Disclaimer : Se reporter aux chapitres précédents pour découvrir que l'univers original n'est pas à moi, et que je ne fais aucun profit sur cette histoire... (surprise surprise)
Note : Eh oui, voici la suite ! Je suis d'ailleurs la première étonnée... =) Bon, c'est pas comme si j'étais censée commencer mon mémoire depuis longtemps, mais presque... Merci de suivre cette fanfic, et merci à Elska, avec qui j'ai beaucoup échangé ! =) (allez donc lire sa fic, elle est super ! =) )
Date de publication originale : février 2011
Edit texte : mars 2020
Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube : (à coller après l'adresse de ytb) playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7
Maintenant, place à l'histoire ! Enjoy !
Le jeune homme lève la main vers la poignée de la porte et perçoit une voix qui s'adresse à une deuxième personne :
« - ... commence ? »
La main à la peau brune redescend doucement alors que les premières notes d'une jam session se font entendre. Malgré lui, le garçon aux dreadlocks tape le rythme de son talon, toujours planté devant la porte. Ces gars-là sont bons. Il les connaît de vue, il les a déjà croisés dans les couloirs. Le bassiste greffé à son instrument ne passe pas inaperçu auprès de la gent féminine de leur année. Sa nonchalance non feinte et sa douceur affichée font frémir toutes les filles de terminale. Et même s'il n'a jamais été dans sa classe, le prénom d'Ahito lui est si familier qu'il pourrait presque le prendre pour son ami. Sauf qu'Ahito ignore certainement jusqu'à la présence d'un élève prénommé Rocket.
Le deuxième musicien est un guitariste à peine moins talentueux, mais encore plus passionné, s'il est possible de l'être. Lui, est en seconde, mais il fait déjà partie des célébrités. Dès qu'il entre dans une pièce, l'ambiance devient joyeuse, et dès qu'il sort sa guitare, tout le monde s'agite pour danser ou chanter. Ce gamin rayonne simplement, sans brûler mais lumineux.
Rocket se décale légèrement et se retourne, pour se laisser glisser contre le mur. Il ferme les yeux et s'imagine accompagnant l'improvisation avec sa batterie. La musique de ces deux-là est à leur image : chaleureuse et étincelante. C'est parce qu'il ne pourra jamais rivaliser qu'il n'est pas entré dans le club de musique, entre autres. Pourtant, chaque soir après l'entraînement de foot dont il a rejoint le club dès la seconde, il vient s'exercer. Il reste des heures à improviser des morceaux de batterie ou à reprendre les plus grands succès des Aber'dim, son groupe favori.
Il est difficile d'éviter les autres, d'autant qu'ils accaparent la salle de musique au moindre de leur temps libre. Heureusement, en général, après la fin des clubs, il ne s'éternisent pas et quittent l'école. Tout le monde sait que les quatre idoles du lycée ont leurs entrées au Phoebe's depuis longtemps. Et cela renforce le mythe qui se crée autour d'eux.
Rocket inspire profondément. Si Micro-Ice et Ahito sont ici, le génial Thran et le charismatique D'Jok ne devraient plus tarder. Il se relève et quitte les lieux sans un regard en arrière mais avec un pincement au cœur.
°OoooO°
Arrivé à un pâté de maisons de chez lui, il sent déjà l'odeur des fleurs que son père vend. Réputé comme l'un des meilleurs fleuristes de la ville, Norata n'est pas apprécié pour son amabilité mais pour son professionnalisme. On reconnaît volontiers qu'il est doué avec les fleurs malgré son infirmité, mais son entourage (plutôt restreint) lui reproche quelques fois sa grande sécheresse avec son fils. Fils qui pourtant l'a toujours soutenu, travaillant dans la boutique dès son plus jeune âge lorsque les douleurs de son père étaient trop insupportables.
