Chapitre 1
American Airlines : We Know Why You Fly
Alors que l'avion décollait et que mes mains se serraient involontairement sur les accoudoirs de mon siège, je ne cessais de me demander comment j'avais fait pour en arriver à ce point. Je l'avoue, je fais partie de ces personnes ayant une peur bleue de l'avion, et franchement qui peut me blâmer ? Je sais très bien que statistiquement l'avion est un moyen de transport plus sur que la voiture, à ce qu'on dit... Mais que voulez vous ? Il s'agit d'une peur "irrationnelle" comme le disent ces satanés gens rationnels.
Vous savez comme lorsque l'on est enfant et que l'on a peur que des monstres nous guettent sous notre lit, prêts à nous saisir par la cheville si on a le malheur de laisser y dépasser un pied. Quoi que, attendez une minute, cette peur n'est pas si dingue que ça ! J'en sais quelque chose.
Tandis que je voyais la terre s'éloigner de plus en plus par le hublot, je repensais à mon choix de quitter l'Arizona, ma mère et tout ce qui avait constitué ma vie jusqu'à présent pour aller m'installer à Forks, petite ville de l'Etat de Washington, chez le shérif Swan, mon père.
Même si je savais que ce déménagement était la meilleure chose à faire dans cette situation, je ne pouvais m'empêcher d'être un peu nerveuse à l'idée de m'installer chez mon père. Ma mère et lui s'étaient séparés lorsque je portais encore des couches culottes et je n'avais eu l'occasion de le voir qu'un mois par an durant les vacances d'été. Etant âgée de dix-sept ans, cela correspond tout juste à seize mois passés en sa compagnie, soit un an et quatre mois (j'aime les calculs précis). Ce qui peut sembler relativement peu lorsque l'on partage le même ADN.
Ajoutez à cela que Forks n'est pas vraiment la ville la plus animée de la côte Ouest : en dehors des boutiques de bricolage et de matériel de pêche ainsi que de l'unique cinéma du coin qui rediffuse à l'infini les mêmes films médiocres, le tour est vite fait.
Ma décision de quitter la ville ensoleillée de Phoenix, où j'avais vécu toute ma vie avec ma mère, pour la petite bourgade humide et nuageuse de Forks datait d'une semaine à peine.
Les vacances d'été arrivaient peu à peu à leur terme et la chaleur était de plus en plus écrasante rendant toute activité physique impossible durant la journée.
J'avais enfin une excuse pour ne rien faire d'autre que de regarder le temps passer, allongée à l'ombre sur la terrasse de la maison de ma mère, ce qui avait plutôt le goût de l'exaspérer. Ma mère, pas la maison. Renée, de son prénom, est une femme très active. Il faut dire qu'elle n'a pas vraiment eut le choix.
Tout d'abord elle a du m'élever seule ce qui, je l'avoue, n'a pas toujours était une partie de plaisir car elle a dû faire face aux aléas de la vie tout en s'assurant que je ne manquerais de rien. En plus de cela, elle a dû apprendre à jongler entre ses divers emplois, le dernier en date étant professeur de tai-chi cambodgien, et les activités très secrètes de l'entreprise familiale.
Ah je vois que j'ai piqué votre curiosité ! Voyez-vous il y a certaines choses qui se transmettent de générations en générations. Cela peut allez de la bague de fiançailles ayant appartenue à votre grand-tante Hilda au nez de votre grand-père Gilbert en plein milieu de votre figure. Et bien dans ma famille on est plus branchés pieux en bois et arbalètes que bague en diamant. En effet, la plupart des femmes de ma famille ont la particularité de savoir traquer et exécuter les vampires lorsque malheureusement l'occasion s'y prête. Bien entendu tout cela se passe dans le respect duCode du Chasseur, le texte le plus ancien reconnu par notre communauté et qui énonce les règles à respecter lors de nos traques. Car être chasseurs de vampires ne nous donne pas pour autant le droit de tuer impunément qui que ce soit sans preuves concrètes. Cependant les vampires se nourrissant avant tout de sang humain pour survivre, et donc laissant des corps derrière eux avec certaines « particularités » apparentes, on peut en conclure que leur espérance de vie lorsque nous sommes dans le coins est assez faible.
Ma mère ne m'a jamais caché l'existence des créatures surnaturelles et étant son unique enfant, elle m'a élevé dans l'idée que je prendrais un jour sa relève. Ainsi à partir de mes treize ans elle m'emmena régulièrement en traque avec elle afin de m'initier à la chasse, ce qui renforça grandement notre complicité mère-fille.
Surtout la fois où elle décapita sous mes yeux un vampire qui s'apprêtait à me briser la nuque, avant de lui planter un pieu dans la poitrine, m'éclaboussant de la tête aux pieds de sang gluant. Complicité, je vous dis !
J'étais donc allongée sur la terrasse en train d'écouter de la musique lorsque ma mère fit irruption en agitant mon téléphone portable au-dessus de ma tête. Je me redressais sur un coude tout en ôtant d'une main mon casque de mes oreilles.
