Note : Attention, c'est maintenant que commence vraiment l'OoC. Ce chapitre est plus ou moins exclusivement dédié à Micro-Ice, et j'en ai fait un personnage qui m'intéresse, que j'aime énormément, mais qui n'a pas forcément grand chose à voir avec le Mice original (disons que je l'ai étoffé, parce que son rôle de bouffon, à la longue, il me fatigue). J'ai également ajouté quelques personnages et quelques détails sortis tout droit de mon imagination, donc désolée pour les puristes. En même temps, faisant un univers alternatif, je m'octroie le droit de faire ce que je veux, na. Ça n'empêche que les remarques pertinentes seront accueillies avec... sinon du plaisir, au moins de la réflexion... =)

Merci de continuer à me lire, et excusez-moi pour ce retard (pour ma défense, ce chapitre est plus long...=) et ça fait un mois que je n'ai ni fait mon ménage, ni ma vaisselle, et j'ai quatre ou cinq dossier à rendre que je n'ai pas fait non plus, alors soyez pas jaloux =) )

Date de publication originale : avril 2011

Edit texte : mars 2020

Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube : (à coller après l'adresse de ytb) playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7

Enjoy !

La semaine passe à la vitesse de l'éclair pour tout le monde. Tous les élèves d'Aberdeen, qu'ils appartiennent à la Grammar School, à la Total French School, à St Margaret's ou à bien d'autres lycées et universités, attendent avec fébrilité la fin de la semaine.

Certains professeurs s'y sont également mis, et il arrive parfois que les sessions pédagogiques tiennent plus de séances de pronostics que de véritables cours. Bien sûr l'effervescence la plus intense a lieu à St Margaret's School for Girls, où les jeunes filles sont formées à l'art musical. L'éducation traditionaliste n'a pas empêché les élèves de développer un goût pour la musique plus populaire et même pour le rock sous toutes ses formes. De nombreuses jeunes filles ont choisi un instrument classique qui ne demande qu'à être décliné dans une robe beaucoup moins conventionnelle, mais il y a surtout un nombre toujours croissant d'apprenties chanteuses.

Cependant, quand on entend dire que la Princesse de l'école, Mei Galbreth, a non seulement décroché le rôle titre de la comédie musicale du lycée (dès le premier tour des auditions), mais va également tenter le casting d'Aarch en tant que chanteuse principale, les résolutions les plus fermes s'ébranlent. Finalement, la plupart des chanteuses en herbe laissent tomber l'affaire avant même de réfléchir à une chanson à présenter.

Quand Yuki le raconte à Mei, celle-ci hausse simplement les épaules avec un air de suprême dédain en déclarant que si elles sont aussi faibles, elles ont bien fait de renoncer. Yuki, comme à son habitude, lève les yeux au ciel et change de sujet sur les derniers potins de l'école.

Cette fois-ci, pourtant, la rouquine est témoin de l'entraînement quotidien de Mei, qui veut mettre toutes les chances de son côté, et qui considère que cette place ne doit pas lui échapper.

°OoooO°

On ne peut plus non plus décoller D'Jok, Thran et Ahito de leur instrument. Dès qu'ils ont cinq minutes, ils sortent clavier ou guitare de leur housse pour s'exercer, et, aux récréations, il n'est pas rare qu'un attroupement se forme autour d'eux pour les écouter.

Étonnamment, on voit rarement Micro-Ice, ou du moins ne le remarque-t-on plus, mais l'agitation faisant, personne n'en tient vraiment compte.

°OoooO°

Il est de plus en plus difficile pour Rocket, par contre, de pouvoir accéder à la salle de musique : Quand ce ne sont pas les Golden Boys, c'est Sinedd qui occupe la pièce. Et il a beau redouter la lumière des quatre idoles, Rocket craint encore plus la rage latente du jeune homme sombre. Il se limite donc à rendre de courtes visites pour tester son jeu technique. Pour le reste, il s'enferme dans sa chambre pendant des heures.

Son père lui a demandé ce qu'il faisait, et au temps pour les examens blancs, il lui a répondu qu'il révisait. Il ne sait pas encore s'il en veut à Norata ou s'il le plaint de lui avoir caché tant de choses, mais il ne peut pas laisser l'amertume de son père l'étouffer. Rencontrer Aarch en tant que musicien est un projet qui lui tient à cœur. Hors de question qu'il se laisse entraîner par des problèmes personnels.

°OoooO°

Sinedd a remarqué le petit manège du métis, mais il ne dit rien, et fait même semblant du contraire. Après tout ça ne le regarde pas, et de toute façon c'est un batteur, alors il ne présente aucune menace. Le jeune homme est bien trop occupé à maîtriser sa pédale et son morceau pour s'intéresser aux activités des autres. Tant que le président du club de foot ne le dérange pas, il fait tout simplement comme s'il n'existait pas. Le quatuor d'enfer le gêne un peu plus, cependant, puisqu'il utilise la salle à son aise et l'empêche parfois de s'entraîner sur ses effets.

Ce jeudi matin, par exemple, il aimerait pouvoir se concentrer sur sa pédale tranquillement, mais la présence de Thran, Ahito et D'Jok l'en empêche. L'espace d'une seconde, il se demande pour le nain n'est pas avec eux, puis il secoue la tête. Comme si ça l'intéressait.

Soupirant, il prend sa guitare, range sa pédale dans son casier et sort du bureau du président. Il lui reste le dernier riff de sa chanson à maîtriser avant de pouvoir se concentrer sur le chant en même temps. Et cela commence à être vraiment urgent si on considère que le casting est dans deux jours.

Impatient de pouvoir trouver un endroit où être tranquille, il se dirige rapidement vers le toit. L'issue est censée y être interdite, mais quelques gestes à appliquer à la bonne porte vous délivre l'entrée au paradis. Ou presque. Dans ce lycée de plus de mille élèves, un minimum d'intimité est toujours accueilli avec soulagement, surtout lorsque l'on est un misanthrope patenté comme Sinedd MacFarlane. La main droite sur la poignée, le pied gauche levé pour frapper d'un coup sec à quelques centimètres du montant, Sinedd s'exécute avec habitude et ouvre la porte de l'aile ouest du premier coup – et plutôt discrètement. Il s'avance dans le petit couloir qui mène à la terrasse du toit et jette un coup d'œil au couvercle gris acier que forme le ciel. Il va neiger d'ici peu.

Comme si le temps attendait ses pensées pour se déchaîner, de gros flocons commencent à tomber. C'est la première neige et il est bien tôt dans la saison pour qu'elle tienne, mais il fait vraiment frisquet. Sinedd soupire. Décidément, si même la météo est contre lui, alors... S'apprêtant à faire demi-tour, le jeune homme entend pourtant un bruit qui le détourne de son but. Il incline la tête pour se concentrer sur le son qu'il perçoit, et décide que c'est la voix d'un élève. Mais qui ? Avançant discrètement pas à pas, il discerne bientôt le son d'une guitare. Guitare qu'il reconnaîtrait partout, d'ailleurs. Un pied après l'autre, Sinedd s'approche de la zone où semble se trouver le musicien.

Et finalement il le voit.

-... The whole world would never know...

Il ne peut pas vraiment dire si le garçon chante bien, car sa voix tremble trop, éraillée par le froid. Des flocons se posent dans les cheveux bruns et les doigts fins rougis par le froid continuent cependant de caresser les cordes.

Le chanteur est assis sur le bord du toit, les pieds pendant dans le vide, à peine retenu par la rambarde de sécurité.

-... Above his childhood's chair...

Sinedd est arrivé tout près, désormais, et peut distinguer une larme qui brille comme un diamant. La guitare pleure aussi, et les plaintes lancinantes qu'elle sort accentuent l'atmosphère mélancolique qui se dégage du tableau. Serrant le poing et voyant que le musicien s'est perdu dans un autre monde, l'intrus tourne les talons, prenant bien soin de claquer violemment la porte du toit au passage.

°OoooO°

Micro-Ice continue à gratter sa guitare quelques instants après le départ de Sinedd. Mais il ne sent plus ses doigts qui, engourdis, commencent à tirer sur le violet et il s'arrête rapidement. Sa gorge n'a pas apprécié non plus la maltraitance glaçante, et sa voix est devenue plus rauque.

Clignant des yeux, il remarque qu'il neige. Déjà, en bas, du côté où ses pieds pendent, une petite couche de flocons s'amasse. Se redressant, il se décale pour sortir ses jambes du vide. Ce n'est pas vraiment comme s'il aimait regarder en contrebas. Juste qu'il adore cette sensation de flottement lorsqu'il est à plusieurs mètres du sol. Dos au vide ou les pieds libres, il a presque l'impression de pouvoir voler. Presque.

Il jette un coup d'œil à sa montre : bientôt l'heure de son cours préféré. La littérature. Étonnamment, le garçon est un féru des littératures. La poésie romantique et le mouvement gothique écossais sont en tête de ses préférences, notamment Hogg, Byron et Scott, mais il adore découvrir de nouveaux univers, de nouvelles façons d'appréhender l'écriture et le monde. Malheureusement, il déteste décortiquer les œuvres (ou du moins les décortiquer de façon scolaire) ; il préfère qu'elles le touchent, qu'elles lui fassent ressentir et comprendre des choses, que ce soit sur lui-même ou sur le reste. Les A-level qu'il prépare ont une tendance bien plus littéraire que ceux de D'Jok. Leurs cours communs : Economie, Anglais et Histoire. D'Jok a ajouté les mathématiques à son cursus, tandis que Micro-Ice s'est tourné vers le français et la philosophie. Peut-être abandonnera-t-il une matière l'année prochaine, mais il n'est pas sûr. Il déteste devoir se concentrer sur un nombre minimal de choses ; ça voudrait dire atteindre la perfection sur quelques domaines particulier. Et c'est quelque chose qu'il n'a pas le courage de faire. Il est très bien, moyen, sans trop se fouler.

À côté de ses cinq matières, il appartient bien entendu au club de musique du lycée. Plus par envie de suivre ses amis que par véritable choix à l'origine, il doit bien avouer que sa décision a été la bonne. Non parce qu'il fera de la musique un point fondamental de sa vie, mais parce qu'elle le détend. Lui permet d'évacuer sa douleur et de faire danser et chanter les autres. Parce qu'elle lui donne l'occasion d'écrire, aussi. Deuxième de ses passe-temps. Quand il n'est pas au lycée ou au terrain de football bétonné derrière la maison des jumeaux, il est au Phoebe's à écrire, en attendant que sa mère termine son service.

Le week-end, lorsque ses amis ne prévoient rien qui l'incluse au programme, il va se promener, prendre des photos et admirer des expositions. Troisième et dernier loisir : la contemplation du monde. Avec l'énergie débordante dont il fait preuve, on le prend pour un hyperactif ou un sportif. Il n'est effectivement pas mauvais dans les activités dynamiques, mais c'est avant tout un artiste. Discret, silencieux, malgré tout le bruit qu'il fait pour pouvoir s'oublier derrière son personnage.

°OoooO°

-Et si on allait au Phoebe's ce soir, les gars ? Propose Micro-Ice d'une voix joyeuse à l'heure du déjeuner.

-T'es dingue ? Le casting est après-demain, au cas où tu l'aurais oublié !

D'Jok ne semble pas être très motivé pour une soirée en société, de même que Thran, qui hoche vigoureusement la tête pour approuver les propos du rouquin.

Inutile de compter sur l'appui d'Ahito pour sortir, il ne vient jamais sans qu'on l'y pousse.

-Désolé, Mice, confirme le bassiste, pas la foi d'entendre du bruit et de voir du monde.

-Mais... s'apprête à protester le petit brun avec une moue boudeuse.

Puis il s'arrête. Pour une fois, aucun argument, même bidon, ne lui vient à l'esprit. Et de toute façon, il semblerait qu'aucun de ses trois amis ne semble disposé à écouter ses doléances. Tous se sont replongés avec concentration dans leurs tablatures. Il soupire et hausse les épaules. Peu importe. Lui-même baisse les yeux sur la feuille pleine de ratures devant lui, puis expérimente un accord.