Lorsque, à ses dix ans, Rocket a émis le souhait de faire de la musique, Norata l'en a dissuadé à coup de regards froids et de remarques glaçantes. Le garçon a donc abandonné l'idée quelques temps. Mais à son adolescence, le désir s'est transformé en besoin. Pour ne pas décevoir son père, il s'est débrouillé en secret pour économiser son argent de poche et s'est procuré une batterie électronique de premier prix. Son père ne rentre jamais dans sa chambre, qui est de toute façon fermée à clé quand il n'est pas dedans, et lorsqu'il branche son casque à la batterie, Rocket ne fait pas un bruit. Malheureusement, si l'instrument est pratique pour ces petits détails, ce n'est pas une vraie batterie. Au niveau du son, de la puissance, de la résistance des peaux, des nuances, du timbre ; rien n'est pareil. C'est pour ça qu'il préfère jouer au lycée, avec une batterie de qualité. Ce soir, il devra pourtant se contenter de sa chambre.
- Rocket ? Appelle la voix de son père quand il franchit l'entrée du magasin. Tu peux venir m'aider, s'il te plaît ? J'ai un pot de lierre à déplacer.
Le jeune homme se dirige vers l'arrière boutique, d'où provient la voix. Il ne parviendra jamais à prendre Norata par surprise lorsqu'il rentre de l'école.
- Tu rentres tôt, ce soir. Il y a un problème ?
- On m'a déchargé de mon travail de président de club, aujourd'hui. Avec les examens blancs qui approchent, il ne faudrait pas que je me dissipe.
Rocket n'a jamais su mentir. C'est pour ça donc qu'il filtre l'information pour en omettre certaines parties comme il le faut. En l'occurrence, le vice-président l'a déjà remplacé depuis une bonne semaine.
- Concentre-toi sur tes études, tu as raison. Tu as beaucoup de travail, ce soir, ou tu peux me donner un coup de main ?
Norata rit jaune devant son propre jeu de mot, comme à son habitude.
- Les examens sont dans trois semaines, à la rentrée, j'ai le temps. Tu as encore mal ?
- C'est une question qu'il devient inutile de poser, fiston.
Rocket s'apprête à demander quelque chose puis referme la bouche. Son père ne répondra pas, de toute façon. Le garçon n'a jamais su comment il s'était blessé, et lorsqu'il aborde le sujet, le visage de Norata se ferme à double tour.
- Laisse-moi juste le temps de monter poser mes affaires et j'arrive.
- Change-toi, aussi, lance son père depuis la boutique. Je ne veux pas d'un lycéen en uniforme derrière mon comptoir !
Rocket rit. Comme si personne ne savait que le fils de Norata était un écolier. Mais soit, dans tous les cas, il préfère travailler en tablier. Il se change en vitesse et redescend dans le magasin, où il entend la voix de son père charrier des glaçons.
- Papa ?
Norata se tourne vers lui.
- Retourne dans ta chambre, Rocket, finalement, je n'aurai pas besoin de toi.
- Bonjour, mon... commence le jeune homme en se tournant vers le client.
- Rocket. Ta chambre.
La voix sifflante de son père n'est même plus un ordre mais une menace. Le garçon fait demi-tour et va s'enfermer dans sa chambre, s'interrogeant sur ce qui vient de se passer.
- C'est pas toi qui pourra me répondre, hein, Aarch ? Chuchote-t-il aux dizaines de posters à l'image d'un jeune homme derrière une batterie.
°OoooO°
- Puis-je vous renseigner, monsieur ? S'enquiert le fleuriste une fois qu'il est certain du départ de son fils.
- Allons, Norata, nous sommes...
« - C'est une fracture de Pouteau-Colles, le radius est durement touché. »
- Je ne crois pas vous avoir déjà rencontré, coupe froidement le commerçant.
- Ton fils a drôlement grandi...
« - Le choc a entraîné un syndrome de Volkmann. Il faut l'opérer d'urgence, ou ça va entraîner une ostéonécrose du semi-lunaire ! »
Norata éclate d'un rire dur, mais garde le silence, cette fois. Il se retourne et s'affaire à arranger un bouquet, essayant d'ignorer le client dans son dos.
- Ecoute, Norata, je...
« - Le scaphoïde est dans un sale état aussi.
- Mais... Le Centre de chirurgie de la main est à Edimbourg... »
- Tu quoi, Aarch ? Tu es désolé, peut-être ?
- Je... oui, je...
« - On a pas le temps de l'envoyer là-bas. Il faut au moins parer à l'urgent ici ! »
- Sais-tu au moins de quoi tu es désolé ?