- Bella, dit-elle d'un ton exaspéré, je sais que tu ne voulais pas allez chez ton père cette année mais ce n'est pas une raison pour filtrer ses appels chérie. Charlie t'a appelé trois fois cette semaine. Tu pourrais je ne sais pas, lui passer un coup de fil pour lui demander des nouvelles. C'est ton père.
J'attrapais d'une main le téléphone qu'elle me tendait. Je savais bien qu'elle avait raison et j'avais mauvaise conscience de ne pas être aller rendre visite à mon père cet été contrairement aux années précédentes. Mais plus le temps passait, plus j'avais l'impression que nous n'étions que deux étrangers seulement reliés par leur même nom de famille.
Mon père, de la façon dont je le connaissais, n'était pas un grand bavard et vivait seul depuis des années. Je sentais à chacune de mes visites que la cohabitation avec une autre personne le mettait mal à l'aise. De plus, il passait le plus clair de son temps à travailler étant le shérif de la ville. De ce fait, nous passions très peu de temps ensemble et je restais seule la majorité de ce mois de vacances.
Ma mère était toujours plantée devant moi en me fixant avec insistance, je savais qu'elle ne bougerait pas tant que je ne serais pas en communication avec mon paternel à l'autre bout du fil. Je levais donc mes fesses en ignorant l'air satisfait de son visage et me dirigeais dans la fraicheur de la maison tout en cherchant le numéro de Charlie dans le répertoire de mon téléphone.
Alors que la tonalité résonnait, je me surpris à espérer que mon père ne répondrait pas, ce qui me donnerait l'occasion de lui laisser un petit message innocent. Mais au bout de la troisième tonalité, j'entendis sa voix rauque à l'autre bout de la ligne.
- Bella ?
- Salut Charl-... papa... Comment vas-tu ? Je suis désolée de ne pas t'avoir appelé plus tôt, j'ai été pas mal occupée dernièrement...
- Oh ne t'inquiètes pas pour ça, je me doute que tu dois profiter de tes vacances avec ta mère.
Je senti comme une légère d'amertume dans sa réponse.
- Comment se passe le travail Shérif Swan ? Répliquais-je d'une voix enjouée désireuse de passer à autre chose.
- En ce moment c'est la folie, entre les randonneurs qui se perdent, voire disparaissent et les récents événements de Seattle... Nous sommes à couteaux tirés avec les journalistes et les autorités locales.
Je l'entendis soupirer ce qui trahissait souvent chez lui une certaine inquiétude. A cet instant je remarquais que sa voix laissait paraître une extrême fatigue.
- Quels événements ? Qu'est-ce qu'il se passe à Seattle ? Là c'est ma curiosité qui était piquée !
- Tout le monde en parle aux infos, tu n'as pas vu ? Plusieurs personnes sont portées disparues tandis que des cadavres sont retrouvés un peu partout dans Seattle, les malheureux semblent avoir étaient vidés de leur sang. Le mode opératoire semble être le même, pourtant rien ne nous indique clairement qu'il s'agit d'un animal… ou autre chose. Mais tout ce que je te dis tu peux le savoir en lisant le journal ou en allant sur Gogol...
- Google papa... "
Evidemment il ne précisa pas que la piste d'un tueur en série était très certainement envisagée à l'heure actuelle. Précautionneux et protecteur qu'il était.
La conversation divergea naturellement vers ses weekends à la pêche avec son meilleur ami Billy Black et sa course poursuite avec des jeunes qui avaient volés les panneaux de signalisation de la ville pour les échanger, créant un grand désordre dans le trafic de Forks. Très vite la discussion arriva à son terme et nous raccrochâmes.
Les évènements dont mon père m'avait parlés avaient aiguisé ma curiosité. Y aurait-il un lien entre les disparitions et les meurtres ? Si oui, lesquels ? Ces cadavres retrouvés complètement vidés de leur sang pourraient-ils être dus à la présence de vampires dans l'Etat de Washington ?
J'attrapais mon ordinateur portable qui était posé sur le comptoir de la cuisine et passais le reste de mon après-midi à faire des recherches sur cette affaire. Il semblait, selon certaines sources, que l'explication retenue par les journalistes quant à l'état de mutilation avancé des corps retrouvés soit l'attaque d'une bête sauvage. Mais cela semblait assez improbable dans une grande ville comme Seattle où une bête sauvage ne passerait pas inaperçue. Cette hypothèse avait surement pour but de ne pas échauffer les esprits et inquiéter la population afin d'éviter au maximum une vague de panique.
D'ailleurs les rapports d'autopsie de la morgue de Seattle insistaient sur la netteté des blessures infligées aux victimes, ce qui indiquait qu'elles aient pu être commises par une main "humaine". Traces de morsures au niveau de la jugulaire et de l'aine, la conclusion était pour moi limpide. Il y avait belle et bien une présence vampirique à Seattle.