°OoooO°

-Salut M'man, lance Micro-Ice en entrant dans le pub surchauffé.

-Hey fiston, salue sa mère en retour, tout en slalomant entre les tables. Comment s'est passée ta journée ?

-Ça va. Les gars sont complètement fous avec cette histoire de casting et de groupe de rock...

-Et pas toi ? Demande la femme en s'arrêtant devant son fils.

-Oh. Si. Si, répond distraitement Micro-Ice avec un sourire crispé.

Il se passe la main dans les cheveux, et presque immédiatement, les doigts de sa mère s'y glissent pour aplatir les épis qui se sont formés.

-Je vais finir tard, ce soir, soupire la femme. Tu ne devrais pas m'attendre, va faire tes devoirs à la...

-Non ! La coupe brusquement le garçon.

Prenant conscience que son ton a été sec, il se radoucit tout de suite et offre à sa mère son plus beau sourire.

-Je préfère faire mes devoirs ici, même si c'est plus difficile de se concentrer, les clients me donnent un coup de main, des fois.

La serveuse rit de l'effronterie de son fils. Puis la voix du patron se fait entendre et elle sursaute. Il faut qu'elle se remette au travail, ou ce n'est pas comme ça qu'elle gagnera sa prime de fin d'année. Pourtant Noël et l'anniversaire de son fils arrivent bientôt. Et.. ça aussi. La fin de l'année a toujours été difficile pour eux deux, et elle aime autant s'immerger dans le travail, se disant que c'est pour pouvoir offrir de meilleurs cadeaux à Micro-Ice. Mais elle se ment à elle-même. Et son fils aussi est de plus en plus crispé à mesure que la fin de l'année approche. Les vacances de Noël n'ont plus jamais été synonyme de réjouissance depuis ce triste 26 décembre 1996...

Clignant rapidement des yeux pour avorter des larmes qui y prennent naissance, elle retourne à son travail alors que Micro-Ice s'installe à une table et sort ses cahiers.

°OoooO°

Deux heures plus tard, lorsque l'heure du repas se manifeste à lui par une crampe d'estomac, Micro-Ice relève la tête de sa dissertation de littérature. Sa matière préférée l'a tenu concentré pendant un temps exceptionnellement long, selon ses critères. En plus, son devoir est centré sur le gothique, alors il a pas mal de choses à dire.

Mais maintenant, il a faim. Il se tourne vers son voisin de table, trapu et barbu, roux comme un Irlandais (qu'il est) et la mine patibulaire.

- Dis, Patrick, tu me payes le Haggis, ce soir ?

Oui. Micro-Ice est comme ça. Il aime le risque...

Ou plutôt, il connaît très bien ce client à l'air menaçant. Mais juste l'air. Enfin... En tout cas, le jeune homme n'a jamais eu à tâter de son poing...

°OoooO°

Depuis que son menton arrive à hauteur de table (j'entends ceux qui disent « ça doit pas faire bien longtemps, alors... » Ben si, figurez-vous, quand même. C'était un grand enfant. Son corps a fait grève après), depuis ses quatre ans, donc, Micro-Ice est chez lui au Phoebe's. Enfant sage... Disons bruyant mais pas dérangeant, il a été rapidement accepté par le gérant.

La mère du garçon ne pouvait de toute façon faire autrement que l'emmener à son travail, puisqu'il refusait catégoriquement de rester à l'appartement avec une nounou. Après quatre attaques de panique et une petite dizaine de crises d'asthme qui auraient pu dégénérer, la pauvre femme avait dû supplier son patron pour que l'enfant puisse venir dans le bar. L'affaire avait été entendue après moult discussions, et Micro-Ice était devenu un habitué. Quelques petits problèmes avaient bien émergé lorsque la police, appelée par le club de bridge voisin, avait débarqué pour une descente surprise.

Mais Patrick avait réglé le problème. Nous en revenons donc à ce charmant ogre.

La première fois qu'il était entré dans le pub, il avait entendu une petite voix aigüe s'exclamer « Regarde Maman, y a un Troll qui vient nous manger ! » Bêtement, il s'était retourné, avant de comprendre qu'on parlait de lui. Certes il atteignait le mètre 99 – il y tenait, à ses quatre-vingt-dix-neuf centimètres – et avoisinait les cent kilos, ce qui lui donnait la silhouette d'un lutteur de catch, mais jamais encore on ne l'avait comparé à un Troll. Son ex-femme lui avait dit qu'il était encombrant, son ex-boss lui avait dit qu'il était trop voyant, mais jamais, jamais, on ne l'avait traité de Troll. Les enfants ont une imagination débordante.

Et sont mal élevés, aussi, quoique puissent faire les parents.

C'est ce que semblait penser la pauvre femme – la serveuse, semblait-il – en s'approchant de lui pour s'excuser. Le grand bonhomme secoua une patte large comme un battoir d'un signe négligent. Il n'était pas vexé, plutôt curieux de rencontrer la petite bête qui venait de l'insulter. Lorsqu'il vit la femme baisser les yeux vers sa hanche droite, il découvrit un petit garçon, qui devait mesurer presque un mètre de moins que lui et essayait de se cacher derrière le tablier de sa mère. Le gamin le regardait avec un mélange de peur et d'effronterie propre aux enfants qui testent les limites. Retenant un sourire, il attrapa le petit brun par le collet et le souleva à hauteur de ses yeux.

- Tu crois que j'devrais t'manger ? Demanda-t-il très sérieusement. C'est vrai qu'j'ai un p'tit creux, et t'as la bonne taille pour un casse-croûte.

- Tu mangeras pas Maman, alors ?

Le géant haussa les sourcils.

- Nan, j'ai pas assez faim pour elle.

- Alors mange-moi, lança bravement le gamin tremblant en fermant les yeux, certain de se sacrifier pour la bonne cause.

Les sourcils de Patrick disparurent sous sa frange hirsute avant qu'il éclate d'un rire tonitruant. Il reposa l'enfant déconcerté pour pouvoir se tenir les côtes et rit pendant une bonne minute.

Le petit brun, vexé qu'on se moque de lui, profita de son inattention pour lui flanquer un coup de pied dans le tibia. Un frelon qui pique un bœuf. La douleur n'est pas insoutenable, mais la sensation est gênante. Le géant focalisa à nouveau son attention sur le gamin, qui boudeur, avait croisé ses bras sur sa poitrine et le regardait avec hargne. Il sourit et se pencha un peu pour passer une main dans les cheveux noirs ébouriffés.

- Tu m'as fait rire, gamin, et t'es brave. J'te laisse la vie sauve.

Le petit décroisa les bras et se précipita vers sa mère pour lui raconter l'aventure avec force détails. C'est qu'il avait eu le dessus sur un Troll, tout de même ! Et tant pis si sa mère venait d'assister à l'événement.

La femme le félicita gentiment et lui proposa d'aller raconter ça à sa collègue, qui était en pause. Une fois le gosse parti, elle s'excusa une nouvelle fois auprès de Patrick.

- Micro-Ice est un peu turbulent, je vous prie de l'excuser

- Z'en faîtes pas, M'dame, il est marrant, vot' gosse. Et pis il est courageux !

Le rire du géant retentit à nouveau.

- J'ai entendu dire que z'aviez du whiskey de très bonne qualité, reprit-il. J'viens d'arriver en ville, et c'est c'pub qu'on m'a conseillé.

Bref, la mère de Micro-Ice sympathisa avec ce gentil Troll, comme le surnomma longtemps le garçon. Et Micro-Ice trouva en Patrick une figure masculine sur laquelle compter.

L'Irlandais était flic et venait prendre la tête de la brigade des mœurs d'Aberdeen. Il fallait bien avouer que ça avait été d'une grande aide lorsque la police avait été prête à fermer l'établissement. Sur son temps libre, le policier gérait aussi un club de basket qui regroupait quelques jeunes délinquants. Quand Micro-Ice avait eu huit ans, il était allé taper la balle, lui aussi, pour pouvoir dépenser un peu de cette énergie qui le caractérisait. C'était dans ce club qu'il avait rencontré son voisin Sinedd, d'ailleurs, qui déjà faisait des siennes. Leur relation n'avait pas été de tout repos, mais le Sinedd de treize ans s'était auto-attribué un statut de grand-frère auprès de Micro-Ice. Ça n'avait pas duré.

La croissance du petit brun faisant fine bouche, à douze ans il faisait presque une tête de moins que ses camarades les plus jeunes. Ne parlons pas de Sinedd, qui lui, à dix-sept ans, atteignait déjà les un mètre soixante-quinze quand Mice mesurait un mètre vingt-cinq les bras levés. Le club de basket n'était plus vraiment intéressant s'il devait jouer avec des enfants de huit ou neuf ans. Alors il avait abandonné au profit du foot, qu'il pouvait, en plus, pratiquer avec D'Jok, son déjà meilleur copain. Patrick avait été un peu déçu, Sinedd très énervé, mais Micro-Ice n'avait pas regretté. Du moins pas avant de croiser son ancien ami au lycée. Le regard glacial et glaçant fait de haine pure lui avait donné des frissons, et il avait essayé d'arranger les choses. Peine perdue. Un an et demi plus tard, ils se haïssent comme s'ils ne s'étaient jamais connus.

°OoooO°

Bref, revenons-en à notre scène. Micro-Ice rackettait donc un géant de presque deux mètres – tout est dans le presque – avec un coup de taureau et des battoirs à la place des mains :

- Dis, Patrick, tu me payes le Haggis, ce soir ?

Le policier se tourne vers son petit protégé, qui l'a royalement ignoré jusqu'à maintenant.

- Dis-donc, jeune homme, tu manques pas de culot, toi ! Tu pourrais me dire bonsoir, avant ! Et il est hors de question que j't'offre cette espèce de pâté pour chiens écossaise !

La voix tonitruante de Patrick résonne dans le silence relatif qui vient de s'installer dans le pub.

- Eh vieux Troll, t'es pas en train de te faire des amis, là, rigole Mice. Mais sinon, bonsoir, comment tu vas ? Moi ça va, j'ai passé une bonne journée. Maintenant, tu me payes une omelette lardons-patates, s'teup ?

Les Écossais présents reconnaissent rapidement le couple incongru que forment le gamin et le géant, et se détournent de la scène. Pour la plupart, ils ont l'habitude des deux personnages hauts en couleur, et Patrick l'Irlandais est désormais connu comme le loup blanc dans ce quartier d'Aberdeen.

Grognant, le policier acquiesce vaguement, et Micro-Ice s'empresse d'appeler sa mère.

- Tu exagères, Micro-Ice, en plus de voler Patrick, tu me fais passer pour un mère indigne ! Je ne suis pas capable de te nourrir, peut-être ?

La réplique de la femme est dite sur un ton léger. Après tout, c'est toujours elle qui règle l'ardoise, quand son fils commande.

- C'est pas que tu me nourris pas, M'man, c'est que tu m'obliges à manger des trucs diététiques, boude Micro-Ice. Tu te rends compte que la gastronomie est le premier plaisir de l'homme et que tu essaie de m'en priver ?

Les yeux larmoyants du garçon et ses bras croisés sur sa poitrine lui donnent un air enfantin qui fait glousser Patrick.

- Laissez tomber, M'dame, c'soir, c'est moi qui régale !

°OoooO°

Il hait la solitude. Pas parce qu'il besoin d'être aimé, mais parce qu'il déteste penser à lui. Il déteste faire remonter ses souvenirs, ressentir ses propres émotions. Les vraies, celles qu'il enfouit derrière son sourire. Lorsqu'il est avec quelqu'un, il s'oblige si bien à être un boute-en-train qu'il le devient. S'il était sincère, il dirait même qu'il s'aime mieux comme ça. Qu'il est heureux, comme ça. Qu'il le fait pour se cacher, mais qu'il y oublie sa douleur. La fuite en avant et le déni total.

