Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Protection" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


"C'est pour votre protection, Potter".

Cette phrase, Harry l'avait entendu jusqu'à l'écœurement. Dumbledore, Minerva McGonagall et même Rogue. Cependant, après un été à avoir été affamé et battu par sa famille moldue, il se demandait ce qu'ils appelaient réellement protection.

Le jeune garçon était épuisé. Épuisé de se battre dans le monde magique, épuisé d'être considéré comme un héros alors qu'il voulait juste pleurer ce qu'il avait perdu. Épuisé de se battre pour survivre dans le monde moldu, épuisé d'être traité de monstre et d'anormal alors qu'il aurait été heureux de se glisser dans son placard et de se faire oublier.

Il avait pourtant demandé - supplié - à ne pas retourner chez son oncle et sa tante. Honteux d'avouer à quel point la situation était invivable pour lui, il avait juste expliqué que sa famille moldue n'aimait pas la magie.

Il avait récolté un reniflement méprisant de Rogue, et un regard déçu de Dumbledore.

Harry avait été furieux. Furieux parce que personne ne se préoccupait de lui, de ce qu'il vivait. Dès qu'il revenait dans le monde sorcier, il devait se plier à tout un tas de règles parce qu'il était le Sauveur, on lui demandait d'être prudent, de rester en bonne santé pour être apte à sauver le monde magique.

Mais l'été… personne ne venait s'assurer de sa santé. Personne ne semblait voir à quel point il était amaigri à chaque rentrée, à quel point il était faible après avoir été reclus. Personne ne s'occupait de soigner les hématomes et marques de coups, bien visibles pourtant.

En cette rentrée, il aurait dû être heureux de retrouver Poudlard et ses amis. Une année scolaire recommençait, loin du monde moldu. Et malgré tous les dangers qui risquaient de se présenter à lui, il n'échangerait sa place pour rien au monde.

Cette fois cependant, à peine le banquet de bienvenue terminé, Dumbledore l'avait fait venir dans son bureau. Avec un insupportable air paternaliste, le vieil homme lui avait annoncé qu'il aurait à prendre des cours d'occlumentie avec Rogue pour sa protection.

Depuis, il était en colère. Non. Enragé. Dans ces moments, il se demandait si Voldemort était réellement le méchant de l'histoire, parce que le côté de la lumière le blessait bien plus que les ténèbres…

Que Dumbledore ignore les maltraitances chez les moldus, il pouvait éventuellement l'accepter. Les Dursley ne devaient pas se vanter de martyriser le gamin qu'ils avaient dû recueillir après tout.

Mais Rogue ! Le Directeur savait parfaitement à quel point la situation était tendue entre eux. A quel point le professeur de potions le détestait, parce qu'il ressemblait à son père.

Rogue prenait un malin plaisir à l'humilier, à le rabaisser. Il ne manquait jamais une occasion de lui ôter des points ou de le mettre en retenue. Même si ses camarades de maison ne lui faisaient aucuns reproches, il sentait parfois des regards lourds de sens lorsqu'il sortait d'un cours de potion et que le sablier avait connu une chute de points drastique.

Il se moquait bien des grimaces autour de lui alors que sa magie se faisait intoxicante. Il ne se laissait pas approcher, trop en colère. Il ne pourrait pas supporter la moindre parole creuse de consolation. Il en avait soupé des "c'est pour ton bien" ou des "Dumbledore sait ce qu'il fait".

C'était peut être égoïste et puéril mais il avait besoin d'un peu de tranquillité.

Il avait passé le repas isolé au bout de la table des Gryffondor, défiant qui que ce soit de braver son aura menaçante. Il avait senti le regard pesant de ses professeurs - son trio de "protecteurs" certainement : Dumbledore, MacGonagall et Rogue - mais il ne leur avait pas accordé un seul coup d'œil.

Cette fois, Harry avait été poussé à bout. Depuis son arrivée dans le monde magique, il avait été en danger. Un Troll et Voldemort en personne en première année. Un Basilic en seconde année. Les détraqueurs en troisième année. Le tournoi des trois sorciers en quatrième année, où il avait été forcé de participer contre son gré, avec pour apothéose la mort de Diggory et la renaissance de Voldemort.

Être traîné dans la boue par la Gazette qui assurait qu'il était un menteur passerait presque pour un détail insignifiant. Si les insultes reçues ne rejoignaient pas celles de son oncle…

Bien sûr ses amis étaient là. Ron et Hermione, Neville également. Luna. Ginny. Ils le croyaient, et ils étaient prêts à le suivre. Parfois, Harry pensait que c'était eux qui le maintenaient du côté de la lumière. Il les aimait tous assurément.

