Chapitre 3
Carglass répare, Carglass remplace
Deuxième jours de cours.
Toujours à Forks.
J'avais eu une petite pointe d'optimisme à mon réveil en m'apercevant que la pluie semblait s'être arrêtée, malgré tout, le ciel restait dangereusement couvert.
Après m'être préparée je tirais ma valise de sous mon lit afin d'attraper trois pieux à emporter avec moi au lycée "au cas où". Même si rien encore ne pouvait affirmer que les Cullen étaient les auteurs des crimes ayant lieu dans la région, ils étaient pour le moment mes principaux suspects. Il me paraissait d'ailleurs étrange que sept vampires, si mes calculs étaient bons, vivent sous le même toit. D'habitude ces créatures sont assez solitaires même si il arrive parfois d'observer des clans.
Mais ceux-ci ne rassemblent rarement plus de quatre vampires, déjà car plus le "nid" est important plus il est facile pour eux de se faire remarquer, mais aussi car des tensions apparaissent très rapidement entre les vampires quand ceux-ci doivent cohabiter.
Je décidais donc qu'une chasseuse avertie en valait deux et cachais les pieux dans un vieux t-shirt, souvenir d'une sortie à l'aquarium de Seattle lors de l'été de mes douze ans, au fond de mon sac de cours.
J'avais pris la décision d'en garder toujours un sur moi tandis que les deux autres resteraient sagement dans mon casier, faisant offices de "pieux de secours".
Après m'être assurée qu'ils étaient bien à l'abri au fond de mon sac, je descendais dans la cuisine afin de prendre mon petit déjeuner. La pièce était vide, Charlie avait surement commencé son service aux aurores. Un mot sur la petite table ronde de la cuisine m'informait qu'il m'avait laissé du café et que des œufs brouillés attendaient dans une poêle sur la gazinière. Loué soit Charlie et ses petits déjeuners !
Avec lui, aucun risque que je commence une journée l'estomac vide.
Arrivée au Lycée, je me dirigeais directement vers mon casier complètement absorbée dans mes pensées et concentrée sur mon objectif "camouflage des armes". Où pourrais-je trouver une autre planque plus sure ? Malheureusement je ne connaissais pas encore suffisamment les lieux pour trouver une meilleure cachette que mon casier. Espérons seulement que cet établissement n'était pas adepte de la fouille de casiers surprise. J'en étais là de ma réflexion quand la voix enjouée de Jessica retenti derrière moi !
"Salut toi !
- Salut, tu vas bien ? Je prie l'air de rien tout en enfournant rapidement le vieux t-shirt de l'aquarium au fond du casier.
- Gé-nial, dit-elle d'un air enthousiaste ! Je voulais te parler d'un truc, trèèèès important. Tu vois Mandy Johnson? Mais si, répliqua-t-elle en voyant mon levé de sourcil interrogateur, c'est la fille du club théâtre celle qui rafle le rôle principal de la pièce du lycée, tous les ans!
- Ah oui ! Cette Mandy là ! M'écriais-je d'un air ironique.
- Bref, me coupa Jessica. Tu n'es peut-être pas au courant mais il y a une tradition au lycée de Forks, tous les ans les Terminales organisent une fête de rentrée. Il y a des feux de camps, de l'alcool, de l'herbe... Enfin tu vois le genre ! Et cette fête n'est réservée qu'aux terminales. C'est pourquoi l'endroit où elle se déroule est carrément tenu secret afin d'éviter que les Secondes et les Premières s'incrustent.
Bref Mandy, m'a dit tout à l'heure qu'il y a de grandes chances pour que la fête ait lieu... - Elle regarda à droite et à gauche avant de se pencher vers moi en chuchotant comme si elle était sur le point de me dévoiler que Michael Jackson n'était en fait pas mort et vivait dans un ranch au Texas - vendredi prochain, dans la forêt, près du lac. Il faut abso-lu-ement qu'on y aille !
Elle s'appuya contre les casiers d'un air fier tout en me regardant dans l'attente d'une réponse.
Laissez moi réfléchir, un groupe d'ados se retrouvant sans défense et bien amochés par l'alcool et la fumette au beau milieu d'une forêt sans aucune protection. Soit un véritable festin pour le groupe de sept vampires qui avait élu domicile dans les parages.
Je claquai alors la porte de mon casier d'un air dramatique en articulant un solennel "J'en suis !".