Il n'en a jamais voulu à ses amis de ne pas creuser son personnage, parce que lui-même est un peu perdu, et que de toute façon, il ne veut pas de leur compassion.

°OoooO°

Vendredi, J-1. Tous les participants au grand casting d'Aarch se mangent les doigts après avoir fini de dévorer leurs ongles. L'angoisse et le stress montent d'un cran partout. À St Margaret's, nombreuses sont les crises de larmes dans les toilettes, et plus nombreux encore les regards noirs dirigés vers la Princesse de givre, qui fidèle à elle-même ne bronche pas. Elle jette parfois un coup d'œil réfrigérant à ses camarades les plus belliqueuses et passe son chemin. Les chiens aboient, la caravane passe.

Pourtant, malgré son air impassible, Mei redoute l'audition. Au moins un peu. Sa mère l'appelle tous les soirs depuis que la nouvelle a été annoncé. Au début, elle n'était pas très convaincue par une carrière rock pour sa fille. Elle la voit mieux diva de la pop. Mais il faut bien commencer par quelque chose, et sa fille a réussi à lui faire comprendre que c'était une occasion en or pour créer et asseoir sa notoriété.

Cependant, maintenant qu'elle a réussi à mettre sa mère dans sa poche, la femme est encore plus exigeante. La veille, elle lui a demandé de chanter au téléphone, pour pouvoir la juger. Elle a d'abord craché sur la chanson, puis admis qu'il fallait bien qu'elle présente un morceau en adéquation avec la volonté du casting. Puis a insisté sur l'accent écossais encore trop prononcé de sa fille. Après une heure de répétition téléphonique, Mei a fini par dire qu'elle n'avait plus de batterie et que la communication allait être coupée. Elle considère qu'elle a fait preuve d'extrêmement de patience. De même que Yuki, affalée sur le lit voisin, qui essayait tant bien que mal de résoudre un exercice de trigonométrie.

Après s'être platement excusée auprès de sa colocataire, elle s'est effondrée sur son lit avant de hurler dans son oreiller. Fidèle à elle-même, la rouquine lui a fait remarquer qu'elle risquait de s'abîmer la voix. Mais Mei venait déjà de s'endormir.

Soupirant, Yuki s'est levée pour déshabiller légèrement son amie et la glisser dans ses draps. Chose compliquée quand on mesure un mètre cinquante-cinq et que le corps à déplacer, lui, pèse son mètre soixante-dix (certes mince, mais tout de même).

Bref, Mei commence à sentir la fatigue et l'appréhension la tirailler, et Yuki prie pour que l'audition arrive bientôt pour ne plus avoir la mère de son amie sur le dos par procuration. Et pour que son caractère devienne un peu plus paisible, aussi. Parce qu'avoir une colocataire à cran, c'est usant.

°OoooO°

Ça y est, enfin, Sinedd maîtrise son morceau. Sur le presque bout des doigts côté guitare, et plus que sur le bout des lèvres pour le chant. Enfin. Après tous ses efforts, il peut ressentir la chanson, relâcher un peu sa concentration pour profiter de l'instant. C'est ce qu'il préfère dans la musique. La récompense de l'effort. Il a travaillé comme un dingue sur cette chanson, et peut l'apprécier maintenant à sa juste valeur. Ce n'est pas encore parfait, il sait qu'il ne peut pas encore se lâcher complètement, de peur de faire un écart, mais l'esprit est là. Maintenant il peut profiter. Il était temps. Dans moins de vingt-quatre heures, l'instant sera décisif.

°OoooO°

Rocket a réussi à utiliser la batterie du lycée pendant une heure aujourd'hui, et il détient enfin le sens de son morceau. Il vient de comprendre comment l'appréhender, et il se sent prêt pour demain. Ses relations avec son père lui ont paru étranges, cette semaine. Bien qu'il ait pris l'habitude de lui mentir, c'est la première fois qu'il va aussi loin pour la musique. Il se demande comment son père réagira à cette provocation, mais chaque chose en son temps. Pour l'instant, le plus important est de prouver ce qu'il vaut à ce casting en face de son idole. De même, il essaie de ne pas penser à Aarch comme son oncle, sinon un sentiment mitigé de colère et de rancœur le prend à la gorge.

°OoooO°

Tia sourit. Un vrai sourire, étincelant, qui réchauffe le cœur de son professeur. Ça fait bien longtemps qu'il ne l'a pas vu rayonner comme ça. Elle vient d'enchaîner Tzigane et La Polonaise brillante qui sont passés comme une lettre à la poste. Les gouttes de sueur sur son front témoignent tout de même de sa concentration, mais elle s'est lâchée, presque ailleurs. Pensant déjà certainement à son autre morceau, celui pour l'audition de demain. Cette semaine de répétition a été la meilleure depuis longtemps, considère son professeur ; Tia a enfin arrêté de stagner, elle a retrouvé un goût pour le violon, sa passion qu'elle semblait avoir perdue.

L'homme la regarde essuyer son violon avec soin, comme elle s'occuperait d'un nouveau né. Puis elle disparaît dans la pièce voisine avant de revenir avec son Yamaha entre ses mains.

- Tu ne prends pas ton Fender, aujourd'hui ? Demande-t-il, étonné.

- Non, c'est avec celui-là que je vais jouer demain, et maintenant que je maîtrise bien avec le Fender, il faut que je m'habitue au Yamaha.

Le professeur hoche la tête avec un sourire, puis se dirige vers la chaîne hi-fi. Cette fois, l'accompagnement ne sera pas le sien. Dommage, il aurait bien aimé tâter de l'électrique, pour changer...

Une fois l'accompagnement mis en route, il perd Tia. Il l'observe prendre son envol. Oui, vraiment, il a presque l'impression que des ailes lui poussent dans le dos, quand il voit la métamorphose. Les yeux clairs de la jeune fille prennent des reflets métalliques, durs, et sa silhouette se redresse, conquérante. Une brise imaginaire semble caresser ses cheveux et l'agiter. Les yeux pour une fois grands ouverts, les pupilles presque dilatées, elle semble voir un monde s'ouvrir devant elle. Comme si elle atteignait un Nirvana. L'homme perçoit une seconde de surprise et d'hésitation, qui font chanceler l'édifice irréel, puis elle reprend pied dans sa passion.

Là.

C'est l'instant parfait. Il se sent si fier d'elle. Elle est de nouveau prête à avancer, le pied sur un escalier qui pourrait la mener vers des hauteurs infinies. Elle est douée, ça, il l'a toujours su, mais aujourd'hui, il voit à quel point l'étendue des possibles est grand pour elle. Elle ne joue pas du violon : elle vit violon, elle est violon.

Prêt à tomber à genoux, le professeur s'agrippe à la table qui soutient la chaîne. Il regarde sa protégée avec une admiration et une tendresse sans borne. Un peu plus et il pleurerait.

Quelques minutes plus tard pourtant, à son plus grand regret, le morceau se termine et il se reprend.

- C'était merveilleux, Tia, tu as fait des progrès énormes, cette semaine. Tu as repris goût au violon, je suis content pour toi.

Et le sourire que lui retourne la jeune fille réussit là où le morceau avait échoué. Ses yeux le chatouillent. Rapidement il se détourne pour que son élève ne voit pas cette faiblesse. Mais Tia, ses propres yeux encore brillants de son expérience, ne s'aperçoit de rien.

Elle se sent prête pour demain, qu'importe ce qui arrivera.

°OoooO°

Nietzsche a écrit, dans Ainsi parlait Zarathoustra, « C'était mon art le plus cher et ma plus chère méchanceté d'avoir appris à mon silence à ne pas se trahir par le silence », et cette phrase est peinte sur tous les murs de la chambre de Micro-Ice, comme un memo. Territoire sacro-saint de son intimité, cette chambre n'accueille jamais personne. Ni sa mère, ni son meilleur ami. C'est le seul endroit où il accepte d'être seul avec ses souvenirs et ses souffrances.

Relativement sens dessus-dessous, la pièce est éclairée par une grande fenêtre à l'ouest, sur laquelle le jeune homme aime se percher pour admirer le coucher de soleil. L'appartement se situe au-dessus du Phoebe's Absinthe, au troisième étage, et donne une belle vue sur la ville. Surtout au crépuscule et à travers la fumée d'une cigarette.

Ce soir d'octobre, le soleil s'est couché bien trop tôt pour puisse espérer le voir se parer de sa robe de sang. Sa mère a terminé plus tard que prévu, et il vient de rentrer. Il fait un froid glacial dans la petite chambre et la silhouette fine, presque frêle, se découpe dans l'encadrement de la fenêtre. Seules la lune, pleine, et l'extrémité rougeoyante de la tige qu'il tient entre ses doigts font office de lumière. Les genoux contre la poitrine, en équilibre précaire sur l'étroit rebord, le jeune homme regarde les étoiles à s'en brûler les yeux. Comme si elles détenaient les vérités suprêmes qui lui font défaut.

De temps en temps, il cligne des yeux, ou porte sa cigarette à ses lèvres. Il ne sait pas vraiment quand ça lui est venu. Juste un jour, comme ça, parce qu'il avait réussi à voler le paquet de Sinedd. Ce qui était à l'origine pour embêter simplement son aîné avait fini par devenir une habitude. Il sait toujours dans quelle poche est glissé le paquet du brun et déclenche une petite bataille verbale, un peu sportive, pour s'en emparer. La première fois qu'il l'a fait, c'était il y a près d'un an, presque par hasard. Ne sachant que faire du paquet qu'il avait récupéré, il s'était dit qu'il n'avait plus qu'à le fumer. Il n'a pas partagé sa découverte avec D'Jok. Parce qu'il sait pertinemment ce que son ami lui dirait, et parce qu'il sait qu'il aurait raison de le traiter de petit con. Ahito est au courant, par contre, parce qu'il fait de même. C'est devenu leur secret, parce que le numéro 2 de la paire n'a pas non plus très envie que son double soit au courant. Soit dit en passant, il fument rarement ensemble, étant donné que leurs amis ne sont pas loin. Pour être honnête, Micro-Ice ne ressent le véritable besoin de fumer que le soir, lorsque certaines de ses pulsions refont surface.

Le garçon ferme les yeux quelques secondes et tend la main gauche pour attraper sa tasse de lait au miel. Ou de miel au lait, tout dépend. Le liquide sirupeux lui coule dans la gorge et la détend, l'adoucit. Il lui donne plus soif, aussi. Finissant son mégot, il le jette au loin avant de descendre de la fenêtre. Un faux mouvement le projette légèrement vers le vide, juste le temps de lui faire remonter le cœur dans la gorge. Il se stabilise, se concentre le temps que son palpitant arrête de jouer au yoyo, puis reprend sa descente. Objectivement, sa petite frousse lui a fait du bien. Il sourit. Il adore avoir peur. Il aime beaucoup se mettre en danger, aussi, mais chut. Ça, c'est un secret. Il attend un peu avant de fermer la fenêtre, histoire que la température atteigne les négatifs et qu'il soit sûr que son oreiller ne sent pas la clope. Ce n'est pas parce qu'il aime fumer qu'il a signé pour dormir dans un cendrier.

Enfin, il ferme les battants avant de rallumer le chauffage. Il ferme les battants mais ne tire pas l'occultant. Jamais. Il angoisse lorsqu'il ne voit pas la lune ou les étoiles. Ou les nuages qui reflètent la lumière artificielle des lampadaires et des néons.

Il marche sur deux ou trois boîtiers de CD sans vouloir savoir s'ils sont vides ou non, se prend les pieds dans son caleçon de la veille et se rattrape sur ses cours de Français de l'année passée. Tentant de poser sa tasse sur une surface plane de ce qui jonche son bureau, il se dit que ce ne serait pas un mal de ranger. Il soupire de soulagement en pensant que sa mère ne pose jamais les pieds dans son antre. Mais quand même. Si ça continue, on le retrouvera noyé sous ses vêtements sales et ses manuscrits/brouillons/cours, bref, le papier de trois forêts au moins.