Aarch ouvre la bouche, mais Norata ne lui laisse pas le temps de répondre, toujours dos à lui :
- D'avoir laissé tomber le groupe ? D'avoir fui tes responsabilités de leader ? Tes devoirs de frère ? De m'avoir abandonné sur ce foutu lit d'hôpital sans demander de nouvelles ?
« - Monsieur, votre chute a créé un grave traumatisme à votre poignet. Le fait que les secours ne vous aient pas retrouvé sous les décombres tout de suite n'a pas arrangé les choses. Nous avons fait ce que nous avons pu... »
Aarch passe une main sur son visage pour essayer de détendre ses traits.
- Si tu savais comme je regrette...
- Pas autant que moi, Aarch. Va-t'en, maintenant. Je n'ai rien à te dire et pas l'envie de t'écouter.
L'ex-leader hésite, puis, devant le dos crispé de son frère, il tourne les talons.
Norata, lui, serre les dents de toutes ses forces en tenant son poignet droit, les yeux humides de douleur. Et d'autre chose.
« - L'hématome que vous aviez à la jointure du poignet et de la main a créé une pression qui a entraîné une ischémie. Pour essayer de faire simple, vos os semi-lunaire et scaphoïdien n'ont pas été irrigués par le sang et la lymphe pendant presque une heure, ce qui les a énormément fragilisés. Nous avons réussi à stopper l'ostéonécrose, mais même avec un traitement approprié et des soins de kinésithérapie, il est très peu probable que vous puissiez vous resservir de votre poignet comme avant. La douleur risque d'être régulière, et le temps n'y fera rien. Je suis désolé. »
- Pas autant que moi, murmure-t-il doucement.
°OoooO°
Rocket se fige sur son lit. Le client en bas lui disait quelque chose... Comme s'il l'avait déjà rencontré. Lorsqu'il a jeté un coup d'œil machinal à l'un de ses posters, il y a vu la réponse : C'était Aarch, il en mettrait sa main à couper !
Mais que peut bien faire l'ancien musicien à Aberdeen alors qu'il est parti depuis vingt ans ? D'autant plus dans une boutique de fleurs ?
Rocket se redresse et s'approche de la porte de sa chambre. Furtivement, il se glisse dehors et s'apprête à descendre les escaliers :
« - ... fui tes responsabilités de leader ? Tes devoirs de frère ? De m'avoir abandonné sur ce foutu lit d'hôpital sans demander de nouvelles ?
- Si tu savais comme je regrette... »
Le pied du jeune homme s'arrête au dessus de la première marche et il recule. Ce n'est pas vraiment le moment de se faire prendre en flagrant-délit d'espionnage. Il rentre dans sa chambre rapidement et se jette à nouveau sur son lit, essayant de s'étouffer lui-même avec son oreiller. Il réfléchit à toute allure, puis balance bientôt son traversin à l'autre bout du lit pour se relever et aller chercher un classeur dans ses étagères.
L'objet est plein à craquer d'images d'Aarch, d'interview, et de quelques photos de groupe. Objectivement, les Aber'dim ne l'ont jamais intéressé dans leur totalité, mais bien parce qu'il y avait Aarch. La chanteuse-bassiste était plutôt bonne aussi, mais les deux guitaristes lui ont toujours fait ni chaud ni froid. Et comme il n'était pas du genre à s'intéresser à la vie privée de son musicien préféré, il savait juste que son frère était également dans le groupe. D'ailleurs, ce frère ne semblait pas avoir de nom. On l'appelait toujours le « frère d'Aarch ». Et si Rocket s'était vaguement préoccupé des autres membres après la Catastrophe, il aurait découvert que le « frère d'Aarch » avait purement disparu du monde de la scène. Quelques articles mentionnaient une grave blessure, mais c'était tout.
Le garçon prend la plus grande photo de groupe qu'il ait et dévisage le guitariste sur l'épaule duquel Aarch a posé sa main. Aarch est rayonnant, comme à son habitude, tandis que l'autre jeune homme semble plus sévère. Indéniablement, mis côte à côte, les deux musiciens ont un air de famille.