C'est à ce moment là que Connard-En-Puissance fit son entrée en scène. Il se colla à Jessica telle une ventouse tout en l'embrassant à pleine bouche. Un spectacle dont franchement, on se passerait bien à huit heures du matin. Après s'être enfin détaché, il reluqua sa petite amie de haut en bas avant de lâcher un dédaigneux:
"Dis donc Jess, c'est quoi ce truc ? En désignant d'un signe de tête la mini-jupe qu'elle arborait fièrement.
- Oh ça ? Elle fit un tour sur elle-même tout en lui répondant. C'est ma dernière acquisition lors de mon excursion à Port Angeles la semaine dernière. Elle te plait ?
A voir la tête de son cher et tendre, je vous le donne en mille : non !
- Mais bordel Jess, on en a déjà parlé ! Je suis le capitaine de l'équipe, je ne peux pas me permettre de sortir avec une fille qui se fringue comme une trainée ! Tu vas tourner un clip pour MTV ou quoi?
Un garçon charmant, vous l'aurez compris.
Il était là depuis à peine deux minutes et il commençait déjà la distribution de compliments. Je jetais un coup d'œil à Jessica qui n'avait pas pour autant perdu le sourire.
Comment faisait-elle pour le laisser s'adresser à elle sur ce ton sans jamais répliquer ?
Beurk passa néanmoins un bras autour des épaules de Jessica alors que nous nous dirigions vers notre premier cour de la matinée. Bien entendu, Connard-en-Puissance ne put s'empêcher de bousculer violement une fille sur les casiers, la faisant tomber à la renverse sous les éclats de rire des autres élèves. La jeune fille semblait imperturbable et se redressa ignorant les ricanements de ses camarades.
Tout en remettant en place son bonnet de laine verte surmonté d'un incroyable pompon, elle lâcha à son agresseur:
"Tu n'aurais pas dû garer ta nouvelle voiture sous l'arbre du parking…"
Puis sans demander son reste, elle balança son sac décoré de badges sur son épaule et traça sa route dans le couloir. Beurk la regarda interloqué avant de lui crier : "C'est ça, espèce de tarée !".
Vous ais-je déjà dit à quel point ce type me sors par les yeux ?
Je passais le reste de la matinée dans mes pensées, sans réellement prêter attention aux cours. Je tentais de déterminer un plan qui me permettrait d'en apprendre davantage sur les Cullen.
Je scrutais chaque visage que je croisais en salle de classe ou dans les couloirs mais le petit groupe semblait être aux abonnés absents. Aucune trace des vampires. Mes réflexions furent interrompues en plein calcul d'intégral par l'alarme incendie qui nous obligea tous à évacuer le lycée dans un brouhaha général.
Je m'éloignais d'une Jessica surexcitée qui n'arrêtait pas de parler de la fête de rentrée des Terminales – qui, rappelons-le, devait être top secrète - avec d'autres cheerleaders tandis que nous nous rassemblions par classe devant le gymnase du lycée. Je laissais mon esprit vagabonder en attendant que nous puissions regagner nos classes lorsque mon regard se posa sur nos cinq vampires qui, eux aussi, se tenaient le plus possible à l'écart.
Ils semblaient s'entretenir d'un sujet assez sérieux vu l'expression de leurs visages. Ils étaient toutefois trop loin pour que je puisse entendre leur conversation.
Je remarquais d'ailleurs que le blond, Jasper Hale, si mes souvenirs étaient bons, avait un air maladif qui ne m'avait pas sauté aux yeux la première fois que je l'avais vu. La petite brune qui ressemblait à un lutin lui parlait d'un air doux, comme si elle cherchait à le rassurer ou à le calmer.
Tout d'un coup je me souvins avoir laissé mon sac dans la classe, et que j'étais, par le fait, complètement désarmée en cas d'attaque. A cette pensée je sentie mon estomac se nouer, comment avais-je pu commettre cette erreur de débutante ?! Je continuais mon observation attentive tout en essayant de lire sur leurs lèvres, ce qui, pour tout avouer, n'était pas très concluant. J'avais le choix entre :
« Jasper au nom de la Marquise ! » et « Jasper tu as besoin d'une dialyse ! »… Non, définitivement pas concluant !
Tout à coup leurs bouches se scellèrent et leurs regards se posèrent sur moi. Je ne sus pas combien de temps nous restâmes là à nous fixer, immobiles avant que l'on nous presse de retourner en classe.
