Chapitre 4 : Une amère odeur de donuts
La boulangère n'en finissait plus de remplir le sachet de donuts réclamés par son client. Voilà de longues minutes qu'il faisait sa sélection comme un enfant choisit ses bonbons à la sortie de l'école.
« - Ce sera tout ? finit-elle par demander un brin agacée alors que l'imposant homme marquait une pause. »
Elle dû attendre encore quelques secondes avant que, d'un simple geste du doigt, sans un mot ni « s'il vous plaît », il ne désigne le « giant donuts 3 chocolats », spécialité de la maison. N'importe qui salivait et sentait ses papilles s'émoustiller à la vue du fabuleux mets, vedette de la ville depuis déjà 3 jours ! Cependant, à en juger l'expression neutre de Katakuri, on croirait que le roi des donuts n'était devenu qu'une simple bouée en plastique pour faire barboter sa poupée Barbie dans la piscine.
D'ailleurs, pourquoi en commandait-il tant ? « Pour faire un goûter avec ses petites copines ? pensa la boulangère moqueuse pour calmer son agacement. »
« - Ce sera tout monsieur... ? demanda-t-elle à nouveau le visage marqué par un sourire crispé. »
L'étrange client hocha simplement la tête puis, déposa l'argent sur le comptoir et tourna les talons en marmonnant un « au revoir » presque inaudible.
D'autant plus irritée, la boulangère rangea l'argent dans la caisse en pestant contre les clients désagréables et ingrats en passant par son mari qui ne la remerciait jamais pour ses bons dîners préparés avec amour. La liste de ses plaintes devait sans doute être encore longue mais elle se tut lorsqu'elle croisa le regard désapprobateur de sa collègue en train de faire chauffer un panini. Cette dernière lui fit un léger signe de tête pour lui rappeler qu'une file de clients qui s'impatientaient d'être servis l'attendait derrière le comptoir.
La boulangère baissa les yeux. Le suivant était un petit écolier. Un sourire jusqu'aux oreilles, il venait chercher des bonbons.
« - Qu'est-ce que je te sers mon bonhomme ? l'interrogea la boulangère armée de son plus doux et faux sourire. »
Nami n'avait pas quitté l'impressionnant Katakuri du regard. Finalement pas plus intéressée par l'odeur alléchante des donuts, elle ignora les gargouillements de son estomac et quitta la file afin de se diriger rapidement vers la sortie, pour la plus grande satisfaction de l'homme pressé qui attendait derrière elle en vérifiant sa montre toutes les trente secondes.
Dehors, la pluie s'abattait à nouveau sur la ville. Nami soupira. Elle avait oublié son parapluie à la fac et n'avait qu'une veste légère qui ne lui permettait pas de se couvrir la tête. Elle pouvait rentrer rapidement, son appartement n'étant qu'à quelques pas. Mais le frère de son amie Pudding l'intriguait tant qu'elle ne pouvait résister à l'envie de le suivre. Non loin d'être une voyeuse obsédée comme cet Arlong, elle s'interrogeait simplement sur la raison de sa présence en ville. La famille de Pudding résidait dans un manoir somptueux à quelques kilomètres d'ici et Nami savait d'après sa colocataire que Katakuri n'en sortait que très rarement. Il ne fréquentait personne en dehors de sa famille et c'était très bien ainsi affirmait Pudding avec aplomb. Il était l'aîné de la famille et ses frères et soeurs, ainsi que sa chère Mama avaient besoin de lui. « Un grand frère exemplaire » : tels étaient les mots de la jeune pâtissière. Nami l'avait croisé une fois seulement alors qu'elle était invitée à prendre le thé chez son amie. Et cette fois unique avait suffit à ce qu'elle n'oublie pas sa magistrale silhouette et la mystérieuse personne qu'il lui inspirait.
L'inspiration de la jeune femme n'aurait pu faiblir en cet instant tant la vision de cet homme disparaissant lentement sous la pluie au milieu des parapluies sombres qui s'entrechoquaient le rendait plus énigmatique encore. Il était digne. Son aura puissante se répandait comme un parfum enivrant que Nami sentit se répandre dans son corps, jusqu'à s'en imprégner. Elle marchait désormais à son rythme, ses pas calqués sur les siens. Elle ignorait les gouttes de pluie froides qui tombait lourdement sur sa chevelure de feu. Elle n'avait plus en tête que l'idée irrésistible de le suivre, elle ne savait où. Sans doute vers un lieu mystérieux, un point de rendez vous secret où...
« - Aaaah ! »
De délicieuses odeurs de gâteaux et de tartes embaumaient la cuisine où Pudding avait passé tout l'après-midi. Elle aimait faire plaisir quand il s'agissait de nourriture et elle se réjouissait déjà de voir l'appétit de ses colocataires comblées par son œuvre. Elle tentait de trouver une place pour sa mousse au chocolat dans le réfrigérateur déjà plein à craquer quand elle entendit sonner à la porte. Dans une exclamation réjouie, c'est le visage radieux qu'elle alla ouvrir à...
« - Nami... ? »
Après un court face à face silencieux avec son amie, Pudding plaça une main devant sa bouche. C'était plus fort qu'elle. Elle allait rire. Elle devait rire ! Mais devant le regard sombre de la rousse, elle préféra se retenir, de toutes ses forces, elle en aurait besoin. Mais la surprise de la trouver dans cet état l'amusait tant. Nami se tenait sur le pallier, trempée de la tête au pieds, livide. Des mèches de cheveux lui tombaient devant les yeux, ses vêtement lui collaient à la peau et son jean était même troué au genou. Pour ne rien arranger, Pudding remarqua que la talon de sa bottine droite avait décidé de ne plus supporter le poids de sa propriétaire.