Un flash présentant le client d'il y a quelques minutes et Norata ensemble passe dans les yeux de Rocket. Il n'y a pas vraiment de doute à avoir. Et il se rappelle les commentaires de certains clients pendant que son père était absent :
- C'est tellement dommage... Il avait du talent...
- Tu es fier de ton père, hein, petit ?
- Voilà ce qui arrive quand on cherche à faire autre chose qu'un travail honnête.
Et tant d'autres réflexions. Il se souvient de la réaction de son père quand il lui a demandé de l'inscrire à une école de musique. De la réaction de son père lorsqu'il a entr'aperçu, une fois, tous les posters d'Aarch. Du regard hanté de Norata lorsqu'il voit un guitariste ambulant jouer dans la rue.
Aarch a quitté Aberdeen quasi immédiatement après la Catastrophe. Quand Rocket a découvert que le toit du Music Hall of Aberdeen s'était effondré à la fin d'un concert des A'dim, il s'est tout de suite demandé si Aarch avait été touché. Il a appris un peu plus tard que seul le « frère d'Aarch » a été blessé, mais les informations sont vagues, même vingt ans après. Ou peut-être justement parce que c'est vingt ans plus tard...
De ce qu'il sait, la Catastrophe a profondément ébranlé Aarch, et le leader est parti avec le second guitariste à Édimbourg pour essayer de reconstruire quelque chose là-bas. Cinq ans plus tard, plus rien.
Et pendant vingt ans, il a laissé son frère blessé derrière. Son frère devenu infirme, avec qui il avait eu des rêves...
Rocket s'effondre à nouveau sur son lit et fixe le plafond, d'où un Aarch souriant le regarde. Il est toujours aussi fan du musicien, mais... Il commence à comprendre son père. Il est fier d'être le neveu du génial batteur Aarch, mais il est aussi terriblement déçu de découvrir le côté humain de son oncle. Il ferme les yeux et essaie de se rassurer en se disant que ça ne le regarde pas, que cette histoire est entre son père et son oncle. Mais n'empêche.
Quand il ouvre les yeux, il se sent différent. Comme si la dernière pièce du puzzle avait été posée.
Maintenant, le monde peut tourner, et lui avec.
Il se lève et branche le casque de sa batterie avant de s'installer derrière et de commencer à jouer.
°OoooO°
Trois filles se mettent à glousser quand il leur passe devant, dans le couloir. Il leur jette un regard noir et serre les poings. Il ne comprendra jamais des dindes pareilles. Il est connu pour être le gars le plus détestable du lycée avec les gens (tous genres confondus), mais apparemment cela fait son charme auprès des filles de terminale.
- T'as vu ? Sinedd m'a regardée ! S'exclame l'une de ses groupies dans un chuchotement tout sauf discret.
Il a un geste pour aller vers elle et lui faire comprendre que sa seule utilité à ses yeux serait de devenir son punching-ball. Mais il se retient. Difficilement. Très difficilement, même, quand cette stupide petite idiote interprète son hésitation comme de la timidité et glousse de plus belle.
À la place, il frappe le mur le plus proche de sa main droite. Les trois gamines sursautent avant de comprendre, enfin, qu'il n'est pas d'humeur à les entendre.
Malheureusement, il a tapé un peu trop fort, et si l'effet a été réussi, il a abîmé sa précieuse main. Peu importe. Il sort son MP3 et met ses écouteurs pour se détendre avant d'aller en cours. Les fabuleux riffs de Yngwie Malmsteen lui résonnent dans les oreilles et le détendent. C'est comme si toute sa rage était évacuée par la guitare de Malmsteen. C'est ça, la musique qu'il aime : celle qui est angoissante et angoissée, violente, colérique et emportée. Pleine de virtuosité, d'une musicalité que seuls les fous peuvent comprendre.
Il traverse les couloirs comme sur un nuage. Ou plutôt comme s'il marchait dans les coursives menant aux Enfers. D'un pas conquérant, la tête haute, il a l'impression que d'un regard il pourrait détruire les gens qui le croisent. Il se sent comme dans une dimension parallèle, que les autres ne pourront jamais expérimenter.
Bientôt, trop tôt alors que Stratovarius prend la place de Malmsteen, il arrive devant la salle d'Histoire, et enlève ses écouteurs. L'Histoire est sa matière préférée, la seule qui le retienne au lycée, en fait, et il ne se permettrait jamais le sacrilège de perdre une miette de cours.
