{ Je n'ai pas besoin de lui. Quoi que ... il est plutôt divertissant ! }

Un rire cynique se fit entendre, une langue vicieuse passa sur ses lèvres pâles et sèches pour les humidifier. Son dîner venait d'arriver. Le spectacle peut commencer.

Aujourd'hui il a lieu dans un couloir de Poudlard, le public est là, il y a peu de personnes mais faut-il une foule immense pour admirer quelque chose de si fade ? Mesdames messieurs qui habitez les tableaux, prenez place, admirez donc.

- Potter, son ami le traître à son sang et la sang de bourbe ... quelle belle brochette !

La première réplique est lancée, la langue sinueuse n'a pas eu la nécessité d'être tournée sept fois avant de parler. Le possesseur de cette langue savait précisément quoi dire, quoi cracher. Son texte ? Quelle baliverne, bien sûr qu'il le connaît. Pas besoin de souffleur, il n'a jamais eu besoin de personne.

- Malfoy étant donné les deux molosses qui te servent d'amis si j'étais toi je me ferai discret. Ils ne sont pas avec toi d'ailleurs ... ont-ils enfin compris que tu n'étais même pas méritant ?

- Me faire discret ? Voyons Potter tu sais bien que mon rôle est de briller ...

Un rire pour se rassurer, un regard qui en cherche un autre sans le trouver.

- Briller ? Mais personne ne veut te regarder Malfoy, tu brûles la rétine de ceux qui osent le faire. Qui peut te regarder sans ressentir la moindre once de dégoût ? Je trouve ça un brin arrogant de ta part de te croire si indispensable ...

{ Depuis quand est-il si froid ? }

Il lève un sourcil, son visage reste calme, ses yeux cependant dévoilent une rage farouche.

- Potter voyons ... qui ressent du dégoût en me voyant ? Je...

- Moi j'en ressens. Poudlard entier à vrai dire.

Il fronce les sourcils, piqué au vif.

- Comment oses-tu me couper la parole ? Espèce de pestiféré !

- Voyons ne t'énerve pas Malfoy. Je dis simplement ce que je penses.

- Tu penses toi maintenant ? Quel miracle !

Le brun lève les yeux au ciel, plus lassé par cette joute verbale qu'autre chose.

- Tu es pitoyable Malfoy. Bouge de là, tu déranges.

Le trio s'en va ensuite dans le calme, le blond entend même Hermione féliciter le survivant vis-à-vis de son sang-froid.

{ Je te dégoûte Potter ? Je t'ai lassé ? }

L'indifférence est la pire des tortures.

{ J'ai besoin de ça, ça me maintient en vie. Reviens, maudit survivant, je ne suis plus assez intéressant ? C'est ça ? }

- Potter ! Reviens ici ! Tu fuis hein ? C'est tout ce que tu sais faire ! Tu...

- Va en cours petit ...

Souffle un jeune homme dans un tableau, lui aussi semble lassé. Lui qui s'attendait à un spectacle digne des plus grands, un des comédiens a pourtant quitté la scène, ruinant le spectacle.

- Je ...

{ Vous aussi ? ... }

Son cœur se serre puissamment. Lui qui brillait tant auparavant ... maintenant sa lumière ne scintille même plus. Il peine à respirer dans cette obscurité qui l'étouffe.

{ Je ... ça ne peut pas se terminer comme ça ! }

Son désir de lutter jusqu'au bout, comme un lion qui défend son territoire le maintient debout. Mais le lion flanche, il faiblit. Pourquoi lutter ? Tout est déjà terminé.

- Je te hais Potter ...

Murmure t-il, presque résigné, partant en direction de son prochain cours.

{ Tu ne comprends rien ... }

Mais il n'y a pas que Potter, personne ne l'a jamais réellement compris. Lui, l'enfant roi, le prince de Serpentard, l'adolescent perdu, le jeune homme effrayé, l'homme condamné, lui, Draco Malfoy.

{ Je suis condamné à être le sale type. Il en faut bien un après tout. Mais j'aurais aimé que tu comprennes toi. }

Il souffle. Ce combat il en avait besoin, mais son rival ne lui a pas accordé. Est-il vraiment son rival ? Non, il est sa lueur d'espoir.

{ Maudit Potter ... tu veux aider les autres ? Alors pourquoi ne m'aides-tu pas ? }

- C'est dur d'être le sale type.

Murmure t-il, arrivant devant la salle de classe. La porte est fermée. Toutes les portes lui ont toujours été ouvertes pourtant, sauf celle du salut.

{ Je suis fichu, foutu, abandonné, laissé sur le bord de la route. Le pestiféré c'est moi. }

- J'avais besoin de toi ...

Souffle t-il sans même s'en rendre compte. Son appel à l'aide a raisonné dans ce couloir mais personne ne lui a répondu. Pas même un tableau.

{ Si toi tu ne m'aides pas ... lui le fera peut-être. Lui me l'a dit. }

Deux pupilles rouges, un sourire sournois, deux bras maigres tendus vers lui. Une offrande, un salut, un sauveur.

{ Maître ... mes yeux seront les vôtres, les sorts que je lancerai seront en votre honneur, mes actes seront réalisés pour vous. Parviendrez-vous à m'aider vous ? }

Quand on ne reçoit pas d'une personne l'aide désirée, on va chercher ailleurs. Même si la décision est spontanée, sotte et insensée, elle est avant tout prise sous le coup d'une souffrance mal dissimulée. Ce n'est pas grave, ça arrive aux meilleurs. Mais pour ces meilleurs, le retour en arrière est impossible.

Un comédien a quitté la scène, l'autre a quitté le scénario, la trame principale. Cette joute finale était la dernière, un le savait, l'autre non. Un a appelé à l'aide, l'autre n'a pas tendu la main. L'un a sombré, l'autre s'est envolé.

C'est dur d'être le sale type. Parce-que même quand tu supplies les gens à genoux pour avoir ne serait-ce qu'un peu d'aide, on te crache à la gueule sous prétexte qu'un sale type ne peut être sauvé.

Fini, le spectacle est fini.

Or, un des deux comédiens ne le sait pas.

Un autre le sait bien, à son plus grand malheur.

Terne, la joute verbale était terne. C'était la fin.

Une fin qui aurait pu être meilleure.

Foutu. Draco Malfoy était foutu.