Prenant son courage à deux mains, il commence à faire des piles. Les fringues utilisées, les fringues pas rangées mais propres, les cours utiles, ceux qui ne le sont plus, les CD, les classeurs et les cahiers d'écriture et de croquis, les... choses non identifiables, les souvenirs dont il ne se souvenait plus, les crayons qui ne servent pas, les papiers qui ne servent plus à rien et les feutres qui ne peuvent plus servir.

Bref, Micro-Ice décide de ranger. À 23h30, alors qu'il commence les cours à 8h demain et que D'Jok va être encore plus éprouvant que d'habitude, puisque demain, c'est le grand jour. Mais on n'arrête jamais un Micro-Ice qui range, sinon on peut être sûr d'attendre plusieurs mois avant qu'il retrouve la foi. Le temps que la chambre se réchauffe, il s'agite à la lumière déprimante et fade de son plafonnier.

L'occupation lui vide la tête, et c'est lobotomisé qu'il se rend à la cuisine pour a) boire un coup, b) déposer tous les tasses, bols, verres qu'il a exhumés. Bien entendu, il les laisse en cadeau à sa mère pour la vaisselle de demain matin. On n'abuse pas des bonnes choses. Et puis, ça pourrait être pire, il vide toujours ses récipients, alors ils n'ont pas moisi.

Nouveau passage dans sa chambre, cette fois pour récupérer le tas de vêtements qu'il avait oubliés/cru perdus/emportés par les extraterrestres (rayer les mentions inutiles), essentiellement composé de chaussettes orphelines – leur compatriotes respectives reposant bien sagement dans un coin de son armoire, propres, et le déposer dans le bac de linge sale. Dans la salle de bain, la douche l'appelle à grands cris désespérés, et il ne résiste pas bien longtemps à ses yeux humides. Il jette jean, t-shirt et bracelets, et saute dans le bac en émail avant d'allumer l'eau chaude. Bonheur.

Ses poignets le picotent un peu, mais rien de bien violent puisqu'ils cicatrisent depuis deux jours. Fermant les yeux, il glisse sa tête sous la pomme de douche et laisse ruisseler l'eau sur ses cheveux. L'avantage à n'être pas très grand quand on vit seul avec sa mère, c'est que la pomme ne change jamais de hauteur. Après quelques instants, il se laisse glisser contre la porte en plexiglas et profite de la douceur et de la chaleur de l'eau. Deux ou trois secondes, il songe aux dépenses d'eau faramineuses qu'il fait. Mais comme tout le monde, il hausse mentalement les épaules avant d'oublier. Ses pensées reviennent le hanter, mais, impassible, il les noie à grands coup de pression.

Au bout d'un bon quart d'heure, lorsque ses doigts sont devenus aussi fripés que la peau de sa grand-mère – façon de parler, il l'a à peine connue, il se décide à émerger. Entourant une serviette autour de sa taille, il retourne dans sa chambre et enfile rapidement un caleçon et un vieux t-shirt. L'air s'est considérablement réchauffé et il va éteindre le radiateur, sans se prendre les pieds nulle part. Malgré tout, sa volonté de "ménage" n'a pas tenu très longtemps, puisqu'il s'est débarrassé de sa serviette dans un coin de la pièce. Bah, il la ramènera demain matin. Ce n'est pas comme si sa mère en avait besoin cette nuit...

Jetant un coup d'œil à son bureau, il distingue encore quelques couches minéralogiques avant d'atteindre le bois. Il bouge quelques feuilles, range quelques livres sur son étagère pleine à craquer qui s'affaisse encore un peu. Sa main glisse sur le vernis et ses doigts s'arrêtent sur une carte. Une photographie, plutôt. Retirant rapidement sa main, il se coupe l'index et le porte à sa bouche avant de jeter sur la photo la pile de papiers qu'il vient de ranger.

D'un coup de coude sur l'interrupteur, il éteint la lumière et se laisse tomber contre le mur, les genoux contre la poitrine, les bras autour et les yeux écarquillés dans le noir formé par son corps. Des yeux restés grands ouverts par le choc jaillit un flot de larmes incoercible. Mais pas un geste ne laisse présager que le garçon est conscient de l'eau qui lui inonde les joues. Ses pupilles dilatées mangeant quasiment la totalité de ses iris vides prouvent que l'esprit de Micro-Ice est... ailleurs.

Lorsque sa mère frappe à la porte pour le réveiller, le lendemain, il a simplement glissé sur le côté en s'endormant, roulé en boule sur la moquette et tremblant de froid. Les yeux gonflés, frigorifié, il saute – essaie de sauter – sur ses pieds, prend la serviette et fait un passage éclair dans la salle de bain, histoire de prendre une micro-douche brûlante et de s'asperger les paupières d'eau gelée. Le résultat est presque convaincant.

Il saute dans un jean, un vieux t-shirt de The Byrds originellement noir – maintenant grisâtre délavé, une veste à capuche en sweat tatouée du logo de Bob Dylan originellement blanche – maintenant grisâtre délavée, remet ses bracelets de force en cuir noir et quitte la salle de bains embuée. Dans la cuisine, il se jette sur le bol de miel au lait amoureusement préparé par sa maman. Il le gobe d'ailleurs plus qu'il l'avale et manque de s'étouffer. Sa mère passe une main dans ses cheveux en le grondant gentiment pour le cadeau qu'il lui a laissé dans l'évier, puis elle l'embrasse sur le front, avant d'aller récupérer son sac à main. Prenant son sac à dos au passage, il ouvre la porte de l'appartement et se rue en bas pour ne pas faire attendre D'Jok.

Parce que D'Jok est toujours là, en bas.

Ce devait être un signe du destin quand leurs mères se sont rencontrées un jour qu'elles se promenaient dans le parc voisin. Elles leur racontent régulièrement comment, leur fils inconsolable, elles avaient décidé d'aller faire un tour pour le calmer. À la croisée d'un chemin, les hurlements de leurs enfants s'étaient brusquement tus. Lorsqu'elles avaient levé la tête pour comprendre quel miracle avait eu lieu, elles avaient échangé un regard, puis observé leurs fils se toiser silencieusement. Micro-Ice, plus grand alors que D'Jok, plus jeune aussi, avait tendu ses bras potelés vers son tout nouvel ami.

Aussi simple que ça.

°OoooO°

Depuis aussi longtemps qu'il puisse s'en souvenir, D'Jok a toujours été là, dans la rue, devant l'entrée du bâtiment. À huit heures et demie avec sa mère lorsqu'il était en primaire, puis tout seul à huit heure pendant le collège. Maintenant, il arrive à sept heures et demie tous les matins de la semaine, tout en sachant pertinemment que Micro-Ice ne déboulera pas avant 7h40 en hurlant un désormais habituel « on est en retard ! ». Finalement, en toute honnêteté, il aime ses dix minutes de calme avant de se faire secouer par l'énergie usante de son meilleur ami. Usante surtout le matin, lorsque lui-même est à peine réveillé.

Ce samedi matin-là, pourtant, il est parfaitement réveillé, en pleine possession de ses moyens, et tremble déjà d'impatience en pensant à l'audition de l'après-midi. Il le sait, il y a une place pour lui dans ce groupe. Il a toujours été persuadé que son destin était d'agrandir de grandes choses. Il est d'ailleurs intimement persuadé que c'est pour ça que la plus grande voyante d'Aberdeen, sa mère, refuse de lire son avenir. Il doit avancer seul sur le chemin de la gloire.

...

Bon, même lui se rend compte qu'il est un peu présomptueux de penser comme ça. Mais il ne va pas changer pour faire plaisir aux autres. Surtout pas quand ceux qu'il apprécie ne se plaignent pas.

En parlant d'eux, Micro-Ice déboule enfin, mais quelque chose cloche.

- Hey Mice ! Ben... Tu l'as mise où, ta guitare ?

Micro-Ice lève la tête, surpris.

- Ah merde. Je l'ai oublié.

La voix de son meilleur ami interpelle D'Jok.

- Qu'est-ce t'as ? T'es en train de muer, ou quoi ? On dirait que t'as un chat dans la gorge. Enfin, là c'est carrément un lion...

Micro-Ice se racle la gorge.

- J'ai choppé un coup de froid, je crois.

- Ouais, c'est sûr. Et t'as les yeux explosés, aussi.

Finalement, le coup de l'eau glacée sur les yeux n'a pas été très convaincant auprès de son meilleur ami.

- Ouais, j'ai mal dormi, et puis j'ai joué sur mon PC jusqu'à pas d'heure. Bon, on y va ?

Le petit brun commence à avancer sur le trottoir, mais D'Jok le retient par le bras.

- Attends ! Ta guitare. T'avais oublié qu'il y a l'audition cet aprèm' ?

- Nan, j'ai l'intention de postuler en tant que chanteur, rigole Micro-Ice. C'est sexy, la voix cassée, nan ?

D'Jok rit un peu, puis fronce les sourcils.

- Bon, allez, va la chercher, on va être en retard.

- Tu montes avec moi ? Demande son ami avec une moue suppliante.

Tournant les talons, D'Jok s'apprête à monter les escaliers, mais, voyant l'hésitation du petit brun, il s'arrête.

- Quoi ?

- Ma mère doit être partie bosser, là.

- Ben alors, t'as tes clés, non ?

- Ouais, ouais.

Micro-Ice sourit étrangement, puis prend la tête de l'expédition. Arrivé devant la porte, pourtant, il stoppe une nouvelle fois. Sort ses clés qui n'ont pas bougé de son sac depuis qu'il les y a mises deux ans plus tôt. Les mains tremblantes, il les approche de la serrure en fermant les yeux.

Il soupire, puis tend les clés à son ami.

- Désolé, je peux pas. Fais-le toi.

D'Jok fronce les sourcils. Ça fait longtemps qu'il n'a pas vu son meilleur ami comme ça. Pourtant, il ne pose pas de questions et insère la clé dans la serrure avant d'ouvrir la porte et de précéder le brun dans l'appartement. Une fois tous deux entrés, Micro-Ice se précipite vers sa chambre pour attraper sa guitare, mais D'Jok le suit, et pénètre dans la chambre à son tour. Pour la première fois, il jette un coup d'oeil circulaire à la pièce, s'arrête quelques secondes sur les mots tatoués sur le mur, puis se dirige vers le bureau. Là, une photographie qui dépasse d'un amas de feuilles noircies d'encre attire son regard. Il s'en empare et l'observe : un petit garçon avec un sourire solaire se balance sur les épaules d'un homme aux cheveux noir d'encre et en bataille. La filiation ne laisse aucun doute, même si l'homme porte des lunettes. Le sourire est le même.

- Hey, Mice, c'est ton p...

Les doigts de son ami lui arrachent l'image avant de la jeter dans la corbeille débordante.

- Tu viens ? Fait Micro-Ice avec un grand sourire. On va être en retard ! Il va falloir courir !

Puis il quitte la pièce, et l'appartement, rapidement suivi du rouquin.

Sur le trajet, ils courent comme des dératés, et Micro-Ice rigole, se retournant vers son ami pour le tirer par le bras.

- T'es lent ! Elles te servent à quoi, tes grandes jambes ?

°OoooO°

Dernière heure de cours. Ça a beau être sa matière préférée, Sinedd commence doucement mais sûrement à décrocher de son cours d'histoire. Il reste encore vingt minutes, et ces minutes-là semblent être les plus longues de sa vie. Sa jambe droite bouge toute seule et il ne parvient pas à l'arrêter sans un effort conscient. Ses doigts s'agitent, s'étirent, répètent les accords et ses yeux se perdent dans le vague, quelque part au-delà de la fenêtre.