Surtout que pour sa deuxième année de terminale, il a hérité d'un nouveau prof tout à fait passionnant qui comble le peu de lacunes qui lui restent.
Il va s'installer au fond de la classe tout contre la fenêtre et sort ses affaires. Sa main est toujours un peu douloureuse lorsqu'il plie et déplie les doigts, et elle commence à gonfler. Sa tutrice va encore lui faire une scène, à tous les coups. Mais plus tard. Comme d'habitude, il rentrera à pas d'heure.
Après les cours, il rejoint directement la salle du club de musique, dont il est le président. Il sort du casier qui lui est réservé (et sur lequel il a posé plusieurs cadenas) sa Stratocaster Yngwie Malmsteen. Petit bijou qui lui a coûté plus de mille cinq cent livres, cette guitare signée par son idole est la seule femme de sa vie. Il la traite avec douceur et respect quand il ne joue pas. Par contre, il aime plus que tout lui arracher des cris déchirants et entendre ses plaintes lorsqu'il s'acharne sur elle pendant des heures. Elle hurle pour lui, saigne pour lui.
Il s'empare d'un ampli dans la pièce principale, qu'il ramène dans le bureau du club, puis il branche un jack et un casque dessus. Il déteste deux choses, quand il joue : Qu'on le dérange et que ça ne soit pas parfait à entendre. Et comme il aime les morceaux rapides et compliqués, ce n'est jamais irréprochable du premier coup. C'est pour ça qu'il s'enferme toujours dans le bureau et qu'il joue avec un casque. La petite bande de Golden Boys qui fait partie du club ne vient jamais l'interrompre, et il doute même qu'ils fassent attention à sa présence. Tant mieux.
Il les connaît depuis longtemps, maintenant. D'Jok et Micro-Ice sont ses voisins, et il a longtemps joué avec eux quand ils étaient plus jeunes. Pourtant, les cinq ans de différence qu'il a avec le petit brun ont vite fait la différence. Quand il a eu seize ans et que Micro-Ice et D'Jok en avaient respectivement onze et douze, le gouffre s'est creusé jusqu'à des profondeurs abyssales. Il ne supporte plus le sourire benêt de Micro-Naze, comme il l'appelle, ni l'ego de D'Jok. Il ne supporte plus leur condescendance quand ils lui rappellent qu'avec ses bientôt vingt-et-un ans il est toujours au lycée.
Sinedd n'a jamais été quelqu'un de scolaire, et la discipline n'est pas son fort. Il a fait le Grand Chelem, comme on dit : chaque année du lycée en deux ans. Et il a fini par atterrir à l'Aberdeen Grammar School après plusieurs changements. Un mal pour un bien, l'école est près de son petit job à temps partiel, et cela lui permet de faire plus d'heures. En plus, il peut jouer de la musique quand il veut, et pour ça il ferait tout. Puisqu'il est obligé de passer deux heures au lycée après les cours, autant en profiter pour faire ce qu'il aime.
Récemment, il s'est acheté une pédale multi-effets et cherche à tester le sample pour faire un morceau de deux ou trois guitares tout seul. Il maîtrise plutôt bien les opportunités de distorsion et de saturation du son, mais l'effet loop n'est pas encore au point. Pour commencer à s'entraîner sur cette fonctionnalité de sa pédale, il a choisi Fade To Black, de Metallica, dont l'introduction est plutôt facile. Il a récupéré les tablatures sur internet, et peut désormais se mettre à son test.
Appuyant sur le bouton d'enregistrement, il commence à jouer, ignorant la douleur de sa main.
°OoooO°
Alors qu'il sert leur whisky à un couple de clients, il aperçoit à travers la vitre les quatre Golden Boys passer la porte du Phoebe's Absinthe de l'autre côté de la rue. Il détourne les yeux. Le Phoebe's est le concurrent direct du St Nicholas' Pub, et il attire une faune bien plus joyeuse. Au St Nicholas', il n'est pas rare que les soirées se finissent en bagarres, mais l'après-dîner est généralement réservé aux couples qui veulent être plus au calme. Jed, le patron, est un petit homme ventripotent au sens de l'économie bien à lui. Mais il paie bien, et il a bien voulu embaucher Sinedd alors qu'il n'avait pas encore seize ans.