Même si je n'avais encore aucune véritable preuve, le clan des Cullen me donnait matière à penser, j'avais peut-être une piste. Je devais absolument en apprendre davantage sur leur compte afin de savoir jusqu'à quel point ils pouvaient être impliqués dans les meurtres et disparitions qui affolaient la région. Peut être que le fait qu'ils m'aient remarqué quelques instants plus tôt pourrait jouer en ma faveur. Cette idée me rendit tout de même nerveuse. Et s'ils m'avaient démasqué ? Cela me semblait improbable mais pas impossible. Quoi qu'il en soit il allait falloir la jouer fine.
La pause de midi arriva avec soulagement, rien de mieux qu'un estomac plein pour pouvoir réfléchir. Mais manque de chance, les petits pois étaient au menu !
Alors que je m'avançais entre les tables bondées de la cafétéria à la recherche d'une place qui me permettrait d'observer les Cullen, mes yeux furent attirés par un bonnet vert.
En-dessous dudit bonnet je reconnu la fille de ce matin, celle qui s'était faite bousculer par Beurk dans le couloir. Elle était seule à une table, la tête plongée dans son assiette de petit pois, visiblement en train d'écouter de la musique sur son téléphone.
Je décidais de m'avancer vers elle afin de lui demander comment elle allait après son altercation avec Connard-En-Puissance et peut-être même m'asseoir avec elle.
Cependant je restais plantée à côté de sa table avec mon plateau entre les mains comme une parfaite abrutie sans oser lui adresser la parole. Oui je sais, pathétique, j'étais censée mener une enquête sur des meurtres impliquant des vampires et j'étais incapable de parler à une fille de mon âge. Que voulez-vous ? Malgré mes activités extra-scolaires peu communes je reste étonnement mal à l'aise lorsqu'il s'agit de parler avec des êtres humains.
Jessica m'interpella quelques tables plus loin en tapotant une place libre à sa droite. Elle était accompagnée de deux cheerleaders et de la moitié de l'équipe de foot, dont son cher et tendre. Je pris une profonde respiration et partie à leur rencontre d'un pas, que je voulais assuré.
Alors que je prenais place aux côtés de Jessica elle me montra d'un signe de tête la blonde en face de moi qui portait une parfaite queue de cheval haute.
« Bella, je te présente Stacey, c'est la capitaine des cheerleaders
- Salut ! Lui adressais-je avec un sourire que je voulais amical, auquel elle ne me répondit que d'un levé de sourcil avant de tourner la tête vers le mec à côté d'elle, un brun à la peau mate répondant au nom de Chris, afin de débuter une conversation animée à propos d'un match qui devait avoir lieu le jeudi.
Cette fille battait tous les records du point de vue de l'hospitalité si vous voulez mon avis.
Les Cullen firent enfin leur entrée dans le réfectoire et je remarquais que le blond à l'air constipé n'était pas présent.
Ils avançaient tous les quatre avec un air supérieur et d'une démarche assurée, ne tenant absolument pas compte du monde qui les entourait. On pouvait aisément imaginer que si nous étions dans un film on les aurait vu s'avancer au ralentit tandis que les têtes des autres élèves se retourneraient sur leur passage, la bouche ouverte et les yeux écarquillés tout en faisant tomber la nourriture de leurs fourchettes.
Jessica interrompit brusquement sa conversation sur le numéro d'ouverture du match de jeudi pour les regarder prendre place à la table en face de nous qui venait tout juste de se libérer.
« Merde ! Lâcha-t-elle en se ratatinant sur sa chaise
- Quoi ? demanda Stacey en se penchant vers elle
- Edward Cullen est juste derrière toi... Oh non il regarde par ici...
Elle cacha son visage prenant une couleur écarlate derrière sa main.
« Jessica, ne me dit pas que tu n'es pas encore passé au dessus de ça ! Commenta Stacey en roulant des yeux. Ca va faire un an, y'a prescription, puis tu sors avec Kurk maintenant, continua t'elle dans un murmure
- Y'a pas de prescription à l'humiliation, grogna Jessica en rougissant de plus belle.
Mais de quoi parlaient-elles ?
- C'est lequel Edward Cullen? demandais-je la bouche pleine.
Les deux filles me regardèrent comme si je m'étais enfoncé mes petits pois dans les narines.
- Edward Cullen est un élève de Terminal très brillant… Me répondit Stacey d'un air exaspéré. Et il se trouve que c'est un des garçons les plus canon du bahut. A son arrivée plusieurs filles, ont essayé de lui mettre le grappin dessus, en vain...
Vu la réaction de Jessica, elle devait être une de ces "plusieurs filles"... J'avais bien envie de savoir lequel de ces vampires avait mis en ébullition les hormones des adolescentes de Forks.
- On peut changer de sujet ? Coupa Jessica d'une petite voix
- Ça ne me dit pas lequel c'est... le brun bodybuildé ou l'autre ?