« - Tu as pris la pluie on dirait !
- Épargne moi tes commentaires s'il te plaît. répondit Nami d'un ton glacial. »
Sans un mot de plus, elle entra dans l'appartement et gagna immédiatement la salle de bain. Elle claqua si fort la porte que Pudding sursauta. La jeune pâtissière connaissait suffisamment son amie pour savoir qu'elle ramasserait la foudre de Zeus si elle ne la laissait pas tranquille lorsqu'elle était en colère. Elle retourna dans la cuisine en dans avec la certitude que ses desserts lui redonneraient un peu de baume au cœur.
La soirée passait et la pluie s'abattait toujours contre les carreaux. Nami n'était toujours pas réapparue, Kaya s'absentait pour la soirée et Pudding faisait cuire des pâtes, seule dans la cuisine. Elle avait sa moue boudeuse qu'elle se plaisait à emprunter pour que ses frères et soeurs la dorlotent. Elle s'ennuyait ce soir sans personne à taquiner et était pourtant ravie d'avoir cuisiné autant pour ses amies. Et puis, elle n'avait cessé de répéter la manière dont elle annoncerait à Nami la bonne nouvelle. Mais oui, elle était sûre qu'elle serait contente en l'entendant !
Convaincue d'avoir trouvé la solution miracle pour rendre le sourire de Nami, Pudding tenta une approche risquée. Elle se planta devant la porte de sa chambre, inspira un grand coup et frappa.
Pas de réponse.
« - Nami, commença Pudding, j'ai fait cuire des pâtes. Tu viens manger ?
- Non merci, j'ai pas très faim, marmonna Nami. »
Tant pis pour les pâtes se dit Pudding. Elle enchaîna aussitôt avec la bonne nouvelle.
« - Tu sais j'ai quelque chose à te dire, dit-elle en gloussant. C'est Sanji ! Il...
- Oh Pudding ! Laisse moi tranquille avec cette histoire !
- Mais écoute, il... »
D'un « bonne nuit » ferme et désagréable, Nami mit fin à la conversation. Pudding resta bouche bée devant la porte. Elle s'arma une nouvelle fois de sa moue boudeuse mais personne ne pouvait la voir ce soir.
Allongée de tout son long sur son lit, Nami se sentait vide. Un bain chaud lui avait fait du bien mais elle ne cessait de repenser à la fin de journée qu'elle avait passée. Alors qu'elle suivait Katakuri, sa cheville avait eu l'envie soudaine de devenir un ver de terre se tordant trois fois avant que la rousse ne s'étale royalement sur la route inondée. Le talon de sa bottine avait succombé dans l'accident. Ensuite, elle s'était relevée si vite qu'elle n'avait pas même remarqué que ses clés étaient tombées de sa poche. Honteuse, la tête baissée pour éviter les regards moqueurs des passants, elle s'était précipitée jusqu'à l'appartement en boitant. Bien sûr Katakuri s'était dissipé sous le rideau de pluie, son sachet de donuts au bras. Fin de la péripétie.
Oh non ce n'était pas grand chose. Une simple chute dont elle se remettrait sans problème. Ce qui épuisait tant Nami, c'était elle même. Elle s'agaçait de son comportement ces derniers temps. Elle ne cessait de rêvasser à de belles histoires d'amour. Mais se laisser aller irrésistiblement à suivre un quasi inconnu dans l'idée de vivre une aventure romanesque ne lui ressemblait pas du tout. Elle se sentait seule sans doute mais ses états d'âmes la rendait malade.
Elle soupira longuement pour chasser ses pensées.
Elle devait étudier se dit-elle afin de s'occuper l'esprit. Elle se redressa légèrement sur son lit pour attraper un épais livre de météorologie posé sur sa table de chevet quand son attention fut attirée par la présence de son ordinateur sur son bureau.
Pudding le lui avait rendu, tant mieux.
Alors qu'elle ouvrit son livre page 345, les mots de Pudding vinrent titiller son esprit. Elle fronça les sourcils. Qu'avait-elle à lui annoncer à propos de Sanji ? A vrai dire, cette histoire de site de rencontre et le beau Sanji ne l'amusait plus. Pourtant, sa curiosité demeurait plus forte que sa lassitude. En un bond, elle se leva et se précipita d'allumer son ordinateur. Aussitôt, elle naviguait de nouveau sur Seducing Woods. Alors qu'elle s'apprêtait à cliquer sur sa messagerie, elle eut un instant d'hésitation. Avait-elle vraiment envie de voir tout ce que Pudding avait pu inventer pour la mettre en valeur ? Aussi, elle éprouverait sans doute un peu de peine pour ce Sanji qui, pensant discuter avec une douce princesse faisait en réalité la conversation avec une ignoble sorcière.
Elle se perdit dans sa réflexion tout en faisant glisser machinalement son doigt sur la souris. La page des prétendants inscrits sur Seducing Woods défilait sous son regard peu attentif. Au passage, elle croisa le vieux musicien obsédé par les petites culottes, l'homme en slip qui roulait des mécaniques et...
Nami étouffa une exclamation de surprise. Elle approcha son visage de l'écran comme si elle était soudainement devenue myope et écarquilla les yeux devant le profil qui s'affichait.
Charlotte Katakuri
Aucune information supplémentaire.
Masaka...