Le jeune homme essuie ses mains moites sur son tablier et se dirige vers le bout du comptoir pour prendre une commande. Ce n'est pas le moment de partir à divaguer, il n'est que 20h, et il finit à minuit.
La soirée passe relativement vite, pourtant, et il est bientôt 22h, quand Jed l'envoie sortir les poubelles et prendre sa pause clope. Il jette rapidement les sacs d'ordures dans la grande benne et s'adosse au muret situé à côté du pub avant de s'emparer son paquet de cigarettes. Mauvaise habitude qu'il a prise depuis ses seize ans, mais qu'il ne veut pas perdre. Bêtement, avec une clope dans la bouche, il se sent plus détendu et moins seul.
- Hey hey hey, s'exclame une voix qui lui fait hérisser les poils. Si c'est pas notre champion, ça !
Sortant tranquillement son Zippo Game Over de sa poche, Sinedd ne répond pas. Peut-être D'Jok ne va-t-il pas s'acharner ce soir ?
- Ben alors, t'es trop idiot pour savoir comment on construit une phrase, ça y est ? Continue pourtant le rouquin.
C'était trop espérer. Lentement, le serveur allume sa cigarette et tire une longue bouffée pour se détendre.
- Z'êtes pas encore couchés, les enfants ? Demande-t-il d'un concerné avec un rictus aux lèvres. Il faut aller boire votre chocolat chaud avant d'aller au lit, maintenant, c'est l'heure.
D'Jok serre les poings devant l'agressive tranquillité de son ennemi, et Micro-Ice lui met la main sur l'épaule.
- Laisse tomber ce débile, fait-il avec un sourire rassurant. Il n'en vaut pas la peine.
- C'est bien, Micro-Naze, t'as fini par comprendre quelque chose. Ça veut dire que tu portes plus de couches ?
- Moi non, par contre, toi, avec l'âge, tu devrais pas tarder à avoir des fuites urinaires, réplique Micro-Ice, toujours avec son sourire horripilant.
Plus que D'Jok et sa confiance en lui, c'est le nain qui lui met les nerfs en pelote, avec ses répliques crétines et ses vannes pourries. Pour reprendre contenance, Sinedd reporte sa cigarette à ses lèvres et affiche un sourire hautain. Il regarde le quatuor et s'aperçoit que les jumeaux sont restés en arrière, discutant paisiblement sans se préoccuper de la joute verbale. Micro-Ice est lui-même un pas derrière D'Jok pour le soutenir, mais son attitude n'est pas vraiment belliqueuse.
- Aha, toujours aussi spirituel, le nain. Maintenant, moi, avec mon grand âge, je bosse, alors si vous avez du temps pour jouer, retournez à vos puzzles, j'aimerais bien fumer ma clope tranquille.
Sans perdre une seule fois son sourire, comme si c'était devenu naturel d'avoir les lèvres aussi tordues, Micro-Ice tire sur l'épaule de D'Jok et lui fait un signe de tête. Tous deux tournent les talons et rejoignent leurs amis en quelques instants. Avant qu'ils ne partent pour de bon, le petit brun se tourne vers Sinedd et, un rire dans la voix, lui lance un « Bonne soirée ! » dégoulinant d'ironie.
Le serveur ferme les poings au point d'en écraser sa cigarette mais s'arrête juste à temps pour porter la tige à sa bouche. Si seulement il pouvait faire bouffer son sourire à ce sale petit singe. Fermant les yeux, il tente de se calmer sans y parvenir et finit par sortir son lecteur MP3 pour y faire défiler l'album Bloody Kisses des Type O negative. We Hate Everyone lui lave le cerveau le temps qu'il finisse sa clope.
Quand il retourne travailler, il est redevenu calme.
°OoooO°
- Hey, Mei ! Crie Yuki à la pause de 10h, les rumeurs sont vraies, Aarch est vraiment revenu pour trouver un groupe !
La grande brune sort la tête de son casier pour voir son amie se précipiter vers elle, tout excitée.
- Quoi ?