- L'autre, bon on passe à autre chose...
- C'est vrai qu'il est pas mal, si on aime le genre coincé prétentieux... »
Ooohh la mauvaise foi ! Il est vrai qu'Edward Cullen avait un physique charmant, mais c'est là l'une des principales caractéristiques des vampires. Leur physique avantageux leur permet d'attirer leurs proies. Cependant on ne pouvait que remarquer son air hautain…
Je me doutais bien que notre conversation n'avait rien de secrète pour son ouïe supersonique cependant lorsque je levais la tête, le vampire me fixait intensément d'un air impassible. Déjà que d'ordinaire, je n'appréciais pas d'être observée, mais encore moins lorsqu'il s'agissait d'un tueur en série sanguinaire.
Ca faisait quand même deux fois en presque une heure que nous retrouvions à nous observer de loin, pour la discrétion on repassera…
« Oh, oui c'est sûr, tu dois sûrement être trop bien pour lui ! Me balança Stacey d'un air ironique ».
Cette fille ne m'avait vu que quelques minutes mais elle semblait déjà avoir choisi de me détester.
« C'est quoi ton problème ?
- Je crois qu'il est temps qu'on y aille ! On va être en retard en sport ! S'écria Jessica en se levant d'un bon, on y va Bella ! Stacey on se retrouve au gymnase ? »
Alors que nous déposions nos plateaux dans le fond du réfectoire, Jessica me dit en murmurant:
« Tu ne devrais pas parler comme ça à Stacey, crois moi tu ne veux pas l'avoir sur ton dos !
- Franchement, cette fille est le dernier de mes soucis...
Jessica s'arrêta en face de moi et posa ses mains sur mes épaules en me regardant droit dans les yeux.
- C'est un conseil, vraiment. Si cette fille te prend en grippe elle sera le premier de tes soucis… On ne déconne pas avec Stacey Conrad... Il y a deux ans elle s'en est pris à une autre élève, c'est allé assez loin, elle a dû déménager… Ici tout le monde la craint.
Génial. Il semblerait qu'en plus de devoir gérer une bande de vampires j'allais devoir me coltiner une cheerleader démoniaque. Et dire que les adultes ne nous croient pas quand on leur dit que le lycée, c'est la jungle !
J'étais contente d'avoir enfin un cours de sport, cela allait me permettre de me défouler et surtout de ne pas avoir à rester assise toute l'après-midi dans une salle de classe.
Quoi que moins ravie à l'idée de devoir porter un affreux short de sport en polyester bleu électrique...
Le professeur nous demanda de mettre en place les filets de volley-ball avant de nous répartir en plusieurs équipes.
Jessica s'étant empressée de rejoindre le groupe où se trouvaient ses amies de l'équipe de cheerleaders, dont Stacey. Je me retrouvais seule alors que tous les groupes étaient pratiquement constitués. Plutôt inconfortable comme situation.
Un garçon à la peau mâte et aux yeux verts s'avança timidement vers moi lorsqu'il m'aperçu toute seule sur le terrain.
« Salut, Bella c'est ça ? Je suis Mike Newton, on s'est croisé hier, je suis un ami de Jess...
Il me tendit une main que je serrais et me proposa de rejoindre son équipe.
D'une manière générale, je ne suis pas spécialement fan des sports collectifs, mon truc c'est plutôt les sports de combat, mais je trouvais le volley-ball plutôt amusant, surtout avec Mike qui cachait derrière son grand air timide un incroyable sens de l'humour.
« Alors comme ça, tu t'es attirée les foudres de son altesse la Reine de Forks High ? Me dit-il en souriant
- Qui ça ?
- Conrad
- Ahhh, je ne savais pas qu'ici la dinde pouvait être primée à une telle position…
- Faut dire que Stacey a pas lésiné sur la farce cette année, ça la met en plutôt bonne position, ajouta-t-il d'un air sérieux.
J'explosais de rire sans pouvoir me retenir.
- Wouaw, j'avais pas ri comme ça depuis un bon moment. T'as un humour décapant Newton, j'adore tu devrais le montrer plus souvent ! Lui dis-je avec un clin d'œil
- Pour que tout le monde m'adule ? Non je crois que je préfère rester à ma position de sous-fifre transparent, la popularité c'est trop dur à gérer.
- Pas à moi. Pourquoi essayer de faire partie de l'équipe de foot alors ?
- Pour l'amour du sport ? Tenta-t-il
- Essai encore !
