sont passés à l'acte, Harry s'interroge sur la nature et la valeur de leur relation. Tous les autres élèves sang-pur étant déjà liés par des fiançailles et des contrats aux autres, Harry s'inquiète que Tom puisse vouloir établir une telle relation avec lui, ou non. Pendant ce temps, Lucius s'emploie toujours à charmer Severus.
CHAPITRE VINGT-HUIT
De manière à ne pas blesser
— TOM —
« Est-ce que Severus t'a présenté ses excuses ? je demande.
— Tu remets encore ça sur le tapis, Thomas ? demande Harry »
Ses yeux ne brillent pas et son regard est froid. Et Thomas ? Il est à nouveau dans son mélodrame.
« Réponds-moi, j'exige.
— Non. »
Lucius est vraiment un bon à rien s'il ne peut même pas accomplir une tâche aussi simple. Quel genre de démon est donc ce garçon, si même l'amour ne peut pas le faire faiblir ? Ou du moins… ce qui ressemble à de l'amour. Je renifle avec dérision. Harry a besoin de ses amis, aussi ridicule et confus que ça puisse être. Ils le rendent plus heureux. Je peux le voir devenir de plus en plus distant avec chaque jour qui passe sans que ce connard ne vienne ramper à ses pieds.
« Ce n'est pas important, Thomas. »
Il s'éloigne de moi. J'accélère le pas.
« C'est important parce que j'ai dit que ça l'était, je réponds. »
Je n'aime pas le ton calme qu'il a utilisé. C'est comme s'il était mort d'une manière bien trop proche de "il n'existe même pas".
« Je m'en moque, rétorque-t-il. »
Je m'arrête de marcher, pas lui.
« Harry ! »
Il se retourne et me lance un regard.
« Où est-ce que tu vas ?
— Laisse moi tranquille, Tom. Ce n'est pas important. Je n'aurais pas dû prétendre que je méritais d'être heureux. »
Je peux entendre ce qu'il ne dit pas : "ça n'arrivera plus". Je secoue la tête.
« Non. Tu n'écoutes donc pas ? Nous sommes–
— Nous sommes importants, nous sommes le centre de l'attention, tout le monde tient à nous. Ouais, ouais. Tout ça c'est de la merde, et je ne veux pas en entendre parler. Personne ne tient à moi. Ils tiennent à toi. J'ai vécu trop longtemps dans ta lumière, et j'ai… oublié. Mais elle est partie maintenant et il faut que je trouve comment vivre. »
Je reste debout, bouche bée. C'est une première. Est-ce que c'est vraiment ce qu'il pense ? C'est ainsi qu'il se sent vraiment ? Est-il suffisamment sensible au point de voir un peu d'espace comme une fin ?
« Je vais en cours maintenant, Thomas. Je n'ai pas le temps pour ça, dit-il. »
— HARRY —
Mes pieds se balancent dans les airs alors que je suis assis sur une chaise tout au fond de la bibliothèque, occupé à feuilleter des livres sur les dragons. Ça me manque un peu, je dois dire – l'aventure. C'était des dragons, mais ils étaient vrais. On ne m'a jamais dit, après en avoir rencontré un, qu'ils n'étaient que le fruit de mon imagination. Tout était constant. Pas de haut ni de bas ou de qui pro quo. Je suppose que ce n'est pas difficile de se rendre compte que je ne vais pas bien. J'ai crié sur Tom ce matin et j'ai évité Bella toute la journée. Je ne peux juste pas encaisser un rejet de plus.
« Harry. » C'est la voix familière de Bal.
« Balthy ! »
Il secoue la tête mais me laisse lui donner ce surnom.
« Bal, toute ma vie est en train de s'écrouler… Tout me manque ! Hermione et Ron me manquent tellement. Ils ne feraient jamais – Je sais que je ne les ai jamais mérités, mais ils restaient toujours à mes côtés.
— Pourquoi est-ce que tu pense que tu ne mériterais pas tes compagnons ?
— Tom ne veut pas de moi, Sirius est parti, Sev me déteste et Bellatrix reste à mes côtés seulement parce qu'elle est trop gentille pour partir.
— Ce n'est pas vrai, répond Bal.
— C'est vrai !
— Sirius est parti, ça c'est vrai, accorde-t-il. »
Je fronce les sourcils et secoue la tête.
« Mais non, tout est vrai.