- Aarch. Va. Monter. Un groupe ! Répète Yuki comme si elle parlait à une demeurée. Tadaaam !
Elle présente à Mei une affiche avec la photo de Aarch et un petit speech sur le rock. Viennent ensuite les renseignements utiles dont la date et le lieu du rendez-vous. Une semaine plus tard seulement, le premier samedi après-midi des vacances.
- Les filles sont devenues dingues, continue Yuki. Elle veulent toutes jouer ou chanter dans le groupe. Je suppose que la concurrence va être rude.
- Je les écraserai.
La confiance sans limite de Mei a quelque chose de troublant, même si Yuki a fini par s'y habituer. Elle sourit à son amie.
- Tu sais s'il y a d'autres affiches, en ville ? Demande la chanteuse.
- Apparemment, il y en a dans tous les lycées et les universités. Aarch cherche des jeunes.
- Tu voudras venir avec moi, samedi ?
- Non, merci, refuse Yuki, je préfère aller au foot. Déjà que je loupe cet après-midi...
°OoooO°
- Les gars ! Je viens de trouver ça à l'entrée du bahut ! Aarch, l'ancien leader des Aber'dim, est revenu et il organise un casting pour monter un groupe de rock !
D'Jok, complètement frénétique, vient de faire claquer la porte de la salle de musique contre le mur, une affiche à la main. Un silence surpris salue son arrivée, puis des cris de joie se font entendre. Thran se met à sautiller sur place et prend son frère dans ses bras, puis réinvente une danse de la joie avec D'Jok.
- Il FAUT qu'on en soit ! C'est obligé, il faut qu'on fasse ce truc ! Jubile le claviériste.
Ahito, égal à lui-même s'affale à nouveau dans le canapé en s'étirant comme un chat.
- Ça va nous permettre de trouver un batteur, remarque-t-il, toujours très terre à terre.
Ses trois amis éclatent de rire.
- Tu plaisantes, j'espère, s'insurge D'Jok, ça va surtout nous permettre d'avoir un producteur et de pouvoir faire un album ! Ce serait le pied !
Micro-Ice sourit largement.
- T'as toujours su que tu deviendrais célèbre, hein D'Jok ?
- Ouais, c'est le destin ! Répond le rouquin très sérieusement.
Une nouvelle fois, le petit groupe rit. Une ambiance survoltée s'installe alors qu'ils commencent à grattouiller ou tapoter sur leurs instruments. Aucun d'eux n'a cours le samedi de 10h à 11h, et tous en profitent pour venir jouer. Ensemble, d'habitude, mais aujourd'hui, chacun cherche le meilleur morceau à présenter pour mettre toutes les chances de son côté.
Thran a baissé le son de son clavier au maximum, et les guitaristes essaient de ne pas trop tirer sur les cordes pour ne pas déranger les autres.
Pendant de longues minutes, seule une douce cacophonie règne dans la pièce. Puis Micro-Ice se lève et pose sa guitare.
- Désolé, j'ai un truc de prévu. Je laisse Gyps' ici, vous la surveillez ?
- Hein ? C'est quoi que t'as à faire ? Demande son meilleur ami en interrompant son jeu.
- Grosse commission ! Rigole Micro-Ice en détalant.
D'Jok secoue la tête et regarde Thran, qui hausse les épaules.
- Tu sais ce qu'il a, Ahito ?
- Ses règles ?
- Vous êtes les mêmes, tous les deux, soupire le rouquin. Mais ça ne répond pas à ma question... Qu'est-ce qui lui arrive ?
°OoooO°
Quand il entre dans la salle de musique à 11h15, Rocket sent encore l'atmosphère excitée que les précédents occupants ont laissée. En évidence sur la table, l'affiche d'Aarch. Il passe le bout des doigts dessus en lisant la date et l'heure, puis va s'installer derrière la batterie. Il sait déjà ce qu'il va jouer.
°OoooO°
Après son cours d'Histoire pendant lequel il a étudié la période Thatcher, Sinedd se précipite vers le bureau du club de musique. Quand il est rentré à minuit et demi la veille, sa mère adoptive lui a fait une scène pas possible, avec ses airs inquiets, ses soupirs et ses « qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? » Malgré toute la hargne qu'il peut avoir contre elle, il n'a jamais été violent. Mais ce n'est pas l'envie qui lui manque quand elle étale la culpabilité sur lui comme des gamins étaleraient du Nutella sur une tartine : Une grosse couche bien hermétique, qui cache et étouffe toute la tartine.