- L'uniforme alors ?! J'ai toujours eu une sorte de passion pour les coquilles de protection, on sous-estime leur utilité.
- Je t'accorde un point Newton, mais tu ne me feras pas gober que tu veux délibérément enfiler cette tenue en lycra jaune poussin et bleu électrique !
- Considérons alors que c'est un terrible secret que je dois protéger au prix de ma vie, finit-il d'un faux air sérieux.
- Soit 007, je ne dirai plus rien ! Dis-je avec un clin d'œil conspirateur.
Tout se déroulait assez bien jusqu'à ce que je reçoive un ballon en plein dans l'arrière de la tête. Je me tournais surprise vers le terrain de derrière et vit Stacey me regarder d'un air faussement choqué tout en portant sa main à sa bouche.
- Désolée Becca ! Qu'est-ce que je peux être maladroite !
J'aurais juré qu'elle l'avait fait exprès, mais je décidais de laisser le bénéfice du doute et lui renvoyais la balle.
Je continuais ma partie, quand à peine trois minutes plus tard, je reçu une nouvelle fois la balle, dans le creux des reins cette fois, ce coup violent me déséquilibra, me faisant presque tomber.
Je me retournais vers cette peste de Stacey qui me gratifia d'un "Oups", sous les ricanements de ses crétines de copine. Jessica me regardait avec un sourire contrit, mimant un « désolée » avec ses lèvres.
- J'espère que tu ne t'es pas fait mal BECCA ! Continua Stacey.
Cette fois-ci aucun doute, cette peste m'avait dans sa ligne de mire. Hors de question de me laisser martyriser par cette pimbêche. Ca commence par les balles « perdues » en pleine poire et ça continue avec du chewing gum collé dans les cheveux et autres joyeuses humiliations dignent de la maternelle.
N'ayant aucune envie de me faire intimider, surtout devant tout le monde, je me relevais et pris la balle entre mes deux mains.
Il est possible que je me sois fait des idées, mais j'eue réellement l'impression que tout le gymnase avait cessé ses activités pour nous observer. Plus aucun ballon ne rebondissait sur le sol. Comme s'ils attendaient tous de voir s'ils allaient devoir me couronner nouvelle victime officielle de Stacey Conrad.
Imaginez-vous la scène : Stacey, Reine auto-proclamée du lycée, sa haute queue de cheval parfaite, un petit sourire fière accroché aux lèvres, les mains sur les hanches, un air de défi dans le regard et moi, la nouvelle, qui voulait se faire discrète, de l'autre côté du terrain sa balle dans les mains. On aurait presque pu entendre le thème musical de "Il était une fois dans l'Ouest".
Je la regardais dans les yeux tout en serrant de toutes mes forces le ballon de volley en imaginant que c'était sa misérable tête. Tandis qu'un discret "pschiiiiiiit" s'échappait du ballon en cuir, je sentis le ballon se ratatiner entre mes doigts.
Un sourire satisfait s'étala sur mon visage tandis que celui de Stacey se figeait dans un rictus.
Lorsque la pauvre balle vidée de tout son air ne ressembla plus qu'à une vieille crêpe, je l'envoyais au pied de Stacey, qui eut un petit saut de recule.
"La prochaine fois ça sera pas le ballon… Articulais-je en espérant que le message était plus que clair : je ne serai le paillasson de personne, et surtout pas le sien !"
Tout le gymnase s'était mis à commenter plus ou moins bruyamment notre altercation.
Je me détournai de son air de poisson rouge affolé d'un coup sec en faisant claquer ma queue de cheval dans les airs, comme dans un super ralenti, tout en savourant le moment.
Cependant ma joie ne fût que de courte durée, car je me retrouvais aussitôt nez à nez avec Mr Jackson, le coach.
Il semblait au bord de l'apoplexie, le visage rougi et les joues gonflées à force de souffler dans son sifflet telle une cocotte-minute en surchauffe.
"Mademoiselle Swan ! Vous vous croyez où ? Hurla-t'il, plongeant le gymnase dans un silence le plus total."
L'envie de lui répondre « au gymnase » était forte mais je doutais que le recours au sarcasme envers un professeur au bout de seulement deux jours de cours soit tout à fait judicieux dans mon entreprise de rester discrète.
Ce qui devenait, de toute évidence, de plus en plus compliqué.
Il se pencha vers son carnet et y annota quelques mots avant d'en arracher furieusement une page qu'il me tendit. Un billet qui m'expédiait sur le champ en salle de retenu.
"Dégradation du matériel ! En retenu ! TOUT DE SUITE !"