Mais Harry était fatigué. Si en cet instant Voldemort apparaissait devant lui, et lui jurait qu'il aurait une vie tranquille à condition de le rejoindre, l'adolescent n'aurait pas la moindre hésitation. Il se rendrait avec joie, avide d'un peu de normalité. Bien sûr, ce sentiment passerait d'ici quelques heures, quand sa colère serait légèrement retombée. Il aurait honte de ses pensées, et regarderait ses amis avec culpabilité, puis il accepterait encore plus de contraintes imposées pour se punir d'avoir osé imaginer les abandonner.

Le jour du premier cours d'occlumentie, la journée commença de la meilleure des façons. Il faisait beau, ils avaient du temps libre et Ron lui avait proposé de voler un peu sur le terrain de Quidditch. Il plaisanta avec ses amis lors du petit déjeuner et il se sentit pour la première fois de l'année détendu. Une nouvelle année commençait, et avec un peu de chances, il n'aurait pas à risquer sa vie.

Les choses commencèrent à se dégrader lorsqu'il reçut une lettre de Sirius, qui lui annonçait que Dumbledore l'avait convaincu de suspendre son autorisation de sortie. Désormais, il n'aurait plus le droit d'aller à Pré-au-Lard "pour sa protection". Sirius semblait réellement le regretter, tout comme il semblait amer en lui avouant qu'il ne pourrait pas l'accueillir chez lui une fois encore…

Harry s'obligea à masquer ses émotions et enfouit le parchemin dans sa poche. Il éluda les questions de Hermione et Ron, refusant d'en parler sur l'instant. Il devait d'abord digérer.

La Gazette, ensuite, titrait encore que Voldemort n'était pas de retour. Il était décrit comme un pauvre gosse perdu, avide d'attention, prêt à tout pour se faire remarquer.

Son estomac se tordit, et il relâcha le torchon comme s'il s'était brûlé. Tout sourire quitta son visage et il n'accorda même pas un regard à Ginny lorsqu'elle s'approcha pour lui parler.

Pris dans sa colère, Harry ne vit pas le froncement de sourcils de Severus Rogue. Les réactions du Gryffondor l'inquiétaient, il soupçonnait qu'il y avait quelque chose d'anormal. Dumbledore pouvait bien lui assurer que tout allait bien, que c'était une bête crise d'adolescence chez un sorcier surpuissant, Rogue n'était pas convaincu. Peut être parce qu'il avait déjà vu ce type de comportement.

Chez lui. Au même âge.

La journée qui avait si bien commencé tourna rapidement à l'enfer pour Harry. Chacun de ses amis était décidé à lui parler, à le faire parler au sujet de l'article infamant de la Gazette ou de la situation. Les Serpentard se moquaient de lui, louant Rita Skeeter de voir que le héros du monde magique n'était qu'un looser.

Les Poufsouffle et les Serdaigle voulaient savoir de lui ce qu'il avait prévu, et attendaient qu'il se dresse en guide.

La pression monta tout au long de la journée, et au moment de rejoindre le bureau de Rogue, il était à bout de nerfs, prêt à exploser.

Aussi lorsque son professeur l'attaqua d'un Legilimens à peine la porte de son bureau passée, Harry tomba à genoux et il laissa sa rage prendre le dessus.

Plutôt que de lutter contre l'homme qu'il détestait, il se laissa envahir, lui laissant l'accès à tout ses pires souvenirs. La mort de sa mère, son enfance désastreuse, les dangers de Poudlard, les étés plein de violence et d'amertume.

Lorsque l'assaut cessa, Harry ouvrit les yeux - qu'il ne se souvenait pas avoir fermé - pour voir Severus Rogue à genoux au sol, les mains crispées sur sa tête, les yeux exorbités.

Avoir jeté ses souvenirs en pâture à Rogue avait calmé Harry, comme s'il se sentait mieux de s'être déchargé un peu de son fardeau. Rogue allait probablement se moquer de lui, mais ça serait comme à son habitude. Il était épuisé, aussi il resta en silence sur le sol, attendant l'attaque suivante de la chauve-souris des cachots.

Severus Rogue semblait cependant choqué. Surpris également. Lorsqu'il parla, sa voix était loin d'être aussi tranchante qu'à son habitude, et il n'y avait pas la moindre agressivité dans son ton.

- Qu'est-ce que c'était que ça ?

Harry se leva et chancela légèrement, puis il regarda son professeur toujours au sol avec un mépris qu'il n'essaya même pas de dissimuler.

- Votre protection, Professeur. Ce que j'ai droit pour servir d'arme au monde magique.

L'adolescent ne vit pas l'expression stupéfaite et douloureuse de Rogue, qui d'un coup voyait son jeune élève autrement que comme le fils de James Potter. Harry se contenta de quitter le bureau, fermant doucement la porte derrière lui, laissant un homme dévasté qui se jura de changer les choses.