Les autres élèves semblent être eux aussi dans un état de fébrilité inhabituel, et le prof lui-même n'est pas très concentré. Il les laisse finalement partir dix minutes avant que la cloche sonne. Et il n'est pas le seul.

Dans les couloirs, foule d'élèves excités discutent du casting qui aura lieu dans quelques heures. À la Grammar, on sait déjà qui participera, et ils ne sont pas nombreux. Mais ils sont doués. Le quatuor des Golden Boys et Sinedd, bien sûr, mais aussi une jeune fille de terminale, discrète, qui se métamorphose quand elle chante. Il y a aussi deux jeunes garçons de seconde qui font respectivement de la basse et de la batterie, mais ils sont moins doués. Personne n'envisage la présence du capitaine de l'équipe de foot à l'audition, pourtant.

°OoooO°

Rocket serre et desserre les poings pour essayer de se détendre les poignets, mais ses muscles sont tétanisés. Même avant les matchs, il ne s'est jamais senti aussi tendu. Il attend avec impatience de pouvoir s'asseoir derrière la batterie, mais pour l'instant, il marche vers le lieu de rendez-vous. Le Music Hall of Aberdeen. Il trouve ça un peu gonflé de la part d'Aarch d'organiser le casting à l'endroit où il a abandonné Aberdeen, mais c'est en même temps symbolique. Un nouvelle génération va émerger de ces ruines.

Le jeune homme espère simplement que l'acoustique sera bonne, et qu'en une semaine, ils auront eu le temps de déblayer un studio.

Quand il arrive, la surprise est au-delà de ses attentes. Il y a déjà foule devant l'entrée effondrée mais derrière le cadre de pierre, il aperçoit un studio à ciel ouvert du côté de la scène éventrée, avec ce qui semble être les meilleurs instruments d'enregistrement et de sonorisation. Bien sûr avec les intempéries, on a protégé le matériel avec une sorte de grand toit en plexiglas qui ne cache rien de la vue. Il s'avance vers la foule.

°OoooO°

D'Jok est au-delà de l'excitation, Ahito le voit bien. Lui, égal à lui-même, est à moitié endormi, en train de digérer le sandwich qu'il a englouti en chemin. Il jette un coup d'œil alentours et voit Sinedd descendre du bus qui vient de s'arrêter. Suivi de la quasi-totalité des voyageurs. L'audition ramène du monde. Derrière Sinedd, mais presque plus imposante que lui, arrive une jeune fille aux longs cheveux ramenés en queue de cheval. Même d'ici, Ahito sait que les yeux bleus de cette fille sont aussi glacés que son attitude royale. Une chanteuse. Elle ne peut pas être autre chose, avec ce caractère. Et elle doit être bonne, vu les regards craintifs qu'elle s'attire de ses voisines.

Le sifflement de Micro-Ice attire son attention, et il voit son ami faire un clin d'œil à la brunette, qui détourne la tête d'un air méprisant. Avec un air béat, se tourne vers lui.

- J'crois que je suis amoureux, déclare-t-il.

Et Ahito sourit en se concentrant à nouveau sur la foule. Il espère que tout ce monde ne va pas passer les auditions, parce que sinon, il ne seront pas rentrés à l'heure pour le dîner.

Il hausse les sourcils en assistant à l'arrivée du capitaine de l'équipe de foot. Il ne connaît pas son nom, mais il sait que c'est lui. Vient-il en spectateur ? Avec ces poings serrés et ce regard concentré, c'est peu probable. Quel instrument va-t-il jouer ?

- T'as vu, c'est le président du club de foot, chuchote Micro-Ice à son oreille.

Ahito et Micro-Ice ont une relation très particulière. Une même façon de voir les choses, un même sens de l'observation aïgu et attentif, une sorte d'empathie qu'il partagent, bref, ils ont une... connexion. Micro-Ice considère Ahito comme un grand frère, à peu de choses près. Il n'a pas du tout la même relation qu'avec D'Jok, non, mais il sent que la longueur d'onde du jumeau est quasi la même que la sienne. Sa présence le rassure, l'apaise. Le rend vivant.

Pour Ahito, Micro-Ice est un petit frère turbulent mais attentif. Comme un chiot qui découvre le monde. Il a une innocence et une énergie qui le rafraîchissent, et pourtant, il sent une fêlure latente, qu'il essaie de combler comme il peut, sans parvenir à l'approcher vraiment. Ils partagent un même sens de la musique, aussi, cette envie de partage et de swing. Cette envie de faire plaisir aux autres.

L'un à moitié endormi, l'autre en mouvement perpétuel, ils sont pourtant les plus observateurs du groupe, sans avoir l'air d'y toucher. Une semaine plus tôt, quand Micro-Ice s'est mis en tête de les faire jouer au Phoebe's, c'était parce qu'il avait repéré une altercation un peu plus loin. Après un regard, Ahito avait saisi la situation et avait reconnu Aarch. Il s'était alors empressé de suivre le plan de Micro-Ice. En quelques secondes, sans dire un mot, sans changer d'attitude. Leurs caractères complémentaires permettent de faire des miracles.

Ahito retourne à ses observations avec sa nonchalance habituelle. Peu sont les prétendants à ne pas avoir d'instrument. Le chant sera plutôt une affaire de filles, apparemment. D'ailleurs, le bassiste se dit que le sportif n'avait rien sur le dos. Mais à le voir, il est fort peu probable qu'il chante. De la batterie, peut-être ? Eux qui cherchaient un batteur, en avaient-ils un sous leurs yeux ?

Une voiture luxueuse d'un blanc immaculé se gare juste devant eux, et il en descend un homme d'âge mûr. Peu probable qu'il soit candidat au casting. Un juge, peut-être ? Mais Ahito secoue la tête quand l'homme marque un temps d'arrêt et se retourne vers le véhicule. À sa suite émerge une jeune fille aux cheveux courts et si pâles qu'ils font paraître grisâtre la carrosserie derrière elle. Elle tient à la main l'étui de ce qui est sûrement un violon. Intéressant. Elle semble frêle, sa silhouette mince plutôt petite, mais son léger sourire dément sa faiblesse. Elle est là pour décrocher sa place.

Aussitôt, l'esprit d'Ahito se met à tourner : Batterie, basse, clavier, guitare, violon... Qu'est-ce que ça pourrait bien donner ? Il imagine déjà la voix grave et rythmée de sa basse se marier avec le chant lyrique d'un violon. Dans sa tête, ça s'approche doucement d'une musique divine...

Il sautille un peu sur place pour se réchauffer malgré son manque d'énergie. Il ne doit pas faire plus de trois ou quatre degrés, et ça commence à se sentir. Heureusement, en réponse à ses prières Aarch en personne vient haranguer la foule:

- Bonjour tout le monde, fait-il de sa voix forte. Je suis très heureux de constater que le rock n'est pas mort à Aberdeen, et bien au contraire. Je suppose que certain d'entre vous ne sont venus là que pour le spectacle. À ceux-là, je demanderai de reculer pour laisser passer les autres.

» Pour les musiciens, les modalités sont simples : vous allez vous inscrire auprès de mon collègue Clamp ici présent pour récupérer un numéro de passage. Ce n'est pas la peine de se presser, il y en aura pour tout le monde. Je ne ferai pas de cadeau. Vous allez passer devant Clamp et moi, et nous allons simplement vous dire si vous nous intéressez ou pas. Pas de seconde chance, pas de repêchage, juste vos choix et les nôtres. Ça ne voudra pas dire que vous n'avez pas de talent, juste que vous ne correspondez pas au profil qu'on recherche. Cependant, nous vous jugerons individuellement, et pas dans l'optique de faire un groupe. Considérant notre expérience et notre jugement, les personnes sélectionnées devraient pouvoir créer quelque chose ensemble. Au cas où ce ne serait pas le cas, et bien... C'est une autre histoire. Pour l'instant, venez chercher vos numéros et échauffez-vous, accordez vos instruments, bref, préparez-vous. Vous entrerez dans la salle d'attente par groupe de vingt. Désolé de vous faire attendre dans ce froid, mais nous n'avons pas eu le temps de restaurer tout le Music Hall.

» Bien, ceci étant dit, je souhaite à tous une bonne chance. Et je vous remercie encore une fois d'être venus si nombreux.

La première à s'avancer à travers les spectateurs est la petite blonde au violon qu'Ahito a repérée quelques minutes plus tôt. Elle avance calmement d'un pas léger, pas agressive mais déjà concentrée. Elle attrape le numéro un et pénètre dans la salle d'attente. Enfin, la masse de candidats s'approche du petit homme qui distribue les numéros. Dans la foule, Ahito distingue la grande brune à l'air hautain et le footeux de son école.

Avec l'envie de se jeter dans cette mélasse comme d'aller se pendre, le brun se tourne vers ses amis :

- Euh... On a attend un peu que ça se tasse ? Y avait pas mal de spectateurs, c'est clair qu'on aura le temps de passer, alors...

- Moi j'suis d'accord avec ma moitié, approuve Thran avant-même qu'Ahito ait véritablement fini sa phrase.

- Moi je m'en fiche, mais je donne quand même ma voix aux jumeaux, ajoute Micro-Ice en regardant la foule avec un air effrayé.

- Je vote pour aussi, soupire D'Jok. Je suis courageux, mais pas au point de me faire tuer par une foule enragée.

Tous les quatre attendent donc dehors que l'agitation des candidats se calme et que les choses se tassent. Ils savent qu'ils devront rester dehors plus longtemps, mais tant pis. Ils préfèrent les engelures à la mort par asphyxie ou piétinement.

Après quelques minutes, enfin, la file de gens devant Clamp s'éclaircit, et ils s'avancent. D'Jok attrape son numéro le premier, puis Ahito et Thran le leur dans une parfaite synchronisation. Puis Clamp appelle une dernière fois les derniers candidats potentiels et quitte la place pour aller se réchauffer un peu avant que les auditions commencent.

D'Jok tient son papier comme s'il avait un billet pour le septième ciel entre les mains. Après quelques secondes d'un silence pesant de la part des jumeaux, il relève la tête. Micro-Ice est toujours appuyé sur le muret où ils se tenaient avant d'aller chercher leur ordre de passage. Il les regarde avec un sourire, les mains vides. Il n'a pas bougé, il n'a pas tiré de numéro.

À suiiiiivre ! Nan, allez, j'ose pas, je vous ai bien trop fait attendre pour être aussi cruelle... =)

- Mice ? Mais qu'est-ce que tu fous ? Va chercher un numéro ! Cours après ce type !

En quelques enjambées agressives, le rouquin rejoint son meilleur ami, qui ne bouge toujours pas, mais dont le sourire s'agrandit.

- Surprise ! Rigole-t-il joyeusement.

Ahito le regarde, les yeux pour une fois grands ouverts d'ébahissement. Alors là, celle-là il ne l'attendait vraiment pas.

- Qu'est-ce qui te prend ? demande Thran en posant la question qui est sur les lèvres de tout le monde.

- Je voulais voir votre réaction. Et elle est drôle.

- Mais t'es dingue, tu viens de perdre la chance de ta vie, là ! S'énerve D'Jok, dont l'excitation commence doucement à muer en quelque chose entre panique et colère.

- Ben, non, c'est toi qui veux devenir une idole, D'Jok, pas moi. Je veux pas signer pour un truc comme ça maintenant, désolé. Je considère que je suis trop jeune pour dédier ma vie à un métier aussi précaire que la musique. Et puis j'aime faire danser les gens, moi, pas devenir leur dieu.

- Mais... Mais on avait dit qu'on le ferait ensemble...

- Je n'ai jamais dit que je participerais, juste que je viendrais. Et je suis là. Je vais vous encourager un max, les mecs, et je vais mettre le feu dans la salle d'attente !

- Pourquoi tu fais ça ? Intervient Ahito avec sa voix velouté en regardant son ami dans les yeux.

Celui-ci détourne le regard en riant, mais les choses ont changé.