En me changeant dans les vestiaires je me disais qu'il y avait au moins un bon côté dans mon exclusion : je pouvais enfin me débarrasser de cet hideux short bleu. Mais de l'autre côté, j'allais devoir exercer une surveillance maximale de la boîte aux lettres afin d'éviter que Charlie n'apprenne mes petits exploits. Savoir que je m'étais faite exclure après à peine deux jours de cours lui défriserait à coup sûr la moustache !
J'étais en train d'enfiler mes chaussures quand Jessica me rejoignit dans les vestiaires vraisemblablement mal à l'aise, osant à peine lever les yeux de ses baskets.
"Je voulais m'excuser, pour tout à l'heure. Je voulais aussi que tu saches que je n'étais pas d'accord avec ce que t'as fait Stacey...
Elle s'appuya sur la porte du vestiaire et releva la tête vers moi sans toutefois me regarder dans les yeux. Je me doutais bien que ses excuses étaient sincères, malgré tout je ne pouvais m'empêcher d'être agacée. Si elle n'était pas quelqu'un de méchant on ne pouvait pas ignorer que ses "amis" étaient vraiment odieux et prenaient un malin plaisir à humilier les autres sans que cela ne provoque la moindre réaction chez elle. Au final peut-être que cela ne la dérangeait pas plus que ça. Pourtant elle en était elle-même parfois la cible, rien qu'à voir la façon dont Beurk la traitait.
- Tu sais Jess, on dirait que tu dois toujours t'excuser du comportement des gens avec qui tu traines... Alors pourquoi es-tu amie avec eux ?
Elle haussa faiblement les épaules avant d'ajouter :
- Parce que je suis cheerleader...
- Ah parce qu'être cheerleader c'est forcément se comporter comme une garce ?! Vive le putain de cliché ! Tu sais quoi, au lieu de passer ton temps à t'excuser, fait plutôt en sorte de ne pas avoir à le faire !"
Sur ce, je jetais mon sac sur mon épaule tout en plantant Jessica dans les vestiaires sans lui avoir donné aucune chance de pouvoir répliquer. J'avais surement était dure avec elle, après tout elle était la seule à m'avoir accueilli et à m'avoir à peu près traitée comme une amie, mais à ce moment là j'étais vraiment trop remontée pour faire preuve de diplomatie.
Après avoir tourné un bon moment dans les couloirs du lycée, je trouvais enfin la salle de retenue qui était bondée. Je donnais mon billet expliquant la cause de mon renvoi au surveillant puis me dirigeais vers le fond de la salle à la recherche d'une place.
Et là, hasard ou destin, qui était présent, assis nonchalamment au milieu de la salle ? Edward Cullen. Collé. En même temps que moi. Avec une place de libre juste derrière lui. Comme si elle m'attendait sagement.
Je laissai tomber mon sac lourdement de mon épaule avant de m'affaler sur la chaise. Il fallait absolument que je trouve un moyen d'engager la conversation avec lui. D'un air détaché et naturel, si possible. Qu'il ait l'impression de m'avoir dans ses filets comme n'importe quel prédateur chassant sa proie.
J'observais la salle à la recherche d'une idée qui me permettrait de briser la glace quand mon regard se posa sur la jeune fille au bonnet vert qui était assise à côté de moi. Décidément elle était partout !
Elle était en train de m'observer de ses grands yeux noirs, sa longue chevelure épaisse et bouclée s'échappait de son bonnet lui donnant l'air d'un savant fou.
"Tu es la nouvelle, Bella c'est ça ? Elle s'était adressée à moi d'un air direct en chuchotant.
J'acquiesçais d'un signe de tête
- Moi c'est Angela. Elle se balança sur sa chaise tout en continuant de me parler. Alors comme ça tu es collée dès ton deuxième jour, tu essayes de battre une sorte de record ? Demanda-t-elle d'un air amusé
- Je plaide coupable ! Répondis-je amusée. Au fait, je suis désolée pour ce matin, tu sais pour cet abruti de Kurk. Je m'en veux de ne pas être intervenu face à cette ignoble face de pet.
- Te bile pas pour ça, dit elle en balayant l'air d'un geste de la main. Je sais qu'il se sert de son agressivité pour compenser son inquiétude quant à sa virilité, chuchota-t-elle sur le ton de la confidence tout en pointant du doigt son bas ventre avant de hocher la tête d'un air entendu.
Un petit rire étouffé provint de la table juste en face de moi. Cet Edward avait vraiment une fâcheuse tendance à laisser traîner ses oreilles dans toutes les conversations environnantes.
