Prologue

L'ÉTREINTE

Je n'ai jamais été satisfaite de ma condition de vie. J'avais toutes les cartes en mains pour réussir ma vie. Née dans une bonne famille sans le moindre problème, aimante et compréhensive. Ayant reçue la meilleure éducation qu'il se doit. Pourtant je trouvais que tout était beaucoup trop facile. Et je voulais toujours plus. J'avais des rêves de grandeur mais ma mégalomanie et mon égoïsme exacerbé ont fait retourner tout mon monde contre moi.

A présent je devais simplement me contenter d'un pauvre petit boulot de secrétaire, à obéir à un pauvre patron qui se croit être le maître du monde, alors que je vaux cent fois mieux que lui.

Voilà pourquoi je me retrouvai cette nuit dans ce bar chic de Los Angeles à m'apitoyer sur mon sort, noyant ma frustration et ma rage dans les shots de vodka que le barman me servait sans la moindre considération de mon pitoyable état.

Soudain je ressentis comme une drôle de sensation sur ma nuque, par réflexe je passa ma main dessus pour tenter d'effacer ses frissons qui me hérissait les poils tandis que je me retournais pour tenter de comprendre ce qui me faisait un tel effet.

A quelques mettre de moi, un homme relativement grand, portant un costume de bonne facture, noir, était nonchalamment appuyé contre l'un des murs du bar, bras croisés, dans un des coins les plus sombres et il avait son regard d'un bleu glacé braqué sur moi.

Il était très beau, avec ses cheveux bruns soyeux, son nez droit, son menton volontaire et surtout sa carrure en V athlétique. Malgré tout, bien que son physique, plus qu'avantageux m'attirait au plus haut point, une petite voix au fond de moi, comme un instinct de survie, me hurlait de m'enfuir le plus loin possible de cet homme. Le regard de prédateur qu'il m'adressait ne faisait que renforcer cette impression de danger.

Lorsqu'il remarqua que je l'avais repéré entrain de m'épier ses fines lèvres se retroussèrent en un léger sourire et il s'approcha d'un pas assuré.

Je sentais mon cœur battre à tout rompre, mon cerveau me hurlant de m'enfuir, mais l'alcool avait anesthésié la moindre parcelle de mon corps qui se refusa à bouger.

Il s'avança jusqu'à moi et me désigna le tabouret à ma droite.

- Je peux ? me demanda-t-il d'une voix suave.

Je hochais simplement la tête, incapable de répondre quoi que ce soit. J'étais comme hypnotisée par la grâce de ses mouvements, et mon dieu cet homme était encore plus beau de près. Non, beau, ça n'était pas le terme exacte, c'était bien trop faible, magnifique, peut-être ? Ou alors… Sauvage ? Ça y est l'alcool était entrain de me faire perdre la tête. Mais je remarquai tout de même que bien qu'il soit venu s'asseoir au bar, il ne commanda rien… Étrange…

Il appuya son coude sur le plan de travail en chêne et se pencha légèrement vers moi. Son eau de Cologne, haut de gamme, vint me titiller les narines, accentuant mon malaise.

- Une femme telle que vous ne devrait pas boire autant, me susurra-t-il en observant le verre vide devant moi.

Pour qui il se prenait, à venir me juger ? L'attirance qu'il exerçait sur moi ne pouvait pas lui permettre un tel comportement ! Pourtant je n'eus pas le courage de le remettre à sa place, et dans le fond, un peu de compagnie, aussi charmante qui plus est, ne me ferait pas de mal.

- Disons que j'ai mes raisons, pour ce soir, je répondis la voix devenue rauque à cause de l'alcool.

- Je suis fort curieux de connaître ces raisons, voyez-vous.

Je me mis à le fixer sans trop le vouloir. Son regard était taquin. Mais en quoi ma vie pouvait-elle bien l'intéresser ? De toutes les femmes magnifiques qui se trouvait dans ce bar il avait fallu qu'il jette son dévolue sur la paumée alcoolique ? Il avait de drôle de goûts ce type. Il n'empêche que parler à un inconnu me permettrai peut-être de vider un peu mon sac sans pour autant craindre la moindre répercussion…

Je baissai les yeux vers mon verre vide en soupirant.

- La vie que je mène actuellement et disons… Décevante… Elle n'est pas ce à quoi je m'attendais… Ce que j'espérais…

- Tiens donc ? C'est drôle… Si vous n'étiez pas en train de vous soûler, je n'aurais jamais pu deviner une telle situation chez vous. Vous avez pourtant plutôt l'air de quelqu'un qui vit bien, rétorqua-t-il un poil moqueur.

Sa réflexion me fit claquer la langue entre mes dents.

- Je sais, je suis une fille qui se plaint pour rien, ma vie pourrait être largement pire, mais le problème c'est que j'ai trop d'ambition et que je suis persuadée que je mérite bien mieux que tout cela.

Il rit légèrement à la fin de ma phrase ce qui me vexa profondément.

- Oh je sais, moquez-vous, je dois vous paraître présomptueuse… marmonnais-je en désignant au barman mon verre pour qu'il le remplisse à nouveau de ce merveilleux liquide qui était devenu mon seul ami de cette soirée.

- Oui, je vous trouve vraiment présomptueuse… acquiesça le beau brun qui se trouvait à mes côtés tandis que le barman me donnait un nouveau shot. Mais à vrai dire je ne me moquais pas…

A ces derniers mots, je tournai immédiatement la tête vers lui, les sourcils froncés ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre.