- Je vous le dis, je veux finir le lycée tranquillou, c'est tout.

Ahito est persuadé qu'il y a autre chose, que le gouffre à l'intérieur de Micro-Ice s'est agrandi, qu'il a bougé. Mais pourquoi cette décision ridicule ?

Parce qu'il ne se sent pas prêt, oui, mais pas par rapport au lycée. Parce qu'il ne fait que s'amuser avec la musique. Parce qu'il ne veut pas s'investir, il ne veut pas travailler, s'écorcher les mains. Il ne veut garder que le plaisir. Il ne veut pas se faire un ennemi de sa guitare et perdre l'échappatoire qu'elle crée. C'est ça. Il ne se sent pas prêt à être sérieux. Peut-être aussi considère-t-il qu'il est moins bon musicien que D'Jok, Thran ou lui.

Ahito soupire. De toute façon, c'est trop tard, maintenant. Il tend le bras et ébouriffe les cheveux du petit brun qui se débat sous sa main.

- Je te signerai ta housse de guitare quand je serai célèbre.

Et Micro-Ice éclate d'un rire libéré. Parce qu'on l'a compris. Même si D'Jok et Thran ne comprennent pas encore, au moins, Ahito lui pardonne.

°OoooO°

Au même moment, la première vingtaine de candidats se prépare à passer d'ici quelques minutes. Tia s'assied dans un coin et sort son violon pour l'accorder. Un silence se crée à la vue du bel instrument au design impressionnant, puis quelques filles commencent à chuchoter :

- T'as vu cette pimbêche ? C'est une audition de rock, pas de musique classique.

- J'suis sûre que c'est une fille à Papa qui veut devenir concertiste.

- C'est ridicule, elle s'est cru où ?

- Tu joues du violon depuis combien de temps ? Demande une voix grave à l'oreille de Tia, qui sursaute.

Si elle a l'habitude des chuchotements agressifs, elle n'est pas vraiment à l'aise avec les gens qui l'abordent. Devant le sourire amical du garçon à la peau mate, pourtant, elle est tout de suite rassérénée.

- Depuis que j'ai quatre ans, répond-elle doucement. J'ai plus un registre classique, mais j'ai envie de voir ce que je peux faire dans un registre plus populaire, c'est pour ça que j'ai sorti mon violon électrique. Et toi, tu vas chanter ? Je ne vois pas ton instrument.

Le jeune homme sourit et se gratte la tête, embarrassé :

- Non, je chante comme une vraie casserole. Je fais de la batterie. Je suis un grand fan d'Aarch.

- Wahou, alors tu vas jouer devant ton idole ! Tu n'as trop de pression ?

- Arrête, j'ai les chocottes, là !

Tia éclate de rire.

- Tia de Gennes, enchantée.

- Rocket Johnstone, je te retourne le compliment.

Tia se détend doucement et continue à discuter avec son nouvel ami. C'est la première fois que le courant passe aussi bien. Avec un aussi beau garçon, qui plus est. Elle se sent bien, comme à un tournant de sa vie.

Bien qu'elle ne l'ait pas encore passée, cette audition est vraiment la meilleure décision qu'elle ait prise. Elle jette un coup d'œil à l'entrée de la salle, où est posté son professeur. Il est en train de faire les cent pas derrière la porte close, et angoisse comme un fou. Elle le sait, elle le sent. Elle lui est très reconnaissante de l'avoir poussée gentiment à venir ici et de l'avoir accompagnée. Par contre, quand ça se saura, ses parents risquent de lui en vouloir... Il risque vraiment sa place. Pour elle.

- Nous sommes prêts, annonce la voix de Aarch dans un haut-parleur. Le numéro un, s'il-te-plaît, viens nous rejoindre.

Dignement, Tia se lève et s'avance vers la pièce voisine sous les chuchotements qui ont repris de plus belle.

- Bonne chance, Tia ! La salue Rocket avant qu'elle passe la porte.

Elle sourit puis se recentre.

- Bonjour, tu vas nous jouer quoi, avec ton violon ?

- Bonjour messieurs. Je vais interpréter le troisième mouvement de l'Eté, de Vivaldi.

- Excuse-moi...

- Tia.

- Excuse-moi, Tia, mais... Nous sommes là pour former un groupe de rock, alors...

- La musique classique peut-être interprétée de différente manière. Écoutez, et vous me donnerez votre avis après.

- D'accord, très bien.

- Si vous pouviez mettre ce CD, pour l'accompagnement. C'est la piste une.

Pendant que Tia sort un jack de son étui pour brancher son violon sur l'amplificateur, Clamp insère le CD.

- Prête ?

Après un hochement de tête, La musique commence. Et une nouvelle fois, Tia s'évade. Premier coup d'archet. La tempête se déchaîne dans la salle d'audition.

Dans la salle d'attente, la rumeur s'est tue. Tout le monde retient son souffle. La caméra qui transmet le casting dans la pièce et dehors semble maîtrisée par le pouvoir de la jeune musicienne. Une sorte de souffle électrique arrache un frisson au public.

Sinedd, qui attend son tour dans le froid, se fige. C'est ça. C'est parfait. Virtuosité et maîtrise, pouvoir et sensualité. Puissance et doigté. C'est merveilleux, c'est ce qu'il aime. Vivaldi a mis un costume de vinyle pour revenir d'entre les morts. Quelle splendeur ! Elle sera prise, certainement. Dans tous les cas, il veut jouer avec elle, c'est sûr.

Le cœur de Rocket se coince dans sa gorge, et ses jambes s'agitent. Il veut se lever, aller regarder Tia en vrai, en chair et en os, et... Et quoi ? L'accompagner ? La prendre dans ses bras ? Se jeter à ses pieds ? Il ne sait pas vraiment. Il ne savait pas que la musique classique pouvait être aussi... Violente, habitée. Rock, tout simplement, même si le remix d'accompagnement est plutôt techno. La partition du violon ne semble pas avoir changé, et Tia est tout simplement époustouflante. Il veut entendre encore le son de son violon et partager des morceaux avec elle.

Micro-Ice ferme les yeux et croise les bras pour retenir ses frissons. Le violon l'a toujours charmé, que ce soit dans la musique classique ou folklorique, mais là... Il n'est plus charmeur, mais plein de rage, parcouru d'une électricité incontrôlable. L'ouragan ; l'Orage. Il s'imagine déjà l'étendue musicale qui s'offre à lui avec l'association d'un violon dans ses compositions, puis secoue la tête. Pas maintenant. Pas aujourd'hui. Il a déjà pris sa décision en renonçant au casting.

Ahito n'a qu'une envie : sortir sa basse pour accompagner ce son lancinant. Sous ses paupières à moitié closes, il voit déjà les concerts qu'ils feront. La blondinette sera prise, c'est certain. Et lui aussi. C'est une promesse.

Thran calcule mentalement les fréquences parfaites pour mettre le violon en valeur avec son clavier. La tempête amène la pluie ; c'est ça qu'il faut apporter.

Mei est soufflée. Elle ne pensait pas qu'une fille si petite pouvait avoir autant d'énergie à mettre dans la musique. Elle est aussi dans la salle d'attente, avec sa mère, qui n'était pas la dernière, tout à l'heure, à critiquer la présence d'une violoniste dans ce casting. Et pourtant, maintenant, sa mère se tait, les yeux greffés à l'écran, comme tout le monde. La Princesse ressent une sorte d'excitation qu'elle n'a pas connue depuis très longtemps. Enfin quelqu'un à sa hauteur, qui sera capable de mettre en valeur et d'accompagner sa voix.

D'Jok ne pense à rien. Il écoute, comme bloqué. La tempête a fait le vide dans son esprit. Peu importe, de toute façon, il en sera. Il pourra se pencher sur la performance de Tia après. Quand il aura lui aussi décroché sa place dans le groupe.

Tia relâche son poignet, puis se détache de son violon. Elle reprend pied dans le monde réel et se demande un instant si le soleil qui pointe entre les nuages était aussi lumineux pendant sa démonstration, mais au fond, elle s'en fiche. Elle lève la tête vers les deux juges qui lui paraissent étrangement silencieux et les découvre bouche bée, en train de la fixer. Le morceau de la piste 2 commence violemment et fait sursauter tout le monde. Clamp s'empresse d'éteindre le poste avant de se tourner vers Aarch :

- Je crois qu'on a notre premier membre, hein, Aarch ?

- Oui. Quelle merveille. Tu as déjà utilisé cette... ce... ce souffle, avant ?

- Ce quoi ?

- Ton sens de la musique est tout simplement phénoménal. Tu as quelque chose d'électrisant dans ta façon de jouer, une puissance extraordinaire.

- Merci.

Tia ne comprend pas vraiment ; elle a toujours joué comme aujourd'hui il semble, et pourtant c'est la première fois qu'elle reçoit un tel compliment.

- Retourne dans la salle d'attente, il y a un endroit où tu pourras continuer d'assister aux auditions avant que je vous convoque tous ensemble à la fin.

Tia hoche la tête et tourne les talons pour se retrouver dans la salle d'attente, où le silence s'alourdit. Rocket lui saute dessus avant même son professeur qui la regarde avec fierté.

- C'était wahou ! Vraiment génial, j'aurais jamais pensé que Vivaldi pourrait être remixé comme ça ! J'ai adoré ! J'espère qu'on pourra jouer ensemble, même si je ne suis pas pris...

- J'espère bien que tu seras pris ! Je t'attendrai là.

Sur la vingtaine de personnes dans la salle, certains échangent des regards et se lèvent, abandonnant ainsi la partie.

°OoooO°

Aarch appelle le numéro 2, puis le 3 sans que personne ne se présente. Puis le numéro 4, Rocket, se lève.

- Bonjour Rocket, salue Aarch gentiment.

- Bonjour messieurs.

La réponse est froide, claire et précise : Rocket n'autorisera aucun jugement guidé par la culpabilité ou l'affection.

- Tu vas nous chanter quoi ? Je vois que tu n'as pas d'instrument...

- Je vais vous emprunter la batterie. Pour le morceau, vous reconnaîtrez certainement.

Sur ces mots, le jeune homme va s'installer et commence sans plus de cérémonie. Dès les premiers battements, Aarch reconnaît la chanson. Même sourd, il la reconnaîtrait. Evil christmas, le dernier morceau qu'il a pu jouer en compagnie des Aber'dim. Morceau qui s'était interrompu sur un air d'apocalypse.

L'homme serre les poings et ferme les yeux, ressentant cruellement le revers que lui inflige son neveu. Et pourtant. Pourtant ce gosse est tellement doué. Avec sa prise tambour habituellement réservée aux batteurs de jazz et sa technique de pied en pointe aux influences rock pour le charleston et la grosse caisse, Rocket impose sa personnalité.

Sans accompagnement, juste avec la batterie – de toute façon, il sait qu'Aarch reconnaîtra la qualité de son jeu – Rocket offre une superbe performance. Il extirpe toutes les faiblesses de la mélodie originale pour les magnifier avec une fragilité hargneuse. Sa façon de battre aussi est différente, comme s'il avait appris seul, gardant une maladresse et des erreurs de posture qui sont devenues sa force.

- Punaise, jure D'Jok. On l'a, notre foutu batteur ! Il était juste là, devant nous ! C'est bien le président du club de foot, nan ?

- Si, murmure Ahito, lui aussi ébahi.

Ce casting va de surprise en surprise. Evil christmas est la chanson d'Aber'dim. Même vingt ans après, tous les ados branchés rock la connaissent, et tous l'ont reconnue avec la seule partition de la batterie. Pourtant, personne n'avait osé espérer l'entendre de cette manière. Il est tout à fait confondant pour tout le monde de constater à quel point un morceau peut-être à la fois semblable et différent dans son exécution. Pour tout un chacun, la batterie est simplement un ensemble de percussions qui permettent de rythmer la mélodie et d'accompagner les instruments. À cet instant, Rocket est en train de démontrer à une centaine de personnes à quel point on peut être dans l'erreur. Rocket joue Evil christmas, et s'il y avait d'autres instruments, ce seraient eux qui l'accompagneraient, pas l'inverse. Le garçon, sans s'en rendre compte, prouve que la batterie peut-être mélodique et mélodieuse, et qu'elle peut se suffire à elle-même.