- Alors qu'est-ce que tu as fait pour tomber dans ce trou ? Continua Angela
- Toi qu'est-ce que tu as fait ?
- J'ai involontairement déclenché l'alarme incendie en voulant me griller une clope aux toilettes alors que je séchais l'histoire... Cette matière est barbante !
Elle porta son majeur et son index à sa tempe en faisant mine de se tirer une balle.
- Double peine... Reprit-elle d'un air abattu... Je suis collée tous les jours après les cours pendant deux semaines. Allez à toi maintenant, dévoile moi ton méfait.
- Dégradation de matériel. J'ai crevé un ballon en cours de sport.
- On dirait que Mr Jackson devient de plus en irritable, dit elle en prenant un air sincèrement inquiet. Surement à cause de Mercure. Beaucoup de gens sont affectés par la nouvelle position de Mercure, continua-t-elle plus pour elle que pour moi. Elle baissa son regard sur la feuille posée sur sa table, puis reparti dans ses rêveries.
Je décidais de prendre mon courage à deux mains et de m'adresser au vampire. Je m'avançais vers lui tout en lui tapotant l'épaule du bout de mon stylo.
- Et toi, Monsieur le curieux qu'as-tu fait pour te retrouver en retenu ?
Il se retourna vers moi, ce fût la première fois que je pu le contempler d'aussi près. Il avait des yeux en amandes dont la couleur miel se mariait parfaitement aux reflets cuivrés de sa chevelure souple, ces tons chauds contrastant avec la pâleur de sa peau. Vraiment pas mal du tout...
Attendez, ai-je bien dit « couleur miel » ? Cela me laissait plus que perplexe. Tous les vampires que j'avais jusque-là croisés avaient les pupilles rouge sang ou complètement noire.
Je me notais à moi-même de faire des recherches plus approfondies à ce sujet et retournais à mon inspection.
Il me regardait avec un petit sourire en coin, comme si il me jaugeait afin de savoir si j'étais assez digne de recevoir sa parole. Quel crétin ! De mon côté j'essayais de paraître la plus calme possible bien que tous mes sens étaient en alerte, je n'avais jamais été aussi proche d'un vampire. Enfin sans qu'un pieu ne lui transperce le cœur.
- Je ne me suis pas rendu à un cours de biologie, répondit-il d'une voix suave. Je ne cautionne pas toutes les prises de partie de l'enseignement de nos jours.
Comme il y allait, "je ne cautionne pas blablabla".
- C'est-à-dire ? Tu as voulu sécher l'éducation sexuelle car selon toi l'abstinence est la meilleure des contraceptions ?
Je ne sais pas du tout pourquoi je lui avais répondu sur ce ton. Ce n'était clairement pas le meilleur moyen de le mettre en confiance...
Mais le vampire ne sembla pas perturber par mon ton cinglant, et au petit sourire qu'il affichait cela semblait même lui plaire !
- Ce serait bien ennuyant si c'était le cas. Non, en vérité je voulais échapper aux TP, nous devions observer une goutte de notre sang au microscope afin de déterminer notre groupe sanguin. Et je ne supporte pas la vue ou la présence du sang.
Tu m'en diras tant !
- Mais parlons plutôt de toi, continua-t-il, te plais-tu à Forks ?
Sa question me pris de court, je ne m'étais pas préparée à ce qu'il s'intéresse à moi.
- Ca peut aller, tout est très... vert... Et toi ? On m'a dit que tu étais arrivé i peu près un an dans le coin...
J'allais enfin pouvoir en apprendre un peu plus sur son compte et, avec un peu de chance, je pourrais déterminer si il existe bel et bien un lien entre l'arrivée de son clan dans la région et le début des meurtres.
- Oui c'est un coin assez tranquille, une petite ville. Je suis surtout content d'avoir repris le lycée.
Franchement quelle tuile ! Je veux dire d'un côté tu es immortel mais de l'autre tu dois quand même te coltiner le lycée. Une vraie plaie.
- Tu étais où avant ?
- En Alaska, pour le travail de mon père. Il est médecin et chercheur, ce qui nous pousse à déménager souvent...
Ne pas oublier de vérifier si des cas de meurtres non résolus impliquant des mutilations avec pertes conséquentes de sang ont eu lieu en Alaska ces dernières années.
- Ca ne doit pas être facile, de déménager souvent je veux dire... C'est comme si tu devais à chaque fois recommencer ta vie à zéro...
- En effet, répondit-il, mais parfois recommencer sur de nouvelles bases est nécessaire, continua-t-il d'un air sombre.