- Au contraire, je trouve que l'on se ressemble beaucoup vous et moi… Et puis, je pense que vous avez raison… Une femme comme vous mérite ce qu'il y a de mieux, ça se voit au premier coup d'œil, murmura-t-il charmeur.

Une bouffée de chaleur remonta lentement tout le long de mon corps, tandis qu'il se saisit d'une mèche de mes cheveux bruns. Il l'entortilla délicatement autour de son index et la caressa longuement avec son pouce. Je ne savais pas si c'était ses paroles, ses gestes, ou encore la vodka qui m'avait grillé le cerveau mais ce qui était sûr c'était que j'étais incapable de dire la moindre phrase. Les mots restaient indéniablement coincés dans ma gorge. Et son sourire… Ses dents étaient blanches et d'un alignement si parfait… Mon instinct qui me hurlait un peu plus tôt de m'enfuir, était soudainement comme molesté.

- Puis-je savoir votre nom, charmante demoiselle ? interrogea-t-il, son regard devenu brûlant plongé dans le mien, embrasant ainsi mes propres pensées.

- Kirsten… réussis-je à articuler tant il m'intimidait.

- Kirsten… Ce n'est pas très courant, mais fort joli, c'est de quelle origine ?

- Européenne.

- Oh, donc vous êtes européenne ? en déduisit-il en relâchant ma mèche de cheveux pour passer ses doigts sous mon menton pour le relever.

Mais quelque chose me chiffonna, depuis quand était-il aussi près de moi ? Nos visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

- N-non, mais mes parents ont énormément voyagé… je répondis en détournant le regard, plus que troublée par cette si soudaine proximité.

- Je vois… Eh bien, Kirsten, je suis sur le point de vous embrasser.

Ses simples mots me firent braquer de nouveau les yeux sur lui alors qu'il joignit le geste à la parole. Je ne pu offrir la moindre résistance que déjà ses lèvres fondaient sur les miennes, alors qu'il glissa son autre main sur ma nuque pour m'attirer encore plus à lui. Moi qui était pourtant d'habitude si farouche et si fière je n'avais d'autre choix que de me laisser faire.

Je fermais les yeux, savourant ce baiser, le plus passionné que j'ai connu, cet homme avait du talent, c'était indéniable. Mes joues étaient en feu et mon cœur battait comme jamais, quand soudain un frisson plus puissant que les autres me parcouru toute entière tel un choc électrique, puis un léger goût métallique vint se rependre sur ma langue.

Venait-il de me mordre la lèvre ?

Il se sépara de moi avec une lenteur délibérée et se lécha sensuellement les lèvres qui étaient maculées de mon sang. Il sortit de l'argent de sa veste de costume et le posa sur le comptoir avant de se lever, payant ainsi mes consommations. J'allais protester en lui disant que je pouvais payer moi-même, mais il tandis la main vers moi, coupant ainsi mon élan rebelle.

- Et si nous allions dans un endroit… Plus intime… ? murmura-t-il de sa voix devenue rauque.

Il indiqua d'un geste furtif de la main le plafond du bar, en effet il y avait des chambres d'hôtel au-dessus, mais je n'y étais jamais allée. Je hochai timidement la tête comme unique réponse, ne pouvant dire non face à se regard, presque animal, qu'il me lançait et je saisis sa main. Après tout, qu'est-ce-que je risquais ? J'étais seule et j'avais désespérément envie de lui. Seulement lorsque je me mis debout, je sentis mes jambes se dérober sous moi, sans doute les effets des nombreux verres que j'ai bu cette nuit, mais heureusement pour moi deux bras puissants me retinrent, alors que mon visage se cogna contre son torse musclé.

- Voilà pourquoi une aussi belle femme que vous ne devrait pas boire autant, se moqua-t-il en m'aidant à marcher jusqu'à l'ascenseur menant aux chambres.

Une fois que les portes de l'ascenseur furent refermées, il ne perdit pas une seconde et se jeta de nouveau sur moi m'embrassant langoureusement, mais aussi de façon beaucoup plus bestiale que devant le bar. Lorsque le tintement de l'ascenseur retentit, nous signalant que nous étions arrivés à destination il me prit sur lui et j'entourai mes jambes autour de sa taille. Nous continuions à nous embrasser jusqu'à arriver devant la porte de la chambre qu'il ouvrit avec une carte magnétique. Nous entrâmes, et il repoussa la porte d'un coup de talon dans le bas avant de me déposer délicatement sur le lit.

L'alcool, son odeur, ses baisers… Tout me faisait tourner la tête. Il était à la fois terriblement bestial, mais aussi très gentleman… Soudain, je me rendis compte d'une chose… Je ne connaissais même pas son nom… Mais en toute honnêteté à l'instant présent je m'en fichais royalement.

Alors qu'il avait la tête enfouis dans mon décolleté, il remonta lentement vers ma gorge, qu'il lécha avec avidité.

- Je veux te montrer quelque chose… me susurra-t-il.

C'est alors que je ressentis une immense douleur au niveau de mon cou qui m'arracha un hurlement. C'était comme si deux lames avaient transpercé ma chair jusqu'à ma jugulaire, une vague de plaisir comme jamais je n'en avais connu me submergea. Il se redressa légèrement, me surplombant, tandis que je sentis une drôle de sensation parcourir mes veines, ou plutôt le vide, puis mon cœur ralentir brutalement. La tête me tourna comme jamais et je me sentie partir dans l'inconscience.

Était-ce la fin ? Allais-je vraiment mourir ici ?

Une unique larme coula le long de ma joue.