Tia sourit. La place à ses côtés va bientôt être prise. Elle ne savait pas du tout ce que pouvait bien valoir son nouvel ami et ne pouvait qu'espérer qu'il soit pris. Mais la performance dépasse toutes ses attentes. Ce garçon est un génie de la batterie, et elle entend bien pouvoir jouer avec lui. Il lui semble que l'étendue de ses possibilités de jeu vient de tripler en une semaine. Le violon peut s'harmoniser avec tellement de choses, tellement de styles ! Avec Rocket à ses côtés, Tia est très impatiente de pouvoir prendre son nouvel essor.

Sinedd ramasse sa mâchoire. S'il avait remarqué le petit manège du capitaine, il ne l'avait jamais entendu jouer. Voilà chose faite. Et quelle démonstration prodigieuse ! Il sent la bienveillance de Rocket, mais aussi sa frustration et ses capacités de leader dans son jeu. Il sent comme les phrases qu'il joue sont là pour introduire un instrument et le guider ensuite. Là ! Il veut sortir sa guitare pour obéir au musicien et insérer sa propre partie, trois accords puis... Là, une nouvelle entrée !

Les silences, également. Rocket maîtrise les silences avec brio. Mei n'avait jamais remarqué à quel point les pauses pouvaient être profondes et puissantes, à quel point elles pouvaient accompagner le chant. Parce que normalement, la voix d'Adim s'élève seule à ce moment, avec une douceur torve, ce qu'il faut d'ironie et de douleur. Et le silence de Rocket exprime tout ça. Si la voix d'Adim se superposait à ça, Mei pourrait en pleurer. Presque.

Thran tape du pied, et ce n'est pas tant pour se réchauffer que pour accompagner le rythme. Ses doigts le démangent, et son clavier aussi. Il regarde son frère scotché et D'Jok tout aussi éberlué, les yeux grand ouverts. Puis il se tourne vers Micro-Ice et la vision finit de l'achever.

Les yeux fixés sur l'écran, les pupilles dilatées, Micro-Ice s'est figé comme une statue d'airain. Il n'a pas conscience des larmes qui coulent sur ses joues sans discontinuer. Cette musique lui arrache des frissons, la force de ce qu'il ressent lui échappe complètement. Il ne cherche pas à comprendre comment le monde entier vient de s'effacer de sa vision et de sa mémoire en quelques battements. Il ressent, simplement. Au plus profond de son âme vibrante.

Rocket, qui avait fermé les yeux pendant sa prestation, pose la main sur le charleston qui tinte encore en écho. Puis il se lève et va se poster devant Clamp et Aarch. Il ne se souvient plus très bien de ce qui s'est passé après qu'il s'est assis derrière la batterie. A-t-il été bon ? En tout cas, il a tout donné. Il se sent fébrile, tremblant, ses mains sont moites. Il jette un coup d'oeil anxieux aux juges en s'essuyant les mains sur son pantalon.

- Eh bien, fait Clamp, c'était courageux de s'attaquer à un morceau des Aber'dim. Présomptueux, même.

Les épaules de Rocket s'affaissent.

- En l'occurrence, reprend Aarch, la provocation a payé. J'ai l'impression que je n'aurais pas pu faire mieux moi-même.

Le soulagement assomme Rocket. Il relève la tête avec un regard interrogateur et intercepte la fierté qui s'échappe des yeux de son oncle.

- Il est évident que tu es pris, conclut Aarch en se râclant la gorge.

Il a menti. Rocket peut aller bien plus loin que lui. Et pendant qu'il regarde le garçon lui tourner le dos et s'éloigner, il se demande comment Norata a pu accepter que son fils fasse de la musique...

°OoooO°

Des applaudissements saluent le retour de Rocket dans la salle d'attente. Embarrassé, le garçon se passe la main dans les cheveux, salue rapidement et se dirige vers Tia.

- Tu n'as rien à m'envier dans ton domaine, cher ami, sourit la jeune fille.

- Ah bon ? Je ne me rappelle pas vraiment de mon jeu, rougit Rocket.

L'embarras et le manque de confiance en lui ont l'air d'être de bien gros défauts chez lui, songe Tia. Il pourrait être un bon leader s'il prenait conscience de sa valeur...

Une nouvelle fois, des gens se lèvent. Cette fois, pourtant, il semble que ce ne sont que des batteurs. Si on peut utiliser plusieurs guitares ou autres istruments, il n'y a qu'une seule batterie dans un groupe.

Aarch appelle le numéro 6, pendant que les garçons dehors voient passer leur camarade de seconde à la Grammar qui voulait postuler pour la place que Rocket vient de prendre. La terminale de leur lycée s'avance doucement et se présente avec une petite voix. Elle chante le morceau ultra-connu de Eurythmics, Sweetdreams.

Elle a courageusement repris la version originelle avec Annie Lennox au chant. Petit clin d'oeil patriotique s'il en est puisque Annie Lennox est originaire d'Aberdeen, qui pourtant ne convainc pas vraiment. Si elle a une très belle voix, plutôt grave et ronde, elle manque de présence, de maturité scénique, peut-être. Elle a pourtant surpris les deux juges quand elle a commencé à chanter. Mais sa discrétion, peut-être due à la présence impressionnante de Aarch, a repris le dessus.

Elle s'efface derrière sa chanson. Trop. Dommage. Aarch l'arrête assez rapidement.

- Je suis désolé, mais ça ne va pas le faire. Tu as une voix magnifique, mais tu as l'air de te cacher derrière. Fais-en un atout qui te permet de t'afficher, de jouer, lâche-toi, ne chante pas que pour toi.

- Pardon...

La jeune fille semble au bord des larmes.

- Ne t'excuse pas, essaie de la rassurer Clamp. Tu as une qualité de tonalité énorme, tu n'as plus qu'à la cultiver pour prendre plaisir à chanter. Pour l'instant, tu ne conviens pas à une démarche de formation d'un groupe, mais ne te décourage pas !

La brunette hoche la tête et tourne les talons. Elle quitte rapidement le Hall, la tête et les épaules basses, tentant de retenir ses larmes.

- C'est toujours dur d'être refusé, soupire Micro-Ice, même si on s'y est attendu...

Ahito se demande si son ami ne dit pas ça pour lui-même, mais il se tait et hoche la tête. Après tout, seul D'Jok est certain d'être pris. Les jumeaux, eux, se demandent comment ils réagiront si l'un des deux est pris sans l'autre. Ou s'ils sont rejetés tous les deux...

Les auditions continuent, mais aucun des jeunes gens qui passent ne font forte impression. Sauf un jeune garçon aux cheveux longs, qui présente un morceau de triangle. Micro-Ice hurle de rire dehors à en pleurer, tandis que sur l'écran, Aarch et Clamp se mordent les lèvres pour ne pas exploser. C'est Clamp qui, à la fin de la prestation, se racle la gorge pour refuser le garçon. Sa voix est légèrement plus aiguë que d'habitude, mais le musicien en herbe ne remarque rien et s'en va, un peu déçu. Il était sérieux, lui...

°OoooO°

Le numéro vingt, dernier de la première série, s'avance. Dernière, plutôt. De sa démarche royale, Mei rejoint la salle de l'audition sous les encouragements belliqueux de sa mère.

- Bonjour, jeune fille...

- Mei.

- Eh bien, Mei, je suppose que tu n'es pas là pour la batterie... Tu vas nous chanter quoi ?

- Tourniquet d'Evanescence. Piste 2.

Et la jeune fille de tendre un disque pour l'accompagnement. Le début glaçant de la musique s'élève alors qu'elle se place derrière le micro. Les accords succèdent à l'introduction, puis bientôt, c'est à elle.

I tried to kill the pain (J'ai tenté de mettre fin à la douleur)

En une phrase tout est dit. La voix de Mei est sensiblement différente de celle d'Amy Lee. Plus ronde, un peu plus grave, aussi, mais plus douce, moins agressive, presque caressante. Là où Amy Lee pleurait, Mei contient la rage. En laisse, bien serrée. Comme un doberman dont les babines tremblent déjà à l'idée de planter ses crocs dans une chair tendre. Le petit accent écossais qu'elle traîne encore lui donne un charme en plus. Presque imperceptible, il est pourtant décelable par les deux juges qui apprécient le caractère qu'il donne au chant.

I'm dying, praying, bleeding and screaming (Je vous épargne la traduction, vous comprenez tous, ça casse tout en français... )

Et la rage et la douleur se lèvent. Doucement, menaçantes. Encore tenues en laisse. Doucereuses. Mei fixe Aarch, qui, comme un lapin pris dans les phares d'une voiture ne détache pas son regard. Derrière lui, la caméra capte la houle qui s'agite dans les yeux bleus. Tous les spectateurs se noient dans cette mer tempétueuse. Pas un geste superflu, aucune attitude de diva comme on aurait pu le croire venant de cette fille aux allures glaciales. Elle enfonce sa voix comme une lame chauffée au rouge dans le cœur des gens.

- Waaah, fait Micro-Ice, cette fille est une actrice monumentale ! Je suis vraiment amoureux, là...

Ahito ne prend même pas la peine de sourire, perdu comme les autres dans cette vague de douleur soigneusement dispersée.

- Je la veux ! Faire un groupe avec elle, ce serait juste génial ! S'exclame D'Jok avec un grand sourire.

Il ne sait pas qu'au même instant, à quelques mètres de là, Sinedd pense exactement la même chose, le poing serré sur sa cigarette...

Thran crispe la mâchoire dans l'indifférence générale. Oh, comme il aimerait pouvoir calculer ses effets, lui aussi. Comme l'a si bien dit Micro-Ice, cette fille est une actrice. Elle est vide, à l'intérieur. Pourquoi, alors, parvient-elle à harponner le cœur de tout le monde ?

Inconsciemment, Tia a saisi la main de Rocket. Cette fille lui hérisse le poil, dans tous les sens du terme. L'attitude princière qui l'agace, la voix qui la transporte, l'émotion qui la prend aux tripes. Elle est bonne, très bonne. Au moins autant qu'elle au violon. Elle ne sait pas trop comment la coexistence se passera, mais elle sait parfaitement que Mei sera prise. Comment le contraire pourrait être possible ?

Rocket a remarqué le geste de Tia, bien entendu, mais il ne se dégage pas, au contraire. Par cette pression, elle le soutient, aussi. Du moins c'est ce qu'il a envie de croire. Parce que le rêve est à portée de leurs doigts avec cette fille. Et en même temps, il va falloir faire avec son caractère, qu'il devine difficile.

My soul cries for deliverance. Will I be denied ? Christ, Tourniquet, my suicide

Clamp éteint la piste dès que Mei se recentre sur la réalité. Il a fini par s'y faire, il s'est déjà fait avoir avec Rocket et Tia, plus question de se montrer impressionné. Même s'il l'est.

Aarch se racle la gorge.

- Bon, eh bien, Mei... Bienvenue dans le groupe !

- Merci.

La brunette n'esquisse même pas un sourire ou un signe de soulagement, de bonheur même. Il semble qu'elle ait été persuadée qu'elle serait prise. Avec une telle prestation, il est clair que le doute n'était pas de mise, mais quand même. Aarch fronce les sourcil en suivant des yeux sa nouvelle recrue.

- Tu vois ma fille, pas la peine de t'inquiéter. Personne ne t'arrive à la cheville, ici, s'exclame sa mère, fière comme un paon.

Sa voix résonne dans le silence de la pièce. Vide, si on oublie la présence de Tia et Rocket. Un soupir imperceptible traverse les lèvres de la chanteuse avant qu'elle se tourne vers sa mère avec un visage de marbre.