Il déteste le comportement tordu de sa tutrice, qui paraît bienveillant, mais qui l'étouffe de mépris. Quand elle passe ses doigts dans ses cheveux avec condescendance en lui faisant remarquer qu'ils sont « trop noirs ». Quand elle se demande ce qu'elle a bien pu faire pour qu'il « tourne comme ça ». Quand elle met de la glace sur ses bleus en lui disant que ça pourrait lui « servir de leçon ». Quand elle lui demande d'aller faire les courses, parce qu'il lui « doit bien ça ». Quand elle le regarde en soupirant, sans un mot, et que ses yeux l'interrogent sur les raisons de son adoption. Quand, avec des gestes machinaux, elle se demande pourquoi elle a récupéré cet orphelin à problèmes.
Divorcée depuis trois ans, maintenant, elle considère, sans avoir l'air d'y toucher que son mariage a été un échec à cause de la présence de Sinedd. Mais elle lui fait simplement ressentir à travers ses « au moins tu es là » débordants de fausseté.
Peter Steele hurle à ses oreilles « Life is Killing me » pendant qu'il parcourt les couloirs déserts en ce tout début d'après-midi. Lorsqu'il pousse la porte de la salle, ses yeux s'arrêtent tout de suite sur une affiche bleue et noire posée sur la table. Une photo du célèbre Aarch qui semble lui rendre son regard illustre le petit texte. Même si Sinedd n'est pas un grand fan d'Aber'dim, il ne peut nier l'importance culturelle qu'ils ont eu pour la ville il y a vingt ans. Seulement, se projeter vingt ans en arrière à Aberdeen, c'est repenser à ses parents morts dans la Catastrophe. Quelque chose qu'il se refuse à faire.
Lorsqu'il lit le texte, tout cela n'a plus d'importance. Il y a une place pour lui dans ce groupe. Il se dirige vers son casier et s'empare de sa guitare électrique et de sa pédale d'effets qu'il branche l'une sur l'autre. Enfin, il connecte la pédale à l'ampli et s'échauffe. Aujourd'hui, pas de casque. Il va s'entraîner à n'en plus finir sur sa pédale d'effet. Il n'embauche qu'à 16h, de toute façon. Et il ne rentrera chez « lui » que pour dormir, comme d'habitude.
°OoooO°
- Tu m'a l'air ailleurs, cet après-midi, Tia. Qu'est-ce qui se passe ?
La jeune blonde baisse son violon.
- Je... j'ai trouvé ça...
Elle se penche vers son sac de cours et en sort une grande feuille soigneusement pliée. Quand elle la déplie, la photo saute aux yeux de son professeur.
- Tu veux essayer ?
Tia sursaute. Comme si lui demander son avis était un piège. Elle lève des yeux pleins d'espoir vers l'homme qui lui fait face.
- Eh bien... Ce n'est pas une formation classique, alors...
- Est-ce que tu veux le faire, Tia ?
Le regard se fait plus dur, décidé, et le professeur sourit discrètement.
- Alors faisons-le, conclut-il.
À suivre la semaine prochaineuh ! =)
Désolée, je me suis pas relu, j'ai un rendez-vous dans... une demi-heure... Faut que je parte maintenant et je suis pas lavée... =) Indulgence please pour le jargon médical et les pédales d'effets, c'est quelque chose qui m'a un peu dépassée... =)
J'ai aussi l'impression que ça fait vraiment "rapide" et que c'est pas très bien écrit... Je suis désolée de la médiocrité, j'essaierai de me rattraper au prochain chapitre, mais demain, il faut absolument que je bosse sur tous les dossiers à rendre à la fin de l'année que j'aurais déjà dû commencer il y a au moins un mois, alors...
Je viens de le relire, et j'ai corrigé toutes les fautes que j'ai vues. Pour le reste de la qualité, ben... désolée ? T_T
à la semaine prochaine, et merci d'avoir lu ! =)