- Tu n'en as pas vraiment l'air convaincu...
Il haussa les épaules d'un air absent avant de me sourire faiblement. C'était étrange mais il ne me donnait pas l'impression d'être… eh bien, dangereux. Certes, les vampires excellent dans l'art du camouflage mais je ne suis pas une novice. Les vampires que j'avais pu croiser jusque-là avaient tous ce je ne sais quoi de « dangereusement séduisant ». Edward Cullen avait juste la partie « séduisant ». Ce qui me faisait m'interroger d'autant plus sur sa dangerosité.
Malheureusement la sonnerie annonçant la fin de la journée retenti ainsi que le terme de notre petit entretien. Edward se leva et me tendit une main glacée, que je serrais, ayant la sensation soudaine de recevoir comme un coup jus. L'avait-il ressenti ou l'avais-je imaginé ?
- Bella Swan, ce fût un plaisir de faire ta connaissance."
Puis il sorti de la salle, englouti par le flot d'élèves qui se précipitaient vers leur liberté.
En traversant le parking afin de regagner l'arrêt de bus je remarquais un attroupement d'élèves autour de l'unique arbre du parking. Etant d'un naturel curieux, je poussais des coudes les élèves afin de me frayer un chemin aux premières loges et voir ce qui générait cette foule.
Il semblait que tous s'étaient regroupés autour d'une voiture dont le pare-brise était transpercé par une épaisse branche d'arbre. Peut-être était-ce une punition karmique mais il se trouvait que le propriétaire de la voiture n'était autre que Kurk !
Ce dernier était en train de piquer une crise, fulminant et donnant des coups de pieds dans ses portières tout en faisant le tour de son véhicule. Soudain il releva la tête et pointa un doigt vengeur dans la foule en hurlant :
"Toi ! Je sais que c'est toi ! Sale folle !
Il fendit la foule et revint en tenant Angela par le col de sa veste et la plaqua violement contre la voiture.
- Je sais que c'est toi ! Je me rappelle de ce que tu m'as dit ce matin ! Tu voulais te venger c'est ça ?! Il cracha au sol.
Jessica s'élança vers lui en lui hurlant de laisser Angela tranquille mais il la repoussa violement.
Tout le monde regardait la scène en profitant du spectacle, certains élèves semblaient même amusés par la situation et avaient sortis leur téléphones pour filmer le spectacle. Kurk tenait fermement Angela contre la voiture en l'insultant alors que Jessica tentait désespérément de le calmer revenant à la charge à chaque fois qu'il la repoussait. Cette fois c'était trop. Tant pis pour la discrétion !
Alors qua sa main se levait menaçante en direction d'Angela, je me jetais sur lui et le projetais contre le capot de sa voiture en lui faisant une clé de bras.
- Tout doux mon grand ! Tes parents ne t'ont jamais appris que la violence ne résout rien ?!
Cet abruti tentait de se dégager, en vain, chacun de ses mouvements lui tordant le bras de plus belle. Sentant qu'il arrêtait peu à peu de se débattre je continuais mon petit laïus
- Je vais te donner une conseil qui te servira toute ta vie : Si t'es un abruti, sois au moins poli ! Tu as compris Kurky ? Maintenant tu vas te calmer, ce n'est pas en cassant le nez d'Angela que ton pare-brise va miraculeusement se réparer !
L'armoire à glace sembla retrouver son calme, je relâchais doucement mon emprise tout en ajoutant :
- De toutes façons j'imagine mal Angela grimper dans l'arbre pour scier une branche, non mais tu as vu la taille de ce truc ?! Et tu le sais très bien ! C'est un accident, ok ?! Un accident !
Je le laissais se redresser tandis que ses coéquipiers venaient vers lui pour le calmer à grand renfort de claque dans le dos. Je restais un moment debout en me tenant contre la voiture tout en soufflant afin de laisser redescendre l'adrénaline.
Jessica s'était avancé vers Angela pour lui rendre son bonnet qui était tombé lorsqu'elle s'était faite sortir de la foule. Les spectateurs déçus que tout ceci ne se fût pas terminé en bagarre se dispersèrent sur le parking qui se vida en quelques instants. Après avoir retrouvé mon calme je repris ma route vers l'arrêt de bus afin de rentrer chez moi.
En relevant, la tête mon regard croisa celui d'Edward. Il se tenait debout, derrière la portière de sa voiture et semblait avoir observé la scène de loin. En voyant que je l'observais il mit ses lunettes de soleil et me fit un léger signe de tête avant de monter dans sa voiture.
W&MC