- Bien entendu que j'y suis arrivée, fait-elle d'une voix glaciale. Je ne me suis jamais inquiétée.

Et elle va s'asseoir avec les deux jeunes gens qui la regardent avec un air mitigé. Elle ne parle pas, et eux finissent par l'ignorer pour se remettre à chuchoter dans leur coin. Du coin de l'œil, elle regarde entrer le deuxième groupe.

°OoooO°

Cette fois, ça y est, Sinedd est entré. Il a encore un peu de temps et finit sa cigarette derrière la porte, en attendant que les autres avant lui se ridiculisent. Il n'a jamais été charitable et le stress n'améliore pas cet état de fait. Le prochain à faire un pas du côté des qualifiés, ce sera lui.

Et effectivement, avant lui, personne ne se distingue. Sauf pour des gags, comme le démontre un guitariste en herbe qui se coupe les doigts avec une corde en accordant sa guitare. Dieu que le monde est pitoyable.

Sinedd a bien évidemment déjà sorti et accordé sa guitare lorsqu'il se présente devant Aarch et Clamp. Il les ignore quasiment en branchant sa pédale, répondant à leurs questions en leur tournant le dos.

- Tu vas nous jouer quoi ?

- Fade to black, de Metallica.

Et il commence. L'introduction, d'abord, calme, qu'il enregistre sur sa pédale avant de jouer la deuxième guitare, qu'il superpose, en disto. Puis il arrête et joue les accords du couplet en se rapprochant du micro.

Le jeu avec la pédale et le fait qu'il additionne les partitions de guitares à lui tout seul est assez impressionnant. Quand il commence à chanter, il a gagné.

- Il chante, Sinedd ? Demande bêtement Micro-Ice.

- Ben ouais, apparemment, répond D'Jok, surpris et énervé. En plus, on a beau dire, il n'est pas trop mauvais...

- Il est même sacrément bon, souligne Ahito avec honnêteté. C'est peut-être un emmerdeur fini, il gère avec sa guitare, sa pédale et sa voix.

Thran hoche la tête. Pas besoin d'en dire plus.

La voix de Sinedd a quasiment le même timbre que James Hetfield, le chanteur de Metallica, bien que moins clair et légèrement plus puissant. Sa voix légèrement rauque accompagne parfaitement sa prestation à la guitare, et Mei se dit qu'une collaboration avec lui serait pas mal. Après tout, nombreux sont les groupes de metal symphonique où la chanteuse est parfois accompagnée par un des musiciens à la voix plus gutturale.

Tia et Rocket retiennent leur souffle. Il manquait la guitare. Elle est là, devant eux. La dextérité dont fait preuve Sinedd en plus de sa belle interprétation vocale le hissent à leurs côtés. Il semble que le jeune homme aurait pu choisir un morceau encore plus complexe au niveau du jeu, mais il a préféré se cantonner à utiliser sa pédale pour plus d'effet. Quelle réussite. Il ne manque quasiment plus que la batterie ! Et Rocket est tout à fait prêt à se dévouer pour combler ce manque...

°OoooO°

La tension monte chez le quatuor. Enfin c'est à eux. D'Jok passera le premier, puis Thran, et enfin Ahito. Depuis Sinedd, personne ne s'est ajouté au petit groupe que forment les quatre sélectionnés. Il y a eu quelques scandales et des crises de larmes, mais le calme olympien d'Aarch et la gentillesse de Clamp ont fait des miracles. Quelques fous rires mal dissimulés, aussi, devant certains musiciens-qui-devraient-avoir-un-plan-B-pour-le-futur, mais il y aurait pu en avoir plus si les performances de Tia, Mei et Sinedd n'avaient pas dégoûté les plus faibles...

Il ne reste plus qu'eux dans la salle. Contrairement à ce qu'il avait dit, Micro-Ice n'a pas sorti sa guitare. Il n'en a pas eu le cœur. Il est un peu jaloux de ses amis, finalement, alors que c'est sa propre faute s'il a abandonné. Mais bon, c'est trop tard, de toute façon...

D'Jok présente Nothing Else Matter, de Metallica. Un peu plus, et il tombait sur le morceau de Sinedd... Son interprétation a moins d'éclat que celle de Sinedd, et sa voix est plus commune, plus douce aussi, ce qui donne une langueur assez dérangeante à la chanson. Pourtant, la prestation est très bonne, il se débrouille aussi bien au chant qu'à la guitare, même s'il ne joue pas toutes les partitions.

Thran, Ahito et Micro-Ice l'ont tant entendu jouer que la surprise n'est pas la même, même s'ils doivent avouer qu'il se débrouille encore mieux que la veille.

De son côté, Sinedd a un petit rictus satisfait. Certes, D'Jok est bon, mais pas autant que lui.

Mei, Tia et Rocket apprécient aux aussi le spectacle à sa juste valeur, bien que Rocket aussi ait déjà entendu le rouquin à la guitare.

Rapidement, Aarch envoie D'Jok rejoindre les autres. Il semblerait qu'il commence à fatiguer.

Thran se présente à son tour et installe son clavier en discutant avec Clamp sur toutes les possibilités qu'offre son petit bijou. Au bout de cinq minutes de discussion et trois raclements de gorge d'Aarch, Thran s'installe derrière son instrument. La jolie interprétation qu'il fait de la chanson I'm lonely, des White Stripes change complètement de ce qui a déjà été fait. Le clavier a une sonorité complètement différente de la guitare, et il est le seul à avoir emmené cet instrument. Peut-être pas assez rock pour certains, il est pourtant tout à fait passionnant de travailler dessus. Pour Thran, c'est aussi la possibilité de jouer avec les rendus. Là, en l'occurrence, le son est bien celui d'un piano et il n'a pas vraiment de traitement à faire, mais la musique assistée par ordinateur lui plaît beaucoup depuis quelques temps déjà.

Le fait qu'il ne chante pas a légèrement troublé les spectateurs qui restent. Il... manque quelque chose.

C'est quand Mei et Aarch commencent à fredonner les paroles qu'ils se rendent compte du pouvoir de Thran. La subtilité et la douceur du garçon sont à l'opposé de la puissance qui a pu être étalée jusqu'à maintenant. Ce contraste dépayse un peu, mais finalement, Aarch se prend au jeu. Thran serait très bon en accompagnement. Il a un bon sens du rythme et de la musique, comme Rocket. Et il a la subtilité qui manque à Rocket, la discrétion qui manque à D'Jok ou Sinedd. Une sorte de liant.

- Thran aurait pu choisir quelque chose de plus violent, remarque Micro-Ice.

- Tout est dans la nuance, Mice, dans la nuance, répond le deuxième jumeau en approuvant tacitement le choix de son frère. On a pas besoin de tente-six mille Sinedd ou D'Jok, il faut de la complémentarité. Et de l'originalité.

Micro-Ice approuve à contre-coeur. Et lui, aurait-il été pris s'il avait essayé ?

°OoooO°

Ahito s'avance avec sa nonchalance habituelle. Quand Aarch le voit arriver, il se dit qu'il l'aurait plutôt vu dans un groupe de reggae avec sa basse. Et il se dit qu'il n'a pas tout à fait tort quand il entend le nom de l'artiste à qui il emprunte l'oeuvre. Marcus Miller n'est pas un bassiste de reggae, mais il n'est pas vraiment un musicien de rock non plus. Mais Blast est un morceau de choix pour prouver sa dextérité.

À coup de slap et de tapping, Ahito fait courir ses doigts sur la basse fretless. Aarch et Clamp n'ayant jamais été guitaristes, ils ne peuvent que deviner la difficulté de jouer sans repère avec une telle vitesse d'exécution. Pourtant, la chose semble facile au jeune homme qui a tout perdu de son inertie.

Micro-Ice s'agite. C'est dans ces moments-là qu'il adore jouer avec Ahito ; quand le rythme que sa basse chante avec un son chaud lui traverse le corps. Instinctivement, il peut enchaîner, suivre Ahito partout où il va. Juste avec cette mélodie tonique et vibrante.

Le morceau donne envie à Mei de danser. Il lui semble qu'elle l'a déjà entendu avant. En boîte de nuit pendant les vacances, peut-être ? Peu importe, elle a vraiment envie de danser.

Tia n'est pas loin non plus de s'agiter. Ses épaules bougent légèrement, et elle se concentre pour ne pas se ridiculiser. Mais quand Rocket commence à taper sur ses cuisses, à côté d'elle, elle abandonne.

Sinedd doit bien avouer que la dextérité d'Ahito est tout simplement géniale. Lui qui pensait que son camarade était juste un endormi chronique et pathologique. C'est une bonne gifle. Après tout, il ne lui dira jamais qu'il admire sa technique, alors il peut bien se l'avouer. Et puis la virtuosité, c'est ce qu'il aime, dans la musique...

Alors que Ahito sort avec l'approbation du jury, Micro-Ice se lance dans une improvisation de son cru pour le saluer. Le bassiste reprend son instrument et suit son ami avec plaisir. Les autres se lèvent, un peu de détente ne fera pas de mal, après tout ce stress.

Même si tous se demandent pourquoi le petit brun n'a pas passé le casting alors qu'il semble se débrouiller plus que raisonnablement avec son instrument...

Du côté des juges, c'est le soulagement. Il s'accordent une petite pause.

- Ça y est, c'est fini, soupire Clamp. Je ne pensais pas que des gamins pouvaient être si doués...

- Oui, je t'avoue que je n'en attendais pas tant. Mais...

- Tu n'es pas satisfait ?

- Je ne sais pas... Il manque quelque chose, encore... Non ?

- Bah, on verra bien...

Les deux hommes se lèvent et s'étirent avant de rejoindre la pièce voisine.

- Qu'est-ce que...

Aarch s'arrête brusquement devant Clamp, qui lui rentre dedans. Mais aucun des deux ne pense à s'excuser.

Devant eux, au lieu d'attendre sagement, les jeunes se font un bœuf monumental.

Tia a sorti son violon et joue comme une damnée, comme elle ne s'est jamais amusée avant. Un sourire flotte sur ses lèvres tandis qu'elle s'agite fiévreusement en suivant le rythme que Micro-Ice et Ahito déroulent. Thran a trouvé une prise pour brancher son clavier et accompagne ses amis, tandis que Rocket et Mei frappent dans leurs mains en dansant légèrement. D'Jok sourit en grattant lui-même sa guitare, et Sinedd semble avoir du mal à résister à participer à la sauterie.

- J'ai trouvé ce qui manquait, murmure Aarch en fixant le petit brun qu'il n'a pas vu passer les auditions.

À suivre !

Vala vala, enfin, ce chapitre est fini, après de douloureuses heures d'accouchement... J'ai bien cru qu'il ne s'arrêterait jamais ! =) 29 pages, quand même... J'espère que mon Mice vous plaira, pour l'instant, je n'ai eu que de bon échos. =) Comme d'hab, je me suis pas relue, et là, maintenant, tout de suite, à une heure du mat', j'ai faim et envie d'aller dormir... -_-'' Je suis désolée si la fin du casting vous semble trop rapide. Je vous avoue que le clavier de Thran m'a vraiment posé problème, et que je n'avais plus trop d'inspiration pour décrire les scènes musicales. J'avais un peu peur que ça devienne redondant. J'essaierai de voir ce que je peux faire à tête reposée, si je n'en suis pas satisfaite... J'espère que vous aurez écouté les morceaux qui passent dans cette fic, surtout si vous ne les connaissez pas, c'est un petit plaisir que je m'octroie que de vous faire découvrir de nouvelles choses ! =)

Sur ce, bonne nuit ! =) ah oui, par contre, je m'excuse d'avance, mais le mois de mai ne verra sans doute pas de mise à jour, c'est la période des partiels et des rendus de dossiers. Vous comprendrez bien que malgré tout le plaisir que j'ai à écrire cette fic, faut bien bosser, des fois... T_T