— Je vais aller chercher quelqu'un qui est d'accord avec moi. »
Il part en glissant sur le sol. Bonne chance pour ça. Je retourne à mes livres. Je me souviens de Norbert et je souris. Il me manque, en fait. Une larme glisse le long de ma joue, et je l'essuie rageusement.
« Qu'est-ce que je fais là, espèce de sale bête ? demande Severus.
Non. Non. Bal ne ferait pas ça. Mais apparemment, je me trompe, parce que sa queue est enroulée autour de la cheville de Severus.
« Potter, dit-il en me voyant. »
Je ne fais plus rien pour essuyer mes larmes. Qu'il les voie donc. Qu'il s'en souvienne.
« Je suis désolé, je ne peux pas le contrôler, je réponds en reniflant. »
Je ferme le livre et rassemble mes affaires.
« Ne fais pas ça. » C'était la voix de Severus.
Je lève les yeux.
« Ne pleure pas, dit-il.
— Pourquoi pas ? je demande. Qu'est-ce que je peux faire d'autre ? »
Il me prends les livres des mains et les pose sur la table.
« Je suis un connard, dit-il. »
Je lui fais un semblant de sourire, peu convainquant, qui ressemble plus à une grimace si je devais être honnête.
« Je suis désolé, Harry. Je n'aurais pas dû saboter votre relation, j'ai– »
Je l'entoure de mes bras, et je pousse un long sanglot contre son torse. Il agrippe mes bras.
« S'il te plaît, ne pleure pas. Pardonne-moi. S'il te plaît, pardonne-moi, dit il calmement. »
Je hoche la tête et continue à sangloter bruyamment contre lui. Il ne relâche pas sa prise sur moi tant que je n'ai pas fini de lui raconter toute l'histoire.
« Je pense que tu réagis de manière excessive. Ça n'a pas été… bien, je sais. Je suis désolé. Tu as peut-être l'impression que tout le monde t'a abandonné, mais il n'y a pas moyen que qui que ce soit d'aussi égoïste et haineux fasse ces choses. Je pense que Tom tient beaucoup à toi, et qu'il a peur que ce ne soit pas réciproque. »
Je secoue la tête et fixe le sol. Tout ça n'a aucune sens.
« Je pense que tu as mis trop d'importance là-dessus, peut-être un peu plus que ce qui serait techniquement sain ou raisonnable, et aussi que tu as rarement eu l'occasion d'apprendre à gérer tout ça. C'est pour ça que tu veux une relation permanente, un engagement pour toujours, pour être certain qu'il ne partira jamais, et lui veut prévenir tout rejet et essaye de ne pas tomber trop fort.
— Je ne veux pas me marier. »
Severus sourit.
« Je te connais toujours mieux que toi-même, et je sais que ce n'est pas vrai. »
— TOM —
Donc, je l'admets. J'écoutais aux portes. J'ai vu Balthazar conduire Snape quelque part, vraisemblablement jusqu'à Harry. Il se pourrait peut-être que je me sois caché derrière une étagère avec ma baguette à la main, prêt à le saigner à blanc s'il osait lui faire encore du mal. Il se pourrait que je sois toujours là à écouter, ou pas.
Non. J'y suis. Je suis toujours là.
J'ai failli tuer ce connard graisseux quand Harry a commencé à pleurer. La seule chose qui a retenu mon geste a été la manière dont Harry s'agrippait désespérément à lui tout en racontant toute notre histoire. Je l'ai fait pleurer comme ça ? Peut-être que je suis un peu… insensible. Peut-être qu'on peut me décrire comme détaché de mes émotions. Mais je pense que c'était un peu dur de me décrire comme un "serpent sans cœur incapable de la montrer émotion humain", et surtout incapable d'amour. Et ça l'est tout autant d'utiliser cet argument pour justifier qu'il est impossible que j'abandonne à nouveau Harry. Je presse mon oreille contre l'étagère qui me protège.
« Je ne veux pas me marier, Sev. Je n'aurais jamais dû laisser une telle idée entrer dans ma tête. J'aurais dû t'écouter. Je – »
Je m'écarte et arrête d'écouter. Qui a dit quoi que ce soit à propos de–
Non.
Mais, par ailleurs… Je n'ai pas envie d'en écouter davantage. Il est en sécurité et, apparemment, plus heureux, donc je pars.