Et non, je ne révèlerai pas comment j'ai eu accès aux rapports d'autopsie, il ne s'agit pas de vous donner le mauvais exemple !
Après une longue discussion avec ma mère, qui dura une grande partie de la nuit, nous nous entendîmes sur le fait que cette affaire pouvait être pour moi l'occasion de faire mes premiers pas en tant que chasseuse officielle de la famille. Voilà comment le lendemain, dès la première heure, ma mère se retrouva à appeler Charlie en prétextant qu'elle avait "beaucoup de mal avec moi", "que l'adolescence c'était vraiment pas du gâteau", "tu sais je ne t'ai jamais rien demandé, mais je pense que ça fera le plus grand bien à notre fille de passer du temps chez son père"," tu es shérif, je sais que tu pourras la remettre sur le droit chemin".
Elle a bon dos l'adolescence...
C'est ainsi que je me retrouvais dans l'avion direction Seattle, officiellement dans le rôle de l'adolescente rebelle envoyée chez son père afin de prendre un peu de plomb dans la cervelle, officieusement en tant que chasseuse de vampire débutante !
En voyant Charlie m'attendre dans le hall des arrivées vêtu de son uniforme de Shérif, je me disais qu'il prenait vraiment à cœur son rôle de père censé me remettre dans le droit chemin. Génial, tous les usagers de l'aéroport allaient me prendre pour une délinquante juvénile ! Lorsqu'il m'aperçu il redressa fièrement sa posture, poings sur les hanches, moustache fièrement dressée.
- Salut papa, lui lançais-je une fois à sa hauteur.
Il posa sa main sur mon épaule d'un air solennel et m'embrassa sur la joue.
- Comment s'est passé ton voyage?
- Bien, éludais-je. J'avais décidé de passer sous silence le petit accident de la boisson gazeuse qui fût ouverte à grand renfort de geysers caféinés dus de la pression...
Nous allâmes récupérer mes bagages, une grande valise à roulettes et un lourd sac de voyage qui avait fait son temps que Charlie insista pour porter.
Le trajet jusqu'à Forks dans la voiture de police (niveau discrétion, on repassera) se fit dans un silence gêné entrecoupé par quelques banalités sans grand intérêt.
La maison n'avait pas vraiment changé depuis l'année passée. La même allée de graviers nous conduisait vers le petit garage accolé à la bâtisse en bois blanc comprenant un rez-de-chaussée et un étage. Le petit tapis en brosse se trouvait toujours sous le porche devant la porte d'entrée.
Charlie me laissa passer devant lui dans la petite entrée donnant accès à la cuisine et à l'étroit escalier de bois menant au premier étage.
- Comme tu peux le voir, ici rien n'a changé, ma lança-t-il. Viens, je vais t'aider à monter tes affaires dans ta chambre. Il balança le sac de voyage sur son dos et me pris la valise des mains, grimpant dans l'escalier.
- Fait attention avec le robinet d'eau froide dans la salle de bain, il goutte, je n'ai pas eu le temps de le réparer, continua-t-il. Ah et comme tu peux voir j'ai repeint ta chambre, je me suis rappelé que ce jaune finissait par te sortir par les yeux... Du coup j'ai mis du blanc, comme ça... euh... tu pourras décorer comme tu veux. Voilà, désolé pour l'odeur de peinture.
Nous venions d'entrer dans la pièce la plus lumineuse de la maison, ma chambre, qui s'étendait en longueur et était sobrement équipée d'un lit deux places, d'un bureau surmonté d'une étagère ainsi que d'une armoire. Le blanc faisait encore plus ressortir la luminosité de la pièce, et l'attention que Charlie avait eu de repeindre ma chambre afin que je puisse la décorer à mon goût m'avait un peu émue.
Après m'être éclairci la gorge je lui lançais un "merci papa" sans vraiment oser le regarder.
Plutôt mal à l'aise lui aussi il se balança sur ses talons en faisant un petit geste de la main.
- Comme tu peux voir, Monsieur Hector est toujours là lui aussi, dit-il en désignant le nounours borgne qui trônait sur le lit, il me l'avait gagné à une fête foraine lorsque j'avais sept ans.
- Si tu as besoin de quoi que ce soit...n'hésite pas, je suis en bas. Je te laisse t'installer, à tout à l'heure, continua-t-il tout en se dirigeant vers le pas de porte.
Je me retrouvais donc seule dans ma petite chambre et laissais tomber mon sac à dos à mes pieds. Je n'étais pas encore d'humeur à ranger mes affaires et comme je sentais la tristesse et l'anxiété poindrent le bout de leurs nez, je m'assis sur le lit et pris Monsieur Hector dans mes bras en enfouissant mon visage dans sa grosse tête duveteuse.
Je ne savais plus très bien ce qui me stressait le plus : devoir mener ma première mission en solo contre un vampire inconnu ou bien devoir affronter le sur-lendemain ma première journée en tant que nouvelle élève dans le lycée de notre bon vieux Forks.
W&MC
